Chapitre 200
Chapitre 200 – La distance entre les héros
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Shakiiiinnnnnn…
Kirihara rengaina nonchalamment l’épée qu’il venait de dégainer.
— … J’allais dire que « ça devrait être évident », mais j’imagine que je ne peux pas vraiment dire ça, hein.
Qu’est-ce qui était censé être « évident » dans ce qu’il venait de faire ?
Je ne comprenais absolument pas.
Kirihara poussa un soupir avant de poursuivre avec indifférence.
— Nous allons bientôt livrer la bataille décisive contre le Grand Empereur Démon. Si tu n’es même pas capable de faire face à une attaque de ce niveau, il sera difficile de compter sur toi comme force de combat. Enfin, inutile de t’en inquiéter… Après tout, ce n’était qu’un test.
Fouuuu…
Hijiri, qui avait elle aussi dégainé son épée, prit la parole.
— Peu importe comment on considère la situation, Sogou-san est loin d’être dans son état normal. Si tu voulais savoir ce dont elle est capable actuellement, le plus logique aurait été d’attendre au moins qu’elle se soit rétablie.
— Si Sogou n’avait pas été capable d’y faire face, Hijiri, tu aurais pu t’en rendre compte et arrêter mon attaque. Et comme je le pensais, tu as bloqué mon épée.
Tap, tap.
Kirihara tapota sa propre tempe du bout du doigt.
— Toutes ces pensées selon lesquelles la situation aurait pu mal tourner ne sont que des suppositions de ta part.
— ——Tu comptais tuer Sogou-san, n’est-ce pas ?
Hijiri l’interrogea directement.
Comme pour éluder la question, Kirihara claqua la langue.
— Une attaque dont on sait pertinemment qu’elle ne tuera pas… est-ce qu’elle a réellement la moindre valeur ? Il existe une expression qui dit : « Fais de ton mieux, même si tu dois en mourir. » Si tu veux accomplir quelque chose, tu dois être prêt à mourir pour y parvenir…
Il ne parlait absolument pas comme quelqu’un qui regrettait ce qu’il venait de faire.
Il n’y avait pas la moindre trace de remords.
Il parlait comme si tout cela était parfaitement naturel.
— Si elle n’est pas capable de l’arrêter et qu’elle meurt, alors le monde de Sogou s’arrête là… et je n’aurai pas d’autre choix que de l’abandonner. De toute façon, dans les prochaines batailles, il n’y aura pas toujours quelqu’un pour la suivre et la protéger… Et ça vaut aussi pour toi, Hijiri.
— De mon point de vue, on aurait plutôt dit que tu avais agi sous le coup de quelque chose après avoir entendu le niveau de Sogou-san.
Comme s’il était exaspéré, Kirihara repoussa ses cheveux en arrière avec ses deux mains.
— Il n’y a que toi qui « vois » les choses de cette manière. Rien n’est plus disgracieux que de rabaisser quelqu’un en se basant uniquement sur des suppositions, Hijiri…
— Comme elle vient de le dire, Kirihara, arrête de chercher des noises à Grande sœur…
Alors qu’Itsuki était sur le point d’intervenir avec colère…
— Kirihara-sa !
Une voix forte les interrompit.
— Qu’est-ce que… c’était que ce bordel à l’instant !? J’arrive pas à y croire !
C’était Murota Erii, membre du groupe de Kirihara.
— Qu’est-ce que tu racontes, Murota…
— C’est moi qui te demande ce que tu racontes ! Kirihara, sérieusement, qu’est-ce que tu crois être en train de faire !? Tu sais pas que c’est la Présidente qui nous a sauvé la vie !? Après le départ de Kirihara, la situation a complètement dégénéré ! T’as vraiment rien entendu de ce qui s’est passé !?
Le visage renfrogné, Kirihara fixa silencieusement Murota.
— Écoute-moi bien, Kirihara… T’as vraiment rien à dire ?
— Vous avez eu de la chance de survivre. Mais à partir de maintenant, les choses vont devenir encore plus difficiles…
— Mauvaise réponse !
— … … …
— Tu le vois vraiment pas !? Ou alors tu fais exprès !?
Fwoosh !
Murota pointa vigoureusement du doigt les autres membres du groupe de Kirihara.
— Tu vois pas qu’Ikumi est pas là !?
Kirihara inclina la tête.
Puis, après quelques secondes…
— Je vois. Elle a donc été éliminée.
Crac.
Le visage de Murota se déforma.
— Mais c’est quoi… cette réaction de merde… ? Fouuu, guuhhh… Comme je le pensais, t’es bizarre ! Depuis qu’on est arrivés ici, Kirihara, t’es vraiment devenu bizarre… !
Des larmes commencèrent à couler des yeux de Murota.
