Chapitre 213
Chapitre 213 – Le bourbier appelé « humain »
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
— Gfuuuh…
Ruin Seal cracha du sang.
C'était peut-être parce qu'il avait crié aussi fort alors qu'il était déjà paralysé.
Ou plutôt…
Alors, il est possible de parler même lorsqu'on est paralysé, hein ?
Effectivement, cet homme était peut-être exceptionnel.
Cependant, laisser ses émotions exploser de cette manière dans son état était la pire chose à faire.
Il avait probablement subi des dégâts considérables à l'instant.
— Tu es plutôt du genre émotif, n'est-ce pas, Ruin Seal ?
Son apparence correspondait parfaitement à la description que Nyaki m'avait donnée.
Un épéiste aux cheveux noirs.
Tout en parlant, je me glissai à travers une ouverture de leur petite fortification et pénétrai à l'intérieur.
— Hééé… C'est plus spacieux que je ne le pensais, ici.
— ………… !
Les quatre individus paralysés me fixaient du regard.
— Cela dit, cet endroit est quand même un peu étroit lorsqu'on doit accueillir un invité.
— !
J'attrapai Ruin par ses vêtements et le traînai à l'extérieur.
Je fis ensuite sortir les autres membres du groupe.
Naturellement, aucun d'entre eux ne pouvait résister à ma poigne.
Grâce aux sphères lumineuses qu'ils avaient lancées un peu plus tôt, les environs étaient désormais parfaitement éclairés.
Je m'assis alors en tailleur, à un endroit d'où je pouvais voir les quatre individus étendus au sol.
Puis, regardant Ruin, je pris la parole.
— Tu es vraiment fort, n'est-ce pas ?
Et il l'était réellement.
Il était bien plus puissant que Satsuki.
J'avais entendu dire que ces deux hommes étaient considérés comme les membres les plus puissants de leur groupe.
Mais en réalité, un fossé insurmontable les séparait.
C'était probablement à ce point que Ruin Seal était puissant.
Au milieu de ce cri assourdissant qui avait détourné leur attention…
Il avait été le premier à détecter mon approche.
Si l'on mettait sa personnalité de côté, il n'était pas étonnant qu'on le surnomme la lame secrète de cette déesse de merde.
— ……………………
Si je les écrasais tous ici, ce serait vraiment formidable.
Cependant, si les humains pouvaient nous rapporter des points d'expérience, cet homme aurait constitué une proie particulièrement intéressante.
Cela avait également été le cas avec Civit.
Quel gâchis, vraiment.
— Je sais que vous faites partie de l'Épée héroïque. Vous étiez l'unité secrète au service de Vysis, n'est-ce pas ? Nyaki m'a tout raconté.
— !
À la mention du nom de Nyaki, les visages des quatre hommes changèrent.
De la colère…
Non, je pouvais sentir une haine intense émaner d'eux.
— Et puis, autre chose…
Je poursuivis sur un ton désinvolte, tout en jetant un regard vers le cadavre de Satsuki, dont seuls les pieds dépassaient d'une ouverture.
— Vos compagnons… Toad et Bardwitcher ont été les premiers que j'ai tués.
— …………… !
Voilà une bonne réaction.
— Non… À vrai dire, je suppose que ce n'est pas tout à fait exact. Après tout, c'est Toad qui a tué Bardwitcher. Ils parlaient vraiment beaucoup, pour des gens qui allaient mourir de toute façon. C'était Ruin, je crois ? Il a aussi parlé de toi en pleurant.
— Espèce… d'en… foiré ! Je ne te pardonne… Gbfuuuh !?
Les yeux embrasés de fureur, Ruin avait tenté de parler.
Mais cet effort endommagea une nouvelle fois ses organes internes, et il vomit du sang.
Il essaya de se relever…
Cependant, ses genoux cédèrent et il s'immobilisa de nouveau.
— ……………………
Ce type semble particulièrement bouleversé par mes paroles…
Je suppose que ce n'est pas une mauvaise idée de lui infliger des dégâts de cette manière.
D'ailleurs, il semblait que les avoir déplacés un peu plus tôt n'avait servi à rien.
Apparemment, une personne paralysée ne subissait aucun dégât tant qu'elle n'essayait pas de bouger de sa propre volonté.
Cependant, seuls les individus les plus puissants pouvaient encore effectuer des mouvements sous l'effet de la paralysie.
Les personnes qui ne possédaient pas suffisamment de force étaient incapables de faire bouger leur corps par leur propre volonté, même en essayant désespérément.
