Chapitre 215
Chapitre 215 – Famille
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Lorsque je revins, une odeur de sang flottait dans l'air.
— Touka-sama.
En me voyant apparaître, Seras porta une main à sa poitrine, soulagée.
— Pigimaru-dono, Slei-dono… Je suis heureuse de voir que vous êtes également sains et saufs.
Baissant les yeux vers les herbes tachées de sang, je lui demandai :
— Vous avez rencontré quelqu'un ?
— Oui. L'un des membres de l'Épée héroïque est apparu un peu plus tôt.
— Et tu as gagné, hein ?
— Oui.
— Tu es blessée ?
— Je n'ai subi aucune blessure.
— … À part Ruin et Satsuki, les autres membres ne semblaient pas posséder de capacités particulièrement remarquables. Les deux plus puissants étaient probablement Satsuki et Ruin. C'étaient donc les deux adversaires dont je devais absolument m'occuper personnellement.
Lorsque j'avais utilisé < Paralyze > sur Ruin et les autres, j'avais compris qu'il manquait une personne.
Quelqu'un s'était séparé de Satsuki et de Nana Tout.
J'avais donné pour instruction à Seras et aux autres de fuir s'ils rencontraient Ruin ou Satsuki, mais…
— C'était Caro, n'est-ce pas ?
— Oui. Cependant, je l'ai tuée. Je ne voulais pas que son corps reste sous les yeux de Nyaki-dono, alors je l'ai déplacé là-bas.
Sa voix avait une légère dureté.
Seras devait être considérablement en colère.
Probablement surtout à cause de ce qu'ils avaient fait subir à Nyaki.
— Je comprends. Comment dire… Je suis désolé de t'avoir laissée t'en occuper.
— Non… Je suis heureuse que vous me fassiez confiance, vous savez ?
— Je pensais que tu pourrais vaincre n'importe lequel d'entre eux, à l'exception de Satsuki et de Ruin. C'est pourquoi je te les ai laissés.
Avec une pointe d'espièglerie dans la voix, Seras serra légèrement le poing dans un geste victorieux.
— Après tout, je suis la vice-commandante de l'Escadron du Seigneur des Mouches.
— Je continuerai à compter sur toi à l'avenir.
— Oui, vous pouvez compter sur moi.
Après m'avoir adressé un sourire radieux, Seras retrouva son expression sérieuse.
— Que s'est-il passé de votre côté ?
— Je les ai tous écrasés.
En entendant mes paroles, les oreilles de Nyaki frémirent.
— T-Touka-san… Vous avez vaincu l'Épée héroïque, nya !?
— Ouais.
— Funyaaaa…
Nyaki semblait sincèrement stupéfaite.
— J'ai également obtenu à peu près toutes les informations dont j'avais besoin. Et j'ai récupéré quelques objets intéressants.
Il s'agissait apparemment d'outils magiques.
Des objets qui m'avaient justement manqué pendant notre voyage.
— Je n'en ai emporté qu'une quantité qui ne gênera pas nos déplacements.
— Si vous avez déjà éliminé tous les membres de l'Épée héroïque… Cela signifie-t-il que nous pouvons nous reposer un moment ?
— Non… Je pense qu'il vaudrait mieux rejoindre le Pays lointain aussi rapidement que possible.
Cette déesse de merde pourrait passer à l'action pendant que nous nous reposons.
— Nyaki, est-ce que tu peux marcher ?
Je remarquai des bandages enroulés autour du corps de Nyaki.
Seras lui avait apparemment prodigué des soins.
— J'ai appliqué quelques onguents sur ses contusions, mais… À part cela, je pense que Nyaki-dono aurait besoin de repos.
Je vois.
Nyaki manquait également de sommeil.
Alors que nous en discutions…
— Ç-Ça va aller, nya ! Nyaki peut encore faire de son mieux, nya !
Nyaki tenta de nous montrer qu'elle était toujours pleine d'énergie.
Cependant…
— Slei, je peux compter sur toi ?
— Burururuuu.
▽
— Hanyaaaa…
Nyaki était installée sur le dos de Slei.
— Tu peux simplement t'allonger. Slei saura parfaitement te maintenir pour t'empêcher de tomber.
— J-Je ne peux pyas faire ça ! Alors que tout le monde est réveillé et marche, ce serait scandaleux que Nyaki soit la seule à dormir, nya !
— Très bien, dans ce cas.
Je m'approchai d'elle et levai un bras.
— < Sleep >.
Les paupières de Nyaki commencèrent à se fermer.
Puis son petit corps perdit progressivement ses forces.