C’était comme si une digue qui retenait tout ce qu’elle ressentait venait soudainement de céder.
— Ikumi… elle est morte, tu sais !? Je sais même pas s’il reste quelque chose de son corps… Je sais même pas lequel de ces cadavres était celui d’Ikumi… Elle pourra même pas être soignée comme Sakura, tu comprends !? Hé !? Je te parle d’Ikumi, là ! Elle est morte !!!
Je me souvins de ce qui s’était passé après « cette bataille ».
Pendant un moment, tout le monde s’était réjoui de la survie de Banewolf.
Mais finalement, l’euphorie qui avait suivi la bataille s’était dissipée.
Et tout ce qui était resté pour les autres et moi au Château Blanc Anti-Démon…
C’était un sentiment de perte.
Hiroka Akiyoshi.
Sakuma Haruhiko.
Cela avait été la même chose lorsque ces deux-là étaient morts.
La mort de nos camarades de classe.
Même si tout cela semblait terriblement irréel…
Cela laissait dans ma poitrine la sensation d’un trou béant.
C’est pour cette raison…
Qu’ensuite, avec l’aide de la princesse Cattleya, nous avions tous organisé une cérémonie funéraire.
Tout le monde…
Avait pleuré.
Même les élèves qui, dans notre ancien monde, n’étaient pas particulièrement proches de Kariya Ikumi.
Mais Kirihara, avec une expression comme s’il cherchait à nous faire la leçon, déclara :
— Mes parents connaissent un jeune économiste qui possède plus de 200 000 abonnés sur sa chaîne d’un célèbre site de vidéos. Et je l’ai entendu dire ceci : plus un pays est prêt à se débarrasser des ratés qui y vivent, plus il se développera… Apparemment, plus un pays gaspille ses précieuses ressources pour ces ratés insignifiants, plus l’ensemble du pays s’appauvrit…
— C’est quoi… ce bordel… ? Je comprends absolument rien à ce que tu racontes… Et puis, cet économiste dont tu parles… qu’est-ce qu’il a à voir avec la mort d’Ikumi… !?
— ? Ce que ça signifie, c’est qu’au lieu de perdre ton temps à ouvrir la bouche chaque fois que quelqu’un meurt, tu ferais mieux de parler de la manière dont tu vas essayer de t’améliorer après cette perte… Enfin, est-ce que vous vous êtes seulement améliorés, vous autres ?
— ————————
Murota réduisit la distance qui la séparait de Kirihara.
Lorsqu’elle arriva devant lui, elle leva brusquement la main.
Et l’instant suivant…
Claque !
— … … …
Murota fronça profondément les sourcils.
— Ce n’est pas une plaisanterie, Murota…
Apparemment, Murota avait essayé de le gifler.
Mais avant que sa main ne l’atteigne, Kirihara avait saisi son poignet.
— ——Ton esprit a dû être empoisonné par Sogou, hein.
Kirihara resserra son emprise autour de son poignet.
— Ça… fait mal…
Le visage de Murota se crispa de douleur.
Ce fut à cet instant.
Itsuki posa la main sur la poignée de la rapière à sa taille…
— Arrête-toi là.
Celle qui les arrêta…
— Je ne te laisserai pas aller plus loin.
C’était moi.
— … Tu ne connais pas le principe de légitime défense ?
— C’est peut-être Murota-san qui a levé la main la première. Cependant, ne serait-ce qu’un instant… tu ne peux pas essayer de prendre en considération ce que ressent Murota-san ?
— Me préoccuper des sentiments de chaque personne ne m’aidera pas à remporter la victoire.
— C’est précisément dans des moments comme celui-ci que je pense qu’il est important d’éprouver de la compassion pour les autres.
— … Tu n’es pas différente de ces idiots qui pensent pouvoir tout résoudre uniquement avec leur combativité et leur volonté. Souviens-toi de notre ancien monde. Ceux qui gagnaient réellement étaient ceux qui ne semblaient pas se préoccuper des sentiments des autres… Autrement dit, si tu veux gagner, tu dois leur montrer ta force. Sinon, tu n’obtiendras jamais la victoire. Tu n’as pas besoin de te soucier de ces chiens qui aboient en parlant constamment de morale et d’éthique…
— … … …
Personnellement, je n’aimais pas ça.
Cependant, avec les émotions seules…
Ou uniquement avec des mots…
Il était impossible de tout transmettre.
Je l’avais moi-même compris depuis mon arrivée dans ce monde.
— ————
Je commençai à me préparer à utiliser les fils de mes limiteurs.
C’était le seul moyen pour moi de bouger correctement mon corps dans mon état actuel.
Je savais que, si je pensais à l’avenir, c’était une décision stupide…
Malgré tout.
Peut-être valait-il mieux lui montrer directement, au moins une fois, ce qu’était réellement la « puissance ».
