Chapitre 196
Chapitre 196 – Depuis le moment où on s’est rencontré
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Je sentis la tension quitter les épaules d’Eve.
Puis…
— ——C’est peut-être… exactement comme tu le dis.
L’atmosphère oppressante qui émanait d’elle un peu plus tôt se dissipa.
Étonnamment, elle avait maintenant l’air docile.
— Peut-être que… je n’ai effectivement pas pensé à ce qu’elle ressentait…
— Liz est vraiment une enfant adorable. Comme elle ne veut pas que nous sachions ce qu’elle désire, elle a l’habitude de très bien réprimer ses différentes émotions… Elle les cache aux autres. Je ne peux pas te reprocher de ne pas t’en être rendu compte.
« Fufu… »
Eve laissa échapper un petit rire.
Puis elle se tapota les tempes avec la base de sa paume.
Comme si…
« Ressaisis-toi un peu, tu veux ? »
… elle se réprimandait elle-même.
— C’est vrai. Je suis tellement insensible… que je ne m’en suis même pas rendu compte. Cependant… si je reste tranquillement aux côtés de Liz, je pourrai peut-être comprendre. Passer ses journées à attendre sincèrement quelqu’un… Si nos situations étaient inversées, rien que cela serait déjà très difficile à supporter.
— Et c’est justement pour ça… qu’à partir de maintenant, tu vas prendre ton temps et profiter tranquillement de la vie avec Liz.
— Malgré tout, Touka…
— Hmm ?
— Si jamais tu as besoin de mon aide, tu pourras toujours compter sur moi. Ne me dis pas que tu comptes également révoquer mon appartenance à l’Escadron du Seigneur des Mouches ?
Je levai légèrement les yeux au ciel.
Puis je soupirai.
— Eh bien… si c’est vraiment ce que tu veux.
Satisfaite, Eve hocha la tête.
— Alors, ça me va. Parce que ce serait vraiment triste si nous étions également renvoyées de l’Escadron du Seigneur des Mouches.
En disant cela, Eve me tendit la main.
Je la saisis fermement en retour.
— Je sais que c’est cliché, mais je te souhaite bonne chance pour la suite de ton voyage.
— Ouais. Ton aide m’a vraiment été précieuse. Merci pour tout.
— Je te l’ai déjà dit… C’est plutôt moi qui devrais te remercier. Je ne sais pas ce que nous serions devenues aujourd’hui si nous ne t’avions pas rencontré.
Puis, alors que nous relâchions nos mains…
— Attends.
… nous étions sur le point de nous lâcher.
Je resserrai ma prise sur la main d’Eve alors qu’elle commençait à la retirer.
Comme pour la retenir.
— Q-Qu’est-ce qu’il y a, Touka ?
Eve sembla surprise par ce geste soudain.
— Si tu restes ici, tu n’auras plus besoin de ça.
— Umu… Hmm ?
Elle hocha instinctivement la tête, mais…
Avec une expression montrant clairement qu’elle n’avait pas compris ce que je voulais dire, Eve inclina la tête.
Nous étions dans la demeure de la Sorcière, au plus profond de la Zone Démoniaque Dorée.
Un endroit considéré comme inaccessible aux autres.
Elle n’avait aucune raison de dissimuler son identité ici.
Dans ce cas, elle n’avait plus besoin de prendre « cette apparence ».
— C’est pourquoi…
Je touchai les bracelets d’Eve.
— Je vais te rendre ton apparence d’origine.
▽
Après avoir quitté Eve et être retourné dans ma chambre, je racontai à Seras la conversation que j’avais eue avec Eve un peu plus tôt.
— Je vois… Alors notre voyage avec Eve s’arrête ici…
Nous étions maintenant assis côte à côte sur le bord du lit.
La peau blanche de Seras était encore légèrement rougie après son bain.
Elle portait une sorte de fin cardigan par-dessus ses vêtements légers et confortables.
— En fait, moi aussi, j’avais oublié.
Seras afficha un sourire embarrassé.
— J’avais fini par croire qu’Eve continuerait toujours à voyager avec nous… Cependant, maintenant que vous le mentionnez, c’est vrai que nous avions conclu ce genre d’accord avec Eve au départ…
Baissant les cils, Seras posa ses mains sur ses genoux blancs découverts.
— Et puis, c’est probablement mieux pour Liz.
— Si Eve reste ici, elle pourra protéger Erika. Enfin, je suis sûr qu’Erika a déjà prévu toutes sortes de moyens de défense… mais la présence d’Eve ici pourra parfois se révéler utile.
Et surtout…
Partir en voyage pour assouvir une vengeance n’avait jamais été quelque chose de raisonnable.
Des personnes aussi bonnes qu’Eve et Liz ne devaient pas être mêlées à ça.
— Alors…
Gardant les yeux tournés vers l’avant, je demandai :
— Et toi ?
— Moi ? Euh, vous voulez dire… que vous me demandez si je vais rester ici moi aussi ?
— Ouais.
— Je… je suis votre chevalière. Bien entendu, je vous accompagnerai dans votre voyage jusqu’au bout.
