Chapitre 197
Chapitre 197 – Adieux et départ
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Lorsque je lui fis remarquer cela, Erika cligna des yeux.
Puis elle détourna le regard.
— Voyons voir…
Elle reporta ensuite son regard sur moi.
— Ça te dérange ?
— J’étais simplement un peu curieux… Je me demandais si c’était seulement dû à ta personnalité ou s’il y avait une raison plus profonde derrière ça.
Peut-être que je n’étais pas le seul à m’être posé la question.
Cependant, personne ne lui avait encore demandé, probablement parce que tout le monde faisait preuve de discrétion.
— J’ai toujours été seule dans cet endroit et je n’avais personne à qui sourire. Avant même de m’en rendre compte, j’avais oublié comment sourire.
Baissant les yeux vers le sol, Erika balança librement ses longues jambes charnues.
— ——Voilà ce que j’aurais normalement répondu. Mais en vérité…
Ses jambes cessèrent de se balancer.
— Un jour, j’ai pris une décision. J’ai décidé que je ne sourirais plus jamais tant que cette déesse qui a tout volé à cette grande Erika continuerait à faire ce qui lui plaît avec son sourire affiché sur le visage… La prochaine fois que je sourirai, ce sera lorsque Vysis aura été écrasée au point de ne plus pouvoir s’en relever.
— Et c’est pour ça que, chaque fois que quelque chose pourrait te faire sourire, tu dis plutôt : « Ne me fais pas rire », hein.
Erika me donna un léger coup sur la cuisse avec la pointe de son pied.
— C’est ça.
« Empêcher » un « sourire » de naître spontanément sur son visage.
Ne me fais pas rire.
Je ne savais pas si c’était vraiment le sens original de ces mots, mais…
C’était peut-être une sorte de résolution qu’Erika s’était imposée à elle-même.
(N/T : Le terme original employé par Erika est 笑止. Il peut signifier « Ne me fais pas rire » ou « Comme c’est risible ». Cependant, Touka l’interprète comme le fait d’empêcher, 止める, un sourire, 笑み, d’apparaître sur son visage.)
— Tu ne souriras donc pas tant que Vysis se promènera dans ce monde en faisant tout ce qui lui plaît.
Erika ramena sa jambe et les croisa de nouveau.
— Qu’est-ce que tu en penses ? La raison est aussi profonde que tu pouvais l’imaginer, tout en étant extrêmement simple, non ?
Cela signifiait également…
— La raison pour laquelle tu recueilles régulièrement des informations grâce à tes familiers n’est donc pas uniquement pour savoir ce qui se passe dans le monde…
— J’espérais également entendre un jour la nouvelle annonçant que « Vysis avait quitté ce monde ».
Je vois.
— Je t’ai déjà entendue le dire plusieurs fois, mais… tu dois vraiment détester cette foutue déesse.
Regardant par la fenêtre, Erika resta silencieuse pendant un moment.
Ses yeux bleu violacé ne reflétaient pas Seras et les autres qui se trouvaient dehors.
Ce qu’ils reflétaient probablement était quelque chose hors de sa vue.
Le monde au-delà de la Zone Démoniaque.
— Cette grande Erika avait l’intention de faire de cet endroit sa dernière demeure. Mais malgré ça… je me suis également demandé si ce n’était pas encore trop tôt. Après vous avoir rencontrés et avoir discuté avec vous tous, je me suis dit… Peut-être que j’ai encore envie de profiter du monde extérieur.
Cependant, tant que cette ordure serait là, elle ne pourrait pas profiter de sa vie.
Toc.
Erika descendit du rebord de la fenêtre.
— Et ça n’arrivera qu’une fois mon contrat avec l’Arbre Sacré terminé. Alors, on dirait bien que je ne pourrai pas profiter du monde extérieur avec Touka, l’humain.
Elle pourrait peut-être un jour en profiter avec Seras et Liz, qui possédaient une longue espérance de vie.
Mais moi, à ce moment-là, je serais peut-être déjà mort.
— Je suppose que tu devras te contenter d’utiliser un familier pour parcourir le monde extérieur avec moi.
— Je ferai ça. Même si ça risque d’être assez décevant.