Cependant, je me contenterais de le neutraliser.
Je ne le blesserais absolument pas.
Par exemple…
Si j’utilisais cette technique du Kisou-ryu destinée à capturer les généraux ennemis…
— … Hmph.
Kirihara relâcha le poignet de Murota.
— Tu as l’air impatiente de passer à l’action… mais il est évident que Hijiri interviendrait. De mon côté, je n’ai donc pas d’autre choix que de déclarer que ce serait simplement une perte de temps.
Alors que Murota tombait à genoux sur le sol, Kirihara passa à côté d’elle.
— Et aussi, concernant le moment où je t’ai attaquée avec mon épée… arrête de te comporter comme une idiote au point de ne même pas avoir remarqué ça.
Kirihara tendit le bras devant lui.
— Si j’avais sérieusement voulu te tuer, j’aurais utilisé mon <Dragonic Buster>…
Plusieurs petits dragons dorés apparurent autour de Kirihara.
Ils semblaient avoir été activés pendant que nous parlions.
Les dragons dorés aux formes ondulantes commencèrent à tournoyer autour de Kirihara, comme s’ils cherchaient à le protéger.
— Murota et les autres donnent maintenant l’impression d’être choyés par Sogou… Alors pourquoi ne pas laisser Sogou s’occuper de vous pendant quelque temps ?
Murota, qui avait encore les larmes aux yeux, regarda Kirihara s’éloigner.
— Kirihara…
Entouré de dragons dorés ondulants, Kirihara s’immobilisa.
— Les grands hommes qui ont transformé le monde ne sont jamais compris au début. Au contraire, ils sont souvent rejetés. Ceux qui atteignent le sommet sont toujours confrontés à des critiques injustifiées. Voilà la solitude des rois… Ils ne peuvent jamais échapper à la stupidité des gens ordinaires qui ont cessé de réfléchir. C’est pour ça que les grands hommes n’ont pas d’autre choix que d’ignorer leurs aboiements jusqu’à ce qu’ils obtiennent des résultats. Cependant, à la fin, vous comprendrez tous qui était le véritable « roi ». Étudiez l’Histoire. Les véritables grands hommes ne sont peut-être pas appréciés à leur époque, mais les générations futures reconnaissent leur valeur… L’Histoire, elle, n’oubliera jamais leur nom…
Kirihara me lança un bref regard.
— En fin de compte… ceux qui refusent encore d’abandonner leur naïveté ne pourront jamais atteindre la « Perfection ».
Clac.
Kirihara détourna la tête.
— Au bout du compte, je dois continuer à prouver la justesse de ma force en surmontant des circonstances absurdes et malheureuses. Exactement comme l’ont fait ces personnes dans l’Histoire.
— Tu n’as rien besoin de dire, Itsuki.
Itsuki était sur le point d’intervenir.
Cependant, Hijiri l’arrêta.
Kirihara poussa simplement un soupir consterné.
— Vous devriez vraiment faire quelque chose concernant votre tendance à vous emporter aussi facilement. Surtout toi, Itsuki…
— Bleeeeh !!!
Itsuki lui tira la langue.
Cela pouvait ressembler à une taquinerie, mais ses yeux ne souriaient absolument pas.
Comme on lui avait dit de ne rien dire, elle avait probablement décidé de tirer la langue en guise de riposte.
— Maintenant que j’y pense, Sogou, j’ai entendu des gens en parler… Il paraît que cette personne est toujours en vie.
Il allait enfin parler d’Oyamada Shogou ?
— L’apparence de Seras Ashrain… Est-ce qu’elle ressemble à son portrait ?
(Hein ?)
— Tu as rencontré ce groupe qui faisait autrefois partie de cette bande de sorciers. Ils se font appeler l’Escadron du Seigneur des Mouches, c’est bien ça ? Tss… Ils ont vraiment choisi le pire endroit pour faire leur apparition.
Quoi ?
Qui ?
Mais de quoi est-ce qu’il parle maintenant…
— Il semblerait que le Seigneur des Mouches ait commencé à attirer l’attention après avoir écrasé le Premier Serment… Et ils commencent à se faire un nom… Ces Confidents étaient vraiment une bande lamentable…
Crisp.
Kirihara serra fermement les poings.
— C-Ce n’est pas vrai du tout. Les Confidents étaient des adversaires redoutables.
— C’est impossible. Puisqu’ils ont perdu contre des gens qui ne sont même pas des Héros, je ne vois pas comment je pourrais arriver à une autre conclusion que celle qu’ils ne sont que des minables. S’ils dépendent de capacités limitées par les lois de ce monde, comme la sorcellerie, il est facile de voir jusqu’où leur puissance peut aller… Il se fait appeler « Roi », mais il ne possède absolument pas l’étoffe nécessaire. Ce qui signifie que, tss… Je vais montrer à cette grenouille au fond de son puits, ainsi qu’à Seras, une vérité qu’ils trouveront désagréable.
