Chapitre 207
Chapitre 207 – Misère et reconnaissance
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Je jetai un coup d’œil à l’arbre derrière moi.
— Pigimaru. Quand j’utiliserai <Berserk>, je compte sur toi pour m’emmener sur cet arbre.
— Pii~
Je tendis la main devant moi.
Ma cible était Bardwitcher.
J’avais méticuleusement détruit ses deux jambes.
Dans cet état, il ne pourrait pas s’enfuir en courant.
Et s’il parvenait malgré tout à se déplacer correctement, je n’aurais qu’à le poursuivre et à m’occuper immédiatement de lui.
Pour commencer…
Je désactivai <Paralyse> qui pesait sur eux.
Et immédiatement…
— <Berserk>.
Presque au même instant où j’activai ma compétence, je sentis mon corps être tiré vers l’arrière.
L’instant suivant, je me retrouvai dans les airs.
Pendant ce temps…
— Guugaaaaaaahhhhhhh !
Bardwitcher entra dans une rage folle et attaqua Toad.
— H-Hé !? Qu’est-ce que tu fais, Bard !? Hé ! C’est moi ! Toad !
— Gagguu ! Gagguuaaahh !
Bardwitcher tenta de le mordre.
Sa posture donnait l’impression qu’il était sur le point de grimper sur le corps de Toad.
— Calme-toi ! Hé !
Toad tenta désespérément de repousser son assaut.
Mais Bardwitcher remarqua alors l’épée qui se trouvait à côté de lui.
Il la saisit et recommença à attaquer Toad.
… Hmmm…
Alors même sous l’effet de <Berserk>, ils continuent à utiliser leurs armes.
Je viens d’apprendre quelque chose.
— Je te demande ce que tu fous tout d’un coup… Merde !
Kying !
Brandissant sa propre épée, Toad repoussa l’attaque de Bardwitcher.
Cependant, l’offensive de Bardwitcher ne s’arrêta pas.
Alors que je les observais depuis une branche, au sommet de l’arbre, Toad me fusilla du regard.
— Espèce d’enfoirééééé ! Qu’est-ce que tu as fait à Baaaaard !?
— J’ai entendu dire que c’était un ami précieux pour toi… Mais je me demande ce que tu vas faire. Vas-tu gentiment le laisser te tuer ? Ou vas-tu choisir de survivre et tuer ton ami de tes propres mains ? Allez… Choisis.
Peut-être était-ce à cause de ma voix.
Bardwitcher tourna brièvement son regard vers moi.
Ses yeux étaient devenus blancs et de la salive coulait de sa bouche jusqu’à son menton.
Cependant, son attention revint rapidement vers Toad.
Après tout, <Berserk> pousse fondamentalement sa cible à attaquer l’être conscient le plus proche.
Et en plus…
« La personne affectée prend pour cible ceux qui se trouvent dans son champ de vision. »
« La personne affectée donne la priorité à l’être dont elle a conscience plutôt qu’à celui qui fait le plus de bruit. »
<Berserk> possédait également ces caractéristiques.
Presque aussitôt après lui avoir infligé <Berserk>, j’avais utilisé Pigimaru sous sa forme de corde pour grimper dans l’arbre derrière moi.
La plupart des bruits produits pendant mon ascension avaient été amortis et étouffés par Pigimaru.
Toad explosa de rage.
— Te fous pas de moiiiiii ! Merde ! Je savais que tu avais fait quelque chose ! Arrête tes conneries ! Arrêêêête ! Pourquoi…
Bouhou…
Les yeux de Toad se remplirent de larmes.
— Comment as-tu pu faire quelque chose d’aussi horrible !?
— … Pourtant, nous sommes pareils, non ?
— Heiiin !? En quoi est-ce qu’on est pareils !?
— Nous sommes tous les deux…
Je baissai froidement les yeux vers Toad.
— … des ordures.
— Moi… je suis une ordure !? T-T’es complètement fou !?
— Peut-être.
Selon leurs critères, je l’étais probablement.
Au bout du compte, les humains jugeaient tout de manière subjective.
— Kuhh… Hérétique ! Hérétique… Espèce de foutu hérétique de merdeeeee !
— Kuku, même si tu me dis ça, à mes oreilles, ça ressemble plutôt à un compliment. Mais laissons tes compliments de côté. Allez… Tu ferais mieux de faire de ton mieux, sinon ton très cher ami va te tuer, tu sais ?
