Chapitre 190
Chapitre 190 – La princesse de Neia
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Eve et Slei avaient reçu l’ordre d’attendre un moment à l’extérieur du camp.
Me tournant vers Eve...
— Pour l’instant, faisons comme ils l’ont demandé.
Après lui avoir dit cela, j’entrai seul dans le camp.
Le fait que Seras ait révélé sa véritable identité présentait également certains avantages.
Tout d’abord, cela nous permettait de justifier plus facilement notre présence sur ce champ de bataille.
— Seras Ashrain est venue porter secours à la Princesse Cattleya, celle qu’elle servait autrefois.
Cela permettait de comprendre facilement pourquoi l’Escadron du Seigneur des Mouches avait participé à cette bataille.
L’autre avantage était que...
— ................
Cela nous permettrait d’entrer plus facilement en contact avec la Princesse sans devoir passer par toutes sortes de démarches fastidieuses.
Je promenai mon regard à l’intérieur de la tente.
Elle semblait plutôt spacieuse.
Elle ressemblait au genre de tente qu’utiliseraient des nomades.
Au fond, un espace servant de bureau avait été aménagé.
— Bienvenue. Je vous en prie, entrez.
Une femme aux cheveux argentés coiffés en rouleau vertical était assise sur une chaise.
— Je m’appelle Cattleya Stramius.
...Alors, c’est elle, la Princesse de Neia.
Des yeux couleur cendre empreints de prudence.
Sa tenue militaire lui donnait une allure raffinée.
Cependant, sa posture solide était celle d’une guerrière.
Deux Chevalières Saintes se tenaient à ses côtés.
Seras, toujours vêtue de sa tenue de Chevalier-Mouche, se tenait légèrement en diagonale devant elle.
Elle portait toujours cette tenue, mais avait retiré son masque.
Seras semblait détendue.
Elle devait encore être emplie de la joie de leurs retrouvailles.
Je pouvais le deviner à la rougeur de ses yeux.
Seras s’approcha alors de moi.
C’était la première fois que nous échangions des paroles depuis notre arrivée sur ce champ de bataille.
À voix basse, Seras me murmura à l’oreille :
— Toutes mes excuses. Je suis certaine qu’ils savent déjà qui je suis, alors...
— Je sais. Ne t’en fais pas.
Seras inclina la tête, le poing serré contre sa poitrine.
— Oui.
Reprenant contenance, Seras releva les yeux.
— Les seules informations que je leur ai données à votre sujet sont que vous êtes “l’ancien membre d’Ashinto qui m’a sauvée des Chevaliers du Dragon Noir”... Quoi qu’il en soit, je leur ai dit que vous étiez mon sauveur.
— Ça me va. Laisse-moi m’occuper du reste.
Comprenant mes intentions, Seras s’abstint d’en dire davantage et vint se placer à mes côtés.
Me tournant vers la Princesse, je posai un genou à terre et inclinai la tête.
— Je crois que c’est la première fois que nous nous rencontrons. Enchanté. Je suis le chef de l’Escadron du Seigneur des Mouches, et mon nom est Belzegia. Comme je l’ai proclamé lors de notre entrée dans cette bataille, notre groupe portait autrefois le nom d’Ashinto.
— Belzegia... C’est également le nom du Chevalier-Mouche des légendes.
— Oui. J’ai emprunté mon nom au Seigneur des Mouches des légendes.
— Fufufu, dans ce cas, on pourrait dire que Seras est l’une des fidèles servantes du Seigneur des Mouches... “L’Épée de Belzegia”. Lorsqu’elle s’est précipitée vers moi, Seras a également emprunté le nom du Premier Serment, Astaria... Quoi qu’il en soit...
Je sentis la Princesse se lever.
— Vous m’avez tous sauvé la vie. En tant que générale à la tête de l’armée de Neia, je tiens avant tout à vous remercier. Si vous n’étiez pas arrivés, nous aurions pu être anéantis.
— Je suis heureux que nous ayons pu vous venir en aide en cette période de crise, Cattleya-sama.
