Chapitre 210
Chapitre 210 – La distorsion dans les ténèbres
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
— … Quelque chose de dangereux approche.
— Ruin, qu’est-ce que tu…
— Tout le monde, en position de combaaaaat !
s’écria Ruin.
Les trois autres comprirent immédiatement.
Quelque chose était en train de se produire.
Tout le monde se mit aussitôt en état d’alerte.
L’intuition de Ruin lui disait quelque chose.
Ils étaient ensemble depuis longtemps.
Dans ce genre de situation, neuf fois sur dix, une véritable crise était imminente.
Combien de fois l’intuition de Ruin les avait-elle sauvés ?
Ils se placèrent donc dos à dos et formèrent un cercle.
Regardant par-dessus son épaule, Yuugungu demanda :
— Quelque chose de dangereux approche !?
— Je ne sais pas ce que c’est… mais quelque chose d’incroyablement dangereux arrive !
Ils ne disposaient d’aucune information précise.
Cependant, personne ne douta de ses paroles.
— Myana, déploie la Forteresse de Bruit Blanc !
— Hein !? L-La forteresse est vraiment nécessaire !?
— Vite !
— J-J’ai compris !
Myana glissa sa main droite dans un gantelet.
C’était un gantelet violet foncé qui ne remontait pas jusqu’à son coude.
Il s’agissait d’un outil magique d’incantation doté de protubérances caractéristiques semblables à des cornes.
Seules les personnes choisies par ce genre d’outil magique pouvaient les utiliser.
Et cet outil magique avait choisi Myana.
Lorsqu’elle injecta de la puissance magique dans le gantelet, les parties cristallines incrustées dans l’outil magique émirent une lumière blanc bleuté.
Des lettres lumineuses apparurent alors autour d’elle.
Elles flottaient autour de Myana, donnant l’impression qu’elle se trouvait au centre d’un anneau de lumière.
Ces lettres flottantes représentaient le texte qu’elle devait réciter.
Cependant, elle n’avait désormais plus besoin de le lire.
Myana commença son incantation.
— Ô toi qui ne peux voir, prends garde… Ô toi qui joues avec le destin théâtral, pécheur qui manipules l’intangible… Par le sixième nom décapité par la lame du Dieu de la Destruction, magicien tapageur qui aspire à la jeune fille d’argent… « Bruit Blanc » !
Une fois l’incantation terminée, la lumière formée par le texte fut absorbée dans le dos de sa main.
Puis…
Une plaque transparente de forme carrée apparut dans les airs.
Elle mesurait environ deux mètres de longueur et de largeur.
Un motif ressemblant à une tempête de sable apparaissait dessus.
Non.
Cette « tempête de sable » était en mouvement.
C’était comme si une tempête de sable se déroulant quelque part était projetée directement sur la plaque.
Cette plaque obstruait donc le champ de vision de ceux qui la regardaient.
Cependant, c’était exactement ce que Ruin recherchait.
Myana produisit plusieurs de ces plaques.
Puis, tout en ajustant la quantité de puissance magique utilisée, elle les immobilisa dans les airs.
Comme on pouvait s’y attendre de Myana.
En un clin d’œil, elle avait disposé ces plaques autour d’eux de manière à former une sorte d’hémisphère imparfait.
Mode Forteresse.
Ces plaques pouvaient également servir de murs défensifs.
Autrefois, ils les utilisaient souvent lorsqu’ils se retrouvaient dans une situation défensive défavorable.
Cependant, depuis quelque temps, ils n’avaient plus eu besoin de s’en servir.
— Je me demande depuis combien de temps tu n’avais pas utilisé le Mode Forteresse.
dit Yuugungu en observant prudemment l’extérieur à travers les interstices.
Ils étaient entièrement entourés par un hémisphère irrégulier, mais celui-ci n’était pas complètement fermé.
Il restait une ouverture par laquelle ils pouvaient passer en se baissant.
Cependant…
Depuis l’extérieur, il était impossible de voir leur « corps entier ».
