Chapitre 206
Chapitre 206 – Incapable de comprendre
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Je sortis le poignard de son fourreau à ma taille.
— Q-Qu’est-ce que… t’es… au juste…
Tout en m’approchant d’eux…
Bam !
— Gah… !?
Je leur assénai un coup de pied l’un après l’autre.
Bien entendu, aucun des deux ne pouvait résister.
Ils roulèrent tous les deux sur le sol.
Puis, m’accroupissant près d’eux…
Stab !
— Guaahh… !?
Le mollet droit de Toad.
J’y enfonçai profondément mon poignard…
Grind !
— Gyiiii… gh… gyaahh !
Alors que mon poignard était toujours planté dans sa chair, je fis tourner la lame à l’intérieur.
Je fis ensuite la même chose avec sa jambe gauche.
Je m’occupai rapidement de ses jambes.
Après avoir retiré mon poignard, je me relevai.
Puis je me tournai vers Bardwitcher.
— … ! Guggiii… Gyiiihh !?
Bardwitcher tenta de bouger.
Mais il en était incapable.
— …
Si mon intention avait été de « simplement tuer » ces deux-là, j’aurais utilisé <Berserk> immédiatement.
Seulement si j’avais voulu simplement les tuer, bien sûr.
— Gieehh !
Je fis subir aux jambes de Bardwitcher le même sort qu’à celles de Toad.
Avec ça, aucun des deux ne devrait désormais pouvoir marcher correctement.
… Bien.
Il ne me restait plus qu’à annuler la paralysie sur la tête de Toad.
— Et si tu me racontais tout ?
— Espèce d’enfoiré… !? Je peux parler… !?
— Mais tu ne peux toujours pas bouger ton corps.
— Espèce d’enfoiré… Qui est-ce que tu es, bordel !? Guuhh… Faire quelque chose d’aussi cruel… ! Je ne te pardonnerai jamais !
— … « Quelque chose d’aussi cruel » ?
Je baissai froidement les yeux vers Toad.
— Je ne trouve pas ça particulièrement horrible comparé à ce que vous avez fait à la Tribu Speed et à Nyaki.
— Qu’est-ce que tu… ? De quoi tu parles… ? Ou plutôt, tu as rencontré Nyaki, hein ? Il serait plus sage de nous la remettre. Tu n’as aucune idée de qui tu es en train de provoquer. Je te dis ça uniquement par bonne volonté.
« Fuuu… »
Je poussai un soupir d’exaspération.
— … Je vais quand même te poser la question, juste au cas où. C’est bien vous qui avez attaqué le village de la Tribu Speed ?
Les yeux noirs de Toad s’arrondirent avant de se fixer sur moi.
— Attends… Tu es sérieusement en colère… à cause de l’anéantissement de la Tribu Speed ?
— …
— Attends. Toi… tu es humain, pas vrai ?
— Eh bien, ouais.
Toad fronça les sourcils.
Puis son regard baissé commença à errer de droite à gauche.
Comme s’il essayait d’organiser certaines informations dans sa tête afin de donner un sens à la situation…
C’était exactement l’expression qu’il affichait.
Finalement, une lueur de compréhension traversa les yeux de Toad.
« Quoi, c’était donc ça… »
Son regard semblait dire cela.
— Je vois. Alors tu es… l’un de ceux-là, hein… Dans ce cas, je vais m’excuser. Désolé… Laisse-moi au moins te présenter mes excuses.
— …
Toad poursuivit avec une expression sérieuse.
— Tu fais partie de ceux qui voulaient tuer eux-mêmes la Tribu Speed, hein ?
Je crois que toute expression disparut de mon visage à cet instant.
— … Il n’y a absolument aucune chance que ce soit ça.
— Hein ? Alors… Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu fais çaaaaaa !?
Une fois encore, Toad s’enfonça dans un marécage d’incompréhension.
— Tu ne comprends vraiment pas, hein.
— Mais je te demande quoi !?
— L’un de mes compagnons en fait partie.
— De qui !?
— Un survivant de la Tribu Speed.
— Hein !?
L’expression de Toad se figea.
— T-Toi… Alors que tu es humain ? Tu es compagnon… avec l’un de ces faux humains ? Hein ? P-Pourquoi !?
Il ne semblait réellement pas comprendre ce que je voulais dire.
Il ne jouait pas la comédie non plus.
L’expression de Toad devint sincère.
Mais au milieu de cette sincérité se mêlait également une autre émotion…
La peur.
Ce n’était pas la peur de mourir.
C’était…
— H-Hé… Ce sont de foutus faux humains, tu sais !? Prendre une chose pareille comme compagnon… Tu as toute ta tête !? Ils ont peut-être une apparence humanoïde, mais ces Demi-Humains sont de faux humains, tu sais !? Des faux humains ! Et prendre une chose pareille… comme compagnon…
— Et alors ?
— Comment ça, « et alors » !? C’est évident ! Sérieusement, tu es complètement fou !?
Il ne disait pas ça pour négocier sa survie.
Ce dont il parlait…
Il le pensait réellement.
