Chapitre 205
Chapitre 205 – Se faire tuer… être une gêne...
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Les présences qui approchaient n’étaient plus très loin, mais elles n’étaient pas encore proches non plus.
Nous avions encore du temps.
— Nyaki.
— O… Oui, nya.
Il y avait une pointe de peur dans la voix de Nyaki.
C’était peut-être à cause du changement dans mon humeur.
Je claquai intérieurement la langue.
… J’ai fait peur à Nyaki… Qu’est-ce que je suis censé faire…
Réprimant la colère qui bouillonnait en moi, je changeai le ton de ma voix.
— Nyaki… J’ai quelques questions à te poser. Mais si certaines sont vraiment trop difficiles pour toi, tu n’es pas obligée de te forcer à y répondre.
Nyaki s’assit en seiza.
— C-C’est bon, nya… Nyaki peut répondre, nya !
Une lueur déterminée apparut dans les yeux de Nyaki.
« Les questions qu’il va me poser sont très importantes. »
Comme si elle avait compris cela.
— …
Nous n’avions pas suffisamment de temps pour pouvoir dire que nous en avions à revendre.
Je réduisis donc mes questions à quelques points essentiels et commençai à l’interroger.
La première chose que je voulais connaître était le nombre de membres de l’Épée Héroïque.
Ensuite, leur classement en termes de puissance.
Cependant, ce que j’avais surtout besoin de savoir était…
— Je vois.
J’avais parfaitement compris.
— Donc, ils ont tous participé au massacre de la Tribu Speed… Et aucun d’entre eux n’en éprouve le moindre regret.
Non.
L’idée même de regretter leurs actes ne leur avait jamais traversé l’esprit.
J’ignorais toujours pourquoi ils avaient fait une chose pareille, mais…
J’avais appris que l’anéantissement de la Tribu Speed était pour eux un « glorieux souvenir ».
Un tournant dans l’histoire de l’Épée Héroïque.
Nyaki disait qu’ils comparaient souvent leurs combats actuels à ceux qu’ils avaient menés à cette époque.
Comme s’il s’agissait d’un chapitre de leur passé qu’ils évoquaient avec nostalgie.
Nyaki avait entendu cette histoire de nombreuses fois au cours de leur voyage.
C’était pour cette raison qu’elle lui avait laissé une impression aussi profonde.
— Euh… Ruin-san en parlait avec un air nostalgique, nya…
« Cette époque-là… c’est là que tout a commencé pour nous. »
C’était ce que ce Ruin disait en levant les yeux vers le ciel.
Et les autres membres regardaient eux aussi le ciel d’un air absorbé.
… Ils sont répugnants.
— C-Cependant, je pense toujours que c’est dangereux, nya ! J’ai entendu dire que les membres de l’Épée Héroïque étaient la plus puissante lame secrète de la Déesse d’Alion, nya !
— … Heehhh…
Alors ils étaient eux aussi de mèche avec cette Déesse.
S’il y avait si peu d’informations à leur sujet, c’était parce qu’il s’agissait d’un groupe qui accordait une importance extrême au secret.
— J’ai l’impression que ça m’arrange tellement… que je commence à trouver ça trop pratique.
— Funyaahh !?
Pour Nyaki, cette réaction semblait une nouvelle fois complètement inattendue.
— Dans ce cas, c’est une raison de plus pour les écraser ici et maintenant.
Essayons de remettre immédiatement en ordre les informations que je viens d’obtenir.
L’Épée Héroïque était actuellement composée de neuf personnes, puisqu’ils semblaient avoir récemment perdu l’un de leurs membres.
Deux d’entre eux étaient exceptionnellement puissants.
L’un était Satsuki, « la Lame Ultime ».
L’autre était Ruin Seal, « l’Épée Héroïque ».
Le nom de leur groupe venait donc de ce Ruin.
Quelle appellation trompeuse.
Quoi qu’il en soit…
Tous ces cadavres que nous avions trouvés sur notre chemin.
J’étais certain que c’étaient également eux qui avaient tué ces Visages Humains.
— …
Cependant, après avoir entendu ces informations, une question me vint à l’esprit.
Ou plutôt…
Ma curiosité fut piquée.
Les membres de l’Épée Héroïque étaient suffisamment puissants pour pousser un Humanoïde à prendre la fuite.
Pourtant, ces types n’avaient pas participé à la précédente bataille contre l’armée du Grand Empereur Démon.
Ils ignoraient même que Civit était mort.
C’était probablement parce qu’ils évitaient les établissements humains pendant leurs déplacements.
