Chapitre 193
Chapitre 193 – Après la destruction, notre retour
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Lorsque je retournai au camp, celui-ci semblait en pleine effervescence.
Les Chevaliers Sacrés de Neia s’y étaient rassemblés en nombre.
Seras était déjà sortie du camp avec la princesse.
À en juger par la situation…
Il semblait qu’elles avaient pu profiter convenablement du temps qu’elles avaient avant de se dire adieu.
Seras remarqua immédiatement mon retour.
D’un geste de la main…
— Restez simplement là pour l’instant.
Après m’avoir dit cela, Seras retourna s’occuper des Chevaliers Sacrés.
— On dirait que Seras bénéficie toujours de l’affection de ses subordonnés.
Toujours avec sa voix modifiée, Eve poursuivit.
— Je suis sûre que la princesse Cattleya y est pour beaucoup dans le fait qu’elle soit toujours aussi appréciée.
Si l’on ne considérait que ses actes passés, Seras était la cheffe des chevaliers qui avait abandonné son pays alors même qu’il était sur le point d’être occupé par l’ennemi.
Cependant, il était probable que la princesse ait habilement manipulé l’impression que les autres avaient d’elle.
« J’avais mes propres raisons, alors j’ai laissé Seras s’échapper à ce moment-là. »
Avait-elle expliqué les choses ainsi aux Chevaliers Sacrés restants ?
Autrement, il aurait été peu probable que tout le monde traite leur ancienne Cheffe des Chevaliers avec autant de chaleur.
Et, de fait, Seras était revenue ici en tant qu’alliée. Elle avait même amené avec elle des alliés pour participer à cette guerre.
« J’ai fait agir Seras différemment en prévision d’une situation comme celle-ci. »
Et si les choses leur avaient été expliquées ainsi, les Chevaliers Sacrés…
« La princesse a laissé Seras-sama s’échapper en pensant à l’avenir de notre pays. »
Alors, ils avaient été convaincus. Ou plutôt, ils n’avaient pas vraiment d’autre choix que de l’être.
Quelles qu’aient été les intentions derrière tout cela, la fuite de Seras à cette époque avait conduit à la situation « actuelle ».
Parce que tout s’était finalement terminé de cette façon.
Mais bon…
— Au bout du compte, toutes les actions de la princesse Cattleya devaient viser le bien de Seras.
— Cette princesse ne pense vraiment qu’au bien-être de Seras Ashrain, hein.
Se frottant le menton, Eve me lança un regard de côté.
— Quoi ?
— L’« avenir » de Seras Ashrain dépend désormais entièrement de toi.
— Hmph…
Je reniflai.
— … Je suppose que c’est vrai.
Alors que nous nous séparions pour le moment, une chevalière élégamment vêtue arriva au camp.
Je pouvais voir l’emblème de Neia sur ses vêtements.
— Cattleya-sama, le duc Polarie est venu vous rendre visite en compagnie d’un commandant d’Alion. Comment souhaitez-vous que je leur réponde ?
Inclinant la tête, la princesse consulta sa montre à gousset.
— Il devrait pourtant rester encore un peu de temps avant le conseil de guerre.
— Non, en fait…
La chevalière jeta un regard vers Seras.
— Ils ont dit : « Nous espérions pouvoir rencontrer Seras-sama. »
Baissant légèrement les yeux, la princesse afficha un petit sourire.
— Je vois. Maintenant que j’y pense, le duc Polarie était plutôt obsédé par les « souvenirs » de Seras, n’est-ce pas ? Cependant, plutôt que de demander ma permission, ne devriez-vous pas obtenir celle de son maître « actuel » ?
En disant cela, la princesse se tourna vers moi.
Le regard de la Chevalière Sacrée suivit le sien et se posa à son tour sur moi.
Cependant… j’avais mon masque bien pratique.
Lorsque je portais ce masque, les autres ne pouvaient déceler le moindre changement dans mon expression.