— …
Je vois.
Ces gens…
Ils sont donc comme ça.
Dans ce cas, pour eux, c’était probablement une évidence.
Nyaki, ce véritable concentré de bonnes intentions.
S’ils avaient pu traiter aussi froidement une jeune fille comme elle…
Toad tenta sincèrement de me convaincre.
Très sincèrement.
— Ce n’est pas évident que ces faux humains finiront un jour par devenir une menace !? Même s’ils semblent se tenir tranquilles pour le moment… Nous devons insister pour les exterminer ! Surtout si nous laissons ce Pays Lointain tranquille, ils deviendront forcément dangereux ! Ahhh…
Il venait de laisser échapper avec enthousiasme le nom de cet endroit.
Le Pays Lointain.
Je vois…
— Vous voulez donc… exterminer les Demi-Humains et les monstres qui se sont rassemblés dans le Pays Lointain.
— Guuhh… O-Oui ! C’est exactement ça ! Alors toi aussi, ouvre les yeux et regarde la réalité ! Joins-toi à nous et exterminons-les tous ! Ces faux humains s’imaginent que simplement parce qu’ils n’ont pas les yeux dorés, nous allons les laisser vivre… Mais ils appartiennent à la même espèce que ces êtres maléfiques !
Le discours passionné de Toad devint de plus en plus enflammé.
— C’est pour ça ! C’est pour ça, c’est pour ça, c’est pour ça ! Ensemble… Allons sauver le monde… !
— … Voilà ce qu’il dit, Pigimaru.
— Pigii, pigigigiiii… !
Les cris de Pigimaru tremblaient d’une colère inhabituelle.
— La voix d’un monstre !? T-Toi… Tu es un hérétique qui élève un monstre ! Je comprends maintenant ! Tout s’explique… !
— Ouais, c’est ça. Je suis…
Selon leurs critères…
— … Un hérétique anormal.
— M-Merde… ! Il te manque vraiment une case… !
— Peut-être.
Oui.
Pour ces gens-là, c’étaient eux qui avaient raison.
— Pour vous, c’est vous qui êtes dans le juste… Selon vos critères, c’est moi qui suis complètement dans l’erreur. Et…
J’enfonçai mon talon dans la blessure au pied que je venais de lui infliger.
— Guugyyaaahhh !?
— … J’ai moi aussi ma propre conception de ce qui est juste. En ce sens, peut-être qu’aucun de nous n’a réellement tort. Un camp ne fait que rejeter l’idéologie de l’autre. Vous croyez simplement à la vôtre jusqu’à ce que vous ayez écrasé l’autre camp.
Si l’autre camp ne montrait aucun espoir de changer…
Alors on l’écrasait jusqu’au bout.
On le piétinait et on l’éradiquait jusqu’à ce qu’il ne puisse plus jamais se relever.
— …
Par exemple, je pensai à elle.
Si c’était Sogou…
Si c’était Sogou Ayaka, elle réussirait peut-être à convaincre ce type.
À lui expliquer que ses idées étaient erronées.
Même si cela prenait énormément de temps.
Elle lui expliquerait sincèrement les choses.
Si c’était elle, elle pourrait peut-être les neutraliser avant de trouver un compromis avec eux.
Mais moi…
Je suis différent.
Peu importe tous mes efforts, nous sommes différents.
— Je… ne vais pas laisser des gens comme vous s’en tirer comme ça. S’il n’y avait eu que ce que vous avez fait à Nyaki, le dégoût que j’éprouve pour vous serait encore resté à un niveau où j’aurais pu vous considérer comme une mauvaise plaisanterie… Mais vous avez même massacré tous les membres de la Tribu Speed… ? Et en plus, j’ai entendu dire… que vous en parliez comme s’il s’agissait d’un passé glorieux…
— M-Mais qu’est-ce que tu racontes !? Tu ne peux pas le « voir » !? Bien sûr que c’est un passé glorieux… ! C’est ça ! Tu ne connais même pas la Tribu Speed ! Tu ne sais rien… Tu ne sais absolument rien… Alors ne viens pas me dire ce que je dois faire !
— … Et qu’est-ce que je ne sais pas, exactement ?
— Tu les connais, ces enfoirés !? Alors que tous les autres Demi-Humains et monstres restent cachés, eux se baladaient tranquillement à l’extérieur ! Ils étaient tellement fous que rien que d’y penser, j’en ai des frissons !
— Ils se baladaient ? Pour faire quoi ?
— C’était une tribu qui disait des trucs du genre : « Si nous prenons le temps de discuter les uns avec les autres, nous pourrons nous entendre avec n’importe quelle race. » Ce genre d’idées maléfiques complètement tordues !
— …
— Je ne sais pas ce qui aurait pu arriver… si nous ne les avions pas écrasés à ce moment-là… Rien que de penser à cette idéologie me donne des frissons… Une compréhension mutuelle… entre les humains et ces faux humains… Rien que de l’imaginer, c’est terrifiant… ! Merde… Ça fait peur !
Puis Toad sourit.