Si quelqu’un à l’extérieur voulait les voir en entier…
Il devait s’approcher de l’ouverture et regarder à l’intérieur depuis cet endroit.
— …
Pourtant, Ruin continuait de s’interroger.
Même après que Myana eut déployé cette forteresse, quelque chose le préoccupait toujours.
« C’est dangereux si mon corps entier est visible. »
Il n’avait aucune raison précise de penser cela.
C’était simplement son intuition qui le lui soufflait.
Cependant…
Quel était exactement ce danger ?
Était-ce sans risque si l’ennemi ne voyait que « la moitié de leur corps » ?
Pourquoi avait-il l’impression qu’il serait dangereux que leur corps entier soit exposé ?
Il n’en savait rien.
De plus, le crépuscule tombait…
Lorsque l’obscurité arriverait, le champ de vision de chacun se réduirait naturellement.
Cela brouillerait également leur perception des distances.
(Si le danger vient du fait que l’ennemi puisse voir notre corps entier, devrions-nous attendre que la nuit enveloppe complètement les environs dans les ténèbres… ?)
— …
(Non…)
Il devait reconsidérer cette idée.
Son intuition lui disait…
« L’obscurité complète leur sera encore plus défavorable. »
Et lorsqu’il pensa cela…
(L’ennemi possède-t-il une vision nocturne ? Dans ce cas, ce doit effectivement être un monstre, non ?)
Plus il y réfléchissait, plus la situation lui paraissait inquiétante.
(Ça signifie que l’ennemi excelle dans le combat à longue distance… ?)
Il avait confiance en ses capacités au corps à corps.
Il était convaincu de pouvoir vaincre n’importe qui dans un affrontement frontal.
Même « le Plus Puissant de l’Humanité ».
Peu avant cette mission, la Déesse avait dit à Ruin :
« Toi et Satsuki-san êtes mes précieux atouts. Il est dangereux de compter sur “le Plus Puissant de l’Humanité” ou sur les Héros venus d’un Autre Monde pour quoi que ce soit. J’ai besoin d’alliés convenables qui comprennent la raison. Oui, exactement. Si “le Plus Puissant de l’Humanité” ou les Héros venus d’un Autre Monde devenaient fous et se retournaient contre moi, j’aurais besoin de personnes vertueuses pour me protéger. Cependant, je ne veux pas que l’on sache pour l’instant que je possède des alliés capables de leur tenir tête… Alors, pour le moment, veuillez dissimuler autant que possible votre véritable puissance au monde. Le moment n’est pas encore venu pour vous de montrer votre force. »
(À ce moment-là…)
Avant qu’il ne quitte la chambre de la Déesse…
Elle l’avait rappelé.
« Si Civit Gartland, “le Plus Puissant de l’Humanité”, est le plus puissant parmi les humains… alors “l’Épée Héroïque”, Ruin Seal, est le plus puissant que je connaisse parmi ceux qui portent la Lignée des Héros. Et lorsqu’il est question de potentiel de croissance… tu surpasseras largement “le Plus Puissant de l’Humanité”. Je peux te le garantir. »
Il avait même reçu l’approbation de la Déesse.
Le plus puissant.
Un guerrier.
Il avait autrefois aperçu Civit Gartland.
À cet instant, il avait immédiatement compris.
Civit Gartland possédait cette pression que seuls les êtres d’une puissance absolue pouvaient dégager.
(Cependant, cette « chose » qui approche… dégage quelque chose de différent.)
C’était différent.
L’ennemi n’était pas un guerrier.
Il dégageait simplement…
Une pure aura sinistre.
Oui.
Quelque chose dégageant une telle aura approchait…
— … Fuuu.
(Inutile de réfléchir à des choses qui ne mènent nulle part. Quoi qu’il en soit…)
Ruin expira et interrompit un instant le flot de ses pensées.
(Je vais simplement faire confiance à mon intuition.)
Suivre son intuition prophétique.
C’était censé les mener vers la bonne décision.
Cela avait toujours fonctionné ainsi.
