Chapitre 203
Chapitre 203 – Épée héroïque
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
< Point de vue de l’Épée Héroïque >
Froufrou, froufrou
— On l’a trouvé, Ruin !
Toad apparut de derrière les buissons.
Il avait toujours été imbattable à la course.
C’était le meilleur éclaireur de l’Épée Héroïque.
— Comme nous le pensions, c’était vraiment caché derrière des Illusions ?
— Ouais. Et il y a un chemin qui permet de sortir de la zone d’Illusion par ici…
Tout en disant cela, Toad sortit un parchemin de sa poche.
Puis il le déploya et désigna un symbole qui y était dessiné.
— Le cristal représenté ici se trouvait bien là. Sa couleur et sa forme correspondent.
— Excellent travail.
Tap
Ruin tapota l’épaule de Toad.
— Grâce à ça, le monde pourra enfin véritablement être sauvé.
Posant sa grande hache sur son épaule, Yuugungu éclata de rire.
— Si nous pouvons lui apporter cela, Déesse-sama pourra être rassurée et continuer à se concentrer sur le Grand Empereur Démon. C’est un immense accomplissement, Toad.
— Non, tu te trompes.
Toad secoua la tête.
— C’est l’accomplissement de tout le monde… Nous avons réussi à arriver jusqu’ici parce que nous avons tous travaillé ensemble. Alors, c’est l’accomplissement de tout le monde.
Ruin passa fièrement un doigt sous son nez.
— C’est exactement ça, Toad. Nous avons tous travaillé ensemble pour arriver jusqu’ici.
— Mais ça ne change rien au fait que c’est toi qui l’as trouvé !
Gabaa !
Myana sauta innocemment sur le dos de Toad.
— D-Dégage…
— Qu’est-ce qu’il y a, Toad ? Tu es encore gêné juste parce que Myana t’a sauté dessus ? Même après toutes ces années, cette partie de toi n’a vraiment pas changé.
Lorsque Yuugungu le taquina, les autres se mirent également à rire.
Toad protesta.
— Tss. Tu m’embarrasses encore, Myana.
— Mais je le fais toujours, non ? Combien d’années ça fait qu’on a ce genre de conversation ?
— Elle n’a pas tort.
Les paroles de Yuugungu provoquèrent de nouveaux rires.
— … Puisque Toad a déjà trouvé notre objectif, nous devrions rappeler Strife.
Adossé à un arbre, les bras croisés, Satsuki parla calmement.
Il se trouvait un peu à l’écart des autres.
Arene lança un regard inquiet vers le sud-ouest.
— Est-ce que Strife… va s’en sortir ?
— Il sait ce qu’il fait. Tu ne devrais pas trop t’inquiéter pour lui, Arene. Plutôt que pour lui, tu ne devrais pas davantage te préoccuper de te rapprocher de Ruin ?
À ces paroles de Yuugungu, le visage d’Arene devint immédiatement écarlate.
D’une voix presque inaudible, elle tenta de protester.
— Bon sang… Yuugungu… Tu ne pourras bientôt plus faire ce genre de plaisanteries…
— C-C’est vrai… Je te dis toujours d’arrêter avec ce genre de blagues, Yuugungu !
Les joues rouges, Ruin intervint lui aussi, complètement troublé.
— Mngghh~~
Hmph.
Myana gonfla les joues avec mécontentement.
Encore une fois.
Ruin se demanda pourquoi.
Myana était souvent de mauvaise humeur lorsqu’on le taquinait de cette manière avec Arene.
Depuis cette époque-là.
Oui, cela avait toujours été ainsi.
Ruin.
Satsuki.
Toad.
Yuugungu.
Myana.
Strife.
Arene.
Caro.
Bardwitcher.
Nana Tout.
Dix amis d’enfance.
Ils étaient ensemble depuis aussi longtemps qu’ils pouvaient s’en souvenir.
À l’exception de Ruin, ils venaient tous de milieux pauvres.
Seul Ruin était le fils d’un noble.
Pourtant, malgré leur différence de statut, il avait toujours passé son temps avec les neuf autres.
Et un jour, ce même Ruin avait silencieusement quitté sa demeure.
Pour découvrir le monde avec ses meilleurs amis.
