Chapitre 192
Chapitre 192 – Chapitre d’intermission : Dans différents endroits
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<Point de vue de Takao Itsuki>
Armée de l’Est.
Pour le dire en quelques mots, ce champ de bataille s’était transformé en véritable scène d’atrocités.
Des cadavres…
Des cadavres…
Encore des cadavres…
Il y avait tellement de corps éparpillés partout qu’il aurait été absurde d’essayer de les compter.
Plus de 90 % de ces cadavres appartenaient au camp du Grand Empereur Démon.
— Alors c’est ça… la puissance d’un Héros de rang S…
Il prononça ces mots d’un ton las.
L’un des membres des Chevaliers du Loup Blanc abaissa le bras qui tenait son épée.
Son regard restait rivé sur la scène qui se déroulait devant lui.
Un Soldat Ogre avait été atrocement démembré.
La peau d’un autre Soldat Ogre brûlait encore, dégageant de la fumée.
Des éclats de glace s’étaient douloureusement incrustés dans le corps d’un autre.
Tout cela était dû aux compétences innées de ma sœur, Takao Hijiri, qui s’étaient éveillées pendant la bataille.
<Feu>
<Blizzard>
Deux attributs supplémentaires avaient été ajoutés à sa capacité de base, le vent.
Une compétence unique que l’on pouvait également qualifier d’attribut composite.
Cette compétence, qui avait encore accru son efficacité au cours de cette bataille, faisait rage sur tout le champ de bataille.
Quant à son utilisatrice, Takao Hijiri…
— Fuuuu…
Elle régula calmement sa respiration.
Moi, Takao Itsuki, je me tenais à côté d’elle.
Je regardais son profil avec admiration.
Je pouvais le voir.
Elle était vraiment fatiguée.
Comme je m’y attendais, même ma grande sœur ne pouvait pas combattre aussi longtemps sans finir épuisée.
Cependant, pour quelqu’un qui l’observait de loin, elle semblait parfaitement détendue.
Grande sœur ne laissait jamais son épuisement apparaître sur son visage.
Seule moi, qui étais à ses côtés depuis si longtemps, pouvais percevoir les changements subtils dans ses émotions.
En la voyant ainsi…
— Comme attendu de Grande sœur.
Je ne pouvais que prononcer mon compliment habituel avec mon sourire habituel.
Non…
Je ne savais même pas quoi dire d’autre.
Même sur ce champ de bataille, mon respect pour ma grande sœur n’avait fait que grandir.
△
Au début, l’Armée de l’Est, à laquelle nous participions toutes les deux, avait été repoussée et forcée de battre continuellement en retraite.
À un moment donné, l’idée de laisser Grande sœur seule à la sortie de l’étroit passage de la vallée avait été envisagée.
Le plan consistait à lui faire retenir les ennemis afin de gagner du temps pour permettre à nos alliés de s’échapper.
Cependant, Sigurd Sigmus jugea que la horde déferlant dans la vallée était beaucoup trop importante pour que Grande sœur puisse la retenir seule.
L’Armée de l’Est traversa donc le passage de la vallée intacte, et nous battîmes tous en retraite vers le sud, en direction des plaines de Nord.
C’est à ce moment-là que les renforts de l’Alliance Sacrée arrivèrent.
Il s’agissait de l’armée d’Urza, qui avait pris position au sud-ouest du champ de bataille oriental en tant qu’unité de réserve destinée à renforcer l’armée.
Après avoir rejoint les forces d’Urza menées par les Chevaliers Magiques, l’Armée de l’Est parvint tant bien que mal à repousser les ennemis.
Cependant…
C’est à ce moment-là que le Grand Empereur Démon apparut devant nous.
À cause de son apparition, la situation de l’Armée de l’Est devint soudainement défavorable.
Une créature violette et dorée de la taille d’une forteresse.
Sa forme ressemblait à une terrifiante plante carnivore remontée tout droit des profondeurs de l’enfer.
La surface de son corps était parsemée de parties flasques semblables à de la gelée, qui luisaient en contraste avec le reste de son corps.
Aux extrémités de celui-ci, des organes ressemblant aux membres d’un crabe se tortillaient de manière inquiétante.