— Guuhhh… R-Reprends-toi, Bard ! Je suis sûr que ton esprit est encore conscient quelque part au fond de toi ! Tu m’entends, pas vrai !? Arrête tes conneries et réveille-toi ! Ne perds pas… Ne perds pas face à la magie sinistre de cet enfoiré ! Tu es… un membre de l’Épée Héroïque, pas vrai !? Tu es un homme fort, non !?
D’une certaine manière…
J’avais l’impression de lire une scène sortie tout droit d’un manga de combat.
Le vertueux protagoniste appelant désespérément une héroïne victime d’un lavage de cerveau.
Ce genre de paroles passionnées n’était pas inhabituel dans ce genre d’histoires.
Cependant, ici, nous étions dans la réalité.
… Ces paroles ne l’atteindraient pas.
Mais bon…
— Bonne chance. Avec un peu de chance, tu réussiras miraculeusement à ramener ton ami à la raison… Ce serait assez émouvant.
Assis sur une épaisse branche, je les observais comme s’ils étaient une attraction et leur lançai ces paroles.
Toad me fusilla alors du regard de toutes ses forces.
Il me regardait avec ces « yeux emplis de justice » qui haïssaient le mal du plus profond de leur cœur.
— Enfin… Même si un tel miracle se produisait, ça ne changerait rien.
— Qu’est-ce que… tu veux… !?
— Peu importe ce qui arrivera, vous mourrez tous les deux ici.
J’étais en hauteur, mais cette position se trouvait toujours à l’intérieur de ma portée…
Au moindre signe indiquant que quelque chose allait se produire, je pouvais immédiatement activer mes compétences.
J’avais correctement pris mes précautions.
Tout en parant les coups d’épée qui s’abattaient sur lui, Toad continuait d’appeler Bardwitcher en pleurant.
— Bard, souviens-toi ! Souviens-toi de tous ces jours que nous avons passés ensemble ! Allez, reprends tes esprits ! Et ensuite… Nous travaillerons ensemble pour abattre cette merde !
— Gugaaaahhhhh !
— Baaaaard~~ !
— Garuaahhh ! Guugaaaaahhhhh !
— C’est cruel… C’est beaucoup trop cruel… ! Comment peux-tu faire quelque chose d’aussi atroce ? Tu n’as donc pas de cœur !? Tu es l’incarnation du mal !
— Pas besoin de le répéter. Ce n’est pas comme si je le niais.
— Maudiiiiit sois-tuuuuuuuu !
Toad hurla vers le ciel.
Puis…
— J-Je ne peux pas ! Mon ami… Je ne peux pas tuer mon ami !
— Si tu refuses à ce point de le tuer, pourquoi ne pas aller chercher tes autres amis pour qu’ils t’aident ?
— … !? R-Ruin… et les autres…
— Après tout, j’ai préparé le meilleur des pièges pour eux. Ce serait parfait s’ils venaient jusqu’ici. Je pourrais m’occuper de vous tous en même temps.
— !
Je le pensais vraiment.
J’utiliserais mon attaque combinée avec Pigimaru à très longue distance pour lancer une attaque-surprise à laquelle ils ne pourraient plus réagir.
Pour le moment, je ne pensais pas avoir besoin d’autres méthodes offensives.
Cependant, tout ce que j’avais à faire pour l’instant…
C’était tourmenter l’esprit de ce type aussi longtemps que possible.
— Alors, pourquoi tu ne les appelles pas ? Crie ton désespoir et demande-leur de venir te sauver.
— Guuhh… Guuuuuuhhhhhhh… ! M-Mettre Ruin et les autres en danger juste à cause de moi… Je ne ferai jamais ça ! Toi… incarnation du mal, tu es beaucoup trop dangereux… ! Au minimum, je dois réussir à leur transmettre un avertissement…
« Hmph. »
Je reniflai.
— Une telle camaraderie m’en tirerait presque des larmes.
Cependant…
Nyaki ne faisait pas partie de ces « amis ».
N’avaient-ils pas pu ressentir ne serait-ce qu’un peu de camaraderie envers elle au cours de leur voyage ?
Cette pensée ne leur avait-elle même jamais traversé l’esprit ?
Simplement parce qu’elle n’était pas humaine ?
— …
Je regardai devant moi, vers la forêt.
Je ne ressentais toujours absolument aucune présence indiquant que les autres membres de l’Épée Héroïque se précipitaient jusqu’ici.
Je sentais bien la présence d’un être vivant, mais ce n’était pas un humain.
Cela signifiait…
Que Ruin et Satsuki étaient plus loin que je ne l’avais imaginé.