Je pouvais donc consacrer l’attention que j’aurais normalement utilisée pour contrôler mes expressions à autre chose.
Je fis un pas en avant.
— Le duc Polarie est un noble d’Alion, n’est-ce pas ? Le fait que Seras le rencontre serait-il bénéfique pour le Saint Royaume de Neia ?
Pendant un instant, la princesse sembla surprise.
Mais elle retrouva rapidement son sourire.
— C’est exact… Le duc Polarie est le prochain chef d’un duché particulièrement renommé, et pas seulement à Alion. Afin de conserver une bonne impression de « notre pays » auprès de lui, cela ne serait pas désavantageux en pensant à l’avenir… du moins, c’est ce que je pense.
« Je vois… »
— Dans ce cas, il ne devrait pas y avoir de problème à ce qu’elle lui parle, à condition que la princesse Cattleya les accompagne. Bien sûr, seulement si Seras elle-même est d’accord…
Comme si elle avait compris, Seras posa une main sur sa poitrine.
— Je serais heureuse de pouvoir être utile à la princesse. Et j’ai également reçu la permission de Milord.
Seras quitta rapidement le camp, suivie des Chevaliers Sacrés.
Sur son cheval, la princesse s’arrêta près de nous.
— Merci beaucoup pour votre considération.
— J’ai entendu dire que, dans cette guerre, le retour du Saint Royaume de Neia au sein de la Sainte Alliance dépendra de vos mérites. Cette décision sera prise par la Déesse d’Alion, celle qui règne de facto à la tête de la Sainte Alliance… Dans ce cas, l’impression que vous laisserez aux personnes les plus influentes d’Alion pourrait devenir importante à un moment donné. Et puis…
Je levai les yeux vers la princesse sur son cheval.
— Si vous êtes avec elle, je sais qu’il ne se passera rien d’étrange là-bas.
— Vous pouvez me la confier. Je sais bien mieux que Seras comment gérer l’« idiotie perverse » de ce genre d’hommes. Je me montrerai digne de votre confiance, Berzegia-dono. Et puis…
La princesse regardait dans une certaine direction.
— Concernant ce dont nous avons parlé tout à l’heure, il semblerait que tout soit prêt. J’ai déjà donné mes instructions. Pour le reste, Berzegia-dono pourra agir comme bon lui semble.
Je m’inclinai légèrement.
— Merci pour votre aide.
— J’ai l’impression que cela ne suffit même pas, compte tenu de tout ce que vous avez fait pour nous. En incluant l’incident avec les Cinq Guerriers Dragons, nos dettes envers vous ne sont pas quelque chose que nous pourrions facilement rembourser. Enfin…
La princesse porta gracieusement une main devant sa bouche.
— Si mon mariage avec Civit Gartland s’était déroulé comme prévu, si j’avais porté dans mon ventre l’enfant de « l’Humain le Plus Puissant », et si cet enfant était né en héritant du sang d’un homme digne d’être appelé le plus fort, j’aurais fait de mon enfant le porte-étendard du peuple s’opposant à Bakuos… C’est du moins ce que je pense.
Elle déclara cela avec une légèreté déconcertante.
Cette princesse était décidément assez effrayante.
Cependant…
— Je suppose que c’est parce que vous étiez à ses côtés que Seras a pu préserver sa « pureté » au milieu de toutes les impuretés de ce monde.
— … … …
— J’admire véritablement votre volonté de fer. Même après avoir perdu votre père, l’ancien roi, puis votre propre pays, vous n’avez jamais perdu votre détermination. Vous avez toujours pensé à votre pays et fait de votre mieux pour lui… Voilà exactement comment devrait être une personne qui se tient au-dessus des autres.
Compte tenu de la position géographique de chaque pays, le Saint Royaume de Neia pourrait devenir une pièce importante à l’avenir.
Il n’y avait aucun mal à la flatter et à gagner sa sympathie.
… Enfin, tous les compliments que je venais de lui faire étaient sincères.