Et il y avait également…
Des parties qui ressemblaient à des cornes…
D’autres à des bras…
D’autres encore à des jambes…
Et certaines à des ailes.
Du moins, c’était ainsi que je les percevais.
Une silhouette humanoïde était visible au centre de cette gigantesque masse sinistre.
Cependant, pour une raison quelconque, je ne pouvais percevoir cette chose que comme une « ombre ».
Elle était terriblement floue et son apparence réelle restait impossible à distinguer.
L’ombre semblait fusionner avec ce gigantesque corps.
Était-ce le noyau du Grand Empereur Démon ?
Son véritable corps ?
Le Grand Empereur Démon demeurait silencieux.
Il ne prononçait pas un seul mot.
Cependant, tandis qu’il continuait à créer ses propres forces sur place, la vitesse à laquelle les monstres apparaissaient ne cessait d’augmenter.
Les monstres naissaient des parties flasques et gélatineuses de son corps.
Puis, comme une bouche…
— Kwuuaaarrrkkk !
Elles s’ouvraient brusquement.
Et immédiatement après, des groupes entiers de monstres étaient violemment vomis hors de son corps.
Pour une raison quelconque, cela me rappelait les poissons qui débordaient des filets suspendus sur le pont d’un bateau de pêche.
Les monstres nouveau-nés, couverts de mucus, se relevaient.
Ils commençaient ensuite à arracher les armures des cadavres environnants.
Après avoir récupéré les armes des morts, ils rejoignaient les formations de combat.
Peu importe le nombre de monstres que nous abattions, leur nombre ne semblait jamais diminuer.
Nous nous battions désespérément aux côtés des Chevaliers du Loup Blanc, mais nous étions incapables de les repousser.
Même si nous pouvions leur tenir tête pendant un certain temps, nous finirions tôt ou tard submergés par les monstres.
Cependant, nous n’avions toujours pas renoncé à riposter.
Et cela, nous le devions principalement à Takao Hijiri.
Le nombre de monstres qu’elle avait tués grâce à ses compétences innées dépassait de très loin celui des autres.
Mais il restait encore quelque chose à accomplir pour renverser la situation.
Le camp du Grand Empereur Démon produisait constamment de nouveaux monstres pleins d’énergie.
De notre côté, en revanche, la fatigue ne faisait que s’accumuler avec le temps…
Et surtout, chacun craignait que, si le Grand Empereur Démon avançait davantage, l’Armée de l’Est ne s’effondre d’un seul coup.
Il s’était présenté devant nous, mais à ce moment-là, le Grand Empereur Démon se trouvait encore assez loin.
Sa taille était si gigantesque qu’on pouvait l’apercevoir de n’importe où.
L’étroit passage de la vallée qu’avait traversé son corps massif semblait même être devenu encore plus étroit.
La distance séparant le Grand Empereur Démon de l’Armée de l’Est restait considérable.
Ainsi, à notre position actuelle, nous ne semblions pas encore affectés par le Miasme du Tyran du Grand Empereur Démon.
Grâce à cela, ceux qui n’étaient pas des Héros pouvaient continuer à combattre.
Cependant, dès que le Grand Empereur Démon avancerait, tout le monde risquait de s’effondrer simultanément.
À ce moment-là, les seules capables de combattre correctement seraient probablement ma sœur et moi, puisque nous n’étions pas affectées par le Miasme du Tyran.
C’est alors que cela arriva.
La Déesse Vysis et le Héros doré de rang S apparurent, montés sur un cheval magique.
▽
Les cadavres des monstres dégageaient une odeur abominable.
Pendant la bataille, Grande sœur avait déployé son <Vent> sur le côté, tel un mur protégeant nos alliés à l’arrière.
Puis…
— Fuuuuuuuu…
Celui qui se tenait tout à l’avant leva les yeux vers le ciel.
Devant cet homme s’étendait une immense quantité de cadavres de monstres.
Derrière lui se trouvait ce qu’il restait de l’Armée de l’Est.
En se tenant ainsi entre les deux, il semblait tracer lui-même la frontière séparant la vie et la mort.
Crépitement.
L’homme, Kirihara Takuto, inclina la tête et renifla.