Ils devaient voyager en restant cachés aux yeux du public.
Bon, je pouvais comprendre ça.
En fait, il était même possible qu’ils ignorent encore la récente invasion menée par l’armée du Grand Empereur Démon.
Dans ce cas…
« Qu’est-ce que cette Déesse de merde est en train de leur faire faire ? »
S’ils étaient suffisamment puissants pour tuer des Visages Humains, ils auraient dû faire partie des combattants de premier plan sur le front.
Pourtant, ces types n’avaient pas participé à la bataille précédente.
Alors même que les Démons avaient lancé une invasion massive.
La mission qu’ils accomplissaient devait donc être plus importante que d’arrêter l’invasion du Grand Empereur Démon.
Ou, au minimum, aussi importante.
— Les régions proches d’ici sont Urza, Mira et…
Et enfin…
— Le Pays Lointain.
Un pays fantôme où seraient installés les survivants de la Race Interdite.
L’endroit où résidait la seule race détenant la clé permettant d’utiliser les Malédictions Interdites.
En d’autres termes…
— …
Bien joué, Déesse de merde.
Tu viens toi-même de nous montrer l’endroit que nous cherchions.
Si elle avait envoyé jusqu’ici ses puissants pions, l’Épée Héroïque, pour le rechercher…
Cela signifiait…
Que paradoxalement, c’était exactement la preuve dont j’avais besoin.
La crédibilité de l’hypothèse selon laquelle les Malédictions Interdites fonctionneraient sur elle venait d’augmenter.
« L’existence des Malédictions Interdites constitue une véritable menace pour la Déesse. »
L’Épée Héroïque aurait pu être un atout considérable dans la bataille contre le Grand Empereur Démon.
Pourtant, Vysis avait mis le Grand Empereur Démon de côté et les avait utilisés pour rechercher le Pays Lointain.
La Langue Interdite.
Les Malédictions Interdites.
— Ça veut dire…
Autrement dit…
— C’est toi, la Bête Divine, hein, Nyaki.
— C-C’est ce qu’ils m’ont dit, nya. Ils ont dit qu’ils avaient besoin de Nyaki pour ouvrir la porte située au-delà de la Grande Illusion, nya…
Toujours assise en seiza, Nyaki posa ses mains sur ses genoux.
Serre
Nyaki ferma étroitement ses yeux encore marqués par les larmes et serra fermement ses mains.
— Nyaki… Nyaki va faire de son mieux, nya ! Mama Ninya s’est toujours occupée de Nyaki, et maintenant, Nyaki avait enfin un rôle important à jouer… ! Je pensais pouvoir enfin rendre un tout petit peu à ma chère Ninya tout ce qu’elle avait fait pour moi en accomplissant cette mission, nya ! Mais… Mais…
Nyaki resta un instant incapable de trouver ses mots avant de reprendre.
— Apparemment, une fois mon rôle terminé, les membres de l’Épée Héroïque vont tuer Nyaki ! Nyaki a beaucoup enduré, nya ! Nyaki a tenu bon pour accomplir son devoir, nya ! Mais… mais… Si je meurs ici, Nyaki ne pourra plus revoir Ninya, nya ! C’est pour ça que Nyaki a…
C’était pour cette raison qu’elle s’était enfuie de l’Épée Héroïque.
D’après ce que j’avais compris, Nyaki s’était évanouie.
Et lorsqu’elle s’était réveillée, elle les avait entendus dire :
« Une fois notre mission terminée, tuons Nyaki. »
Elle avait donc décidé de s’enfuir.
Nyaki releva la tête, les yeux remplis de larmes.
Pourtant…
Elle n’affichait qu’un sourire désespéré.
— Vous devez comprendre, nya… Nyaki n’est pas humaine, nya… Nyaki sait trèèèès bien que les « faux humains » comme Nyaki ne sont qu’un fardeau pour les humains, nya ! Mais Nyaki… Ninya, Mainya et tous ceux qui sont restés à la maison… Même si c’est juste pour revoir leur visage une seule fois encore… F-Funnnyyaaaahhhhh~~…
« Funya, funya, funya. »
Sa voix retentissait par intermittence.
Nyaki se mit à pleurer.
Seras s’approcha d’elle, s’agenouilla à ses côtés et posa doucement une main sur son dos.
— Je ne sais pas ce que les membres de l’Épée Héroïque t’ont dit. Cependant, tu ne seras jamais un fardeau. Une personne aussi pure que toi…
La voix de Seras débordait d’une colère qu’elle ne cherchait même pas à dissimuler.