Kirihara posa la paume de sa main sur l’extrémité de la poignée de son épée.
— La différence de statut entre eux et nous, les Héros.
▽
Alors que les autres et moi attendions sur la place, un messager de la Déesse vint nous transmettre ses instructions.
Il nous annonça que les Héros devaient retourner dans leurs quartiers et y attendre temporairement.
Le messager nous expliqua également plusieurs règles et les choses auxquelles nous devions faire attention pendant notre attente.
Il ajouta qu’une réunion aurait lieu plus tard au sujet de l’Escadron du Seigneur des Mouches.
D’ailleurs, Kirihara n’était plus présent lorsque le messager fit cette annonce.
Il avait tout simplement quitté la place.
Alors que Kirihara était sur le point de partir…
« Hé, la Déesse nous a dit d’attendre ici ses instructions. »
Itsuki avait essayé de l’interpeller, mais…
« Une fois par mois, mes parents organisaient un barbecue avec plusieurs de leurs connaissances… Un jour, un homme qui dirigeait avec beaucoup de succès un salon en ligne est venu. Voilà ce qu’il a dit : “Dans le monde des affaires, aucune personne qui réussit n’attend qu’on lui dise quoi faire.”… Ce que ça signifie devrait être évident, non ? »
Après avoir prononcé ces mots, il était parti.
Bon.
À présent, il faisait nuit.
J’attendais dans ma chambre.
Quelqu’un était également venu me rendre visite.
En ce moment, cette visiteuse était assise sur une chaise à côté de moi.
Une table se trouvait devant nous.
Nos chaises étaient très proches l’une de l’autre.
Si proches que nos épaules se touchaient presque.
La visiteuse faisait courir son stylo sur un bloc-notes.
— On dirait que tu as rencontré beaucoup de difficultés là où tu étais affectée.
Cette visiteuse était Takao Hijiri.
Nous échangions les informations que nous avions recueillies.
Le bloc-notes et le stylo semblaient être des objets qu’elle avait apportés de notre monde, tout comme nos uniformes.
Nous ne pouvions pas accéder à Internet avec nos smartphones.
Nous ne pouvions même pas les recharger.
Cependant, les objets analogiques semblaient fonctionner normalement.
Dans le cas du stylo, du moins jusqu’à ce que l’encre soit épuisée…
« Malgré tout », pensai-je.
Ce bloc-notes et ce stylo provenaient de notre ancien monde.
Pourtant, étrangement, maintenant que nous nous trouvions dans ce monde, ces objets semblaient encore plus utiles.
— Cependant, grâce à ce Belzegea-san dont je t’ai parlé tout à l’heure, je pense que nous avons évité le pire.
Le pire scénario…
L’anéantissement de l’Armée du Sud rassemblée au Château Blanc Anti-Démon.
Ainsi que la mort de nos camarades de classe présents sur place.
— … … …
— Hijiri-san ?
— Ce Belzegea… Selon toi, quel est son camp, Sogou-san ? S’il a vaincu un Confident aussi puissant, il ne semble pas être du côté du Grand Empereur Démon.
— Je pensais qu’ils étaient du côté de Cattleya-san à cause de Seras-san, mais…
— Ils ont disparu après cette bataille, n’est-ce pas ?
— Oui, c’est ce que j’ai entendu. Apparemment, ils se dirigent vers le nord.
« Fumu… »
Hijiri posa l’extrémité de son stylo sous ses lèvres.
Comment dire…
Ce n’était pas vraiment un geste particulièrement remarquable, mais elle paraissait charmante lorsqu’elle faisait ça.
Ses longs cils étaient légèrement baissés.
Ses lèvres fines, mais saines, semblaient pleines de vie.
— Ils n’ont pas simplement rejoint l’armée de la princesse de Neia sur-le-champ… Cela pourrait signifier que Seras Ashrain ne peut pas simplement retourner au Saint Royaume de Neia… Peut-être existe-t-il une raison qui l’empêche d’y retourner…
Hijiri s’arrêta là.
— À quoi ressemblait ce Belzegea ?
Je lui racontai autant que possible les conversations que j’avais eues avec lui ainsi que l’impression qu’il m’avait laissée.
Elle recommença à écrire.
Même si elle écrivait rapidement, son écriture était propre.
— Ennemis ou alliés… Il est difficile de déterminer si nous pourrions les attirer de notre côté.
— Il avait pourtant l’air digne de confiance.