— Funyaaaa…
Le haut de son corps bascula vers l'avant.
Cependant, Slei amortit habilement son mouvement et la rattrapa avec son dos.
Nyaki s'endormit ainsi sur Slei.
— Pigimaru, tu peux l'aider à ne pas tomber, juste au cas où ?
— Poyon !
Pigimaru bondit hors de ma robe et sauta lui aussi sur le dos de Slei.
Il glissa ensuite le long de son corps et se faufila habilement sous la tête de Nyaki.
Je vois.
Il allait lui servir de coussin, ou plutôt d'oreiller.
— Fufu. Vos êtes toujours aussi habile, Pigimaru-dono.
— Pyuu ♪
— Au fait, vous n'avez pas besoin de vous reposer, vous aussi ?
Lorsque je posai la question à Seras et aux autres…
— Compte tenu de l'emplacement du Pays lointain, plus nous nous en approcherons, plus nous nous éloignerons des profondeurs de la Zone des Démons. Si nous devons nous reposer, je pense qu'il serait préférable d'avancer aussi loin que possible avant de le faire.
— Piiiii.
— Bururuuu.
Pigimaru et Slei semblaient également d'accord.
— Très bien. Alors continuons encore un moment.
— Et vous, Touka-dono ? Vous êtes certain de pouvoir continuer ?
— Aucun problème. Comparé à ce que j'ai vécu dans les Ruines de l'Élimination, c'est le paradis.
Nous approchions désormais de l'endroit où se trouvaient les cadavres de Ruin et de ses compagnons.
Nous fîmes donc un détour pour éviter cette zone et poursuivîmes notre route.
Je ne savais pas si c'était à cause de la lumière des sphères lumineuses…
Ou peut-être de l'odeur du sang qui émanait des cadavres.
Mais je pouvais sentir la présence de monstres qui se rassemblaient autour de l'endroit où gisaient les membres de l'Épée héroïque.
… Je suppose que ces monstres sont déjà en train de « s'occuper » des cadavres.
Éloignons-nous pendant que nous le pouvons encore.
Nous continuâmes donc à marcher.
Ce ne fut que lorsque le ciel commença à s'éclaircir légèrement que nous décidâmes enfin de faire une pause.
— Funyaaaaa… ? ………… Hanyaaa !? R-Ruin-san, tout le monde, pardonnez-moi, nya ! N-Nyaki s'est endormie sans le vouloir… ………… Funya ?
Nyaki se redressa brusquement, faisant glisser le tissu qui la recouvrait, puis se figea.
Du coin de l'œil, elle aperçut Seras et moi, assis côte à côte.
— C'est l'heure de manger, Nyaki.
— Funyanyaa… ?
Je lui tendis de la viande séchée et de l'eau, ainsi que quelques compléments alimentaires.
Ces compléments provenaient du sac de cuir magique.
Cependant, Nyaki risquait d'être surprise si je les lui donnais avec leur récipient. Je me contentai donc de lui en remettre le contenu.
— C-C'est possible que… Tout ça soit pour Nyaki, nya ?
— Hmm ? Oui, c'est ça.
— A-Autant… E-Est-ce que c'est vraiment permis, nya !?
— … Oui, tout est pour toi.
Nyaki porta la viande séchée à sa bouche, mais s'arrêta de nouveau pour me regarder.
— Allez, mange.
Nyaki mordit dans la viande séchée.
Puis elle continua à manger, les yeux brillants.
Je claquai intérieurement la langue.
Ces salauds de l'Épée héroïque…
À quel point la nourrissaient-ils mal… ?
Et en plus de ça, ils lui faisaient porter leurs bagages tout en l'empêchant de dormir correctement… Ils étaient vraiment complètement dérangés.
— Fugunyaa !?
Nyaki semblait s'être étouffée avec un morceau de viande.
J'étais sur le point de me lever pour l'aider.
Cependant, Seras, qui se trouvait plus près d'elle, se précipita avant moi.
Elle lui fit rapidement boire de l'eau tout en lui frottant le dos.
Puis Seras laissa échapper un petit rire.
— Tu n'as pas besoin de manger aussi vite. La viande que tu tiens dans tes mains ne va pas s'enfuir.
— P-Pardon… nez-moi, nya… Kof.
— … Tu n'as vraiment pas besoin de te dépêcher, tu sais ?
Ah…
Je comprends.
Je vois.
Si elle se dépêchait autant de manger…
C'était parce qu'on ne lui avait jamais permis de prendre son temps pour le faire.
Je mordis dans mon propre morceau de viande séchée.
Tout en le mâchant, je me mis à réfléchir.