— Je vois.
Sur ces mots, je me laissai tomber sur le dos.
Pouf.
— … … …
Tournant le haut de son corps, Seras se retourna vers moi.
— Touka-dono… ?
— J’ai déjà entendu ta résolution auparavant.
Fixant le plafond, je poursuivis :
— Alors, maintenant que j’ai reçu une dernière confirmation que tu continueras ce voyage avec moi, je ne vais plus rien te dire à ce sujet. Cependant…
Seras porta un poing contre sa poitrine et déglutit.
Après quelques instants, je repris :
— Je n’aime pas beaucoup le mot « absolument »… Alors je ne vais pas déclarer que je te protégerai « absolument ». Cependant, j’utiliserai chaque parcelle de ma force pour te protéger, Seras… et ça, je te le promets.
Serrement.
Seras referma son poing.
— Touka-dono…
— J’ai déjà l’intention de prendre soin de Seras jusqu’au bout.
— ………….
— Seulement si ça te convient, bien sûr.
Un léger sourire apparut sur le visage de la Princesse Chevalière Haut-Elfe.
Puis…
— Bien sûr… Cela me convient. O-Oui, bien sûr… Si Touka-dono accepte de prendre soin de moi jusqu’au bout… Si vous êtes prêt à prendre soin de moi… je ne pourrais jamais souhaiter… quoi que ce soit de plus.
Fermant les yeux, je répondis doucement :
— Très bien.
Puis je les rouvris.
— Tu vas donc devoir me tenir compagnie jusqu’au bout, Seras Ashrain.
Les yeux de Seras s’écarquillèrent.
Ses iris bleu ciel semblaient humides.
La main qu’elle avait posée sur le lit agrippa fermement le tissu.
— ——Oui——
Ses joues blanches comme de la porcelaine étaient légèrement rouges.
Et le fait qu’elle venait de sortir du bain… n’en était probablement pas la raison.
— Cette Seras Ashrain… en tant que chevalière de mon maître, je vous accompagnerai jusqu’au bout. Où que ce soit. Oui…
Seras réduisit la distance qui nous séparait.
— Même si nous devions aller jusqu’aux confins les plus reculés du monde.
La lumière de la lune artificielle pénétrait par la fenêtre.
C’était comme si cette lumière bénissait d’une certaine manière la beauté de Seras, l’illuminant faiblement… et tendrement.
………………..
▽
Le lendemain.
Dès le matin, j’annonçai la nouvelle à Liz.
Son voyage s’arrêtait ici.
Au début, Liz réagit avec tristesse.
Mais elle l’accepta.
J’avais prévu de ne rien lui dire et de quitter discrètement cet endroit.
Cependant… en pensant aux sentiments de Liz, cela ne me sembla finalement pas être une bonne idée.
Ce qui me vint à l’esprit… fut la relation entre Seras et la princesse.
« Nous n’avons même pas pu nous dire correctement au revoir. »
Autrefois, Seras avait conservé un « regret persistant » à cause de cela.
Cependant, après avoir pu faire ses adieux à la princesse de manière satisfaisante, elle s’était sentie mieux.
Voilà pourquoi je pensais que nous devions nous accorder un peu de temps pour faire correctement nos adieux à Liz.
Enfin, ce n’était pas forcément un adieu définitif.
Nous ne manquerions certainement pas d’occasions de nous revoir.
Et donc…
Liz passait maintenant du temps avec Seras à l’extérieur de la maison.
Eve était également avec elles.
Elle portait les mêmes vêtements que la veille, mais avait déjà retrouvé son apparence originelle de Léopardine.
Et…
— Pigyii——
— Pakyuu~
Pigimaru et Slei jouaient eux aussi joyeusement avec Liz.
Ces deux-là s’étaient vraiment beaucoup attachés à Liz…
Puis…
— Pourquoi as-tu soudainement décidé de repousser ton départ d’une journée ? J’étais persuadée que tu partirais aujourd’hui.
J’observais l’extérieur par la fenêtre de la maison lorsqu’Erika m’interpella.
— Je voulais laisser à Liz suffisamment de temps pour faire correctement ses adieux.
Affalée à côté de moi, Erika posa ses coudes sur le rebord de la fenêtre.
Ses yeux bleu violacé observaient Liz et les autres en train de discuter joyeusement.
— Tu sais, j’ai l’impression que Touka est particulièrement tendre avec Liz.
— La situation de cette enfant ressemble à la mienne… Elle ressemble beaucoup à celui que j’étais autrefois. Je suis parfaitement conscient que je lui accorde un traitement particulier.
— En étant gentil avec Liz, tu essaies indirectement de sauver ton propre passé ?
— Eh bien, je suppose.
— Ara, tu ne vas même pas chercher d’excuse ?
— Parce que c’est vrai. Ce n’est peut-être pas toute la vérité, mais il y a certainement une part de vérité là-dedans.
— ——Je ne sais vraiment pas si tu essaies d’être honnête ou non…
Erika redressa le haut de son corps.
— Mais il y a autre chose, n’est-ce pas ?