— Les gens ont tendance à faire plus facilement confiance à quelqu’un lorsqu’ils ont reçu son aide pendant une situation critique. Il existe même des phénomènes comme « l’effet du pont suspendu » ou le « syndrome de Stockholm ». Les sentiments et les impressions peuvent facilement être transformés par un seul événement dramatique. Par exemple… N’as-tu jamais vu quelqu’un qui était très apprécié à la télévision ou sur Internet voir son image complètement détruite à cause d’un seul scandale ?
— … Je crois avoir déjà entendu parler de quelque chose comme ça.
Il y avait eu une personnalité de la télévision extrêmement appréciée du public.
Et je l’avais également vue devenir la cible de critiques violentes du jour au lendemain.
— Lorsque tu ne regardes les choses que sous un seul angle, tu risques davantage de te faire tromper, alors sois prudente.
Hijiri poussa un soupir.
— … Désolée, nous nous sommes éloignées du sujet. Donc, même si ce Belzegea est du côté du Saint Royaume de Neia, cela ne signifie pas nécessairement qu’il est du côté de la Sainte Alliance.
— Euh, ça veut dire…
— Que cela ne signifie pas non plus qu’il est de notre côté.
Posant mes mains sur mes genoux, je baissai les yeux.
— Je préférerais éviter de devenir l’ennemie de cet homme si possible…
— Ce que j’ai dit ne signifie pas nécessairement qu’ils sont nos ennemis. En réalité, parmi les personnes actuellement de notre côté… on pourrait même dire que Kirihara-kun t’est plus hostile que lui.
— Dis, Hijiri-san.
Serrant mes mains l’une contre l’autre, je gardai le silence pendant un instant.
Hijiri attendit elle aussi tranquillement que je mette de l’ordre dans mes pensées.
— Hijiri-san… Est-ce que tu penses que la manière de penser de Kirihara-kun est juste ?
— Le fait que tu me poses cette question signifie-t-il que certaines de ses paroles t’ont touchée ?
— Hein ? Euh… Je ne sais pas. C’est juste que je me demande si je suis vraiment encore trop naïve… Peut-être que c’est cette naïveté qui a causé la mort de Kariya-san.
Que se serait-il passé si j’avais « éveillé » ma compétence plus tôt ?
Les pertes parmi nos camarades auraient peut-être été moins importantes.
Que ce soit mes fils de limiteurs…
Ou ma compétence inhérente.
Si seulement j’avais été capable de les utiliser plus tôt.
Le résultat actuel n’était-il pas dû au fait qu’au fond de moi, je m’étais encore montrée trop laxiste ?
Alors que je prononçais ces paroles en me blâmant moi-même, Hijiri…
— Il y a certaines choses justes dans ce que tu dis, mais il y en a également certaines sur lesquelles tu te trompes.
Tout en disant cela, elle fit tourner le stylo entre ses doigts.
— Les humains sont des créatures dont la façon de penser change selon la position dans laquelle ils se trouvent. Les humains sont généralement très subjectifs. C’est pour cela que certaines personnes estiment que les idées de leurs connaissances sont correctes. À l’inverse, d’autres pensent que les idées de leurs connaissances sont fausses. Cependant… dans le cas de Kirihara-kun, il parle en partant du principe qu’il ne se retrouvera jamais du côté des « ratés ». Il lui est probablement difficile d’imaginer qu’il pourrait lui-même se retrouver un jour de ce côté-là.
Hijiri cessa de parler pendant un instant.
Puis elle recommença à tapoter l’extrémité de son stylo contre ses lèvres.
— Ce n’est probablement pas la réponse que tu voulais entendre, hein ?
— Non, ça va… Merci d’y avoir réfléchi, Hijiri.
— Sogou-san. Je pense que tu devrais simplement continuer à suivre ce que tu crois être juste.
— Ce que je crois être juste…
— De mon point de vue, beaucoup de nos camarades de classe te suivent maintenant. Ils comptent sur toi. Je pense qu’on peut considérer cela comme une bonne réponse, non ?
Hijiri poursuivit :
— La perfection n’existe pas dans ce monde. En revanche, faire de son mieux est quelque chose que tu peux faire.
— Hijiri-san…
— Je pense que c’est suffisant, tant que tu es humaine.
Un petit sourire se dessina sur mes lèvres.
— ——Merci, Hijiri-san.
— De rien.
Hijiri répondit avec désinvolture.
Nous recommençâmes à échanger nos informations.
— À première vue, pouvons-nous considérer que Nihei-kun, Murota-san et les autres vont rejoindre ton groupe ?
C’était juste après que nous avions été autorisés à quitter la place après avoir reçu les instructions du messager de la Déesse.
J’étais personnellement allée voir Nihei, Murota et les autres pour leur proposer officiellement de rejoindre mon groupe.
Je leur avais demandé s’ils accepteraient de travailler avec nous à partir de maintenant.
— Après tout, ces deux groupes ont été abandonnés par leurs chefs.
Yasu était toujours vivant.