Je suis vraiment heureux d'avoir rencontré Nyaki ici.
Si nos chemins ne s'étaient pas croisés, Nyaki aurait peut-être fini par mourir sans jamais pouvoir manger convenablement.
— Fuguh… Funyaaaa…
— Q-Qu'est-ce qui ne va pas, Nyaki-dono… ?
Seras sembla soudain déconcertée.
Nyaki, qui tenait toujours un morceau de viande séchée dans sa main…
Pleurait.
— J-Je suis désolée, nya… Nyaki… Cela faisait tellement longtemps que Nyaki n'avait pas ressenti autant de chaleur pendant un repas… Cela faisait tellement longtemps que mon cœur n'avait pas été aussi rempli de chaleur et de bonheur… Depuis l'époque où je vivais avec Neenya et Mainya, nya… Funyaaaa…
Nyaki pleurait tout en souriant.
Il lui restait même un petit morceau de viande au coin de la bouche.
Puis elle se mit à nous remercier encore et encore.
— Ça suffit, les remerciements. Contente-toi de manger. Mais… Essaie de ne pas t'étouffer cette fois, d'accord ?
Je lui dis cela d'une voix douce, sur un ton légèrement taquin.
— Oui, nya ♪
Les larmes coulant encore sur ses joues, Nyaki m'adressa un adorable sourire.
▽
Alors que Nyaki contemplait avec émotion les compléments alimentaires qu'elle tenait dans sa main, je lui posai une question.
— … En réalité, notre destination est également le Pays lointain. Ce n'est pas que j'aie besoin de toi pour y entrer, puisque le hasard a fait que je possède déjà la « clé » permettant d'y accéder. Cependant, j'envisageais de t'emmener avec nous. Nyaki… Est-ce que tu voudrais nous accompagner, au moins pour le moment ?
— O-Oui, nya ! Si cela ne vous dérange pyas, Nyaki aimerait vous suivre où que vous alliez, nya !
— Très bien. S'il arrive quoi que ce soit, je ferai de mon mieux pour te protéger. Tu peux être tranquille à partir de maintenant.
— Touka-san… Merci infiniment, nya. Un jour, Nyaki vous rendra certainement cette gentillesse, nya !
Je laissai échapper un petit rire.
— Tu exagères beaucoup trop, Nyaki.
… Maintenant que j'y pense.
— Au fait, Nyaki.
— Funyaa ?
— Cette « Mama-san », ainsi que « Neenya » et « Mainya »… Est-ce que tu pourrais nous parler un peu d'elles ?
L'Épée héroïque était une unité secrète au service de la déesse.
Et Nyaki, la Bête divine, les accompagnait.
Il y avait donc de fortes chances que la famille de Nyaki…
Ces personnes qu'elle appelait « Mama-san », « Neenya » et « Mainya », probablement sa mère et ses sœurs, soient des habitantes d'Alion.
Je ne voulais pas les rencontrer sur un champ de bataille et finir par les tuer accidentellement.
Cette possibilité n'était pas nulle.
C'est pourquoi je voulais connaître leurs noms et leurs caractéristiques.
— Mama-san… C'est elle qui a recueilli Nyaki lorsqu'elle était toute seule et qui l'a élevée, nya. Mais Mama-san est arrivée au terme de sa vie et elle est morte…
En voyant l'expression triste de Nyaki, Seras tenta de la réconforter avec un sourire.
— Ta maman était une personne très gentille, n'est-ce pas ?
— Oui, nya… Nyaki aime énormément Mama-san, nya.
— ……………………
Cela aurait été merveilleux si elle avait pu continuer à vivre paisiblement avec cette Mama-san, mais…
— … Neenya et Mainya sont toujours vivantes, n'est-ce pas ?
— Oui, nya !
Le visage de Nyaki s'illumina.
— Neenya et Mainya n'ont aucun lien de sang avec Nyaki, nya.
Cela signifie que Nyaki est probablement la seule Bête divine de la famille.
— Mais, mais ! Neenya et Mainya traitent Nyaki comme si nous étions une vraie famille, nya ♪ Elles sont toutes les deux très gentilles, nya ♪ Nyaki aime vraiment, vraiment, vraiment beaucoup sa famille, nya ♪
Elle semblait sincèrement heureuse.
— Je vois… C'est merveilleux d'avoir des personnes aussi gentilles dans sa famille.
— Oui, nya !
— Et ces Neenya et Mainya, comment s'appellent-elles ?
— Oui, nya. Tout d'abord, le nom de Neenya est…
Une expression pleine de nostalgie sur le visage, Nyaki répondit :
— Nyantan Kikeepat, nya.