Dans ce cas…
La compétence < Berserk >, qui permettait de « forcer » le corps de quelqu'un à bouger contre sa volonté, pouvait véritablement être considérée comme une capacité déloyale.
— Quant à ce Nana Tout, il a été tué par Satsuki.
— !?
— Vous avez vu Satsuki vous attaquer, n'est-ce pas ? J'avais également placé Nana Tout dans cet état. Finalement, Satsuki a estimé qu'il n'y avait plus rien à faire pour lui et a pris la décision de le tuer. Ensuite, j'ai placé Satsuki dans le même état et je vous l'ai envoyé.
— !!!
J'avais presque l'impression d'entendre leur colère et leurs gémissements silencieux.
— Cependant, il reste encore quelqu'un de votre groupe en vie.
Sur ces mots…
— < Poison >.
J'infligeai l'état Poison aux quatre individus.
Je réglai la compétence sur « Non mortel ».
Enfin, je ne pensais pas vraiment avoir besoin de l'utiliser sur Ruin, puisqu'il bougeait déjà de lui-même.
S'il s'agissait d'affaiblir son corps, il s'en chargeait déjà tout seul.
Les quatre hommes commencèrent à gémir.
Je les observai souffrir pendant un moment.
Puis je poursuivis.
— Hé, que diriez-vous de conclure un marché ?
Tous les quatre tournèrent simultanément leur attention vers moi.
— Je viens de vous dire qu'un membre de votre groupe était encore vivant, n'est-ce pas ? Cette fille qui s'appelle Caro. Je l'ai laissée partir.
Les quatre hommes me regardèrent comme s'ils me demandaient pourquoi.
— Bien sûr que je l'ai laissée partir. Après tout, Caro a vendu ses propres compagnons.
— ! C-C'est un mensonge… Gfuuuh !?
Ruin n'avait pas pu s'empêcher de protester et subit de nouveaux dégâts.
— Libre à vous de me croire ou non.
Enfin, c'est effectivement un mensonge.
— ……………………
Je ne sais pas s'ils peuvent encore rassembler leur puissance magique lorsqu'ils sont paralysés…
Ce serait gênant si je me faisais toucher, ne serait-ce que par un sort nécessitant une incantation.
Je me levai donc et examinai l'équipement des quatre hommes.
Un peu comme lors d'une fouille corporelle.
Lorsqu'on utilisait un sort incantatoire ou une technique magique, la puissance passait par un outil magique.
Les seules exceptions étaient les compétences uniques des héros venus d'un autre monde.
Je retirai donc tout ce qui ressemblait à un outil magique et le jetai sur place.
Ensuite, je levai la paralysie uniquement sur leurs têtes.
— M-Merde, putaaaaain… Hein !? Je peux parler maintenant !?
Yuugungu eut la réaction que j'avais l'habitude d'observer lorsque je modifiais les paramètres de ma paralysie.
Les trois autres réagirent de la même manière.
Ils essayèrent tous de bouger leur corps en premier.
Cependant, je ne leur avais pas accordé cette possibilité.
Apparemment, à l'exception de Ruin, aucun d'entre eux n'était capable de bouger.
Enfin…
S'ils parvenaient à bouger malgré tout, un véritable enfer les attendrait.
Yuugungu, dont le corps restait plaqué contre le sol, leva vers moi un regard furieux.
— Toi… Mais putain, t'es quoi au juste !? Et en plus, tu portes ce foutu masque du Seigneur des Mouches…
Apparemment, ils ignoraient réellement la mort de Civit.
Comme je m'y attendais, ils ne connaissaient même pas l'existence de l'Escadron du Seigneur des Mouches.
Enfin, peu importe.
— Bien, maintenant…
Je baissai les yeux vers les quatre hommes et pris la parole.
— Je vais commencer à vous poser quelques questions. Et j'épargnerai celui qui me donnera les réponses les plus utiles.
Je sentis les quatre hommes frissonner.
Puis ils échangèrent des regards.
— Alors… Je me demande lequel d'entre vous, en dehors de Caro, parviendra à survivre.
— … Pourquoi ?
Tremblant de colère, Ruin m'interrogea.
— Pourquoi fais-tu ça !? C'est Nyaki !? Elle t'a bourré le crâne avec ses histoires, c'est ça !?
— … Qui sait ? Quoi qu'il en soit, je vais commencer mon interrogatoire. Ma première question sera…
J'énonçai mes questions les unes après les autres.
Cependant, personne ne répondit.
Ils se contentèrent de m'insulter.