Pour parcourir le monde en comptant sur leurs propres forces.
En les regardant faire tout ce vacarme, Caro afficha une expression nostalgique.
— Quand nous sommes tous les dix réunis, rien n’est impossible… Déjà à l’époque, lorsque nous étions tous les dix ensemble, nous étions invincibles.
Les bras croisés devant lui, Bardwitcher inclina la tête dans sa direction.
— Tu dis que nous sommes invincibles, mais tu crois vraiment que nous sommes plus forts que « le Plus Puissant de l’Humanité » ?
Nana Tout sourit.
— C’est impossible pour nous. Mais s’il y avait quelqu’un qui avait une chance de vaincre « le Plus Puissant de l’Humanité »…
Les regards de tous, à l’exception des deux personnes absentes, se répartirent entre deux hommes.
Comme s’ils venaient de voter.
Trois regards étaient tournés vers Satsuki.
Quatre vers Ruin.
Faisant passer son regard de Ruin à Satsuki, Yuugungu déclara :
— Je suppose que ce serait l’un de ces deux-là.
« Épée Héroïque ».
Ce nom était le terme général utilisé pour désigner ces dix personnes.
Cependant, pour neuf d’entre elles, il désignait avant tout un homme nommé « Ruin Seal ».
— Ruin Seal. Celui qui porte le sang d’un Héros venu d’un Autre Monde, « l’Épée Héroïque »… S’il existe quelqu’un capable de vaincre ce type surnommé « le Plus Puissant de l’Humanité », Ruin serait le premier choix. Et s’il existe quelqu’un d’autre qui aurait également une chance de le vaincre…
Tous les regards se tournèrent vers Satsuki.
— À part Satsuki, « la Lame Ultime », personne d’autre parmi nous n’en serait capable.
« Hmph. »
Satsuki renifla, manifestement peu intéressé par leur conversation.
— Je me demande… Vous ne sous-estimez pas un peu trop « le Plus Puissant de l’Humanité » ? Enfin, j’aimerais comparer mes compétences à celles de ce monstre… et voir ce dont je serais capable face à lui. Bien sûr, ce n’est pas comme si je m’attendais à gagner.
De la sueur froide coula sur le front de Nana Tout.
— Si on parle de quelqu’un capable de tuer presque entièrement seul un Visage Humain… Face à un monstre pareil…
Nana Tout, habituellement distante, lança un regard perçant à Satsuki.
— Il ne serait pas un meilleur choix que Ruin ?
Ruin approuva immédiatement.
— C’est vrai. Après tout, Satsuki est quelqu’un que je cherche constamment à surpasser.
Hmph.
Comme s’il venait d’entendre une remarque sarcastique, Satsuki renifla.
— Bien parlé… Pourtant, de mon point de vue, le véritable monstre ici, c’est Ruin.
— C-Ce n’est pas vrai ! Comparé à Satsuki, je suis encore…
— Je te l’ai déjà dit plusieurs fois. Trop de modestie finit par te donner l’air sarcastique, Ruin.
— … Désolé.
— Enfin…
Satsuki détourna le regard.
— S’il y a un défaut chez l’homme nommé Ruin Seal… c’est que tu es trop gentil. Un jour… cette gentillesse causera ta perte.
Ruin fixa le dos de Satsuki avec un regard franc.
— Oui, je m’en souviendrai. Ehehe… Merci de t’inquiéter pour moi, Satsuki.
— … Hmph.
Puis, le bruit de l’herbe remuée retentit.
Quelqu’un émergea de la forêt…
— Tu es en retard, Nyaki.
Une fille aux cheveux rose pâle.
L’une de ses caractéristiques les plus particulières était ses grandes mains.
La taille et la forme de ses griffes différaient de celles d’un humain.
Et tout comme les cheveux rose pâle sur sa tête, ses membres étaient recouverts de fourrure.
Ses oreilles ressemblaient fortement à celles d’un chat.
Elle possédait également une queue touffue.
Compte tenu de sa taille, on pouvait clairement dire qu’elle était petite.
Le sommet de ses oreilles atteignait tout juste le haut de la poitrine de Ruin.
Quant à son visage, il n’avait rien à envier à celui d’une humaine.
Ses charmants yeux ronds avaient eux aussi des pupilles rose pâle.