— Eh bien, je suppose que j’aurai quand même l’occasion de le voir de mon vivant.
— De voir quoi ?
— Ton sourire.
Ce que je voulais dire par là…
C’était que je lui déclarais que j’allais écraser Vysis.
Erika, les bras croisés devant elle, me fixa alors de ses yeux à demi clos.
— Ce que tu viens de dire… Tu es vraiment trop prétentieux, Touka.
— Hmph… Ça me suffit si je peux donner cette impression aux gens.
— Eh bien, comment dire… euh…
Erika posa les orteils de son pied droit sur ceux de son autre pied.
Puis, baissant le regard, elle murmura :
— … ——Merci.
— … … …
— ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu fais une drôle de tête.
— Hmm ? Non, euh… enfin…
Eh bien, la raison était évidente.
C’était simplement parce que je venais d’assister à quelque chose de vraiment inhabituel.
Cela n’avait duré qu’une seconde, mais c’était la première fois que je voyais ça.
Pour être franc, cela m’avait un peu surpris.
Tiens donc…
Je vois.
Elle avait peut-être déclaré qu’elle ne sourirait plus, mais…
— Tu peux quand même être embarrassée, hein.
Je pensais que non seulement elle avait cessé de sourire, mais qu’elle avait également cessé de laisser apparaître ses autres émotions sur son visage.
Posant les mains sur ses hanches, Erika se pencha en avant.
— J’ai. Toujours. Des. Émotions. Et puis, maintenant que j’y pense…
Les dernières traces de gêne disparurent de son visage tandis qu’Erika me fusillait du regard.
— Ce n’est pas simplement toi qui ne m’avais encore jamais vue embarrassée ?
— … … …
Maintenant qu’elle le disait…
Elle avait peut-être raison.
▽
Par la suite, Erika me montra de nouveau quelques outils magiques.
Elle me dit que si certains me semblaient utiles, je pouvais les prendre librement.
— C’est pour te remercier du saké japonais.
Voilà ce qu’elle déclara.
Le saké japonais avait évidemment été transféré depuis mon sac de cuir.
Il faisait partie des provisions qui avaient été transférées lorsque j’avais utilisé le sac la nuit précédente.
Apparemment, la brasserie se trouvait dans la préfecture de Yamaguchi.
Je n’en avais jamais goûté auparavant, mais même lorsque j’étais lycéen, je connaissais son nom.
À un moment donné, j’avais recherché son étiquette sur Internet pour savoir comment se lisaient les kanji.
Et Erika semblait avoir vraiment beaucoup apprécié ce saké…
— Je t’aime, Touka.
… au point de déclarer cela sans la moindre hésitation tout en serrant la bouteille d’alcool contre elle.
— Tu aimes vraiment l’alcool, hein.
Enfin, grâce à ça…
En échange du saké, elle m’avait encore une fois dit que « je pouvais prendre tout ce que je voulais ».
— Au fait, tu n’as plus aucune Gemme de Téléportation, n’est-ce pas ?
— Elles sont particulièrement rares, tu sais. Cela fait déjà très longtemps qu’Erika a obtenu celle-là.
— Si nous pouvions les utiliser librement, ça augmenterait considérablement le nombre de stratégies à notre disposition…
Elles ne serviraient pas uniquement aux évacuations d’urgence.
Je pensais qu’elles pourraient également être utilisées pour lancer des attaques-surprises.
— Tu as une idée de l’endroit où on pourrait en trouver ou de la manière de s’en procurer ? Tu avais dit qu’elles étaient suffisamment précieuses pour être conservées dans le trésor de la Guilde des Magiciens…
— Je ne pense pas que la Guilde des Magiciens en possède.
Je vois.
— Dans ce cas, qu’en est-il du trésor d’un royaume quelconque ?
— Voyons voir…
Erika posa ses doigts contre ses tempes et ferma les yeux.
— Par exemple, j’ai entendu dire que la Principauté de Jonato possédait de nombreux objets précieux appelés « Reliques Sacrées », que seules la Reine et la Sainte avaient le droit de toucher.
Apparemment, seules ces deux personnes avaient normalement l’autorisation de s’approcher de la salle du trésor.