D’une certaine manière, on pouvait dire que l’intuition de Ruin ressemblait à de la divination.
Il ignorait cependant s’il existait réellement un lien entre les deux.
Mais lorsqu’il suivait les conseils de son intuition, la chance finissait par lui sourire ou il parvenait à éviter un malheur.
Après avoir retrouvé son calme, Ruin inspira profondément avant de crier :
— Qui êtes-vous !? Montrez-vous ! Nous sommes ceux qui ont reçu les ordres de la Déesse Vysis, « l’Épée Héroïque » ! Je ne pense pas que vous ayez quoi que ce soit à gagner à vous faire de nous des ennemis ! Peut-être y a-t-il simplement un malentendu ! Qu’en pensez-vous !? Pourquoi ne pas commencer par discuter !?
Il tenta d’interpeller l’ennemi, mais ne reçut aucune réponse.
À mesure que l’obscurité s’épaississait, un silence paisible s’installait également.
Arene, le visage tendu, regarda à travers un interstice.
— Dis, Ruin. Satsuki et les autres… Est-ce qu’ils vont bien ?
— … Peut-être que Satsuki et les autres n’ont pas rencontré cette anomalie. Peut-être que nous sommes les seuls, ici… à avoir croisé cette « chose ».
Regardant lui aussi dehors, sa grande hache en main, Yuugungu demanda :
— Qu’est-ce que tu en penses ? Tu crois que c’est un Visage Humain ?
— Non, nous ne sommes pas dans les profondeurs… Nous sommes plutôt proches de la périphérie. Je ne pense pas qu’il existe dans cette zone un monstre représentant une menace supérieure à le Visage Humain que nous avons abattu la dernière fois.
À ces mots, Myana, devenue pâle, déglutit.
— Alors… qu’est-ce que c’est que ça…
— Cependant, il y a une chose dont je suis certain. Nous sommes proches du Pays Lointain.
— ! Tu veux dire que l’autre camp a détecté notre présence et nous a tendu une embuscade avant même qu’on arrive !?
— Peut-être.
— Merde ! Ça veut donc dire que ces faux humains ne restent pas enfermés dans leur trou infernal en permanence !
— … Pourtant.
Les habitants du Pays Lointain.
Étaient-ils vraiment…
Des êtres aussi effrayants ?
Il avait l’impression que quelque chose ne collait pas…
Cette sensation.
Il n’avait absolument pas l’impression qu’il s’agissait des mêmes personnes.
Ils refusaient de combattre.
C’étaient des êtres qui n’avaient fait que fuir.
Au bout du compte, ce n’étaient que des lâches qui s’étaient réfugiés dans leur paradis.
(Non… Est-ce vraiment ce genre de lâches que nous affrontons ? Dans ce cas…)
— C’était exactement comme Vysis-sama l’avait dit.
— Ruin ?
— Comme prévu… Nous devons les exterminer. Ces enfoirés du Pays Lointain.
Cette aura inquiétante.
Cette sensation sinistre.
Il n’aurait même pas été surpris si la véritable identité de l’être qui se trouvait devant eux avait été le Grand Empereur Démon.
(Enfin, si c’était le Grand Empereur Démon, nous aurions dû ressentir l’influence du Miasme du Tyran… Dans ce cas, quelle est donc la véritable identité de cet être qui dégage une pression pareille…)
À cet instant…
— !
Même ceux qui se trouvaient à côté de Ruin le remarquèrent.
— Quelqu’un arrive.
C’était faible…
Mais ils pouvaient entendre des pas.
Ils tendirent attentivement l’oreille.
Le vent qui soufflait…
Et les arbres qui se balançaient gênaient les sons que leurs oreilles tentaient de percevoir.
Ils se concentrèrent donc davantage…
— … Ahh… Ugaaahhh… !
Une voix.
C’était une voix.
Ils se plaquèrent contre le mur.
— C’était le cri d’un monstre… ?
Ils plissèrent les yeux, essayant de déterminer l’origine de cette voix.
Clic, clac, crac, bruissement…
Le bruit d’une branche qui se brisait.