La jeune fille appelée Nyaki respirait rapidement par petites inspirations.
Des brindilles et des feuilles étaient coincées dans ses cheveux.
Elle titubait, comme si ses jambes allaient céder à tout moment.
Enfin, ce n’était guère surprenant.
Nyaki transportait un énorme sac à dos.
Comparée aux affaires portées par les dix membres de l’Épée Héroïque, la quantité de bagages qu’elle transportait était manifestement bien plus importante.
— J-Je suis désolée d’être en retard, nya…
Courbette
En baissant la tête, Nyaki chancela.
— Funnyaa… !?
Crash !
Certains ustensiles de cuisine suspendus sur le côté de son sac tombèrent au sol.
En voyant cela, Nyaki pâlit.
Elle essaya immédiatement de les ramasser.
Cependant…
— Nya…
Les lèvres de Ruin tremblèrent.
— Nyaaaaaaakiiiiiiiiii !
Bam !
— Fugyaaahh !?
Nyaki fut projetée au loin par un coup de pied frontal.
Son corps vola dans les airs avant que son dos ne s’écrase violemment contre le tronc d’un arbre.
Un bruit sourd retentit.
— Funnyaahh…
Toute force ayant quitté son corps, Nyaki s’affaissa sur le sol.
— … Hé, relève-toi.
Agrippe
Caro saisit Nyaki par le bras et la traîna.
Puis, de toutes ses forces, il la projeta.
— Fugyaaahhh !?
Nyaki fut jetée devant Ruin.
Le poing de Ruin tremblait tandis qu’il la regardait de haut.
Même les regards de toutes les personnes autour de Nyaki étaient glacials.
Ces yeux…
Ils étaient remplis de colère.
De mépris.
De haine.
— Ces ustensiles sont utilisés avec beaucoup de soin par Arene, qui s’occupe toujours de la cuisine… Alors… Alors comment peux-tu faire une chose pareille… !?
Arene avait couvert son visage de ses mains et pleurait.
— Pourquoi… Pourquoi est-ce que tu me fais toujours des choses aussi horribles, Nyaki !?
Affolée, Nyaki se mit à genoux et inclina vigoureusement la tête.
— J-Je suis désolée, nya ! Ruin-san, Arene-san, tout le monde… S’il vous plaît, acceptez les excuses de Nyaki ! Nyaki regrette sincèrement du plus profond de son cœur, nya !
— Tu ne fais toujours… toujours que prononcer des paroles superficielles !
Yuugungu cria.
Toad écrasa la main de Nyaki sous son pied.
— Fugyaaahhh !?
Nyaki poussa un cri.
Cependant, elle ne semblait pas essayer de leur résister.
— Je doute que tu regrettes quoi que ce soit… Tu fais ça à chaque fois. Tu dois penser que nous allons te pardonner simplement parce que tu te prosternes. Mais au fond, tu ne regrettes absolument rien…
— J-Je suis désolée, nya ! Comme tout le monde le dit, Nyaki est trop stupide pour savoir présenter des excuses sincères, nya ! Quoi qu’il en soit, je suis désolée, nya ! Je suis désolée, nya !
— … Elle est toujours aussi agaçante. Même après tout ce temps, je ne comprends pas pourquoi elle ne fait pas le moindre effort pour s’intégrer…
Regardant dans la direction du soleil, Myana commença à jouer avec ses cheveux.
Caro posa la semelle de sa chaussure sur la tête de Nyaki.
— Garde ton front contre le sol. Tes excuses… Tu es sérieuse, là ?
— J-Je suis désolée, nya !
Nyaki pressa vigoureusement son front contre le sol.
— Je le fais, nya ! Alors, s’il vous plaît, pardonnez-moi, nya !
Manifestement abasourdi, Bardwitcher soupira.
— Cette fille est vraiment incapable de réfléchir par elle-même… Si personne ne lui dit quoi faire, elle ne remarque absolument rien. Elle est complètement répugnante.
— Elle n’a même pas assez de cervelle pour réfléchir par elle-même, hein. Bon sang…
Nana Tout lança un caillou qui frappa Nyaki à la tempe.
— Nyaaahh !?