En regardant le dos de Kirihara, Sigurd fit avancer son cheval à côté de celui de la Déesse.
— Alors… Qu’en penses-tu, Vysis ?
La Déesse se trouvait relativement près de nous sur son cheval.
Elle n’avait pas la moindre égratignure.
À propos, Nyantan, elle aussi à cheval, se trouvait de l’autre côté de la Déesse et attendait ses ordres.
Après avoir troqué son cheval magique contre un cheval blanc et repris fermement les rênes, la Déesse déclara :
— Ne trouves-tu pas qu’il s’est remarquablement bien battu ?
Même si la zone était remplie d’une puanteur épouvantable, la Déesse souriait en contemplant le champ de bataille.
— Le Grand Empereur Démon s’est retiré. De plus, nous n’avons perdu aucun de nos Héros de rang S. Seulement…
Sigurd plissa les yeux en observant le champ de bataille.
— Ne trouves-tu pas qu’il a abandonné beaucoup trop rapidement ?
— Je suppose qu’il a senti l’évolution des compétences innées de nos deux rangs S et qu’il a rapidement décidé de battre en retraite.
— Mais tu ne trouves pas que quelque chose semble étrange ?
Il ne faisait aucun doute que l’Armée de l’Est avait remporté la victoire.
Cependant, l’expression de la Déesse était crispée.
En écoutant leur conversation, je jetai de nouveau un regard vers ma sœur.
Il y a quelque chose d’étrange dans le moment où il a choisi de battre en retraite… Cette Déesse vient de dire la même chose que Grande sœur…
En réalité, Grande sœur avait exprimé exactement le même sentiment.
Après le retrait du Grand Empereur Démon, nous avions eu cette conversation.
— Ils battent en retraite beaucoup trop vite. Comment dire… J’ai l’impression qu’il manque quelque chose.
— J’ai plutôt l’impression qu’il s’est retiré parce qu’il s’est senti menacé par les compétences innées de nos Héros de rang S, non ?
— Hein ? Tu crois vraiment ? Il s’est retiré parce qu’il avait peur ?
— Pendant la bataille, j’ai vu beaucoup de signes indiquant qu’ils comptaient continuer leur avancée. Cependant, ils ont soudainement semblé abandonner à mi-chemin. Oui… comme si quelque chose d’irrégulier s’était produit.
— Sérieusement ? Je ne pensais même pas que le Grand Empereur Démon pouvait avoir des intentions particulières. Il n’a même pas l’air capable de communiquer.
— Ce n’est peut-être que mon intuition. Mais avant cela, est-ce que le Grand Empereur Démon avait réellement l’intention d’écraser l’Armée de l’Est cette fois-ci ? Par exemple… Peut-être voulait-il pousser la Déesse et les autres Héros de rang S à quitter l’Armée du Sud en se montrant ici.
— C’est impressionnant, Grande sœur. Comment dire… tu parles comme une stratège.
— Ce n’est qu’une impression. Je n’ai aucune preuve pour soutenir cette hypothèse.
En me remémorant cette conversation que nous avions eue après la retraite du Grand Empereur Démon, je regardai le dos de Kirihara, qui se tenait seul devant nous.
— Tu as dit tout à l’heure que le Grand Empereur Démon ne s’était pas enfui parce qu’il avait eu peur en voyant la compétence innée de nos rangs S, n’est-ce pas, Grande sœur ?
— Oui, je l’ai dit.
— Mais je ne sais pas… Avec ta compétence innée, Grande sœur, et en voyant ce que tu as été capable de faire… tu ne crois pas que le Grand Empereur Démon pourrait vraiment se sentir menacé par la puissance d’un rang S ?
Kirihara se tenait seul, dos à tout le monde.
Devant lui, dans le ciel…
Plusieurs dragons dorés rayonnants volaient haut dans les airs.
La moitié des cadavres de monstres avaient vu une partie de leur corps « effacée ».
On aurait dit que ces parties avaient été « rabotées ».
J’imagine qu’il fallait considérer ces dragons comme des créatures dont le corps était constitué d’énergie.
Les silhouettes de ces dragons dorés dominaient complètement le ciel, leurs corps dispersant des étincelles.