La princesse répondit alors…
— Si je n’avais pas estimé que mon peuple méritait ma protection, je ne me serais pas battue avec autant de désespoir ici. J’aurais abandonné mon pays et pris la fuite depuis longtemps.
Voilà ce qu’elle déclara.
Hmm.
— Ce n’est donc pas seulement parce que vous accomplissez votre devoir de membre de la famille royale. Vous agissez également ainsi en raison de vos sentiments personnels.
— C’est la même chose pour Seras. Si j’avais estimé que Seras ne méritait pas d’être protégée, je ne l’aurais pas défendue contre mon père, et je ne pense pas que je l’aurais laissée échapper aux griffes démoniaques de Bakuos.
— Vous êtes vous aussi une princesse qui mérite d’être protégée, bien plus que vous ne le pensez. Il vous suffit de regarder Seras pour le comprendre.
Le silence enveloppa les environs pendant un instant.
Je contemplai la princesse, éclairée par les flammes vacillantes du feu de camp.
Ses traits étaient empreints de dignité.
Son visage était probablement toujours « maquillé ».
Je me demandais si cette atmosphère particulière qui flottait autour d’elle venait de son élégance.
Reportant son regard sur moi, la princesse adoucit son expression.
— Vous êtes une personne étrange, Berzegia-dono.
— N’importe qui me trouverait étrange en me voyant porter un masque pareil.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire. Avec tout le respect que je vous dois, je n’aurais jamais imaginé qu’un gentleman comme vous puisse correspondre au genre d’homme que Seras apprécie.
Avec une pointe d’admiration, la princesse poursuivit.
— Je suis également un peu curieuse de voir à quoi vous ressemblez lorsque vous retirez ce « masque ». Ce qui est étrange, c’est que même en le portant actuellement, vous ne donnez pas l’impression de jouer un faux personnage. Comment dire… C’est presque comme s’il y avait « deux personnes authentiques à l’intérieur de vous ». C’est du moins l’étrange impression que j’ai eue.
▽
La direction dans laquelle Seras et les autres étaient parties était devenue étonnamment bondée.
Nous décidâmes donc de faire un détour afin d’éviter la foule.
Sans attirer l’attention, j’écartai le rideau de la main.
Puis j’entrai dans l’enceinte du camp, suivi d’Eve.
(N/T : 陣幕 / jinmaku)
Il s’agissait d’un rideau servant de paravent improvisé, dissimulant l’intérieur de notre camp aux regards extérieurs.
Cependant, tout comme celui de la princesse, notre camp n’avait pas de plafond.
En levant les yeux, je pouvais voir le ciel nocturne parfaitement dégagé.
(N/T : Pour clarifier les choses : ils se trouvent dans un endroit où il n’existe pas vraiment de tentes faciles à fabriquer, donc les camps sont principalement constitués de morceaux de tissu tendus sur des bâtons. Un 陣幕, ou enceinte de camp, est constitué de tissus dressés tout autour et servant de murs. Si vous avez vu des animes se déroulant dans le Japon ancien, comme Oda Nobuna no Yabou, vous devriez voir de quoi il s’agit.)
Et maintenant…
À l’intérieur du camp se trouvaient « ces choses » que j’avais demandé aux Chevaliers Sacrés de rassembler.
Bien…
— Je pense qu’il est presque temps pour nous de rentrer.
Debout à côté d’Eve, je baissai les yeux vers « ces choses ».
J’avais demandé à la princesse de préparer cette enceinte de camp, en plus d’une autre requête.
Il s’agissait des débris du chariot magique.
— Pour commencer…
J’utilisai <Freeze> sur les débris du chariot magique.
Les imposants débris gelèrent instantanément.
Deux masses de guerre avaient été placées dans l’enceinte.
C’était également quelque chose que j’avais demandé à Neia de préparer par l’intermédiaire d’Eve.
Bien entendu, il s’agissait d’outils dont nous aurions besoin pour pulvériser les débris une fois ceux-ci gelés.
Je pris l’une des masses de guerre.