— Mais… heureusement que Ruin était avec nous. Il nous a dit : « La haine seule ne nous sauvera de rien. » Il nous a expliqué que si nous nous laissions dominer par la haine, cela ne ferait que nous faire souffrir encore davantage… C’est ce que Ruin nous a dit à l’époque ! Lorsque nous chassions la Tribu Speed… Il nous a dit : « Puisqu’on doit les chasser de toute façon, pourquoi ne pas nous amuser en le faisant !? » ! Après ça, tout est devenu beaucoup plus amusant pour nous ! Nous ne nous sommes plus contentés de les tuer. Nous avons commencé à les tuer de manière à pouvoir y prendre plaisir ! Au départ, ce n’était qu’une extermination alimentée par la haine… Mais grâce à Ruin, nous avons tous vraiment commencé à « nous amuser » ! C’est lui qui a rendu ça possible ! Tu comprends maintenant !? Ruin est incroyable !
Comme s’il partageait profondément ses sentiments, Bardwitcher pleurait lui aussi.
… Apparemment, le <Paralyse> n’affectait pas leurs glandes lacrymales.
— On l’a échappé belle… Quelques instants de plus et ces pensées répugnantes auraient fini par se répandre autour de nous. Nous, qui avons fait de notre mieux à cette époque… C’est donc à cet endroit que tout a commencé… Là où, pour nous, « l’Épée Héroïque » est véritablement née !
Les yeux de Toad semblaient briller lorsqu’une expression urgente apparut soudainement sur son visage.
— Mais il y a aussi ces idiots qui les exposent comme des curiosités ou qui en font même des esclaves… Ils ne comprennent absolument pas à quel point ils sont dangereux ! Oui… Même ces Elfes… Même s’ils portent une peau humaine… Si Vysis-sama ne les avait pas à l’œil et qu’elle n’avait apparemment pas une certaine utilité pour eux… À l’origine, ils auraient dû faire partie des premiers… des premiers que nous aurions exterminés…
Crush !
— Gyyeeeeeeeeehhhhhhh !?
Je ne m’en rendis compte qu’à cet instant.
J’étais en train d’écraser de toutes mes forces la blessure sur la jambe de Toad.
— Ferme-la, enfoiré.
Je frappai Toad à la tête d’un coup de pied.
Boum !
— Gugeehhh !?
— … Pour le reste, je vais plutôt interroger ton ami.
Ce type était irrécupérable.
Je n’avais même plus envie de poursuivre cette conversation.
Ils étaient déjà…
Irrécupérables.
— …
Je regardai dans la direction d’où ces types étaient venus.
Même après les avoir laissés hurler autant, aucun signe des autres membres accourant jusqu’ici.
Les sept autres étaient-ils plus loin… ?
S’ils avaient au moins été bienveillants envers leurs propres compagnons, ces deux-là auraient pu constituer d’excellents appâts, mais…
Enfin, peu importe.
Ces deux-là…
Je vais simplement les tuer ici.
L’autre homme dont je n’avais pas encore annulé la paralysie…
Bardwitcher.
Il pleurait toujours.
Son expression avait montré tout au long de la conversation qu’il partageait les paroles de Toad.
Était-il à ce point ému par le courage dont Toad faisait preuve en exprimant ses convictions même dans une situation pareille ?
Enfin…
Au bout du compte, il partageait ses idées.
Toutes les conneries que Toad venait de déblatérer.
— Kuh ! Que ma voix atteigne Ruin et les autres… Gobfueehh !?
Je frappai violemment Toad au visage d’un coup de pied.
— Je ne t’ai pas dit de la fermer ?
Tss.
Claquant la langue, je m’éloignai de Toad.
— Je me fiche désormais de ce que vous pensez… Je me fiche de savoir quel camp a raison ou tort. Cependant, il y a une chose… dont je suis certain.
Débordant de haine, je les regardai de haut.
— Que ce soit Seras, Pigimaru, Slei, Eve, Liz, Erika, Nyaki ou la Tribu Speed…
Peu importe la manière dont j’y réfléchissais.
— … J’ai beaucoup plus de mal à les détester, eux.
Toad et Bardwitcher me regardèrent avec stupéfaction.
Leur réaction disait tout.
Comme s’ils venaient de rencontrer quelqu’un qu’ils étaient incapables de comprendre.
Peut-être avaient-ils raison.
Peut-être avaient-ils tort.
Je n’en savais rien.
Tout ce que j’allais faire, c’était les écraser avec ma propre « justice ».
Je n’essaierais pas de convaincre les autres.
Si leur justice entrait en conflit avec la mienne…
Alors je me contenterais de les piétiner.
C’était ainsi…
Que Mimori Touka agissait.
— De la même manière que vous trouvez la Tribu Speed répugnante… Moi aussi, je vous trouve répugnants. Alors…
Je vais simplement reprendre les paroles qu’il avait prononcées quelques instants plus tôt.
— Pour moi, l’Épée Héroïque fait partie des premiers que je devrais exterminer… Ça ne vous pose aucun problème, pas vrai ?