— La sorcellerie... J’ignore selon quels principes elle fonctionne, mais c’est un pouvoir vraiment redoutable, n’est-ce pas ? Sans parler de cette armée de statues de pierre, de ce cheval noir aux multiples pattes... et de ces deux Chevaliers-Mouches dotés d’une puissance de combat considérable. Seulement, tout cela ne correspond pas vraiment à l’image d’Ashinto dont j’avais entendu parler dans les rumeurs.
— Si vous souhaitez connaître les circonstances cachées derrière tout cela, Ashinto était en réalité divisé en deux factions. Et... nous étions considérés comme la faction minoritaire. Alors que l’autre faction rêvait de monter sur le devant de la scène, sous la lumière du jour, notre faction souhaitait uniquement continuer à agir dans l’ombre.
— Finalement...
Je poursuivis :
— Notre faction a décidé d’abandonner le nom d’Ashinto et de vivre désormais sous celui d’Escadron du Seigneur des Mouches, une faction œuvrant secrètement dans l’ombre du monde.
— L’autre faction a-t-elle accepté cela ? J’imagine difficilement qu’elle vous ait laissé partir aussi facilement alors que vous possédiez une telle puissance.
— ...Vous avez vu juste. Ils n’ont jamais accepté notre séparation. Quant à ce qui s’est produit ensuite... je vais laisser votre imagination faire le reste.
Ashinto, le groupe que le monde considérait comme ayant soudainement disparu.
— Ceux de l’autre faction qui suivirent l’Escadron du Seigneur des Mouches dans la Zone Démoniaque furent anéantis à l’intérieur de celle-ci.
Ou peut-être...
étions-nous ceux qui les avaient tous anéantis.
Quelques rumeurs circulaient déjà concernant leur entrée dans la Zone Démoniaque.
Les gens pouvaient désormais laisser leur imagination amplifier encore davantage ces rumeurs.
— Après nous être séparés d’eux, j’ai appris que l’armée de Neia menée par Cattleya-sama allait participer à la guerre contre l’armée du Grand Empereur Démon... Et compte tenu des sentiments de Seras, nous sommes venus dans l’espoir de pouvoir vous être utiles. ...À l’origine, nous avions prévu de nous infiltrer dans l’Armée du Sud en tant que mercenaires.
— Je vois...
La Princesse semblait convaincue.
...Même si je n’étais pas certain qu’elle le soit totalement.
La Princesse fit un pas vers moi.
— Belzegia-dono, veuillez vous relever. Après tout, vous n’êtes pas sous mes ordres.
— ................
Comme elle me l’avait demandé, je me relevai.
La Princesse faisait environ une tête de moins que moi.
Elle leva les yeux vers moi.
— Et puis... pour avoir sauvé la vie de Seras, je vous exprime toute ma gratitude.
Elle s’inclina devant moi.
— Cela s’est joué de peu. Elle était sur le point de tomber entre les mains de Bakuos.
— Et Seras, qui vous est redevable, est désormais à votre service... Avez-vous entendu son histoire de sa propre bouche ?
— Elle m’a parlé de sa fuite de Neia.
— ...Belzegia-dono.
D’un ton donnant l’impression qu’elle changeait de sujet, la Princesse poursuivit :
— Même si vous nous avez prêté votre force cette fois-ci... cela ne signifie pas que vous continuerez à combattre à nos côtés après cela, n’est-ce pas ?
— ................
La véritable identité de Seras avait été révélée.
On disait que la Déesse avait Seras dans son viseur depuis l’époque où elle était encore Chevalière Sainte.
Si elle restait aux côtés de la Princesse, il ne faisait aucun doute que la Déesse finirait par intervenir.
Le fait que Seras Ashrain soit toujours en vie...
Les soldats qui n’appartenaient pas à Neia devaient eux aussi en avoir connaissance désormais.
Je ne pensais pas que nous puissions cacher ce fait.
À ce rythme...
nous ne pourrions probablement pas rester longtemps ici non plus.