Puis celui des feuilles qui bruissaient.
Ils avaient l’impression qu’il ne s’agissait pas de Satsuki et des autres.
Ils ne se déplaceraient pas de manière aussi désordonnée.
Cependant…
— Satsuki !
Celui qui apparut était Satsuki.
Mais Ruin fut le premier à remarquer que quelque chose n’allait pas.
— Satsuki… ?
— Guruuuaaaaaahhhhh ! Gaaaaahhhhhhhh… !
— Satsuki !?
C’était incontestablement Satsuki qui venait d’émerger des ténèbres.
Cependant, son état était clairement anormal.
Ses yeux étaient blancs et de la salive coulait de sa bouche.
Même sa démarche était maladroite.
Il était difficile d’imaginer qu’il s’agissait du Satsuki habituel.
Dans la main de Satsuki se trouvait son katana dégainé.
— !
Et du sang dégoulinait de sa lame.
Il avait…
Tranché quelque chose.
Mais surtout…
— Satsuki, qu’est-ce qui se passe !?
Ruin l’interpella, mais Satsuki ne s’arrêta pas.
Il ne semblait absolument pas effrayé par quoi que ce soit.
C’était comme si…
Il avait perdu la raison.
— Hé, Ruin, il y a quelque chose qui ne va pas avec Satsuki !
— O-Ouais…
Même s’il disait cela, que devaient-ils faire ?
Quelle était la meilleure décision à prendre ?
Si un monstre les attaquait, ils pouvaient simplement l’éliminer.
Cependant, peu importe la manière dont ils regardaient la situation, celui qui les attaquait était leur « ami », qui avait perdu la raison.
Un ami précieux.
— Guugaaaaaahhhhh !
Bammm !
Satsuki percuta le mur de Bruit Blanc.
— Owaaahhh !?
Repoussé par l’impact, il tomba au sol avant de se relever immédiatement.
Puis…
— Gugii… giiaaaahhhhh !
Il enfonça son katana dans un interstice.
— Kyaaahhhh !
— Hé… Arrête ça, Satsuki ! Tu ne sais plus qui nous sommes !?
Se mordant la lèvre, Ruin dévia l’estoc de Satsuki.
Tout le monde s’éloigna de la zone où se trouvait Satsuki.
Celui-ci se déplaça alors rapidement jusqu’à un endroit où sa lame pouvait les atteindre.
Une fois encore, Ruin para l’estoc maladroit de Satsuki.
— Satsuki, qu’est-ce que tu fous !? Qu’est-ce qui s’est passé pendant vos recherches !?
— Gaaaahhhhhhh ! Gaahhh ! Gaahhh ! Gaaahhhhh !
Ses estocs ne semblaient jamais vouloir s’arrêter.
Il ne donnait absolument pas l’impression de comprendre leurs paroles.
Pourtant, il suffisait de se baisser pour passer par l’ouverture du mur de Bruit Blanc.
N’importe qui pouvait le comprendre rien qu’en la regardant.
Et malgré cela, Satsuki semblait uniquement percevoir le fait qu’il ne pouvait pas franchir leur mur.
(Je veux dire… C’est quoi cette intention meurtrière ? Pourquoi Satsuki cherche-t-il à nous tuer comme ça…)
— N-Non ! Je ne veux paaaaas ! Non, non, noooooon !
Se tenant la tête entre les mains, Arene hurla avant de s’accroupir sur place.
Le sang quitta le visage de Myana.
Comme si elle suppliait quelqu’un de venir les sauver, elle regarda Ruin.
— Q-Q-Q-Qu’est-ce qu’on doit faire, Ruin !? Tu n’as aucune idée !? Hé !
— Caro et Nana Tout…
— Hein ?
— Qu’est-il arrivé à Caro et Nana Tout ?
Il posa la question, le corps raide.
Myana se mit à trembler si violemment que ses dents claquaient.
— Dis, Ruin… Est-ce que… le sang sur ce katana…
Se mordant la lèvre, Ruin répondit tristement :
— Nous n’en sommes pas encore certains… !
