Chapitre 214
Chapitre 214 – Tu ne gagnes rien à te venger
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
— Arene… ?
Ruin se tourna vers Arene, l'air incapable de croire ce qu'il venait de voir.
— Je m'en fiche ! Même si vous me regardez comme ça… Je ne sais pas ! Après tout… Je ne veux pas mourir ! Je veux pas ! Je ne veux pas mourir… Jamais de la vie !
En entendant ses paroles, Yuugungu entra dans une colère noire.
— Tu te fous de moi, Arene !? Comment oses-tu me couper l'herbe sous le pied !?
— Haaaah !? Comment oses-TU dire ça, Yuugungu !? C'est toi qui as essayé de nous devancer en premier, non !? C-C'est ta faute… Si j'ai changé d'avis, c'est entièrement ta faute !
— Aaaah !? En quoi c'est ma fau…
— C'EST DE TAAAAAA FAUUUUUTE ! Lalalalala ! Je ne sais pas de quoi tu parles ! Je ne t'entends pas ! Je m'en fiche !
— L-L'endroit où se trouve l'autre Bête divine… C'est auprès de la Déesse ! C'est la Déesse qui la possède !
Celle qui venait d'interrompre la dispute entre Yuugungu et Arene…
C'était Myana.
— Ç-Ça ne la dérange pas que Nyaki meure… Mais elle tient énormément à l'autre !
— Myanaaaaa ! Toi aussi, tu nous trahis, espèce de sale pute !
— L-La ferme ! Ou plutôt, tu me casses les oreilles, abruti ! Depuis le début de cette attaque, tu n'as pas arrêté de m'énerver ! D'ailleurs, une brute épaisse comme toi, qui se laisse toujours emporter, m'a toujours tapé sur les nerfs ! Oui, tu aurais mieux fait de crever en premier ! Va mourir ! Haaa, ça fait tellement de bien de dire enfin tout ce que je gardais pour moi !
— Guh… C'est toi qui devrais crever, espèce de puuuuuute ! Hé, monsieur la Mouche ! J'ai des informations encore plus utiles que ces idiotes ignorent…
— Tu n'en as probablement aucune, pas vrai !? Quoi !? Tu es désespéré à ce point pour survivre !? C'est vraiment pitoyable !
— La Sixième Cavalerie !
Un silence soudain s'abattit sur les lieux.
— Si nous, l'Épée héroïque, découvrons le Pays lointain, la prochaine unité qui sera envoyée sera la Sixième Cavalerie, la plus puissante des Treize Cavaleries d'Alion ! C'est une information sûre ! Je suis le seul à le savoir !
Yuugungu…
Arene…
Myana…
Tous restèrent sans voix et tournèrent les yeux vers l'homme qui venait de parler.
— R-Ruin… ?
— Réfléchissons rationnellement.
— Hein ?
— Si nous pensons à l'avenir… Celui qui devrait survivre, c'est moi, le guerrier le plus talentueux d'entre nous. Je suis désolé… Mais c'est la seule solution.
— H-Heeeeeeein !?
Une veine saillante apparut sur le front de Myana tandis qu'elle se mettait à hurler.
— M-Mais qu'est-ce que tu racontes comme absurdités, Ruin !? Qu'est-ce qui te prend de décider ça tout seul !? Hein !? HEIIIIIN !? C'est quoi, ce délire !? Et les fameux liens qui nous unissent, alors !? Hé !? Ils sont passés où !?
Contrarié, Ruin se mordit la lèvre.
— Même moi, je répugne à faire cela… Mais je suis le seul de notre groupe qui puisse survivre. De plus, c'est moi qui possède le plus d'informations, puisque j'ai reçu directement les instructions de Vysis-sama. Et bien entendu, je connais des choses que vous ignorez tous… C'est regrettable, mais je vous demande de l'accepter. Voilà ce que représentent nos liens.
— M-Mais c'est quoi, cette connerie !? Au bout du compte, tu veux juste sauver ta propre peau !
À moitié folle de rage, Arene se mit à hurler.
— Aaaaaaah ! C'est faux ! Tout est faux ! Tout ce que Ruin a raconté n'est que mensonge ! Il n'y a que ce que j'ai dit qui soit vrai ! Tout ce qu'ils ont raconté, c'était uniquement pour sauver leur peau…
— Au cours de cette mission, nous avons reçu l'ordre d'éliminer tout particulièrement la Race interdite qui vit dans le Pays lointain ! Apparemment, l'existence de cette race est extrêmement gênante pour Vysis-sama !
— Mais puisque je te dis de la fermer, Ruin ! Ferme ta grande gueule et garde tes mensonges pour toi !