Ces dragons dorés déferlaient violemment, tuant tous les monstres sur leur passage.
On ne pouvait qualifier cette scène que de massacre à sens unique.
Les dragons dorés dévoraient littéralement la vie des Soldats Ogres.
Incapables de résister, ceux-ci étaient impitoyablement massacrés par les dragons dorés lancés par le Héros Doré.
Même maintenant, après avoir dévoré les monstres, les dragons dorés continuaient de se tortiller dans le ciel.
Tsk.
Kirihara claqua de la langue.
— Le Grand Empereur Démon a réussi à s’échapper… Enfin, nous sommes arrivés, après tout.
Kirihara se retourna.
Jetant un regard par-dessus son épaule, ses yeux se posèrent sur ses alliés derrière lui.
— Avez-vous enfin retrouvé vos esprits ?
Sa voix débordait d’une confiance et d’une certitude absolues.
— Je suppose qu’il n’y a aucun imbécile parmi ceux qui ont assisté au combat de ce roi… C’est maintenant que tout commence véritablement. Oui…
Whoooosh !
Comme s’il voulait se donner en spectacle…
Tout en continuant à regarder ses alliés par-dessus son épaule, Kirihara tendit sa paume droite vers ceux qui se trouvaient derrière lui.
— Voici Kirihara.
<Quelque part ailleurs…>
La moitié restante de l’Armée du Sud devait rejoindre l’Armée du Sud où se trouvaient Sogou Ayaka et les autres.
Cette armée attendait à Synod, la capitale royale de Magnar.
Cependant, une information arriva soudainement.
La Force d’Invasion du Sud ennemie avait considérablement accéléré sa marche.
Sa vitesse était beaucoup trop élevée.
Et alors qu’elle était sur le point d’atteindre la capitale royale…
L’armée de Magnar, menée par le Roi Loup Blanc, fut contrainte d’affronter la Force d’Invasion du Sud avant que l’autre moitié de son armée n’ait le temps d’arriver.
L’armée de Magnar quitta la capitale royale pour les affronter.
Cependant, sa défaite devint progressivement évidente et elle fut forcée de battre en retraite vers la capitale.
Peu après, les portes furent enfoncées et l’ennemi envahit la capitale royale.
Ainsi, une bataille féroce éclata avec la capitale elle-même comme champ de bataille.
Peu après, menés par l’Empereur Fou, l’Escadron Brillant et l’Armée Impériale de Mira se précipitèrent dans la bataille.
Heureusement, la Force d’Invasion du Sud qu’ils affrontaient ne comptait aucun Confident parmi ses rangs.
Malgré plusieurs pertes, l’Alliance Sacrée remporta la victoire.
Cependant, cette bataille dévasta Synod, la capitale royale de Magnar.
Pour aggraver encore la situation, le Roi Loup Blanc disparut au moment où cette bataille se déroulait dans la capitale.
À l’heure actuelle, personne ne savait s’il était encore vivant ou déjà mort.
Les recherches désespérées pour le retrouver se poursuivaient.
……………………
▽
Pendant ce temps, à l’ouest.
La Force d’Invasion de l’Ouest avait repoussé la Force d’Extermination Sacrée de Jonato jusqu’au territoire de Jonato.
Pourquoi la Force d’Extermination Sacrée, qui dominait auparavant ses adversaires, avait-elle soudainement été repoussée ?
Parce qu’un Confident ennemi était entré dans la bataille, renversant brutalement la situation en leur défaveur.
L’armée du Grand Empereur Démon avait entamé une grande marche destinée à détruire l’Œil Sacré.
L’Armée d’Invasion de l’Ouest, menée par le Confident Dreikuva, s’était rapprochée de la capitale royale de Jonato.
En réponse, Jonato avait déployé la « Cavalerie Sacrée », une arme antique que seule la Sainte pouvait activer.
Elle lança une contre-attaque aux côtés des Héros d’un Autre Monde menés par Ikusaba Asagi.
Au cours de cette grande invasion menée par l’armée du Grand Empereur Démon…
De violents combats éclatèrent en de nombreux endroits.