— Arrête de couiner comme si c’était notre faute…
— Relève-toi, Nyaki.
— S-Si tu pouvais retirer ton pied… Nyaki t’en serait vraiment t-très reconnaissante…
— Non, non. Tu devrais montrer un peu de cran.
Toad appuya encore davantage avec son pied sur la main de Nyaki.
— Tu manques de cran !? Tu te moques de moi !?
— Dépêche-toi de te relever !
Yuugungu enchaîna avec un rugissement furieux.
Arene sanglotait toujours à côté.
— Je n’en peux plus… Finissons simplement ce voyage avec Nyaki au plus vite… Je vais devenir folle si ça continue comme ça…
— Ressaisis-toi, Arene.
— Ruin, mais…
Les yeux de Ruin brûlaient d’une juste indignation tandis qu’il fusillait Nyaki du regard.
— … Relève-toi, Nyaki. Toad, Caro, retirez vos pieds.
À la demande de Ruin, les deux obéirent et retirèrent leurs pieds.
Toad et Caro saisirent ensuite les mains de Nyaki pour la remettre debout.
Nyaki se retrouva sur ses jambes.
— Nyaki… Je vais te donner une chance de te racheter. Si tu veux continuer à rester avec nous, l’Épée Héroïque, qu’est-ce que tu crois qu’il te faut ? Jusqu’à maintenant, tu n’as jamais donné la bonne réponse. Ma patience a déjà atteint ses limites.
— Euh… euh…
— Réponds.
— D-De la sincérité… nya ?
— Nyaaaakiiiiiiiiii !
— Fuggyaaahhhhh !?
Nyaki fut frappée par une formidable pression de vent.
Sous la violence de cette rafale, elle fut projetée au loin.
Bien plus violemment que précédemment, Nyaki s’écrasa contre l’épais tronc d’un arbre.
— Haaahhh… Haaahhh… !
La respiration de Ruin devint plus lourde.
Myana réduisit spontanément la distance entre eux et vint doucement se blottir contre lui.
— Est-ce que ça va, Ruin !?
— … Ça fait mal.
— Hein ?
Tel un aigle plantant ses serres dans sa proie, Ruin agrippa le côté gauche de sa propre poitrine.
— Tu ne comprends pas, Nyaki… !? Mon cœur, alors que je suis obligé de te frapper… souffre des dizaines de fois plus que toi ! Ça fait mal !
— Ruin !
Myana serra dans ses bras Ruin, qui semblait sur le point de pleurer.
— Tu dois comprendre… Tout le monde fait tout ça pour toi, Nyaki.
— Myana… mais moi…
— Hé, Nyaki ! Tu devrais correctement réfléchir à ce que tu as fait… Hein ?
Nyaki ne bougeait plus.
— Hé, Nyaki ! Bouge !
— H-Hé… Elle est toujours en vie, pas vrai… ?
Yuugungu se mit à transpirer froidement.
Toad courut vers Nyaki.
Un peu plus tard, il poussa un soupir de soulagement.
— Ça va… Elle s’est simplement évanouie.
— Bon sang, quelle frayeur… Si elle mourait ici, je ne pourrais pas regarder Vysis-sama en face.
Ruin essuya ses larmes et se dégagea de l’étreinte de Myana.
Puis il s’avança.
— Elle nous complique vraiment les choses… Pour l’instant, je pense que nous devrions envoyer un pigeon de guerre magique à Vysis-sama afin de lui annoncer la bonne nouvelle concernant notre découverte.
Sous les instructions de Ruin, Nana Tout commença les préparatifs.
Peu après, le pigeon de guerre magique fut libéré de sa cage.
Alors qu’il s’envolait, tout le monde suivit le pigeon magique du regard pendant un moment.
Lorsqu’il disparut de leur champ de vision, l’atmosphère autour d’eux devint celle de personnes satisfaites du travail accompli.
— … Il ne reste plus qu’une seule étape.
Yuugungu acquiesça aux paroles de Ruin.
— Ouais, il est temps. Mais avec ça, nous pouvons enfin…
— Attends, Yuugungu.
Ruin posa son index devant ses lèvres.
— Quelque chose approche.
Il regardait vers le sud-ouest, dans la direction où Strife était parti en reconnaissance.
— Strife ! Tu es enfin revenu !