Le désespoir envahit les visages des quatre personnes et se propagea parmi eux.
Satsuki se trouvait dans cet état.
Alors la possibilité que les deux autres, qui étaient moins puissantes que Satsuki, soient saines et sauves…
— Alors que… le Pays Lointain est juste devant nous, qu’est-ce qui se passe, bordel !? Merde… Merde, merde !
C’est alors que Ruin remarqua soudainement quelque chose.
Quelque chose…
Sur le corps de Satsuki.
Quelque chose ressemblant à des bulles…
— ?
Ce…
Ce n’était pas une illusion.
Elles sortaient bel et bien du corps de Satsuki.
De petites substances ressemblant à des bulles semblaient flotter depuis sa peau jusque dans l’air.
Puis elles éclataient et disparaissaient.
(C’est quoi, ces bulles… ?)
— Guugiii, guugigigigigigigigiiiiiiii…
Soudain, Satsuki commença à se gratter le cou.
Les ongles de ses deux mains raclèrent et déchirèrent la surface de sa propre peau.
— Attends !? Qu’est-ce que tu fais, Satsuki !?
On aurait dit…
Qu’il essayait d’échapper à un tourment contre lequel il ne pouvait rien faire.
(Il souffre ? Mais si ça peut l’empêcher de bouger… !)
Cependant, les espoirs de Ruin ne furent pas exaucés.
— Gaaaaahhhhhhhh !
Même en souffrant, Satsuki reprit ses attaques.
La bouche entrouverte, Ruin tenta d’analyser cette anomalie.
(Il s’affaiblit… ?)
Satsuki semblait effectivement devenir de plus en plus faible.
(C’est à cause de ces bulles… ?)
Il ignorait ce qui s’était produit.
Il ne comprenait même pas ce qui était en train de se passer.
Cependant, cette situation…
Continuait.
— Kyaaahhhh !? R-Ruin ! Satsuki… Satsuki est en train d’entrer !
Satsuki commença à contorsionner son corps pour passer par l’ouverture.
— Hé, hé, qu’est-ce qu’on va faire !? Fais quelque chose, Ruin !
Yuugungu tint sa hache horizontalement et tenta de bloquer le passage de Satsuki.
— Merde ! Satsuki ! Ne me dis pas que tu as oublié nos visages !?
— Gaaahhhh !
Swoosh !
— Guoohh !?
L’estoc lancé par Satsuki trancha l’une des oreilles de Yuugungu.
L’oreille coupée fut déchirée en deux, séparée entre sa partie supérieure et sa partie inférieure.
— Ça… fait mal ! Putain, ça fait mal !
Comme s’il venait de craquer, Ruin éleva la voix sur un ton accusateur.
— Tu as tranché ton propre ami, Satsuki !?
— Gaaahhh ! Gaaahhhh !
— Merde… Je t’en prie ! Par pitié ! Reprends-toi ! Satsukiiiiii ! Il est hors de question que notre rivalité se termine comme ça… ! Je ne veux pas de ça !
Même lorsque Ruin versa des larmes…
— Gaahhhh !
Un estoc passa juste à côté de lui.
Baissant la tête, Ruin resserra sa prise sur l’épée qu’il tenait…
Et y mit toute sa force.
Il n’avait plus le choix.
— Satsuki…
— Gugaaaahhhh !
— … Pardonne-moi.
Fwooshhhh !
Du bas vers le haut, jusqu’à la tête.
Un puissant coup de taille fut porté avec une précision extraordinaire.
Une frappe d’une exactitude absolue qui conduisait directement à « la mort ».
Une maîtrise de l’épée bien trop parfaite.
— Gaaahhhh… ! Agaaa…
Satsuki se renversa en arrière et lâcha son katana.
C’est alors que cela se produisit.
La lueur que Ruin connaissait si bien revint dans les yeux de Satsuki.
— Ru… in.
— Hein ?
Le regard de Satsuki interrogeait Ruin.