— Pour les autres endroits… Il existe une histoire assez célèbre concernant l’Empereur Fou de l’Empire de Mira, qui collectionne activement les antiquités de grande valeur. Elles sont conservées dans un immense trésor souterrain que Mira appelle le « Grand Trésor ». Il est possible qu’une Gemme de Téléportation inutilisée s’y trouve.
On disait que ce lieu abritait de nombreux anciens outils magiques dont les effets restaient inconnus.
Certains d’entre eux pouvaient également être des objets ne pouvant être activés qu’une seule fois.
Ce serait littéralement du gâchis de consommer cette unique utilisation simplement pour vérifier leur effet.
Voilà pourquoi ces objets inutilisés avaient fini par s’accumuler.
— Ils ne peuvent donc pas les utiliser imprudemment.
— C’est pour ça que beaucoup d’entre eux restent abandonnés jusqu’à ce qu’ils découvrent un document expliquant précisément leur fonctionnement.
— Je vois.
— Je suppose qu’ils veulent également les conserver comme atouts secrets pour leur pays.
— Et les autres pays ?
— En dehors de ceux-là, je suis certaine qu’Alion possède une collection particulièrement importante d’outils magiques.
Oui, j’imagine.
— Jonato et Mira semblent avoir toujours réussi à esquiver la question à leur manière, mais les autres pays ont apparemment offert ce genre d’objets à Alion en guise de « présents ». Ce qui signifie…
— Que la Guilde des Magiciens appartient à la Déesse, tout comme les objets précieux qu’elle possède.
En bref, cette foutue déesse leur extorquait leurs outils magiques.
Cependant, Jonato et Mira semblaient réussir à éviter, dans une certaine mesure, d’avoir à « offrir » leurs propres trésors.
Les deux pays étaient géographiquement éloignés l’un de l’autre.
Je me demandais si cela avait quelque chose à voir avec ça.
— Et les personnes qui pourraient en posséder à titre personnel ?
— Je ne sais pas.
Erika haussa les épaules.
— Comme tu peux t’y attendre, même Erika ne connaît pas grand-chose concernant les collectionneurs privés. Si je devais citer quelqu’un qui collectionne personnellement ce genre de choses, je dirais cette Erika Anarveil.
Je regardai la collection devant moi.
— Concernant les collectionneurs privés… C’est vrai qu’il est difficile d’imaginer quelqu’un possédant une collection comparable à la tienne.
Après cela, je demandai à Erika de me raconter quelques histoires sur le Pays Lointain.
Bon.
Lorsque notre conversation fut terminée, je passai la majeure partie du temps restant jusqu’au dîner avec Liz.
Environ 60 % de ce temps, je le passai seul avec elle.
Lorsque Erika et moi sortîmes pour rejoindre Seras et les autres…
« On dirait que Liz a beaucoup de choses à te dire, notamment qu’elle veut te remercier pour tout ce que tu as fait jusqu’à présent. »
C’est ce qu’Eve me murmura.
Maintenant que j’y pensais, Liz et moi n’avions pas vraiment eu beaucoup d’occasions de discuter seuls ces derniers temps.
Liz me parla de beaucoup de choses.
Je fis de mon mieux pour l’écouter pendant qu’elle me parlait.
Je répondis également à certaines de ses questions.
La plupart de ses questions étaient insignifiantes.
Autrement dit, c’étaient des questions paisibles, qui ne risquaient de blesser personne.
Dire que nous avions passé un moment paisible serait encore en dessous de la vérité.
Comment dire…
J’avais l’impression de m’être moi aussi un peu détendu.
Je me sentais plus léger.
Grâce à elle, j’avais peut-être moi aussi pu prendre une véritable pause.
Et ainsi, je finis par remarquer que l’heure du dîner approchait.
Me levant de mon siège…
— Merci, Liz.
Je la remerciai.
— N-Non ! C’est plutôt moi qui dois vous remercier… Ah… C’est juste que j’ai peut-être beaucoup trop parlé. Mais… merci beaucoup d’avoir écouté tout ce que j’avais à dire… Touka-sama.
En disant cela, les yeux et les joues de Liz s’illuminèrent d’un sourire timide.
— ——J’étais heureuse de pouvoir parler d’autant de choses avec Touka-sama aujourd’hui. Vraiment.