La silhouette d’une personne approchait.
Cependant, à mesure qu’elle se rapprochait, Ruin remarqua quelque chose d’étrange.
— Strife… ?
Depuis les ténèbres créées par les arbres touffus…
Celui qui en émergea était bien Strife.
Et il leur adressa la parole.
— To… tout… le monde… fuyez…
— Hein… ? Q-Quoi ? I-Impossible…
Les yeux d’Arene tremblèrent violemment.
Puis elle porta ses mains à sa bouche.
Car dans le cou de Strife…
Une flèche était plantée de part en part.
— Je… depuis… long… temps… A… rene… j’ai tou… jours…
Boum.
Incapable de terminer sa phrase, Strife s’effondra au sol.
À cet instant, ils comprirent.
— Attends… Pourquoi ? Hein ? C’est quoi ça… Hé ? C’est quoi, ça !?
Myana était complètement bouleversée.
Yuugungu l’interpella également, retenant ses larmes tout en gardant les yeux fixés devant lui.
— Je comprends ce que tu ressens, mais pour l’instant, calme-toi, Myana…
— C’est faux, c’est faux, c’est faux ! Tout ça est faux ! Non… Noooon !
— Myana !
Ruin cria, sa voix remplie de tristesse.
— Ruin…
Ruin devait être celui qui souffrait le plus parmi eux.
Comme s’il ne pouvait supporter ce qu’il voyait, il pleurait douloureusement.
Vacille
Les larmes continuant de couler de ses yeux, les jambes de Myana cédèrent.
Elle faillit tomber au sol, mais Toad, le visage empreint de frustration, la rattrapa.
Réprimant le tremblement que le chagrin provoquait dans sa voix, Caro demanda :
— Alors ?
En posant cette question, le regard de Caro était dirigé…
Vers Ruin, qui avait été le premier à se précipiter auprès du corps de Strife.
Son épée à la main, Ruin se tenait en position de combat.
Cependant, son regard examinait le cadavre de Strife à ses pieds.
De nombreuses coupures étaient visibles sur ses épaules et son dos.
En regardant attentivement, il y avait également des blessures sur ses bras qui semblaient avoir été causées lorsqu’il avait tenté de bloquer des attaques avec ceux-ci…
À la vue de ces blessures, Ruin comprit.
— Ces blessures n’ont pas été causées par un monstre.
Il était certain que Strife avait combattu un humain.
Les émotions de Myana explosèrent encore davantage.
— Des humains… dans la Zone Démoniaque !? C’est un humain qui lui a fait ça !? Mais c’est quoi ce délire !? Qui a fait… Qui a fait ça… !
C’est alors que cela arriva.
Ruin Seal fut le premier à le remarquer.
— Ruin.
Satsuki avait lui aussi remarqué la même chose.
Ruin remarqua la sueur qui couvrait ses propres paumes.
Cette transpiration humide et désagréable recouvrait la poignée de son épée…
« Oui », répondit Ruin d’un signe de tête.
Puis il se tourna vers les ténèbres et lança :
— Qui êtes-vous ?
Plusieurs bruissements étonnamment discrets se firent entendre dans l’herbe.
Puis la silhouette d’un homme apparut.
Équipé d’une épée et d’un bouclier, il était vêtu comme un chevalier.
— Vous êtes bien l’Épée Héroïque, n’est-ce pas ?
À la suite de sa question, d’autres personnes portant la même tenue de chevalier apparurent les unes après les autres.
En les voyant, la respiration de Ruin s’accéléra.
— Pourquoi… Pourquoi est-ce que vous… Alors même que vous savez que nous sommes l’Épée Héroïque, vous avez…
Ruin força sa voix chargée de chagrin à sortir.
Ses épaules tremblaient.
Son cœur battait de plus en plus vite.
Sa respiration devenait de plus en plus lourde.
— Cet emblème sur votre bouclier…
Quelle absurdité.
Ils étaient censés être des compatriotes d’Alion.
Cet homme, qui était censé être son allié, leva silencieusement son épée.
— Nous allons récupérer la Bête Divine.
Pourquoi…
— Pourquoi les Chevaliers Magiques d’Urza…
Avant même que Ruin puisse terminer sa question…
Les Chevaliers Magiques d’Urza passèrent à l’action.