— …
Quoi qu’il en soit.
Les présences de ceux qui la poursuivaient étaient encore à une certaine distance.
Nyaki était faible.
En termes de vitesse, elle devait donc forcément être inférieure aux membres de l’Épée Héroïque.
De plus, la couleur de ses cheveux était voyante.
Autrement dit, elle était facile à repérer.
Et pourtant, Nyaki avait réussi à s’enfuir sur une distance considérable…
La Bête Divine, Nyaki, était une clé essentielle pour entrer dans le Pays Lointain.
— …
Ça ne voudrait pas dire que l’Épée Héroïque avait mis un bon moment avant de remarquer la fuite de Nyaki ?
Peu importe la façon dont je considérais la situation, quelque chose clochait.
Ils s’en étaient aperçus si tard qu’ils n’avaient même pas envoyé immédiatement certains de leurs membres à sa poursuite.
Nyaki avait dit qu’à son réveil, les environs ressemblaient à une mer de sang…
— … Enfin, peu importe.
Les présences se rapprochaient enfin.
Seras attira doucement la tête de Nyaki contre sa poitrine et la serra dans ses bras.
Puis elle déclara :
— Je ne leur pardonnerai pas.
Son visage blanc était rempli d’une juste indignation.
— Je…
— Non. Toi, tu vas rester ici et protéger Nyaki.
« Fuuu… »
Je laissai échapper une longue et profonde expiration.
— Je dois l’écouter, rassembler toutes ces informations en peu de temps et les analyser calmement… Je ne peux pas laisser ma colère contrôler mes actes. C’est juste que… c’est assez difficile de rester calme.
Il ne s’agissait plus seulement de la Tribu Speed.
Je me tournai vers Nyaki et jetai un regard à ses bras et à ses jambes.
Des ecchymoses.
Elle essayait d’avoir l’air joyeuse, mais elle ne pouvait dissimuler son abattement.
Qui est-ce que « je regarde » en ce moment ?
Je pouvais le voir dans mon esprit.
Ces jours-là…
Ces jours où j’avais été au bord de la mort, aussi bien physiquement que mentalement…
Et en plus…
Malgré tout ce qu’elle avait subi, Nyaki ne semblait toujours éprouver aucune rancune envers l’Épée Héroïque.
Elle ne voulait simplement pas mourir.
Elle ne voulait simplement pas être tuée.
Elle voulait simplement vivre et revoir « Ninya ».
Même si ce n’était qu’une seule fois de plus.
— …
« Même si ce n’est qu’une seule fois de plus » ?
Si on lui permettait de revoir cette personne une dernière fois, elle accepterait ensuite d’être tuée ?
Et parce qu’elle n’était pas humaine, elle était un fardeau ?
… Allez vous faire foutre avec vos conneries.
Qu’il s’agisse de se faire tuer…
Ou d’être un fardeau…
Épée Héroïque.
Ce n’est pas plutôt à vous, bande d’enfoirés, qu’on devrait dire ça ?
— Prends soin de Nyaki.
dis-je à Seras.
— Si tu estimes que cet endroit devient dangereux, monte sur Slei et éloignez-vous toutes les deux d’ici. Après ça, je te laisse décider.
— Oui. Compris.
Je mis le masque du Seigneur des Mouches.
Puis je m’éloignai tandis que Seras et les autres partaient dans la direction opposée.
Crac, craquement !
J’écrasai violemment une brindille sur mon chemin.
Si je faisais du bruit, ils pourraient l’entendre et croire qu’il s’agissait de Nyaki.
Bien sûr.
La force avec laquelle j’avais écrasé cette brindille venait aussi en partie de ma colère.
Les yeux grands ouverts, je fusillai du regard la direction d’où approchaient les présences.
Serre
Je grinçai des dents.
Si je laissais mes émotions s’exprimer de façon étrange devant Nyaki, je risquais de lui faire peur.
Mais à partir de maintenant…
Je n’avais plus à m’en soucier.
— Bon sang… Juste au moment où ma colère ne fait qu’augmenter, vous voilà.
La distance entre moi et les présences diminuait.
… Ces types.
Peut-être que s’ils n’étaient que deux, ils pensaient pouvoir capturer Nyaki à nouveau.
Ces deux-là dégageaient une puissance qui montrait clairement qu’ils n’étaient pas de simples subalternes.
Si l’un d’eux avait été « l’Épée Héroïque » ou « la Lame Ultime », j’aurais porté le premier coup après avoir fusionné avec Pigimaru, mais…
Pour l’instant, je ne savais pas s’il s’agissait d’eux.