— Nous n’avons pas beaucoup de temps. Mettons-nous rapidement au travail.
— Umu.
Et ainsi, nous commençâmes à nous occuper des débris.
Comme le nombre de cibles que je pouvais geler était limité, je devais les geler et les briser une par une.
Je ne voulais pas laisser les débris du chariot magique ici.
Je voulais effacer autant que possible toute trace de notre passage.
Un chariot magique dont on a entendu parler dans un rapport.
Les débris réels d’un chariot magique.
Il existait encore une grande différence entre les deux.
Il était possible que les débris laissés derrière nous deviennent à l’avenir une « trace » indésirable.
— Au fait, j’ai une question…
Eve parla tout en continuant à travailler.
— Quoi ?
— Si nous utilisions simplement la Gemme de Téléportation pour transporter également ces débris, ne serait-ce pas mieux ? Nous n’aurions pas besoin de nous donner tout ce mal.
C’était la question la plus évidente.
Pourquoi ne pas simplement téléporter les débris avec nous ?
Parce qu’il existait un problème avec la Gemme de Téléportation.
Apparemment, il y avait une limite à la quantité de matière qu’elle pouvait transporter.
« S’il y a trop de choses à l’intérieur de la zone d’effet, il est possible que tout ne soit pas téléporté. »
Voilà ce qu’Erika avait dit.
Tant que nous n’avions pas la certitude que tout ce que nous devions transporter pourrait être transféré, mieux valait réduire les risques autant que possible.
Cependant…
« S’il n’y a que vous trois, avec Pigimaru et Slei, vous devriez pouvoir vous téléporter sans problème. »
C’était ce qu’elle avait dit.
Mais au-delà de cette quantité, rien ne garantissait que tout le monde serait téléporté.
Pour cette raison, nous voulions réduire autant que possible la quantité de choses à transporter.
Et dans ce cas, les débris du chariot magique étaient les premiers candidats à être abandonnés.
Cependant, l’idée de laisser derrière nous les débris du chariot magique, qui constitueraient une preuve de notre présence, ne me plaisait pas…
C’était là que <Freeze> entrait en jeu.
Tout comme les cadavres d’Ashinto, ces débris seraient broyés et « effacés ».
Ainsi, il ne resterait presque certainement aucune trace.
Et j’étais également rassuré de savoir que je pouvais m’en charger moi-même plutôt que de confier cette tâche à quelqu’un d’autre.
— … … …
Pour une raison quelconque…
J’avais l’impression que nous cherchions à accomplir le crime parfait.
Selon la manière dont on le considérait, <Freeze> était une capacité extrêmement dangereuse.
Je pouvais faire disparaître autant de cadavres et de preuves que je le souhaitais, tant que personne ne connaissait mon pouvoir.
Si une telle capacité tombait entre les mains d’un tueur en série, ce serait véritablement terrifiant.
Tout en réfléchissant à ma capacité, je me plongeai dans mon travail.
Et ainsi…
— … Je suppose que ça devrait suffire.
— Umu. Personne n’imaginerait que cette poudre éparpillée sur le sol était autrefois un chariot.
Il ne restait plus sur le sol qu’une poudre aussi fine que de la farine.
Peu à peu, elle commença à s’échapper par les interstices sous les rideaux.
À terme, le vent disperserait tout.
— Il ne reste plus qu’à faire disparaître les traces de notre présence ici.
Je sortis la Gemme de Téléportation de ma poche.
Plus nous passions de temps ici, plus les choses risquaient de devenir compliquées.
Une fois ce que nous avions à faire terminé, rester plus longtemps ne servirait à rien.
Il ne nous restait plus qu’à attendre Seras.
Eve ouvrit alors la bouche.
— Cependant… Les gens de Neia ont vraiment fait du bon travail pour rassembler tous les débris.
Ils se trouvaient dans une situation où ils n’avaient déjà pas beaucoup de temps à consacrer à autre chose.
Cela aurait certainement été difficile sans la coopération de Neia.