Des flèches fusèrent depuis les rangs arrière des Chevaliers Magiques.
Et alors…
Le massacre commença.
▽
Splash !
Les deux genoux de Ruin brisés, il s’enfonça dans une mare de sang.
— Haaahhh… Haaahhhh… Haaahhhh… !
Il leva les yeux vers le ciel.
Du sang frais coulait le long de ses tempes.
Il descendait jusqu’à son menton avant de tomber sur le sol.
Puis il s’infiltrait dans la terre.
— Haaahhhh, haaahhhh… Haahhh ! Pourquoi…
La tête de Ruin se projeta brusquement vers l’avant.
Slip !
— Haahhh, haahhh… Pourquoi… Pourquoi…
Lentement, Ruin releva le visage.
— Pourquoi est-ce que vous gaspillez vos vies comme ça !?
Ce qui se reflétait dans les yeux de Ruin…
… c’étaient les cadavres des Chevaliers Magiques éparpillés tout autour.
— Guaahhh.
Yuugungu acheva un Chevalier Magique qui respirait encore.
À l’exception de Strife, aucun membre de l’Épée Héroïque n’était mort.
Non.
Il serait même plus exact de dire qu’ils n’avaient subi aucune blessure.
En revanche, les Chevaliers Magiques, qui auraient pourtant dû disposer d’un avantage numérique écrasant…
À l’exception d’un seul homme laissé en vie, ils étaient tous morts.
L’état de leurs cadavres était atroce.
Un simple regard sur les corps éparpillés suffisait pour le comprendre.
Cela témoignait clairement de toute la haine que les membres de l’Épée Héroïque portaient dans leur cœur.
Bardwitcher s’approcha alors, traînant l’unique Chevalier Magique encore vivant à travers la mare de sang.
— Ruin… Comme tu l’as demandé, j’en ai gardé un en vie.
L’unique survivant était précisément l’homme qui leur était apparu en premier.
« Nous allons récupérer la Bête Divine. »
C’était ce qu’il avait déclaré.
Les yeux de cet homme n’avaient toujours pas perdu leur détermination.
« Même dans une situation désespérée, je ne montrerai jamais ma peur devant mes ennemis. »
On pouvait ressentir cette ferme volonté émaner de lui.
Ruin était sur le point de tendre silencieusement la main vers le cou du Chevalier Magique.
Cependant…
— Ruin.
Lorsque Satsuki l’interpella d’un ton réprobateur, Ruin sembla surpris et retira sa main.
Sans même s’en rendre compte, il avait été sur le point d’étrangler l’homme.
— … Désolé. Merci de m’avoir arrêté, Satsuki.
Après avoir pris une profonde inspiration, Ruin se rassit.
Puis il posa son coude sur l’un de ses genoux.
— Tu as dit que vous étiez venus « récupérer la Bête Divine »… Qu’est-ce que ça signifie ? Dis-moi tout.
— …
— S’il te plaît, dis-le-moi.
— Je me fiche de ce que vous me ferez. Je n’ai rien à dire. Tuez-moi.
Ruin inspira profondément une nouvelle fois.
— Je vois… Toad, je vais m’occuper de lui.
Aux paroles de Ruin, Toad acquiesça silencieusement.
Puis Toad sortit de la ceinture de cuir à sa taille un objet plat en forme de tige.
Une lime.
Lorsqu’il la lui tendit, Ruin la prit silencieusement.
Les sourcils du Chevalier Magique se froncèrent, comme s’il ne comprenait pas.
— … Une lime ?
— Une lime spéciale. Combinée à mes compétences, elle me permet de limer presque n’importe quoi… Oui, même des os humains.
Il commença à s’approcher.
En le regardant faire, une goutte de sueur froide coula sur la joue du Chevalier Magique.
— … Qu’est-ce que tu comptes faire ?
— Les doigts.
— ?
Après avoir prononcé ce seul mot, Ruin se tut.
Caro prit alors le relais pour expliquer.
— Il va simplement limer ton doigt avec cette lime, en partant de l’ongle jusqu’à la racine du doigt.
— …… !
Comprenant la situation, le Chevalier Magique pâlit.
Yuugungu poursuivit à son tour.