Enfin, peu m'importaient les injures qu'ils pouvaient me cracher au visage.
Ce que je faisais méritait effectivement d'être maudit.
Et ce n'étaient pas quelques insultes qui allaient m'émouvoir.
Cependant…
— Cette putain de Nyaki ! Cette salope inutile ! C'est une blague ou quoi !? Ne crois surtout pas que je vais tuer cette gamine aussi facilement !
— Évidemment qu'on ne la laissera pas s'en tirer comme ça, cette sale bête !
— Après tout ce qu'on a fait pour elle… C'est vraiment horrible ! C'est trop injuste !
… La seule chose qui m'irritait était leur manière de s'en prendre à Nyaki.
Ruin lança alors un appel désespéré à ses trois compagnons.
— Tout le monde ! Nous allons forcément surmonter cette situation ! C'est maintenant que nous devons unir nos pensées autour de Nyaki !
Les supplications inutiles de Ruin continuèrent.
— Aucun de nous ne trahira ses compagnons ! Tu as sous-estimé notre solidarité, homme-mouche ! Ton plan était donc voué à l'échec dès le départ… Gfuuuh !?
Alors que Ruin continuait à débiter toutes sortes de choses, je lui donnai un coup de pied dans le flanc.
— Garde tes réflexions pour toi. Cela mis à part, aucun de vous n'a répondu à ma question.
— … Imbécile. Tu ne connais rien aux liens qui nous unissent. Personne ne te répondra jamais !
— Je vois. C'est justement ce que je me demande… Plus le temps passe, plus la douleur devient intense. Et lorsque ce moment arrivera… C'est là que les choses sérieuses commenceront.
Ces hommes étaient désormais sous l'effet de mon < Poison >.
Plus le temps passerait, plus leur souffrance s'intensifierait.
Tout ce qu'il me restait à faire…
C'était attendre.
Et apparemment, je n'allais pas avoir à patienter très longtemps…
Car ce moment finit par arriver.
Alors que je passais le temps en fouillant l'équipement et les bagages que j'avais retirés aux membres de l'Épée héroïque…
— Guuh… H-Hé… Hé !
Yuugungu m'interpella d'une voix dont le ton était très différent de celui qu'il avait employé pour m'insulter.
— Quoi ?
Les effets du poison s'accumulaient et les quatre hommes commençaient visiblement à s'affaiblir.
J'avais réglé le poison sur « Non mortel ».
Autrement dit, ils ne pouvaient pas en mourir.
S'ils avaient été capables de mourir aussi facilement, ils auraient depuis longtemps été dévorés par les monstres de la Zone des Démons…
Le seul moyen de mettre fin à leurs souffrances était donc que quelqu'un les achève.
Plus ils s'affaiblissaient, plus il devenait difficile de continuer à bluffer.
C'était pourquoi même Ruin ne pouvait pas choisir de se suicider.
En effet, les dégâts qu'il subirait en forçant son corps à bouger sous l'effet de < Paralyze > l'en empêchaient.
C'était véritablement un enfer sur terre.
Et j'avais déjà expliqué tout cela aux quatre hommes.
— Ce que tu as dit tout à l'heure… C-C'est vrai ?
— … Tu parles du fait que j'épargnerai celui qui me donnera les réponses les plus utiles ?
— O-Ouais.
Il y avait désormais dans la voix de Yuugungu une émotion qui n'existait pas quelques instants plus tôt.
La peur.
Je pense qu'il commençait enfin à comprendre.
Cette situation allait se prolonger sans la moindre pitié.
— H-Hé, Yuugungu !? Ne me dis pas… que tu vas faire ce qu'il demande !?
— La…
— La ?
— LAAAAA FERME !
Yuugungu explosa de colère.
— Si ça continue, je vais mourir comme n'importe qui ! Je ne veux pas mourir !
J'arrêtai de fouiller leurs affaires et me tournai de nouveau vers les quatre hommes.
— Je tiens à vous rappeler une chose. Si plusieurs personnes me donnent la même information, je privilégierai celle qui aura répondu en premier.
Ruin serra les dents et me lança un regard si meurtrier qu'il semblait vouloir me tuer rien qu'en me fixant.
— Qui diable accepterait de faire ce que…
— L'objectif de Vysis est d'exterminer les demi-humains et les monstres du Pays lointain !
Un silence glacial s'abattit sur les lieux.
La première personne à avoir révélé une information…
C'était Arene.
— ……………………
Ça y est.
Les choses sérieuses commençaient enfin.