Pour l’instant, je voulais avoir le moins de contacts possible avec la Déesse.
Nous avions largement utilisé notre « sorcellerie » ainsi que les armes artisanales d’Erika durant cette bataille.
Notre stratégie initiale, qui consistait à dissimuler notre identité et nos pouvoirs tout en soutenant la Princesse depuis l’ombre, venait de voler en éclats.
Et cette foutue Déesse allait forcément s’intéresser à l’Escadron du Seigneur des Mouches...
Dans ce cas...
nous devions quitter cet endroit aussi vite que possible.
Ayant déjà organisé notre plan dans mon esprit, je pris la parole.
— J’ai l’intention de quitter cet endroit d’ici demain matin et de reprendre mon voyage vers mon objectif initial. J’ai également mes propres buts... Cependant, si Seras souhaite rester à vos côtés, je suis prêt à respecter sa volonté.
Cela pouvait être dangereux...
mais si Seras voulait vraiment le faire, je n’allais pas l’en empêcher.
À l’origine, ce voyage était destiné à accomplir ma vengeance.
J’avais également dit à Seras qu’elle pouvait me quitter à tout moment.
Cependant...
si elle devait rester avec la Princesse, certaines choses continueraient à m’inquiéter.
Naturellement, je craignais l’intervention de cette foutue Déesse.
J’avais le sentiment que cette Princesse serait plutôt douée pour la tromper, mais...
Une expression légèrement déconcertée apparut sur le visage de Seras, qui s’empressa de prendre la parole.
— Je...
— Seras est désormais votre “épée”... Je l’ai déjà demandé à l’intéressée.
La Princesse interrompit Seras juste au moment où elle allait parler.
Regardant la Princesse dans les yeux, je demandai :
— Cattleya-sama, ne souhaitez-vous pas que Seras rejoigne de nouveau les Chevaliers Saints ?
La Princesse sourit.
— Non.
Et elle exprima clairement son refus.
— Si elle revenait à mes côtés, je suis certaine que la Déesse l’utiliserait de la pire des manières. Ma précieuse Seras finirait par être sacrifiée d’une manière que je ne pourrais jamais accepter.
— ................
La Princesse n’apprécie pas vraiment la Déesse non plus, hein.
De plus, elle semblait bien connaître la Déesse.
Dans ce cas, pourquoi ne pas lui demander directement ?
— Je sais que cela peut paraître impoli, mais j’aimerais vous poser une question. Cattleya-sama éprouve-t-elle de l’animosité envers la Déesse Vysis ?
Le regard de la Princesse s’adoucit.
— Oui.
Je jetai un coup d’œil à Seras.
Surprise par sa réponse, Seras toucha rapidement son oreille droite.
L’oreille droite.
Cela signifiait qu’elle ne mentait pas.
La Princesse n’aimait pas la Déesse.
C’était certain.
Au passage, si elle touchait son oreille gauche, cela signifiait que la personne « mentait ».
Mais surtout, cette Princesse...
— Vous avez volontairement répondu de manière très brève afin que Seras puisse facilement déterminer que votre réponse était “vraie”, n’est-ce pas ?
La Princesse s’était contentée de répondre « Oui ».
Les réponses les plus faciles à juger comme vraies ou fausses étaient celles auxquelles on pouvait répondre par OUI ou NON.
C’est ça...
La Princesse utilisait volontairement la capacité de Seras afin que je puisse juger si elle disait la vérité.
— Cela permet de parler plus rapidement, vous ne trouvez pas ? Moins nous passons de temps à essayer de sonder les véritables intentions de l’autre, mieux c’est.
Autrement dit, elle estimait qu’utiliser un « détecteur de mensonges » était plus rapide que de multiplier les longs discours.
Naturellement, c’était une excellente stratégie si elle ignorait la véritable nature du pouvoir de l’Esprit du Vent de Seras...
Seras semblait légèrement mal à l’aise.
La culpabilité qui pesait sur elle venait probablement du fait qu’elle avait utilisé sa capacité à distinguer le vrai du faux sur la Princesse.