— Comment dire… ils sont vraiment consciencieux.
Était-ce parce qu’ils avaient été fortement influencés par le sérieux de leur ancienne Cheffe des Chevaliers ?
La voix empreinte d’un certain soulagement, Eve poursuivit.
— Malgré tout… je suis heureuse que personne n’ait dû nous quitter après cette bataille. Personne parmi nous n’a été gravement blessé. Le chariot a certes été détruit, mais…
Avant notre départ.
Je me rappelai ce qu’Erika avait dit d’une manière détournée.
△
— Rien ne garantit que vous puissiez ramener ce chariot.
— Ne me fais pas rire. Comment comptes-tu traverser la Zone Démoniaque du Nord autrement ? Si je tenais absolument à le récupérer intact, je ne vous l’aurais même pas prêté.
Elle était consciente qu’elle risquait de ne jamais revoir son chariot magique.
C’était ce que ses paroles semblaient sous-entendre.
— C’est plutôt généreux de ta part… au point que j’ai du mal à ne pas me demander si tu n’as pas une arrière-pensée.
Erika répondit :
— Si le chariot magique d’Erika et les outils magiques que j’ai fabriqués de mes propres mains peuvent assurer votre sécurité, alors tant mieux. Erika préférera se réveiller en apprenant que ce chariot magique a été détruit plutôt que de découvrir que vous êtes tous morts alors que j’aurais pu vous aider. Surtout quand je pense à Liz.
▽
Me remémorant cette conversation, je regardai Eve.
Eve s’était agenouillée et passait doucement sa main sur la poudre au sol, comme si elle exprimait ainsi sa gratitude.
— Sans l’aide d’Erika, nous ne serions peut-être jamais arrivés jusqu’ici. Mais malgré tout… je ne m’attendais pas à ce que la Sorcière des Tabous éprouve autant de bienveillance à notre égard.
Et ce n’était pas tout.
Erika était également extrêmement intelligente.
Elle serait certainement une véritable épine dans le pied d’une certaine déesse.
Mon regard descendit vers la Gemme de Téléportation dans ma main.
Je n’avais pas réussi à la faire quitter cet endroit pour qu’elle devienne notre alliée.
Dans ce cas, une membre d’une race à longue durée de vie capable de fabriquer un tel objet ne représentait rien d’autre qu’un obstacle.
— … … …
Si Erika se rangeait du côté de la Déesse…
Elle deviendrait extrêmement gênante.
Eve remarqua alors quelque chose.
— Hmm, cette présence…
— Merci d’avoir attendu.
Seras se glissa entre les rideaux.
— Tu as terminé plus vite que je ne le pensais.
Seras sourit, même si ses sourcils étaient légèrement froncés.
— C’est grâce à la princesse. Elle a habilement mis fin à cette rencontre.
Elle avait véritablement répondu à ma confiance.
— Et ce duc ?
Le sourire crispé de Seras s’accentua.
— Devrais-je dire que la façon dont ils m’ont accueillie était assez déconcertante… Comment expliquer cela…
Eve intervint.
— C’est parce que les récits concernant ta beauté ne sont désormais plus de simples légendes sur ce continent. Pour ceux qui rêvaient de te voir de leurs propres yeux, cela devait être comme rencontrer une divinité mythique.
Je pouvais clairement voir un sourire dans ses yeux, mais les lèvres de Seras s’étaient tordues en une moue.
— C’est beaucoup trop exagéré.
Je posai une question.
— Quelle a été la réaction du duc Polarie d’Alion ?
— Le duc Polarie était venu accompagné d’un grand nombre de ses subordonnés… C’était la première fois que je le rencontrais personnellement, mais… eh bien… c’était un homme particulièrement passionné.
Même si elle essayait soigneusement de choisir ses mots, je pouvais sentir toute la perplexité dans sa voix.
Seras conserva son sourire embarrassé, comme si elle faisait face à un problème particulièrement difficile.