— Nous avons déjà communiqué à Vysis-sama l'emplacement de la porte permettant d'entrer dans le Pays lointain, grâce à un pigeon voyageur magique ! Nous l'avons envoyé il y a environ une demi-journée !
Couvrant la voix d'Arene en parlant encore plus fort, Ruin continua de révéler des informations.
— ……………………
Je claquai intérieurement la langue.
Ces types… Ils ont déjà découvert l'emplacement du Pays lointain.
Et en plus, ils l'ont déjà communiqué à cette déesse de merde.
Cela aurait été parfait si j'avais pu les écraser avant qu'ils ne le découvrent, mais…
Comme s'ils participaient à une compétition, les quatre hommes se mirent à déballer toutes les informations qu'ils possédaient.
Par moments, ils s'insultaient mutuellement. À d'autres, ils s'interrompaient et tentaient de s'empêcher de parler.
Ce n'était vraiment pas un spectacle agréable à regarder.
Cependant, grâce à cela, j'obtins les renseignements que je souhaitais.
J'avais eu l'impression que leur loyauté envers cette déesse de merde était particulièrement profonde, mais il semblerait que je me sois fait des idées.
— On dirait que vous voulez tous survivre.
Tous les quatre retinrent leur souffle.
— Grâce à vous, j'ai obtenu les informations que je voulais. C'est pourquoi je vais annuler mon < Poison >.
Je dissipai le < Poison > qui affectait les quatre individus.
Aussitôt, leurs expressions tourmentées disparurent.
Bien entendu, < Paralyze > était toujours actif.
… Avec l'augmentation de son niveau, la durée de ses effets a peut-être également augmenté.
Dans le cas contraire, il m'aurait fallu un temps ridicule pour empoisonner les monstres des Ruines de l'Élimination.
J'avais donc dû alterner entre < Paralyze > et < Sleep >.
Mais normalement, une seule utilisation de < Paralyze > suffisait à régler les choses.
— Bien, maintenant… Concernant celui qui survivra… J'ai effectivement dit que les trois autres mourraient, mais savez-vous pourquoi j'ai pris la peine de dissiper le poison de tout le monde ?
Les quatre hommes semblaient toujours incapables de comprendre ce que je voulais dire.
— Je vais vous donner une chance à tous.
Puis je déclarai :
— Donnez-moi toutes les informations dont j'ai besoin sur le sujet que je vais aborder. Selon leur contenu… Je vous laisserai tous les quatre en vie.
— !
Leurs expressions changèrent immédiatement.
Ils attendirent en silence que je formule ma question.
M'efforçant de ne laisser transparaître aucune émotion, je pris la parole.
— Cela concerne la tribu Speed.
Pendant un instant, les quatre hommes semblèrent incapables de comprendre mes paroles.
Ma question était manifestement différente des précédentes.
Cependant…
— Je ne suis pas quelqu'un de très patient… Vous feriez mieux de parler avant que je change d'avis.
Et alors…
Ils se mirent immédiatement à tout raconter.
Tous les quatre évoquèrent leurs souvenirs de l'extermination de la tribu Speed.
Cette fois, c'était différent.
Curieusement, ils semblaient de nouveau unis.
Aucun d'entre eux ne cherchait à interrompre les autres.
Au contraire, ils commencèrent à se laisser mutuellement la parole.
Et peu après…
Ils finirent même par se réconcilier.
— J-Je suis désolée pour tout à l'heure. Moi aussi… J'étais assez bouleversée.
— J-J'ai également dépassé les bornes. Je suis désolée d'avoir dit ça. Je ne pensais pas vraiment ce que j'ai raconté… L'idée de mourir ici m'avait simplement trop effrayée.
— Moi aussi… Je suis désolée. Je regrette mon comportement.
— C'est moi qui devrais m'excuser. J'ai agi stupidement, moi, Ruin Seal. Mais avant toute chose, laissez-moi vous présenter mes excuses… Je suis sincèrement désolé. C'est simplement que je dois accomplir à tout prix la mission que Vysis-sama m'a confiée… C'est la seule chose qui occupe mon esprit.
— Fufu, je sais… Ruin. Nous le savons tous.
— Myana… Merci.
— Nous… Nous pouvons repartir de zéro, n'est-ce pas ?
— Bien sûr ! Tout cela est arrivé à cause de Nyaki. Nous n'avons absolument aucune raison de nous en vouloir !
— Oui, évidemment. Hmmm, c'est vrai… Nous avions oublié quelque chose d'aussi important.
— Fufu, alors… Nous allons pouvoir recommencer à zéro.