Cependant, ce fut la bataille de l’Armée de l’Ouest qui devint la plus sanglante de toutes.
<Point de vue de Kashima Kobato>
Principauté de Jonato, capitale royale.
— Curia…
La femme transportée sur une civière…
La Sainte, Curia Gilstain.
La Reine de Jonato se précipita vers elle.
Le tissu couleur crème qui servait de civière était maculé de sang frais.
Des gouttes tombaient même sur le sol.
Le visage de la Reine de Jonato devint livide lorsqu’elle baissa les yeux vers la Sainte.
Les cheveux argentés de cette dernière pendaient en désordre hors de la civière.
Même sa magnifique chevelure argentée était à moitié couverte de sang.
La Reine saisit la main de Curia et la serra entre les siennes.
— Curia… Comment une chose pareille a-t-elle pu…
Une mare de sang s’était formée à l’endroit où la Sainte s’était effondrée auparavant.
Quant à la Sainte allongée sur la civière…
Cela semblait évident.
Elle était sur le point de mourir.
Heureusement, sa tête était restée relativement intacte.
Cependant, son corps était dans un état épouvantable.
En réalité, on pouvait presque considérer comme un miracle que chaque partie de son corps n’ait pas été réduite en mille morceaux.
L’état actuel de la Sainte était si terrible que sa survie elle-même semblait miraculeuse.
Pour commencer, le simple fait qu’elle soit encore en vie était incompréhensible.
— Heureusement que nous avons nos Compétences de Récupération, non ?
Ikusaba Asagi, qui observait la reine endeuillée depuis une certaine distance, prit la parole.
Asagi leva le pouce vers plusieurs filles de son groupe.
— Si vous voulez, on peut l’accompagner, non ? J’ai entendu dire que les compétences des Héros d’un Autre Monde étaient largement supérieures à la magie de ce monde. Enfin, à l’exception des Compétences d’État Anormal, apparemment.
La Reine releva lentement son visage livide.
Son expression était compliquée.
Cependant, après quelques secondes, cette complexité s’atténua légèrement tandis qu’elle s’adressait à Asagi.
— Je vous en prie… faites-le…
— Ouais, ouais. Alors~… Désolée de vous demander ça juste après la fin de la bataille, mais je vais compter sur vous trois.
Les trois filles désignées par Asagi répondirent immédiatement.
— D-D’accord.
— Euh… Alors, on y va.
— O-Oui.
Les trois filles se précipitèrent vers la civière.
Elles commencèrent ensuite à discuter de quelque chose avec la Reine, dont la voix était faible.
Finalement, escortée par la Reine, la Sainte fut emportée sur sa civière.
La Sainte, la Reine et les trois membres du groupe d’Asagi s’éloignèrent progressivement.
Les mains derrière la tête, Asagi les regardait partir avec une insouciance déconcertante.
Et juste derrière Ikusaba Asagi…
Un robot de style chevaleresque, digne d’un monde fantastique, du moins c’était ainsi que je le voyais, gisait à moitié détruit.
Plus précisément, il était adossé à un bâtiment partiellement effondré.
Apparemment, ce géant ressemblant à un robot s’appelait la Cavalerie Sacrée.
Cette Cavalerie avait combattu au corps à corps contre un énorme monstre.
Je crois qu’il se faisait appeler Dreikuva.
Apparemment, on les appelait des « démons » plutôt que des monstres parce qu’ils étaient capables de comprendre le langage humain.
Une énorme lance dépassait de la bouche de Dreikuva.
La pointe de la lance avait traversé l’arrière de son crâne.
Des murs brisés et des briques étaient éparpillés partout dans les environs.
Asagi se retourna et contempla le cadavre de Dreikuva.
— Mais bon, je suis contente qu’on ait réussi à arriver à temps.
Asagi sourit comme un chat, les paupières légèrement abaissées.
— Ce démon qui se faisait appeler Confident avait vraiment l’air puissant… Si j’avais pu le tuer moi-même, je l’aurais toujours fait. Tout le monde sait que les ennemis de niveau boss donnent énormément d’expérience, non ?
Oui.
C’était en réalité la Sainte qui avait affronté Dreikuva et qui l’avait terrassé.