— Ça fera mal… Au point que tu perdras connaissance. Mais même si tu t’évanouis, nous te réveillerons de force. La douleur provoquée en touchant la plaie te ramènera à la conscience même si tu ne le veux pas… Puis, lorsqu’il recommencera à limer, tu t’évanouiras probablement encore. Et ça se répétera… encore, encore et encore.
— N-Non…
— Ne t’inquiète pas.
Une expression cruelle dans les yeux, Yuugungu fixa le Chevalier Magique.
— Avant qu’il ne lime tout jusqu’à la racine, tu n’auras qu’à cracher tous les secrets que tu essaies de cacher. Tu peux aussi attendre qu’il commence à te limer un doigt pour vérifier si nous sommes sérieux… Mais je te préviens, ce sera vraiment atroce. Même moi, j’ai du mal à regarder.
Malgré sa réticence, Ruin se leva, la lime à la main.
— … Commençons.
— A-Attendez ! Je n’ai vraiment rien à raconter ! Je vous dis la vérité !
— Pourtant, je pense que tu me mens.
— Hein ?
— Mon intuition me dit… que vous n’êtes probablement même pas les véritables Chevaliers Magiques, n’est-ce pas ?
— …… !
— Cette réaction est toute la réponse dont j’ai besoin… Cette armure que vous portez, je suppose que vous essayez simplement d’imiter l’équipement des Chevaliers Magiques. Est-ce que je me trompe ?
« L’intuition » de Ruin se manifestait rarement, mais lorsqu’elle le faisait, elle était d’une précision troublante.
Tous avaient toujours fait confiance à son instinct.
Pourquoi lui faisaient-ils confiance ?
Comment pouvaient-ils affirmer qu’il avait raison ?
Ils n’avaient aucun fondement logique pour l’expliquer.
Et pourtant, pour une raison quelconque, tout ce que son intuition lui disait se révélait toujours exact.
Son intuition le conduisait toujours à la bonne réponse.
Ruin Seal avait toujours raison.
Était-ce un don ?
Ou peut-être une particularité liée au fait d’appartenir à la Lignée des Héros ?
Quelle qu’en soit la raison, son intuition ne s’était jamais trompée.
Oui…
L’intuition de Ruin était juste.
C’est pourquoi…
— Voilà pourquoi ce que tu as dit, que tu « n’avais rien à raconter »… c’est impossible.
L’âme éprise de justice de Ruin s’embrasa.
Serrant fermement la lime, il pensa à Strife.
La surface rugueuse et dentelée de l’outil fut placée contre le bout des doigts du Chevalier Magique.
— Commençons par ton petit doigt.
Le visage du Chevalier Magique se vida complètement de son sang.
— A-A-A-Attendez ! J-Je vous en supplie, attendez !
Giri…
Ruin serra les dents.
— Tais-toi, espèce de monstre… C’est déjà trop tard ! Et puis, tu devrais au moins ressentir la douleur que Strife a ressentie ! Il a été si gravement tailladé… Je suis sûr qu’il a dû souffrir… !
Le visage déformé par l’émotion, Ruin se mit à pleurer.
Myana, qui se tenait à ses côtés, pleurait elle aussi.
— Ruin… Oui, tu as raison, Ruin !
Ils furent submergés par leurs émotions.
— Et pour la douleur qui déchire nos cœurs après la perte de notre précieux compagnon… Je vais m’assurer que tu ressentes notre souffrance ! Ressens notre chagriiiiiin !
Zariririri !
La lime effectua des mouvements de va-et-vient.
Elle raclait son ongle.
Peut-être que la dure réalité de la situation était finalement devenue trop difficile à supporter pour lui…
— Ha…
Avec une rapidité stupéfiante, tout le sang-froid du Chevalier Magique disparut.
— Je vais parler ! Je vais parler ! Je vais tout vous dire ! J-Je vais vous raconter tout ce que je sais ! Alors…
— C’est la vengeance de Strife !
Dans la partie occidentale de la Zone Démoniaque Dorée…
Ses hurlements rauques résonnèrent comme ceux d’une bête prise au piège.
▽
— Uuuu… Uuuggh… Tou… tout… Je vous ai déjà tout dit… Alors… tuez-moi…
Caro le regarda d’un air interrogateur.