— Oui… À partir de maintenant, nous allons repartir de zéro.
— ……………………
Ces gens sont vraiment pathétiques.
Lorsque tout allait bien, ils se sentaient merveilleusement bien et s'enivraient de leurs propres sentiments.
Cependant, dès qu'ils se retrouvaient acculés, leur véritable nature refaisait surface.
Ce qui me surprenait, c'était la rapidité avec laquelle ils changeaient d'attitude.
Comment peuvent-ils faire ça aussi facilement… juste après s'être insultés les uns les autres ?
Ces gens sont vraiment pitoyables.
— Bien, tout le monde ! Dans ce cas, racontons à cet homme au masque de mouche notre histoire ! Notre glorieux passé !
Les quatre individus commencèrent à parler.
Je ne voulais même pas me souvenir de tout ce qu'ils racontaient.
J'avais envie de vomir.
Ils me répugnaient profondément.
Mais je savais que je devais écouter.
Je devais entendre ce qu'ils avaient fait à la tribu Speed…
Aux parents d'Eve.
Je pensais que je devais le savoir.
Et puis…
— Ça suffit.
J'en avais assez entendu.
J'allais les tuer immédiatement pour les faire taire.
Mais les quatre individus, les yeux brillants, ne cessaient de parler.
Complètement grisés par leur propre récit, ils continuaient à raconter leurs exploits.
— Comme je l'ai déjà dit, la haine seule ne produit rien ! Seulement du vide ! C'est pourquoi nous nous sommes demandé comment nous pourrions nous amuser en les tuant ! Oui ! Depuis ce jour, nous avons appris à prendre plaisir à tuer…
— La ferme.
— ……………………
— J'ai dit que ça suffisait.
C'était peut-être parce que le ton de ma voix avait manifestement changé.
Les quatre individus se turent.
Je retirai mon masque.
— Comme je le pensais, celui qui se cachait derrière ce masque était comme nous… Un être humain.
Comme si une inquiétude venait de se dissiper, les yeux de Ruin s'illuminèrent.
— Je pourrais encore t'en raconter davantage sur "le jour où tout a commencé"… Mais cela te suffit-il ?
— Oui, ça suffit.
— Je vois… Tant mieux. On dirait que tu as compris. Tu ne faisais que nous mettre à l'épreuve, n'est-ce pas ?
— ……………………
— Même après avoir entendu parler de l'extermination des demi-humains, tu es resté si impassible… Tu sembles tellement habitué à ce genre de choses.
— ……………………
— Rassure-toi. Notre haine est bien réelle, mais nous ne nous laissons pas submerger par cette haine accumulée. Nous veillons toujours à garder dans notre cœur l'envie de nous amuser.
— Très bien. Je n'ai plus rien à faire avec vous.
— A-Alors, tu vas dissiper cette mystérieuse magie d'entrave !?
— … Pourquoi le ferais-je ?
— Hein ?
— Ai-je vraiment besoin de la dissiper ? Après tout… Je vais tous vous tuer ici même.
— Hein ? Heeeeeeeeein !?
Les visages des quatre individus, qui étaient convaincus de pouvoir s'en sortir vivants, se remplirent de stupéfaction.
— Vous n'avez pas compris lorsque j'ai retiré mon masque pour vous montrer mon véritable visage ?
À l'origine, un masque servait à dissimuler le visage de quelqu'un.
Le fait que je l'aie retiré signifiait…
— Cela ne me dérange pas que des gens qui vont bientôt mourir connaissent mon visage.
— I-Impossible !? Tu avais promis ! Si nous te parlions de la tribu Speed, tu nous laisserais tous vivre ! T-Tu… Tu as menti !
— J'ai dit que cela dépendrait du contenu de vos informations, n'est-ce pas ?
— Qu…
Après avoir entendu ce qu'ils venaient de raconter, il était hors de question que je les laisse partir.
Je les avais interrogés sur la tribu Speed dans le but de réévaluer à quel point ils étaient pourris jusqu'à la moelle.
— T-Traître ! Tu n'as donc aucun cœur humain, espèce d'hérétique… !
Voilà ce que disait un homme qui avait tenté de trahir ses compagnons quelques instants plus tôt.
Bien envoyé.
— Je ne fais qu'exterminer des gens que je n'aime pas, moi aussi. Après tout, vous faites exactement la même chose, n'est-ce pas ?
Dans le Pays lointain où ils se dirigeaient…
Parce que ses habitants étaient des demi-humains.
Parce qu'ils étaient des monstres.
C'étaient leurs seules raisons.
Et ils comptaient les massacrer sans la moindre pitié, n'est-ce pas ?