— Cela signifie donc que Cattleya-sama ne souhaite pas que Seras rencontre la Déesse ?
— Bien sûr que non. Autrement, pourquoi l’aurais-je laissée quitter ce château à l’époque ? C’est pourquoi...
S’approchant, la Princesse prit ma main.
— Puis-je continuer à vous confier Seras ?
— Cependant... Êtes-vous réellement certaine de pouvoir me la confier ?
— Quoi que vous puissiez dire, au bout du compte, vous êtes l’homme dont Seras est tombée sous le charme.
À cet instant, les visages des deux Chevalières Saintes qui attendaient derrière elle changèrent brusquement.
— Hein !?
J’eus l’impression d’entendre cette exclamation de surprise jaillir du plus profond de leur cœur.
Quant à Seras...
— Princesse !?
Elle avait l’air d’avoir entendu quelque chose auquel elle ne s’attendait absolument pas.
Cependant, la Princesse ne regarda pas Seras.
Elle continuait à lever les yeux vers moi, un sourire amusé aux lèvres.
— Cela pose-t-il un problème ?
— Non... Moi aussi, Seras m’est très précieuse.
— Vous estimez également que Seras est quelqu’un de spécial pour vous, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Et vous la considérez comme une femme ?
— C’est bien mon intention.
— Ufufu...
La Princesse gloussa.
— Je suis heureuse d’apprendre que votre amour est réciproque.
— Tou...
— Seras.
Lorsque je l’interpellai, Seras sursauta.
...Elle était sur le point de dire « Touka-dono ».
Un sourire apparut sur les lèvres de la Princesse.
— Être capable de distinguer la vérité du mensonge peut parfois être assez déroutant, n’est-ce pas ?
Relâchant mes mains, la Princesse s’éloigna lentement de moi.
Puis elle jeta un regard à Seras, dont le cœur semblait encore battre à toute vitesse.
— J’ai raconté beaucoup de choses à Seras avant votre arrivée. Aimeriez-vous les entendre de sa bouche ?
Après la bataille, Seras avait transmis certaines informations me concernant à la Princesse.
Cependant, avant mon arrivée, la Princesse avait également eu le temps de dire différentes choses à Seras.
...Cette Princesse avait peut-être prévu tout cela depuis le début.
— Bien sûr. Je vous écoute.
— Seras, voudrais-tu transmettre mes intentions à Belzegia-dono ?
— Ah... O-Oui, bien reçu.
L’expression de Seras se raidit.
— La Princesse m’a dit que, s’il y avait quoi que ce soit qu’elle puisse faire pour nous aider, elle nous prêterait main-forte. En guise de remerciement pour cette bataille... et pour m’avoir sauvée des mains des Chevaliers du Dragon Noir.
Plus précisément, cela revenait à dire que je l’avais sauvée du père de la Princesse.
Après tout, c’était le Saint Roi lui-même qui avait commandité la mort de Seras.
Cependant...
il semblerait que cette Princesse ait elle aussi envisagé cette possibilité.
J’en avais déjà vaguement eu l’impression à travers ce que Seras m’avait raconté, mais...
Cette Princesse avait l’esprit particulièrement vif.
Heureusement que nous étions du même côté.
À l’inverse, elle pourrait devenir une adversaire extrêmement pénible si nous devions un jour l’affronter.
— Cependant, ma priorité actuelle est de reprendre Neia des mains de Bakuos et de reconstruire notre pays. Même si je vous suis reconnaissante, ma gratitude ne pourra se manifester que dans la limite de ce que je suis actuellement capable de faire.
— Dans ce cas...
Je pris la parole.
— Si quelqu’un vous demande où nous allons, pourriez-vous lui dire que nous nous dirigeons vers le nord ?
— Vers le nord ?
— Oui. Si vous pouviez leur dire que c’est ce que je vous ai annoncé au moment de notre séparation... que je vous ai dit que nous nous dirigions vers le nord.
— Cette demande est facile à satisfaire.
Notre véritable prochaine destination était pourtant l’ouest.