Cependant, Nihei et les autres membres de son groupe m’avaient dit qu’ils ne voulaient plus travailler avec Yasu.
Murota et les autres avaient également déclaré qu’ils souhaitaient désormais travailler avec moi.
— Et Yasu-kun ?
— … Je vais également essayer de le recruter. Avoir ne serait-ce qu’un Héros de rang A supplémentaire parmi nos alliés nous serait utile. Et surtout, euh… après tout, si les choses continuent ainsi, Yasu-kun finira par être traité comme un paria dans ce monde.
« Fouuu… »
Hijiri soupira.
— Je te respecte vraiment.
— Hein ?
— Et puis, c’est peut-être inutile, mais…
Hijiri me proposa deux choses.
Diviser le groupe en plusieurs équipes.
Et désigner un sous-chef.
Suou Kayako serait la cheffe de l’équipe Suou.
Nihei Yukitaka serait le chef de l’équipe Nihei.
Et Murota Erii serait la cheffe de l’équipe Murota.
Il serait encore difficile pour des personnes qui n’étaient pas particulièrement proches de travailler efficacement ensemble.
C’était pour cette raison que Hijiri exprima son avis.
— Si tu te retrouves dans une situation où tu n’arrives pas à prendre une décision, il vaut mieux avoir un sous-chef capable de t’aider. Je te recommande vivement Suou-san pour ce rôle.
— … Moi aussi, je pense pouvoir compter sur Suou-san.
Suou Kayako.
C’était une fille qui possédait depuis le début de grandes capacités.
J’avais appris plus tard qu’Asagi lui avait en réalité proposé de rejoindre son groupe.
(Même pendant la dernière bataille, elle a réussi à maintenir tout le monde uni grâce à ses instructions précises… Je suis vraiment heureuse que Suou-san ait rejoint mon groupe. Mais… pourquoi a-t-elle choisi mon groupe ?)
Maintenant que j’y pensais, elle ne faisait même pas partie des personnes que la Déesse avait prévu d’éliminer.
Cela me rappela l’époque où nous étions encore dans notre ancien monde.
Suou Kayako n’était pas le genre de fille qui semblait particulièrement proche des autres élèves.
Bien sûr, c’était justement pour cette raison que j’allais régulièrement lui parler, mais…
(Quoi qu’il en soit, je dois remercier Suou-san pour ça.)
Nous continuâmes toutes les deux à discuter de différents sujets.
Ce qui me surprenait, cependant, c’était l’étendue des connaissances de Hijiri.
En particulier, elle possédait une quantité inhabituelle de connaissances concernant ce monde.
— Tu savais qu’il y avait une grande bibliothèque dans le château, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Et les ouvrages conservés dans les réserves fermées ?
— … Non.
Les réserves fermées.
Dans les bibliothèques de mon ancien monde, cela désignait les livres auxquels nous n’avions pas directement accès ainsi que ceux qui n’étaient pas accessibles au public.
Il fallait demander à un bibliothécaire d’aller chercher les ouvrages conservés dans ces réserves.
Cependant, dans ce monde, il semblait possible de les consulter après avoir obtenu une autorisation.
— J’obtenais souvent l’autorisation de la Déesse pour aller y faire des recherches.
— Je vois…
(Ah.)
Snif…
(Encore cette odeur…)
Un parfum doux et léger.
Il provenait de Hijiri.
Je pouvais particulièrement bien le sentir à cause de la faible distance qui nous séparait.
Hijiri me regarda du coin de l’œil.
— Mon odeur te dérange ?
— Ah, désolée… Euh, tu utilises du parfum ?
— Nous sommes des « étrangers » dans ce monde, mais lorsque nous portons les parfums de ce monde, les habitants se montrent un peu moins méfiants. En bref, c’est une manière silencieuse de leur faire comprendre : « J’essaie d’accepter la culture de ce monde. »
Elle réfléchissait même à ce genre de chose lorsqu’elle utilisait du parfum…
(Impressionnant…)
Et surtout…
— Hijiri-san… est vraiment magnifique.
Sans interrompre sa main qui écrivait, Hijiri me fit remarquer d’un ton monotone :
— Tu viens de le dire à voix haute.
— Ah.
Surprise, je plaquai une main sur ma bouche.
Mes pensées m’avaient échappé.
— J-Je suis désolée.
— Dans ton cas, même si tu es sincère, tu devrais éviter de faire des remarques aussi directes sur l’apparence des autres. Je sais que tu n’as aucune mauvaise intention, mais si tu le dis comme ça, certaines personnes pourraient penser que tu es sarcastique. Sogou-san, tu as au moins conscience d’être incontestablement très belle, n’est-ce pas ?
— Hein ? Je n’ai jamais vraiment…
— « pensé à toi de cette manière » ?