— Peu importe à quel point Nyaki était docile, vous ne l'avez pas épargnée. Simplement parce qu'elle n'était pas humaine, vous avez refusé de répondre à sa sincérité. C'est pourquoi, moi non plus… Je n'épargnerai aucun d'entre vous.
— Haaaaah !? Mais c'est quoi, cette connerie !? Arrête de déconner… ARRÊTE DE TE FOUTRE DE NOTRE GUEUUUUULE ! Tu n'es pas humain ! Crève ! Tiens ta promesse ! Et ensuite, va crever !
— Comme je le pensais, Nyaki lui a lavé le cerveau ! Putain de merde !
— Menteur, menteur, menteur, menteur, menteur, menteur, menteur, menteur, menteur, menteur, menteur, menteur !
— < Berserk >.
Splotch !
La première victime fut Myana.
Son corps éclata en une fleur de sang.
Myana mourut sur-le-champ.
En voyant ce qui venait de se produire, Yuugungu et Arene restèrent sans voix.
Le suivant serait Yuugungu.
— Attends, arrête… Hiiii… Guaaaaaah !?
Puis vint le tour d'Arene.
— C'est vrai ! Hé, tu peux faire ce que tu veux de moi, alors… Gugeeeeeh !?
Son sang éclaboussa mes joues.
Je l'essuyai avant de me placer devant Ruin.
— Tout… le monde… TOUT LE MONDEEEEEEEEE !
Ruin baissa la tête, l'air profondément abattu.
— Alors, ça veut dire… que c'était moi, hein…
— ?
— Celui à qui tu accordes le droit de survivre… Je vois… C'était donc moi.
— ……………………
Ce type…
Même moi, je ne m'attendais pas à entendre une chose pareille.
Ce type…
Il croit encore que je vais l'épargner.
— … Laisse-moi te poser une question, homme au masque de mouche.
— Quoi ?
— Qui… es-tu ? Quel est ton objectif en faisant tout cela ?
— L'une des raisons, pour faire simple… C'est que la survivante de la tribu Speed est mon amie.
— !
— Vous avez tué les parents et les compagnons de ma précieuse amie comme bon vous semblait… Pour quelle raison pensiez-vous que j'allais vous épargner ? Et vous avez raconté cet événement avec tant de joie… Quant à l'autre raison…
C'était tout simplement parce que…
— Je suis un vengeur.
— Un ven… geur… ?
— J'ai entrepris ce voyage pour me venger de cette déesse de merde… La déesse d'Alion.
— Quoi !? T-Te venger de Vysis-sama !? M-Mais c'est elle qui protège ce monde contre la Racine de tous les maux, tu le sais !?
— Je m'en fiche.
Peu importaient les sacrifices que je devrais consentir pour accomplir ma vengeance.
Peu importait à quel point sa cause pouvait sembler juste.
Rien de tout cela n'avait la moindre importance à mes yeux.
— Dès l'instant où j'ai découvert que vous étiez une unité secrète au service de cette déesse de merde, votre avenir était déjà condamné.
En réalité, ces gens étaient encore capables de hurler et de faire du bruit, même lorsqu'ils étaient empoisonnés.
Si je les épargnais ici, ils risqueraient de devenir de sérieux obstacles lorsque le camp ennemi passerait à l'action.
— Et surtout… Si je vous laissais partir, vous deviendriez certainement des vengeurs à votre tour. En tant que vengeur moi-même, je le sais parfaitement. La ténacité d'une personne animée par la vengeance est une chose véritablement terrifiante.
Je l'avais appris à mes dépens.
C'est pourquoi…
J'allais mettre un terme à tout cela ici.
Je n'allais pas laisser leur sort aux monstres.
Je m'en chargerais personnellement.
Je m'assurerais qu'ils meurent tous à cet endroit.
— La vengeance… La vengeance n'apporte rien ! Réfléchis encore !
Apparemment, Ruin avait décidé de passer à la persuasion.
Peut-être croyait-il sincèrement qu'il pouvait me convaincre.
Probablement parce qu'il pensait que nous étions tous les deux des êtres humains.
— La vengeance est vaine ! Elle n'apporte absolument rien !
— Hmph. Qu'est-ce que tu racontes ?
— ?
— C'est pourtant grâce à ma vengeance que je suis arrivé jusqu'ici.
— Quoi… ?
— Et puis… Ces paroles que tu viens de prononcer, alors que tu es précisément la cible de ma vengeance, tu ne peux quand même pas espérer qu'elles me convainquent.
— Guuuuuuh… ! Tu n'as jamais eu l'intention de m'épargner…
— Est-ce que tu mérites seulement d'être épargné ?