S’ils avaient été suffisamment proches pour entendre sa voix, Toad aurait appelé à l’aide de manière bien plus désespérée.
S’il semblait aussi désespéré, c’était justement parce qu’ils se trouvaient à une distance telle qu’il était irréaliste d’espérer que ses appels puissent les atteindre.
— Ça veut dire que… même dans l’état d’épuisement où se trouvait Nyaki, elle a tout de même eu largement le temps de s’enfuir…
Je baissai les yeux vers Toad et Bard, qui criaient et hurlaient en contrebas.
— Vous avez laissé s’échapper la Bête Divine qui est censée être la clé du Pays Lointain… Sérieusement, qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez vous ?
Enfin…
Je ne pouvais toujours pas m’empêcher d’y penser.
Essayer de deviner les mouvements de ces gens en les jugeant selon le bon sens…
Laisser s’échapper un élément aussi important n’avait absolument aucun sens.
On pouvait même dire que réfléchir à leurs actes était une perte de temps.
Tout comme ils étaient incapables de me comprendre…
J’étais définitivement incapable de les comprendre moi aussi.
C’est alors que…
— Hiiiihh !?
Je ne savais pas si c’était parce qu’il détournait constamment son attention vers moi, mais une ouverture apparut dans la garde de Toad.
Et alors…
— Gaahhhh… !?
L’épée de Bardwitcher trancha l’épaule de Toad.
— B-Bard… Tu m’as vraiment tranché… Espèce d’enfoiré, tu m’as vraiment frappé ! Te fous pas de moi !
Swoosh… Slash !
Toad riposta.
Sa lame traversa horizontalement la gorge de Bardwitcher d’un seul coup.
— Ah, Bard…
— Uhh… woooo ?
… C’est enfin terminé, hein.
— U-Uwaaahhh… Bard, Baaaaaard ! Désolé ! J’ai réagi par réflexe… !
Peu après, Bardwitcher s’effondra vers l’avant.
Alors qu’il tombait au sol, Toad rattrapa son corps.
— Non… Impossible… C’est impossible !? Je suis désolé, je suis désolé, Baaaaaard !
— Ça t’a pris un sacré moment.
Sur ces mots, je sautai de l’arbre.
— T-Toiiii… Je vais définitivement te tuer ! Je vais te battre à mort !
— Est-ce que tu as compris quelque chose, ne serait-ce qu’un peu ?
— Heiiin !? Qu’est-ce que tu racontes… !?
— Ce que ressentent « ceux que l’on tue pour s’amuser ».
— … Hein ?
— C’est bien ce que vous avez fait à la Tribu Speed, pas vrai ?
— Tu es complètement fou !?
— …
— Comme je te l’ai dit…
Toad souleva le haut du corps de Bardwitcher…
Puis le serra fermement contre lui.
Et d’une voix effroyable, noyée de larmes, Toad hurla :
— Ne mets pas ces faux humains et les humains sur le même plaaaaaan ! Ouvre les yeux, bordeeeeel !
Kuku.
Un sourire apparut naturellement sur mes lèvres.
— … Je suppose que je devrais te remercier pour ça.
— Hein ?
— … De rester jusqu’au bout la même ordure irrécupérable.
Je ramassai l’épée que Bardwitcher avait laissée tomber au sol.
— Même si tu avais soudainement changé d’avis maintenant… Ça aurait simplement rendu les choses plus compliquées pour moi…
Il était temps d’en finir.
Toad semblait avoir deviné ce que je m’apprêtais à faire.
— Ah, atteee…
Je brandis mon épée.
Mettant toute ma force dans mon attaque, j’abattis la lame d’un seul coup.
Sans même pouvoir pousser un cri d’agonie…
Toad mourut.
Ploc, ploc…
Alors que du sang coulait le long de son bras, Toad s’effondra sur le sol.
— Des ordures comme vous… devraient être écrasées par d’autres ordures comme moi.
La Tribu Speed.
Ou Nyaki.
Toutes ces personnes bienveillantes qui se retrouvaient entraînées là-dedans étaient toujours celles qui en payaient le prix.
Et ça…
Ça me donnait la nausée.
— …
Je suis vraiment plus adapté aux situations où il suffit « d’écraser » les gens.
Ça me convient mieux.
— Désolé.
Je baissai les yeux vers les deux cadavres empilés l’un sur l’autre.
— Avec des gens comme vous… Je ne pense pas que je choisirais un jour une manière aussi vertueuse de régler les choses que Sogou.
Il en reste sept.