« Pourquoi ? »
Peut-être que, dans ses derniers instants, la seule chose qu’il avait comprise était…
« Je ne sais pas pourquoi, mais Ruin m’a tranché. Et maintenant, je vais mourir. »
C’était probablement tout ce qui occupait ses pensées.
Le cadavre de Satsuki, désormais privé de toute force, s’affaissa au milieu de l’ouverture…
Tout le monde le fixa un moment, abasourdi.
Finalement, Yuugungu, tenant son oreille tranchée, prit la parole.
— Satsuki… À la fin… il n’avait pas retrouvé ses esprits ? Impossible… Si tu avais attendu encore un peu, il serait peut-être redevenu normal…
— Arrête, Yuugungu !
Myana serra Ruin dans ses bras alors qu’il contemplait distraitement le cadavre de Satsuki, puis lança un regard furieux à Yuugungu.
— C’est quoi cette façon de parler !? On dirait que tu veux dire que Ruin a fait le mauvais choix…
— … Merde ! Tu crois que Ruin a toujours raison sur tout !? Tu es toujours comme ça…
— … Haahhh !? Et alors !? Ça te pose un problème !?
— T’es vraiment chiante… C’est moi qui suis blessé ici !
— Qu’est-ce que… c’est que cette façon de me parler…
— Arrêtez, tous les deux !
Ruin cria pour les réprimander.
— Je sais que vous êtes tous les deux bouleversés… Mais calmez-vous. La crise n’est pas encore terminée.
— Ouais, c’est vrai… Et puis, c’est Nyaki qui est responsable de tout ça. Désolé, Myana… Depuis le début, la cause de tout ça, c’est cette foutue fausse humaine.
— Ah, moi aussi, je suis désolée… Tu as raison. Toute cette colère… je vais la déverser sur Nyaki.
— … Faisons ça, Myana.
— Unnn, Yuugungu.
Bump.
Ils cognèrent leurs poings l’un contre l’autre.
— Je vais définitivement capturer Nyaki…
— … Et moi, je vengerai tout le monde.
L’atmosphère orageuse qui régnait entre eux quelques instants plus tôt revint à la normale.
Ruin fut soulagé pour le moment.
Puis il jeta un regard vers Arene, qui était accroupie en se couvrant les oreilles, avant de dire :
— Disperse des sphères lumineuses autour du périmètre, Myana.
ordonna Ruin.
Cependant…
— Je vais le faire.
Ce fut Arene qui s’avança.
— Des sphères lumineuses, c’est ça ? Je dois toutes les utiliser ?
— O-Ouais…
— Compris.
Arene courut vers ses bagages et commença à fouiller à l’intérieur.
En la regardant, les lèvres de Ruin se détendirent légèrement, comme s’il était un peu satisfait.
(Désolé, Arene… Il semblerait que tu sois une fille bien plus forte que je ne le pensais…)
Tout en cherchant les sphères lumineuses, de la sueur commençant à couler sur son visage, Arene déclara :
— Je vais m’assurer que Nyaki comprenne parfaitement.
— …
— La raison pour laquelle tout cela est arrivé, c’est Nyaki… Quoi qu’il arrive, je vais m’assurer qu’elle soit tenue responsable de tout ça… !
Ruin faillit se laisser emporter par ses émotions, mais parvint malgré tout à se contrôler.
Il ne prononça alors que quelques mots.
— Bien sûr.
Ruin se tourna vers les ténèbres à l’extérieur.
— Nous sommes la « lumière » qui illumine ce monde.
Déplaçant son regard vers les ténèbres les plus profondes, il fixa droit devant lui sans détourner les yeux.
— Nous ne laisserons pas ces ténèbres maléfiques nous vaincre.
Nous allons forcément gag…
— … ?
— Qu’est-ce qu’il y a, Ruin ?
— … Non.
Est-ce que je l’ai imaginé ?
C’était très loin.
Très faible.
Puis, soudainement…
Je crus l’entendre.
Une voix étrangement déformée…
— Est-ce que vous vous amusez, maintenant ?