Enfin...
cela servirait simplement à brouiller les pistes.
La Princesse n’aurait qu’à rapporter mes paroles telles quelles à la Déesse.
Elle n’aurait donc pas à craindre d’être accusée de faux témoignage.
Et si les choses tournaient mal, il lui suffirait de dire que « Belzegia » lui avait transmis de fausses informations.
Après cela, je formulai encore quelques requêtes auprès de la Princesse.
Cependant...
— Êtes-vous certain que ces quelques demandes suffisent ?
La Princesse semblait déçue.
Probablement parce qu’aucune de mes requêtes n’était particulièrement importante.
En y réfléchissant, je n’avais pas vraiment besoin de beaucoup d’aide.
— Mon Escadron du Seigneur des Mouches est venu ici pour aider Cattleya-sama. Nous ne sommes pas venus dans l’espoir d’obtenir une récompense.
Si elle souhaitait vraiment nous aider, il lui suffirait probablement de nous aider à effacer nos traces.
La nourriture et l’eau ne représentaient aucun problème pour nous.
Nous disposions également de fonds plus que suffisants.
— Cependant... nous devons nous cacher, il nous sera donc difficile de continuer à vous prêter main-forte après cela.
— Ce ne sera pas un problème. Si les paroles des Confidents apparus sur ce champ de bataille étaient vraies, le seul ennemi de l’armée du Grand Empereur Démon plus puissant qu’Eingrantz serait le Grand Empereur Démon lui-même. D’une certaine manière, cela pourrait signifier que la plus grande crise de l’Armée du Sud était justement cette bataille... De plus...
La Princesse afficha un sourire confiant.
— Je pense qu’avec le groupe actuel de Héros, mené par Ayaka Sogou, cette Armée du Sud ne s’effondrera pas aussi facilement.
Effectivement, Sogou était plus puissante que je ne l’avais imaginé.
Il y avait également cette arme argentée capable de modifier librement sa taille et sa forme.
Elle avait même réussi à abattre ce Confident.
L’expérience qu’elle avait dû obtenir grâce à cette victoire devait être considérable.
Avec cette Sogou à leurs côtés, je pense qu’ils pourraient affronter n’importe qui à l’exception du Grand Empereur Démon.
L’Armée du Sud ne s’était pas non plus effondrée.
Il leur restait encore du temps pour se remettre sur pied...
du moins, c’était l’avis de la Princesse.
Le Grand Empereur Démon, qui constituait leur principale source d’inquiétude, se trouvait actuellement du côté de l’Armée de l’Est.
Pour l’instant, l’Armée du Sud ne courait donc probablement aucun danger immédiat.
La Princesse commença à donner ses instructions.
— Dans ce cas, si vous souhaitez que certaines choses soient faites immédiatement, je vais m’en charger sans attendre... Dorothy, va chercher Machia, s’il te plaît.
L’une des Chevalières Saintes ayant reçu ses instructions quitta le camp.
Quelque temps plus tard, une Chevalière Sainte de petite taille entra en compagnie de celle qui venait de sortir.
C’était une chevalière portant une tenue étrangement ornée de froufrous.
Comment dire...
Cela me rappelait les Gothic Lolitas de mon ancien monde.
Elle avait de longs cheveux noirs et des yeux rouges.
Elle était beaucoup plus petite que les autres.
Cependant, je ne pensais pas qu’il s’agissait d’une enfant.
— Voici Machia Renaufia. Elle est l’actuelle commandante des Chevaliers Saints et la fille du Marquis Renaufia. Elle était autrefois vice-commandante, mais après le départ de Seras, elle a été promue au poste de commandante.
(N/T : マキア・ルノーフィア / Makia Runoufia.)
— J’ai peut-être l’air de ça, mais je suis plus âgée que Seras-sama.
— Fufun.
L’actuelle commandante bomba fièrement la poitrine.
Seras sourit avec embarras.
— À cause de son apparence adorable, elle est souvent mal comprise, mais Machia est une excellente Chevalière Sainte. Elle fait également partie des rares personnes de ce continent capables d’utiliser les Sorts d’Incantation...