Comparée à tout à l’heure, l’expression qu’elle affichait maintenant semblait beaucoup plus apaisée.
Elle était différente.
Différente de celle qu’elle avait lorsque nous nous étions rencontrés pour la première fois.
J’étais heureux.
Heureux qu’elle soit maintenant capable d’afficher un visage pareil.
C’était sincèrement ce que je ressentais.
Sentant mes lèvres se détendre naturellement…
— Ouais.
Je hochai légèrement la tête.
— Moi aussi, je suis heureux.
▽
Après le dîner, nous restâmes tous dans la salle à manger jusqu’à ce que la fatigue commence à nous gagner.
Les premiers à avoir sommeil prenaient un bain avant de retourner dans leur chambre pour aller se coucher.
D’ailleurs, Erika était « ivre » à cause du saké, alors elle partit assez tôt.
À la fin, Seras et moi étions les seuls à rester dans la pièce.
Pigimaru et Slei allaient dormir dans la même chambre que Liz cette nuit.
Ils étaient partis dans la chambre de Liz un peu plus tôt.
Ils n’étaient donc plus ici.
Erika ayant emmené son golem avec elle, il n’y avait aucune trace de lui non plus.
Il restait encore quelques assiettes et d’autres choses sur la table.
— … Je suppose qu’on devrait ranger maintenant.
— Oui, faisons cela.
Nous nous levâmes de nos chaises, chacun d’un côté de la table, et commençâmes à ranger.
Le léger tintement de la vaisselle qui s’entrechoquait discrètement…
Sans interrompre ses gestes, Seras prit la parole.
— À propos de la chambre que nous utilisons…
— Ouais ?
— Elle est devenue beaucoup plus ordonnée qu’à notre arrivée.
— Après tout le travail qu’on a fait pour nettoyer cette chambre, on va pourtant partir demain. Au fait, tu as réussi à suffisamment te reposer aujourd’hui ?
— Oui, aussi bien physiquement que mentalement.
— Je vois.
Puis, alors que nous étions presque arrivés au bout du rangement…
— Tu peux aller prendre ton bain. Je m’occupe du reste.
— ——Touka-dono.
Sur un ton réprobateur…
Seras posa sa main sur la mienne, qui reposait sur la table.
— Où avez-vous déjà vu une chevalière aller profiter d’une source chaude en laissant son roi nettoyer seul après un festin ?
— Dans ce cas, il faut bien une première fois à tout.
— Si cela n’est encore jamais arrivé, c’est parce qu’une telle conduite vous disqualifierait immédiatement de votre statut de chevalier. Par conséquent, Touka-dono devrait y aller en premier.
Je fixai le visage de Seras…
— Tu es vraiment obligée de le présenter comme ça ?
— Fufu, disons que j’ai appris beaucoup de choses auprès de vous.
— Même comme ça, non merci. J’irai après Seras…
— Ou peut-être…
Seras s’éclaircit une fois la gorge.
— Vous pourriez prendre votre bain avec moi.
… déclara-t-elle avec un sourire étonnamment audacieux.
— Comme ça, personne n’aurait besoin de passer avant ou après l’autre.
Elle ne semblait pas vraiment avoir réfléchi à ce qu’impliquaient ses propres paroles.
Gardant mon regard baissé vers la vaisselle, je pris une profonde inspiration avant de répondre :
— Alors, faisons comme ça.
— ?
— ?
— … … … ?
— ?
— … … … … … E-Eh !? Vous êtes sérieux !?
Et c’est ainsi que se termina notre dernière nuit avant notre départ.
…………………………
▽
Le lendemain, en début d’après-midi.
Nos préparatifs de départ terminés, nous étions remontés à la surface.
Nous nous trouvions maintenant devant la cabane située près du lac.
Erika, Eve et Liz étaient venues nous accompagner pour notre départ.
— Comme je le pensais, vous allez traverser la Zone Démoniaque de l’Ouest, hein ?
Erika voulait s’en assurer.
— Ouais. Après tout, nous essayons d’éviter autant que possible le regard du public.
— Je t’ai donné une carte, alors je suis certaine que ça devrait aller, mais…
À partir de maintenant, Eve ne ferait plus partie de notre groupe.