— Il a même déclaré avec enthousiasme : « Je ne laverai plus jamais cette main avec laquelle j’ai serré la vôtre ! »… Je ne savais vraiment pas comment réagir. La princesse m’a dit que « j’avais bien géré la situation », mais… Ah, maintenant que j’y pense, la princesse a même proposé…
Le cheval de guerre que Seras avait monté sur ce champ de bataille.
Apparemment, il avait été offert au duc Polarie.
Quant au duc Polarie…
« Je garderai cette dette profondément gravée dans ma mémoire, princesse Cattleya. »
Voilà ce qu’il avait déclaré, apparemment d’excellente humeur.
Comment dire…
Je suppose qu’il n’était pas étonnant que cela devienne un accomplissement pour la « princesse ».
— J’ai l’impression que même si cette princesse décidait de devenir marchande ou quelque chose du genre, elle réussirait facilement tout en ayant encore assez de marge pour faire autre chose… Alors, tu en as terminé avec tout ça ?
— J’ai pu passer largement assez de temps seule avec la princesse… Quant aux filles, j’ai également pu échanger suffisamment avec les Chevaliers Sacrés. Il ne nous reste plus qu’à nous souhaiter mutuellement bonne chance pour le reste de nos vies… Je n’ai plus aucun sentiment persistant que je pourrais appeler un regret.
— Je vois.
— De plus, il semblerait que certains des Héros venus d’un Autre Monde se trouvaient également là-bas… Il y avait surtout des hommes parmi eux… Hum…
On aurait dit qu’elle avait soudainement du mal à parler.
Elle avait commencé à parler d’eux au passage, avant de se rendre compte en plein milieu qu’elle avait choisi un mauvais sujet de conversation.
Ou quelque chose comme ça.
Je ne savais pas si elle se souciait de ma réaction ou non, mais elle semblait vraiment avoir du mal à poursuivre.
— Tu n’as pas besoin de te retenir. Dis-le simplement.
— Ils avaient l’air d’être de bonnes personnes.
— Je vois.
D’un autre côté, c’étaient aussi des gens qui avaient tendance à laisser les autres réfléchir à leur place.
Je suppose que ce genre de personnes pouvait facilement changer en fonction de celui qui les dirigeait.
Si la Déesse les manipulait, ils pourraient se transformer en un amas de malveillance en un instant.
Cependant, probablement parce qu’ils avaient été dirigés par Sogou durant cette bataille, pour l’instant…
« Ils avaient l’air d’être de bonnes personnes. »
Voilà l’impression qu’ils avaient laissée à Seras.
En bref, c’étaient des personnes qui ne possédaient pas une volonté personnelle particulièrement affirmée.
Et pour ça, je leur étais vraiment reconnaissant.
Si tous les membres de la classe avaient été comme Takao Hijiri, cela aurait été extrêmement gênant pour nous…
Comme la majorité d’entre eux étaient ainsi, je pouvais réduire le nombre de personnes contre lesquelles je devais élaborer des plans.
— Ah… Toutes mes excuses. Même si je suis certaine que vous…
— Ce sont simplement des gens qui se laissent emporter par l’atmosphère qui les entoure, mais il n’y a rien de mal à cela. Ça ne signifie pas pour autant que je les considère comme de bonnes personnes. Cependant, ce sont des gens avec lesquels nous n’avons pas besoin de prendre le risque de nous confronter pour l’instant.
Si je m’en prenais maladroitement à mes camarades de classe, je risquais de devoir affronter ce facteur imprévisible qu’était Sogou.
Je voulais les éviter, du moins pour l’instant.
Plutôt que de les transformer en problèmes, je préférais simplement les considérer comme des personnes inexistantes.
C’était justement parce qu’ils risquaient de devenir problématiques…
Que je devais retourner une fois encore chez la Sorcière.
Et c’est pourquoi…
— Rentrons, d’accord ?
Tout en consolidant dans mon esprit les grandes lignes de nos projets futurs, je prononçai les mots permettant d’activer la téléportation et de quitter cet endroit.