Cependant, alors que Dreikuva était sur le point de mourir, ce fut Ikusaba Asagi qui réussit à lui porter le coup de grâce.
Je me tenais à côté d’Asagi.
À cet instant, je ne regardais ni la Cavalerie Sacrée ni le cadavre du Confident mort, la langue pendante, derrière moi.
Mon regard anxieux restait fixé sur la direction dans laquelle avait disparu la civière transportant la Sainte.
— Curia-san… Je me demande si elle va s’en sortir…
Asagi me regarda avec stupéfaction.
— Non, non, non… Ça va, Kobato-chan ? Tu n’as vraiment pas l’air d’aller bien si tu commences à dire des choses aussi absurdes…
— Dis, Asagi-san…
— Fue ?
En regardant l’immensité absurde du cadavre derrière moi et les décombres qui nous entouraient…
Étrangement, je ne ressentais aucun choc.
Peut-être était-ce parce que, pour une raison quelconque, tout cela ne me semblait toujours pas réel.
— Ce démon mort qui se faisait appeler Confident… Est-ce que la stratégie proposée par Asagi-san était vraiment le seul moyen de le vaincre… ?
— Hmm~ ?
— Euh… Enfin… À part cette attaque simultanée désespérée menée par la Sainte… Je me demandais s’il n’y avait vraiment aucun autre moyen de le vaincre…
Le sourire sarcastique d’Asagi s’adoucit légèrement tandis qu’elle regardait dans la direction où la Sainte avait disparu.
— Reine-chan… avait l’air de vouloir dire quelque chose, tu ne trouves pas ? Ses yeux semblaient dire : “C’est à cause de ton plan absurde que ma précieuse Curia s’est retrouvée dans cet état horrible !”, ou quelque chose dans le genre.
Les véritables émotions derrière l’expression de la Reine…
En voyant son visage, j’avais effectivement ressenti exactement ce qu’Asagi venait de décrire.
— Hmm, cependant… Grâce à ma stratégie, l’Œil Sacré n’a pas été détruit. Et même si le pays a été dévasté, il n’a pas été envahi par les monstres. Le sacrifice de quelques-uns a permis de sauver un nombre bien plus important de personnes. Si on place tout ça sur une balance, c’était donc le bon choix… Du moins, c’est ce qu’Asagi-san pense.
— Je ne sais pas si c’est vraiment vrai, mais…
— C’est une sorte de harcèlement logique ? Fumu fumu. Alors~ Poppo-chan a peut-être un autre plan en tête ?
— …Nnh, non. Je n’en ai pas. Rien ne me vient vraiment à l’esprit.
— Uhahaha, désolée, désolée. La façon dont je viens de le dire était peut-être un peu méchante. Ce n’est rien. C’est juste que je n’aime pas les gens qui, dès que je me plains comme ça, commencent immédiatement à demander une solution alternative. Mais tu sais, Poppo-chan…
Devant le regard d’Asagi…
Les filles de son groupe aidaient à soigner les soldats blessés.
Elles s’activaient avec diligence, coopérant avec les habitants de Jonato à une certaine distance de nous.
C’était également un ordre d’Asagi.
Asagi avait dit à tout le monde :
— Heureusement, nous autres Héros avons presque tous survécu à cette bataille sans blessures sérieuses… Mais je ne veux pas qu’on cause des problèmes inutiles ici. Alors, même si on est fatiguées, montrons-leur un peu notre bonne volonté. C’est pour ça que je dois m’excuser auprès de tout le monde ! Je sais que vous êtes toutes épuisées, mais est-ce que je peux vous demander de faire encore un petit effort ?
C’est ainsi qu’elle avait demandé à tout le monde d’aider à soigner les blessés.
— En fait, je réfléchis depuis quelque temps à ce que je devrais faire, tu sais… Être envoyée dans un autre monde et tout ça ? J’ai l’impression qu’on en a déjà vécu pas mal. Alors je réfléchissais à ce que je voulais faire à partir de maintenant.
Asagi me regarda avec une expression ironique tout en donnant un léger coup de pied dans les débris à ses pieds.