La méthode qui nous permettait de déterminer notre position actuelle grâce à la distance séparant Eve d’Erika ne fonctionnerait donc plus.
Nous ne pourrions plus utiliser cette carte holographique.
— Notre meilleure solution est probablement de continuer simplement vers l’ouest.
L’autre itinéraire possible nous obligerait à traverser le territoire d’Urza.
Mais en empruntant cette route, nous finirions de toute façon par devoir traverser à nouveau la Zone Démoniaque du Sud.
Parcourir toute cette distance nous ferait perdre énormément de temps.
Dans ce cas, le chemin le plus court restait de traverser la Zone Démoniaque de l’Ouest.
La période précédant la mort du Grand Empereur Démon était également celle pendant laquelle je pouvais me déplacer avec une relative liberté…
En tenant compte de cela, nous devions activement chercher à réduire notre temps de trajet.
Nous possédions également une carte fabriquée par Erika, alors nous n’avions pas trop à nous inquiéter de nous perdre.
« C’est vrai… » répondit Erika en posant une main sous son menton.
— Même si vous aviez le chariot magique à l’époque, vous avez tout de même réussi à traverser la moitié de la Zone Démoniaque du Nord… S’il s’agit de la Zone Démoniaque de l’Ouest, vous devriez réussir à la franchir. Et puis, vous avez déjà réussi à vaincre quelque chose comme un Confident.
Ma correction de statut avait augmenté depuis notre traversée de la Zone Démoniaque du Nord.
Même Slei avait encore progressé.
De plus…
— Je veux également gagner quelques points d’expérience.
Pendant le trajet, je voulais accumuler suffisamment d’expérience pour gagner des niveaux.
… Enfin, il y avait également d’autres raisons pour lesquelles je souhaitais traverser la Zone Démoniaque.
Erika s’approcha alors.
Se plaçant devant moi, elle remit légèrement ma robe en ordre.
— Quoi qu’il en soit, j’espère simplement que tu resteras sain et sauf… Voilà, comme ça, c’est bon.
Liz cessa de caresser Slei et recula d’un pas.
Puis elle se redressa et se tourna vers nous.
— Tout le monde… S’il vous plaît, soyez prudents.
Seras la regarda avec douceur.
— Merci. Prenez bien soin de vous également.
— Pigiii.
Pigimaru, dont le visage (?) dépassait de sous ma robe, renchérit après Seras.
Finalement, j’avais vraiment bien fait de repousser notre départ d’une journée.
Comparée à leur apparence de la veille au matin, la fatigue avait clairement disparu aussi bien chez Pigimaru que chez Slei.
Eve, debout devant nous les bras croisés, prit la parole.
— Je suis certaine que nous nous reverrons. Et j’attendrai ici que ce jour arrive.
— Eh bien… j’avais prévu de revenir montrer mon visage, au moins une fois que tout sera terminé.
« Umu. »
Eve hocha la tête.
— J’attendrai ce jour avec impatience, « Mon Seigneur ».
— … Ouais. Tu peux compter là-dessus.
Et maintenant…
— Bon, alors…
Je touchai le Cristal Intermédiaire autour du cou de Slei.
— Il est temps pour nous de partir.
▽
Après avoir quitté la cabane au bord du lac, nous commençâmes notre voyage en chevauchant Slei sous sa deuxième forme.
Seras était assise derrière moi.
Elle avait légèrement posé ses mains sur mes hanches et appuyait doucement le haut de son corps contre mon dos.
Avant notre départ, nous avions discuté pour savoir lequel de nous deux monterait devant…
« Je pense que Touka-dono devrait monter devant. »
C’est ce qu’elle avait dit.
Et me voilà donc installé à l’avant.
Maintenant que notre groupe comptait moins de personnes, nous pouvions simplement monter tous les deux sur Slei en même temps.
Avec la vitesse de déplacement d’un cheval transportant deux personnes, nous devrions pouvoir progresser plus rapidement que lors de notre traversée de la Zone Démoniaque du Sud.
Malgré tout…
— Le Pays Lointain, hein.
Je murmurai le nom de notre destination tout en restant attentif aux alentours.
Assise derrière moi, Seras déplaça légèrement le haut de son corps.