Je regardai par-dessus mon épaule les trois cadavres mutilés.
— Lorsque vous avez appris qu'un seul d'entre vous serait épargné, vous avez tous essayé de sauver votre propre peau, n'est-ce pas ?
Cependant, Nyaki…
— Alors qu'elle savait parfaitement qu'elle allait mourir… Nyaki était prête à se sacrifier pour nous aider.
— ……………… !
— Il est parfaitement évident de quel côté je vais me ranger.
— É-Épargne-moi ! J-Je ne veux pas encore mourir ! Est-ce que je peux faire quelque chose !?
— Tu me demandes si tu peux faire quelque chose, alors que tu n'as eu aucun problème à massacrer la tribu Speed ?
— T-Ton amie de la tribu Speed est une lâche !
— Hmm ?
— Si elle veut se venger, elle n'a qu'à le faire elle-même ! Et pourtant, elle te laisse te salir les mains à sa place ! Ne le fais pas toi-même, laisse-la s'en charger ! Tu ne trouves pas ça lâche !? Ne pas agir soi-même et laisser les autres se salir les mains…
— Tu te trompes.
— Sur quoi !?
— Cette personne…
Eve…
— Elle est encore en train d'accepter la mort de ses parents et de ses compagnons. Elle apprend à surmonter cette épreuve. En d'autres termes… C'est une personne admirable.
Elle semblait avoir trouvé sa propre manière de faire face à l'extermination de sa tribu.
Il ne fallait pas rester prisonnier de sa vengeance.
Elle essayait d'aller de l'avant.
Contrairement à moi.
Eve était une adulte.
— Mais moi, je ne suis qu'un gamin… Et un gamin comme moi pense qu'il ne peut pas laisser des gens comme vous s'en tirer impunément.
Après tout ce qu'ils avaient fait à la tribu Speed et à Nyaki…
Je ne pouvais pas supporter l'idée d'un avenir où ils continueraient à vivre tranquillement, sans le moindre souci.
Pourquoi donc ?
Il semblerait que j'étais en colère…
Bien plus en colère que je ne l'avais imaginé.
— Et puis… Je n'ai aucune intention d'impliquer Eve dans cette histoire.
Ce qui comptait pour elle, à présent, c'était d'être heureuse.
Elle n'avait rien à gagner à se retrouver mêlée aux affaires de ces individus.
Elle pouvait simplement vivre paisiblement avec Liz.
Et cela me suffisait amplement pour Eve.
C'est pourquoi…
Cela ne me dérangeait pas de me salir les mains à sa place.
En regardant Ruin, je remarquai qu'il avait tourné la tête dans une autre direction.
Il cherchait probablement un moyen de s'échapper.
Il semblait réfléchir désespérément à une solution pour sortir de cette situation.
— L-Les péchés peuvent encore être rachetés ! Tout le monde mérite la même chance, tout comme toi et moi ! Tous les humains y ont droit ! Si tu le souhaites, je me repentirai de ce que j'ai fait à l'époque ! Tout le monde mérite qu'on lui accorde cette possibilité !
— Cependant… Je ne t'accorderai pas cette possibilité.
— Pourquoi !?
— Comme tu l'as dit, je suis un hérétique, après tout.
Décidant d'en finir, je tendis le bras en direction de Ruin.
— Adieu.
▽
Après avoir contemplé les quatre cadavres pendant un moment, je me détournai.
Je plaçai mon index et mon pouce dans ma bouche, puis je sifflai.
C'était une technique qu'Eve m'avait enseignée lorsque nous étions chez Erika.
Peu après, Pigimaru et Slei apparurent et s'approchèrent de moi.
Je fis porter à Slei un sac de jute dans lequel j'avais entassé une partie de l'équipement et des bagages de l'Épée héroïque.
Puis nous nous remîmes en route.
Quant aux cadavres…
Je suppose que je n'ai pas vraiment besoin d'utiliser < Freeze > pour m'en débarrasser.
De toute façon, je n'avais pas de marteau sur moi.
Nous étions dans la Zone des Démons.
Les monstres et les bêtes sauvages viendraient naturellement dévorer leurs cadavres.
Pour l'instant, ma priorité était de retourner auprès de Seras et de Nyaki.
— ……………………
Je m'arrêtai un instant et regardai derrière moi.
— Vous remettiez ma santé mentale en question tout à l'heure, n'est-ce pas ?
Puis je regardai de nouveau devant moi et repris ma marche.
Bon sang…
Quelqu'un qui parcourt le monde entier pour assouvir sa vengeance…
— Il n'y a aucune chance que je sois sain d'esprit.