— Premièrement, je veux que tous les membres du groupe d’Asagi-san survivent. Deuxièmement, je veux que tout le groupe d’Asagi-san retourne vivant dans notre monde d’origine. Pour l’instant, je me suis dit que ce serait bien de faire de ces deux objectifs mes priorités.
Le fait qu’elle ait expressément limité ses paroles au seul groupe d’Asagi me dérangeait quelque peu, mais…
— Alors, Asagi-san, tu comptes vaincre le Grand Empereur Démon avec tout le monde ?
Je posai cette question avec une certaine attente.
Cependant, Asagi ne répondit pas immédiatement.
Elle me regarda pendant quelques instants avec une expression dont je ne parvenais pas à déchiffrer les émotions.
— Ça dépend.
— Hein ?
— Disons simplement que ce n’est qu’un exemple.
Jouant avec une mèche de cheveux sur le côté de son visage, Asagi poursuivit :
— Imaginons que Déesse-chan ne soit pas la seule à posséder un moyen de nous renvoyer dans notre monde d’origine… Imaginons que le Grand Empereur Démon possède lui aussi un moyen de nous y renvoyer. Et si, après ça, le camp du Grand Empereur Démon obtenait un avantage décisif sur celui de la Déesse et qu’on nous invitait à rejoindre son camp… Bon, ce n’est qu’une hypothèse, d’accord ? Je parle seulement d’un “et si”, tu vois ce que je veux dire ?
Après avoir dit cela, Asagi continua :
— Si nous avons la possibilité de retourner dans notre monde d’origine, et qu’il existe un camp ayant davantage de chances que celui de la Déesse de permettre à tout le groupe d’y retourner vivant, je pense que choisir cette option permettrait également d’accomplir mon objectif.
— Hein ? Mais ça…
— Évidemment, le mieux serait que la Déesse gagne et que nous puissions tous retourner joyeusement dans notre monde d’origine. C’est juste que… nous, les humains, sommes fondamentalement des créatures qui aiment miser sur le cheval gagnant, non ? Enfin, ce que je veux dire, c’est…
Asagi se pencha et ramassa un petit morceau de débris tombé près de ses pieds.
Elle commença à jouer avec ce fragment de la taille d’un caillou en le lançant plusieurs fois en l’air et en le rattrapant.
— Je ne pense pas que Sogou Ayaka, que Kobato aime tellement, accepterait un jour de rejoindre le camp du Grand Empereur Démon. Mais tu sais…
Whoosh.
Asagi lança le morceau de débris au loin.
Celui-ci heurta le mur d’un bâtiment à moitié détruit avec un bruit sec avant de retomber au sol.
— Pour survivre dans ce monde, il faut avoir suffisamment de flair pour sentir quel sera le cheval gagnant. Nyar nyar.
Je ne savais pas pourquoi.
Mais la personnalité d’Asagi me semblait encore plus inquiétante qu’auparavant.
— Malgré tout… Le visage de la Reine-sama tout à l’heure était vraiment incroyable, non ? C’est vrai que c’est moi qui ai proposé de sacrifier sa précieuse Sainte, mais c’est aussi moi qui ai sauvé ce pays en élaborant ce plan d’attaque simultanée désespérée, non ? Comment dire… Voir des humains afficher des expressions aussi compliquées… Tu savais que les humains pouvaient faire ce genre de tête, Kobato-chan ? C’est amusant, tu ne trouves pas ?
— Je… ne sais pas vraiment…
— Ce “je ne sais pas” est vraiment une réponse pratique pour toi. Enfin, j’imagine que notre conversation s’arrête ici.
Sur ces mots, Asagi se releva calmement.
— Bon, je suppose qu’il est temps pour moi aussi de faire quelques efforts. Les nouvelles compétences que je viens d’apprendre, surtout <Privation Sensorielle>, devraient être très utiles quand il y a autant de blessés.
(Note du traducteur : 痛覚遮断. À ma connaissance, cette compétence est toujours incantée sous le nom de Queen Bee, mais je l’ai traduite ainsi afin de la distinguer de son autre compétence.)
Les compétences innées d’Asagi avaient atteint un nouveau niveau après cette série de batailles.