Il restait au moins sept autres membres de l’Épée Héroïque.
Si possible, je voulais réserver ma fusion avec Pigimaru pour ces deux membres hors du commun.
Plissant les yeux, j’observai les deux hommes qui approchaient au loin.
Au passage, Nyaki m’avait déjà donné des informations sur leurs caractéristiques physiques.
— …
Ce n’étaient pas eux.
Ni Ruin.
Ni Satsuki.
D’après les informations que j’avais obtenues…
Ces deux-là devaient être Toad et Bardwitcher.
… Je suppose que je vais garder ma fusion avec Pigimaru en réserve pour le moment.
Je retirai le masque du Roi des Mouches que je venais tout juste d’enfiler et réduisis la distance entre eux et moi.
Puis…
— Toi, là-bas !
— Sors de là !
Je me montrai devant eux et me frappai la poitrine.
— Ahh, je suis soulagé de vous avoir enfin trouvés… Je suis venu vous transmettre un message de la part de la Déesse Vysis.
Puis j’ajoutai avec un sourire crispé :
— C’est vraiment difficile de vous trouver au milieu de tous ces bois.
— … Attends ! N’approche pas davantage !
L’un d’eux m’arrêta.
Je vois.
Puisqu’ils ne pouvaient pas confirmer mon identité, je m’étais déjà attendu à ce genre de réaction…
M’empêcher d’approcher était la bonne décision.
— Tu es suspect… Es-tu vraiment un messager de la Déesse ?
— Q-Qu’est-ce que vous racontez !? Vous êtes Bardwitcher-sama et vous, Toad-sama… Vous ne me connaissez peut-être pas, mais je vous ai vus tous les deux plusieurs fois par le passé. Euh… Pour être honnête, j’admire énormément les membres de l’Épée Héroïque. Et c’est pour cette raison que, malgré mon indignité, j’essaie de vous prendre pour modèles en travaillant comme l’un des espions de Vysis-sama…
Les deux hommes échangèrent un regard.
« Je vous admire. »
Rares étaient les personnes qui se sentaient offensées en entendant ce genre de paroles.
C’est pourquoi tous les deux relâchèrent légèrement leur garde.
— Au fait… Avez-vous vu la Bête Divine ?
— Ses cheveux roses devraient être particulièrement faciles à repérer.
J’écarquillai les yeux et pâlis.
— Ne me dites pas que… l-la Bête Divine s’est échappée ?
— … Nous allons la rattraper immédiatement, alors ne t’en fais pas. Cette fausse humaine a gentiment laissé des traces partout, donc je peux facilement déterminer dans quelle direction elle s’est enfuie. Nous allons la capturer tout de suite, tous les deux.
J’avais pourtant complètement détruit toutes ces traces en venant ici.
L’autre homme poursuivit :
— Cette fausse humaine est déjà considérablement affaiblie… Oups, pas besoin de rapporter ça à Vysis-sama, d’accord ? Enfin, je suis sûr que tout ira bien, mais cette chose reste tout de même la propriété de Vysis-sama…
Les deux hommes commençaient enfin à se laisser distraire.
Ils se mirent à marcher vers moi, une expression confiante sur le visage.
Le fait qu’ils s’approchent tous les deux de moi…
C’était leur erreur.
J’étais censé les connaître.
Mais eux ne me connaissaient pas.
Si j’avais rapidement réduit moi-même la distance entre nous, ils se seraient forcément méfiés.
— Alors ? Quel message nous apportes-tu ?
— Au fait, saviez-vous que l’invasion du Grand Empereur Démon avait commencé ?
— Alors… elle a finalement commencé.
Ils ignoraient également cette information.
— Cependant, mon message n’a rien à voir avec ça. Il concerne plutôt votre mission actuelle…
Je tendis la main et levai trois doigts.
— Il y a trois choses que vous devez savoir.
— Trois ?
L’un d’eux hocha la tête.
— Arrête de tourner autour du pot. Quelles sont ces trois choses ?
— La première, c’est <Paralyse>.
— ?
Crac, crac…
— Hein ? Qu’est-ce que… tu… !?
— … ? … !? Je… ne peux plus… bouger… ?
Lentement…
Je levai également mon pouce et mon petit doigt dans leur direction.
Ouvrant ainsi complètement ma main.
— Cette Déesse de merde… ne m’a transmis absolument aucun putain de message.
Bien.
Maintenant…
C’est ici que ça commence.