— Je suis moi aussi surprise qu’un pays où se cachent des Demi-Humains et des monstres existe réellement.
Eve avait également dit qu’elle pensait qu’il s’agissait « d’un pays qui n’existait que dans les légendes ».
— J’ai entendu dire que nous ne pouvions pas simplement entrer dans ce pays sans la « clé » qu’Erika m’a donnée ou sans être accompagnés de ces fameuses Bêtes Divines. J’ai également entendu dire qu’il n’existait que deux de ces Bêtes Divines sur ce continent… Même Erika ignore si elles sont toujours en vie.
Et puis…
Même en supposant que nous réussissions à entrer, parvenir à en ressortir vivants était une tout autre histoire.
C’était une nation dont les habitants se cachaient du reste du monde.
Accepteraient-ils tranquillement de laisser repartir quelqu’un qui connaissait l’existence de leur pays ?
Par conséquent, nous devrions peut-être gagner leur confiance d’une manière ou d’une autre.
— Je me demande à quel point le nom d’Erika sera efficace là-bas.
— Erika-dono a dit : « Si le roi n’a pas changé, il devrait suffire de mentionner mon nom pour obtenir leur coopération », mais…
— ——Seulement si le roi n’a pas changé.
À l’heure actuelle, nous ignorions toujours la position des habitants du Pays Lointain.
Étaient-ils hostiles à la Déesse ?
Que pensaient-ils de la Racine de Tout Mal ?
Quelle opinion avaient-ils des Humains ?
Mon regard se baissa.
La présence de Pigimaru et de Slei à nos côtés pourrait-elle se révéler étonnamment utile ?
Cela devrait leur permettre de comprendre que j’entretenais une relation amicale avec les monstres.
Ce n’était peut-être pas une mauvaise manière de leur montrer nos intentions.
— Quoi qu’il arrive, nous devons rencontrer la Race Interdite afin que je puisse utiliser les Malédictions Interdites.
Je regardai le sac attaché à la selle de Slei.
À l’intérieur se trouvaient trois Grimoires d’Incantations contenant les Malédictions Interdites.
Des incantations interdites par cette déesse.
Je devais d’abord déterminer la nature exacte de ces sorts.
Cela modifierait ma stratégie pour l’avenir.
Seulement…
Selon la façon dont on considérait la situation, notre objectif était peut-être plus proche que je ne le pensais.
Au Pays Lointain, je rencontrerais la Race Interdite, le peuple qui me permettrait d’utiliser les Malédictions Interdites.
Puis, grâce aux Malédictions Interdites que j’aurais apprises…
J’écraserais cette foutue déesse.
Dans les grandes lignes, c’était tout ce que nous avions à faire.
Il ne nous restait donc plus qu’à éliminer tous les obstacles qui se dresseraient sur notre chemin…
Et continuer d’avancer.
Vysis pensait probablement qu’elle faisait danser tout le monde dans le creux de sa main.
Cependant, de notre point de vue…
Je me demandais comment cette déesse danserait lorsqu’elle serait confrontée à « notre plan ».
En particulier, si tout se déroulait correctement, l’existence de l’« Escadron du Seigneur des Mouches » deviendrait une source d’inquiétude pour Vysis.
— … … … … …
En ce sens, je pouvais dire que le combat contre cette foutue déesse avait déjà commencé.
< Point de vue de la Déesse Vysis >
— En utilisant la Sorcellerie, il est parvenu de justesse à vaincre le Confident du Grand Empereur Démon… Lors de la bataille à grande échelle du Château Blanc Anti-Démon, il a énormément contribué à renverser le cours de la guerre… Il semble également posséder plusieurs objets rares qui pourraient être d’anciens outils magiques… De plus, il utilise un gigantesque monstre en forme de cheval… Autrefois connu sous le nom d’Ashinto… Ce groupe de mystérieux sorciers qui a conduit « le Plus Puissant de l’Humanité » à la mort… Et en plus… Fufu… Quelle agréable surprise. Je n’aurais jamais pensé que tu serais encore en vie… Seras… Ashrain.
Après avoir lu le rapport, Vysis…
— Je vois.
… le jeta sur son bureau.
— « Escadron du Seigneur des Mouches »… Voilà qui est vraiment intéressant.