Ruin lui répondit par un signe de tête.
Caro changea alors sa prise sur son épée.
Regardant le Chevalier Magique qui respirait faiblement…
D’un coup d’estoc, Caro lui transperça la tête.
Dans un bref son qui ne pouvait même plus être qualifié de cri, le Chevalier Magique mourut.
En regardant l’état ensanglanté de ses mains, Satsuki déclara :
— Alors, c’étaient des soldats de Mira.
Il semblait qu’ils avaient essayé de faire porter la responsabilité de leur crime aux Chevaliers Magiques.
« Hmm », marmonna Yuugungu en fronçant les sourcils.
— Cependant… l’Empire de Mira est actuellement plongé dans un chaos complet. Apparemment, ces types agissaient sous les ordres du commandant Wright, mais j’ai entendu dire que ce Wright prévoyait déjà de se retourner prochainement contre l’Empereur Fou.
Ruin prit la parole.
— Wright Mira était le prince qui possédait autrefois le premier droit de succession au trône impérial. En revanche, celui qui siège actuellement sur le trône, l’Empereur Fou, était troisième dans l’ordre de succession… En d’autres termes, avec l’actuel Premier ministre, Raiser, ceux qui occupaient autrefois les première et deuxième places dans l’ordre de succession servent maintenant leur plus jeune frère. Ça ne me surprendrait pas que les deux frères aînés préparent quelque chose contre l’Empereur Fou.
— Dans ce cas… même s’ils sont des soldats de Mira, il est possible qu’ils obéissent à des personnes hostiles à l’Empereur Fou.
« Cependant… »
Yuugungu croisa les bras sur sa poitrine.
— Pourquoi ce Wright veut-il cette Bête Divine… Nyaki ?
— … Je crois comprendre plus ou moins pourquoi. Alors, une fois notre mission terminée, nous nous occuperons de Nyaki. Ça vous convient ?
Sans la moindre hésitation, tous approuvèrent la proposition de Ruin.
« Plus important encore… »
Ruin déplaça son regard.
Tout le monde ressentait la même chose.
C’était ce qu’ils attendaient plus que tout.
— Nous devons offrir à Strife une sépulture digne de ce nom… Et ensuite, nous devons tous lui faire nos adieux.
Ils étaient les amis qu’il laissait derrière lui.
Peu importe lequel d’entre eux on interrogeait, tous pensaient que cela devait être leur priorité absolue.
Les funérailles de Strife.
Pendant qu’ils se battaient…
Et même après la fin du combat…
Tous pensaient au corps sans vie de Strife.
Ils l’aimaient tous profondément.
C’était pourquoi ils voulaient lui faire leurs adieux comme il se devait.
Jusqu’à ce qu’ils puissent enfin accepter son départ.
Après cela…
Ils pleurèrent tous.
Même ceux qui avaient jusque-là retenu leurs larmes finirent par craquer, comme si la digue qui les contenait venait de céder.
Satsuki fut le seul à ne verser aucune larme.
Cependant, personne ne le lui reprocha.
Après tout, l’abattement sur son visage était parfaitement visible.
C’était la première fois que tous voyaient Satsuki aussi profondément accablé.
Chacun exprima sans retenue sa gratitude envers Strife et lui fit ses adieux.
Encore et encore.
Ils ne pouvaient pas transporter un cadavre.
Ils ne pouvaient pas non plus le préserver.
Par conséquent…
Tous travaillèrent ensemble et, malgré leurs larmes, creusèrent sa tombe.
La tombe de Strife.
Son corps reposait sous la terre.
Son poignard était planté au-dessus de sa sépulture.
Ruin conclut alors les funérailles par quelques derniers mots.
— Même si tu meurs ici… ton âme restera toujours avec nous, Strife.
Arene, qui se tenait derrière Ruin, recommença à sangloter bruyamment.
Myana, elle aussi noyée de larmes, se rapprocha d’elle pour la réconforter.
Sentant sa douleur quelque peu apaisée après avoir partagé son chagrin avec les autres, Ruin se retourna…
— Hein ?
Il s’en rendit compte.
La personne qui aurait dû être évanouie sur le sol…
— Nyaki a disparu.