— Hmm ?
— La raison pour laquelle tu as repoussé ton départ.
Cette Sorcière était vraiment perspicace.
— … Sans parler de moi, les autres sont encore fatigués.
M’adossant au mur, je regardai par-dessus mon épaule Seras et les autres.
— C’est bien qu’ils fassent tous de leur mieux, mais les membres de l’Escadron du Seigneur des Mouches ont tendance à trop se pousser à bout. Dans ce cas… puisque c’est moi qui ai réuni ce groupe, c’est à moi de veiller à ralentir le rythme lorsqu’ils sont fatigués.
Même s’ils étaient épuisés…
« Faites-le. »
Si je leur donnais cet ordre, ils le feraient probablement.
Non.
Ils le feraient.
Que ce soit Seras…
Pigimaru…
Ou Slei.
— Surtout concernant la fatigue de Slei… J’aimerais lui accorder au moins une journée supplémentaire de repos. C’est également Slei qui a fourni le plus d’efforts dans cette affaire avec la princesse…
C’était elle qui s’était le plus poussée à bout.
— J’ai même envisagé de laisser Slei ici quelque temps. Ou plutôt… pour être franc, j’hésite encore à l’emmener avec nous.
Toc.
Je cognai légèrement l’arrière de ma tête contre le mur.
— Mais quand je pense à ce qui nous attend… la différence entre avoir Slei avec nous et ne pas l’avoir est énorme.
— Contrairement à Eve, elle est irremplaçable ?
— Ouais.
La vue et l’ouïe d’Eve étaient certainement très fiables.
Cependant, pour être franc, je pouvais moi-même remplir ce rôle dans une certaine mesure, même si mes capacités étaient naturellement inférieures aux siennes.
— Comme Seras et Pigimaru, les capacités de Slei sont impossibles à remplacer.
— Eh bien, ça devrait aller… Hop.
Erika s’assit sur le rebord de la fenêtre et regarda dehors.
— Slei semble effectivement attachée à Liz, mais de ce que cette grande Erika peut voir, Slei préfère encore Touka et Seras à tout le monde. Je pense que cette petite souffrirait davantage d’être séparée de vous deux. Et puis… Slei n’est pas vraiment normale. D’après ce qu’Erika peut voir, elle n’est peut-être pas aussi fatiguée que tu le crois. Au contraire… j’ai même l’impression qu’elle est devenue plus forte qu’avant son départ pour la Zone Démoniaque du Nord.
— … … …
Slei n’était encore qu’un nouveau-né.
Même six mois ne s’étaient pas écoulés.
Autrement dit…
Elle était encore en pleine croissance.
Et pourtant, elle possédait déjà une puissance pareille.
— Même si tu dis ça, je pense que je dois quand même veiller à ce que Slei ne se pousse pas trop loin. C’est mon voyage de vengeance… Si je dois lui demander de faire quelque chose de déraisonnable, je m’assurerai d’abord d’avoir moi-même fait absolument tout ce qui était en mon pouvoir.
Erika haussa les épaules.
— C’est justement parce que tu es comme ça, Touka, que tout le monde se pousse à bout pour t’aider… Enfin, prends tout le temps dont tu as besoin pour te reposer, d’accord ? Je te le dis en tant que propriétaire des lieux.
— Ouais, merci. Et puis… je veux également laisser un peu plus de temps à Seras et Pigimaru pour récupérer.
Plutôt que de tout précipiter…
Je pensais qu’on pouvait être plus efficace dans tout ce qu’on faisait si l’on éliminait d’abord la fatigue de l’équation.
Le repos était un facteur important dans tous les aspects de la vie.
— Même Seras… On dirait qu’elle a été constamment tendue ces derniers jours jusqu’à ce qu’elle retrouve la princesse.
Ce n’était pas seulement une question de fatigue physique.
Son esprit avait lui aussi besoin de repos.
Dans le champ de vision d’Erika, Seras se pencha et serra doucement Liz dans ses bras.
Après un bref silence, Erika parla.
— Dis, Touka.
Erika reporta son regard sur moi.
— Qu’est-ce qui s’est passé avec Seras hier soir ?
— Nous avons simplement confirmé une nouvelle fois nos intentions respectives.
— Hmmm…
— … … …
— … … …
— Au fait, Erika.
— Hmm ?
— Il y a quelque chose que je voulais te demander depuis longtemps… Non, c’est simplement quelque chose qui m’intrigue. Alors, si tu trouves ma question trop indiscrète, tu n’es pas obligée d’y répondre.
— Qu’est-ce qui peut bien te pousser à être aussi formel ? Tu es spécial après tout, alors je suppose que je peux répondre à cette question quelque peu indiscrète.
Assise sur le rebord de la fenêtre, Erika croisa les jambes et plongea son regard dans le mien.
— Alors, qu’aimerait demander Belzegea-dono à cette Erika Anarveil ?
— Je me demandais simplement s’il y avait une raison.
— Une raison ?
Je lui révélai ce que je voulais savoir.
— La raison pour laquelle tu n’as pas souri une seule fois depuis notre rencontre.