— Aaah…
— Cette réponse pourrait également être interprétée comme du sarcasme, alors tu ferais mieux d’éviter de répondre comme ça.
Je rentrai légèrement les épaules et hochai docilement la tête.
— … Je ferai attention.
Après avoir dit cela, un petit rire m’échappa.
Hijiri gardait toujours les yeux fixés sur son bloc-notes.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Non… C’est juste que je crois comprendre un peu mieux pourquoi Itsuki-san t’aime autant.
D’ailleurs, Itsuki dormait dans sa chambre.
Elle avait semblé pleine d’énergie un peu plus tôt, mais en réalité, elle était plutôt fatiguée.
— Hijiri-san a le même âge que moi, mais tu donnes l’impression d’être beaucoup plus âgée, ou plutôt… tu ressembles à une grande sœur à qui on peut parler de tout.
Je n’avais pas de grande sœur, alors j’avais peut-être toujours légèrement désiré avoir quelqu’un qui puisse remplir ce rôle.
— La seule différence entre nous, les jumelles, est de savoir laquelle est née avant l’autre… Cependant, lorsqu’on grandit en étant constamment traitée comme « la grande sœur », on finit naturellement par le devenir davantage.
— ——Dis, Hijiri-san.
Mon expression devint sérieuse.
— Concernant ce groupe dont tu parlais tout à l’heure… Je pense qu’il vaudrait mieux que ce soit toi qui diriges tout le monde plutôt que moi.
— Ce n’est pas possible.
Sa réponse immédiate me déconcerta légèrement.
— Ça ne te poserait peut-être aucun problème à toi, mais beaucoup d’élèves ont du mal à être à l’aise en présence de ma sœur et moi.
— Je ne pense pas… que ce soit le cas. Mais… si tout le monde apprenait à mieux connaître Hijiri-san et Itsuki-san…
— Qu’on le veuille ou non, il existe une certaine « harmonie » au sein d’un groupe. Il arrive souvent qu’une personne extérieure détruise l’équilibre d’un groupe, même sans en avoir l’intention. Ne sous-estime pas les dispositions humaines. Si nous rejoignions ton groupe maintenant, cela détruirait certainement son équilibre.
« De plus… », ajouta Hijiri.
— Certaines relations fonctionnent mieux lorsqu’une certaine distance est maintenue. Bien entendu, j’ai moi aussi l’intention d’aider tout le monde à retourner dans notre ancien monde.
— … Je comprends. Je ne vais pas te forcer.
— Tu as même rassemblé ton courage pour me le demander. Je suis désolée.
— Non. Rien que savoir que tu es là pour nous aider me suffit. Ça va… Tant que nous pouvons retourner dans notre monde sans que personne d’autre ne meure, je…
Soudain, je remarquai que Hijiri me fixait.
Comme si elle essayait de deviner quelque chose…
— Sogou-san. Ce n’est qu’une hypothèse, mais…
Alors qu’elle était sur le point de dire quelque chose, le regard de Hijiri se dirigea vers la porte de la chambre.
(Qu’est-ce qu’il y a ?)
Hijiri écrivit quelque chose sur son bloc-notes.
Kashak, kashak.
Puis elle me tendit le bloc-notes.
Il y était écrit…
« S’il te plaît, joue le jeu. »
Hijiri poursuivit à voix haute.
— ——Et si je te disais que j’éprouve des sentiments amoureux pour toi ?
— Hein !?
C’est alors que je compris.
Hijiri regardait quelque chose, attirant mon attention dans cette direction.
(Ah, je vois.)
Quelqu’un se trouvait derrière la porte.
Je pouvais sentir la présence d’une personne qui se tenait là.
« J’ai besoin que tu entres dans mon jeu. »
Voilà ce que Hijiri avait voulu me faire comprendre en disant cela.
Prenant une profonde inspiration, je répondis :
— E-Eh bien… Même si tu me dis ça aussi soudainement… Je, euh… je suis un peu embarrassée…
Au moment où je répondis ainsi…
Hijiri sourit.
(Waouh…)
Ce fut involontaire.
Mais je fus captivée par son sourire.
J’avais correctement compris ce qu’elle cherchait à faire.
Ce sourire exprimait peut-être sa satisfaction de me voir comprendre son intention, mais…
— Je ne vais pas te demander de me donner une réponse immédiatement. Je voulais simplement que tu connaisses mes sentiments. Cependant, à partir de maintenant, est-ce que je pourrais me rapprocher un peu plus de toi… même si ce n’est qu’un tout petit peu ?
— E-Euh… Je ne sais pas. C’est arrivé tellement soudainement… Je n’arrive pas encore à mettre de l’ordre dans mes sentiments.
— Est-ce que je te dérange ?
— C-Ce n’est pas que ça me dérange… euh…
Était-ce à cause du sourire qu’elle m’avait adressé tout à l’heure, ou pour une autre raison ?