Même si elle était de rang B, considéré comme inférieur aux rangs S et A, Asagi possédait une compétence innée.
Et au cours de cette bataille, celle-ci avait même évolué.
Asagi avait dit quelque chose un peu plus tôt.
— Ce n’est qu’une théorie, mais j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de caché derrière les classements alphabétiques de nous autres Héros. Il pourrait même exister des différences entre les rangs S. Par exemple, on pourrait normalement penser que le “S” de rang S signifie “S U P E R”, mais il est peut-être possible que quelqu’un de “S P E C I A L” se soit glissé dans cette catégorie. Peut-être que mon rang B possède lui aussi un rang caché commençant par “B” ? Ou quelque chose du genre, nyan ?
Non…
Étrangement, ce n’était peut-être pas totalement impossible.
Ses paroles me semblaient curieusement convaincantes.
Si c’était vraiment le cas…
Peut-être existe-t-il aussi des rangs cachés parmi les rangs C et D ?
Par exemple, si j’appartenais moi aussi à l’un de ces rangs cachés parmi les rangs D…
Je pourrais peut-être aider Sogou-san.
Je ne pouvais m’empêcher de fantasmer à cette idée.
— Allez, Poppo-chan, on y va. Tu n’as pas été très utile pendant le combat tout à l’heure, alors c’est dans des moments comme celui-ci que tu peux récupérer quelques bons points.
Après qu’elle eut dit cela, je trottinai jusqu’à Asagi.
— Fuuuaaaahh~
Asagi bâilla bruyamment.
— J’ai sommeil… Au fait, j’ai l’impression que la plupart des compétences obtenues grâce à l’évolution de ma compétence innée sont surtout des debuffs.
— Des debuffs ?
Ce mot ne m’évoquait pas grand-chose.
D’après Asagi, il s’agissait d’un terme principalement utilisé dans les jeux de nos jours.
— Le <Renforcement de Groupe> que j’utilisais jusqu’à maintenant est un buff. Les buffs sont des compétences qui renforcent tout le monde. Les debuffs, eux, font l’inverse.
— Ils affaiblissent ?
— Ouais, c’est essentiellement ça.
Tout en marchant, Asagi se pencha.
Elle ramassa un autre petit caillou qui se trouvait à ses pieds.
— Et tu vois ? Dans certains jeux, les buffs et les debuffs sont pratiquement inutiles, qu’on les utilise ou non. Mais selon le jeu, ils peuvent devenir un facteur extrêmement important pour déterminer l’issue d’un combat… Enfin, vu comme ça, j’imagine qu’on a les Compétences d’État Anormal ici. Le concept général d’État Anormal existe aussi dans ce genre de jeux, non ? Bon sang, il existe même des jeux où les Compétences d’État Anormal peuvent rendre complètement inutiles des statistiques pourtant très élevées. Enfin, tout dépend du jeu.
Pour quelqu’un qui ne jouait absolument jamais aux jeux vidéo, ce qu’elle racontait n’avait pas vraiment de sens.
Seulement…
Quelque chose me vint soudainement à l’esprit.
En parlant de Compétences d’État Anormal…
Mimori-kun…
Je baissai les yeux.
Asagi continua :
— Ce que je veux dire, c’est que les Compétences d’Attaque ne sont pas les seules choses utiles dans un combat. En réalité, c’est uniquement grâce aux buffs et aux debuffs d’Asagi-san que j’ai pu vaincre ce Confident qui répandait son Miasme du Tyran partout. Tiens, maintenant que j’y pense, j’imagine que le Miasme du Tyran pourrait lui aussi être classé comme un debuff.
Whoosh.
Asagi lança le caillou qu’elle tenait.
Il y avait un trou vide et irrégulier dans le mur d’un bâtiment effondré.
Le caillou lancé alla se coincer parfaitement à l’intérieur.
Cela me rappela étrangement une balle de tennis qui se retrouverait coincée dans les mailles d’une clôture.
— Enfin, je crois que c’est à peu près comme ça que ça fonctionne ? Qu’il s’agisse de buffs ou de debuffs, si tu sais bien les utiliser…
— Umu.
Asagi hocha la tête.
— Il n’existe probablement aucune autre compétence aussi puissante.