Je savais parfaitement que nous étions simplement en train de jouer la comédie.
Et pourtant, étrangement, mon cœur refusait de cesser de battre à toute vitesse.
(Ah, mais… c’est peut-être mieux comme ça. Ma réaction paraîtra plus réaliste…)
C’était presque amusant de constater à quel point j’arrivais à rester calme dans une situation pareille.
Hijiri se leva de sa chaise.
— ——Attends un instant. Nous parlons de quelque chose d’important… Je vais d’abord vérifier qu’il n’y a personne dans le couloir.
Je sentis alors la présence qui rôdait derrière la porte s’éloigner.
Hijiri se dirigea vers la porte et vérifia les alentours dans le couloir.
Puis elle revint et se rassit sur sa chaise.
— Bien joué, Sogou-san.
— … Tu peux m’expliquer, juste au cas où ?
— C’était pour les induire en erreur.
— Les induire en erreur ?
— À l’avenir, il est possible que mes contacts avec Sogou-san deviennent légèrement plus fréquents. Je ne veux donc pas qu’ils deviennent trop méfiants concernant les raisons pour lesquelles je viens te voir.
— Ah, je vois…
— Si la rumeur selon laquelle « Takao Hijiri a des sentiments pour Sogou Ayaka » commence à circuler, alors si je viens te voir plus souvent à l’avenir, les gens penseront simplement que je t’approche parce que j’ai des sentiments pour toi.
(Hijiri-san…)
Elle préparait peut-être quelque chose.
Elle avait un plan et, pour le mener à bien, elle devait tromper la Déesse.
— … Mais je dois dire que je suis un peu surprise.
— Je suis désolée de t’avoir imposé ça aussi brusquement.
— Il y a ça aussi, mais…
Fufufu…
Un sourire s’échappa de mes lèvres.
Hijiri gardait le menton légèrement appuyé sur sa main.
— Tu sais vraiment sourire normalement, Hijiri-san ?
— Ce n’est pas parce que je n’aime pas me forcer à sourire que je suis incapable de sourire, tu sais ?
— Je vois.
— Disons que mes sourires apparaissent naturellement. Être capable de sourire à n’importe quel moment est utile, et le monde exige souvent ce genre de chose. Seulement, je ne suis pas très douée pour ça.
— Fufu, la manière de penser de Hijiri-san est intéressante.
Hijiri posa tranquillement son menton sur sa main.
— Toi aussi, tu es naturelle de bien des manières, pas vrai ?
— Mngh… Tu ne te moques pas de moi, hein, Hijiri-san ?
— Bien sûr que non.
(… Malgré tout.)
Je jetai un regard vers la porte.
— Cette personne derrière la porte… Je me demande qui c’était ?
— D’après le bruit de ses pas lorsqu’elle est partie et la manière dont sa présence a disparu, je suis presque certaine qu’il s’agissait d’un subordonné de la Déesse. En réalité, quelqu’un me suivait depuis le moment où j’ai quitté ma chambre jusqu’à mon arrivée ici… Je pensais l’avoir semée aux alentours de cet endroit. C’était probablement la personne qui me suivait, et elle venait seulement de comprendre que j’étais entrée dans cette chambre.
C’était donc à ce moment-là qu’elle avait commencé à écouter notre conversation.
— Hijiri-san, on dirait vraiment que tu es un personnage de film d’espionnage.
— Je pense que les corrections de statut du rang S jouent également un rôle important. Par exemple, Sogou-san avait toi aussi remarqué la présence de cette personne, n’est-ce pas ?
Maintenant qu’elle le disait…
(Même lorsque j’ai senti l’intention meurtrière de Kirihara-kun… Est-ce que mon statut avait également quelque chose à voir avec ça… ?)
— Ah… Au fait, Hijiri-san, tu étais sur le point de dire quelque chose, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que tu allais dire si cette personne n’était pas venue devant la porte tout à l’heure ?
Oui.
Hijiri avait changé de sujet alors qu’elle était en plein milieu de ce qu’elle voulait dire.
Puis…
Hijiri réduisit soudainement la distance entre nous.
Comme si elle s’apprêtait à me révéler quelque chose qui devait absolument rester secret.
Était-ce à cause de la nervosité que j’avais ressentie un peu plus tôt ?
J’avalai ma salive.
— Pour l’instant, ce n’est qu’une « hypothèse », mais écoute-moi.
— O-Oui…
Tout ce que je pouvais voir devant moi…
C’étaient les yeux de Hijiri-san, parfaitement limpides et dépourvus de la moindre hésitation.
— Et si je te disais qu’il existe peut-être un moyen de retourner dans notre monde sans dépendre de la Déesse… qu’est-ce que tu ferais ?