— Seras-sama.
Machia ferma un œil et pointa son pouce vers l’extérieur du camp.
— Comme vous l’aviez ordonné, nous avons terminé de récupérer les débris de votre véhicule.
Je regardai Seras.
Elle s’inclina légèrement.
— Je me suis dit que Monseigneur ne voudrait certainement pas laisser ce char sans surveillance... En prévision de cela, j’ai demandé aux Chevaliers Saints d’en récupérer les débris. Seuls les Chevaliers Saints ont participé à l’opération de récupération... et je peux garantir qu’ils n’en parleront à personne.
Faire tout notre possible pour effacer les traces de l’Escadron du Seigneur des Mouches.
Évidemment, je n’avais pas non plus l’intention d’abandonner les débris du Char Magique.
La récupération des restes de ce Char Magique faisait déjà partie des demandes que je comptais adresser à la Princesse...
Mais il semblerait que mon excellente adjointe ait déjà pris les devants.
— Merci pour ta décision rapide et ton initiative, Seras.
Seras inclina de nouveau élégamment la tête.
— Je suis honorée par vos compliments.
— Dans ce cas, Seras. Tu vas continuer à agir à nos côtés en tant que membre de l’Escadron du Seigneur des Mouches... Cela te convient-il ?
— Je n’éprouve aucune hésitation quant à mon choix.
Seras répondit sans la moindre ombre dans son expression.
— Car c’est également ce que je désire.
— Dans ce cas... tu devrais peut-être aller accomplir ton autre objectif.
L’autre raison pour laquelle Seras était venue jusqu’ici.
Faire correctement ses adieux à la Princesse...
à Cattleya Stramius.
Au passage, si elle n’avait pas révélé sa véritable identité, elle avait prévu de trouver un moment où elle pourrait être seule avec la Princesse, puis de lui révéler secrètement qui elle était réellement.
— ...Princesse.
Seras se tourna vers la Princesse.
— Avant que votre réunion ne commence... pourrais-je vous demander un peu de votre temps ?
— Oui. Bien sûr, Seras.
Sa réponse tarda légèrement, mais les yeux de la Princesse s’adoucirent lorsqu’elle prononça ces mots.
C’était la première fois aujourd’hui que je voyais cette expression sur son visage.
Peut-être était-ce là le véritable visage de la Princesse.
— Si j’avais davantage de temps, j’aimerais vraiment rester éveillée à discuter avec vous jusqu’au lever du jour.
Des larmes apparurent au coin des yeux de Seras.
— ...Princesse.
Je tournai le dos aux deux femmes.
— Nous allons sortir. Prenez votre temps.
Laissant ces mots derrière moi, je quittai le camp.
Les Chevalières Saintes, Machia comprise, sortirent également avec moi.
J’imagine qu’elles voulaient elles aussi laisser ces deux-là seules pour le moment.
Lorsque je sortis, la nuit était déjà complètement tombée.
De nombreux feux de camp avaient été allumés à l’intérieur et autour des différents campements.
Alors que je m’éloignais de la tente, l’actuelle commandante des Chevaliers Saints m’interpella.
— Y a-t-il une raison pour laquelle vous ne pouvez pas révéler votre identité ?
Je cachais mon visage et modifiais ma voix.
Il était naturel qu’ils se posent la question.
— Oui. J’ai mes raisons.
Je ne possédais pas la capacité de transformation dont disposaient Seras et Eve.
Et actuellement, je ne voulais surtout pas que les membres de la 2-C découvrent que j’étais Mimori Touka.
Je pouvais essayer de les tromper en jouant la comédie, mais dès que je montrerais mon visage, il n’y aurait plus rien à dissimuler.
— Cela vous dérange-t-il si je vous pose quelques questions sur vos origines ?
— ...Je ne peux pas vous promettre que j’y répondrai.
— Êtes-vous... humain ?
— Je vois... Vous pensez que je cache mon identité parce que je suis un Demi-Humain ?
— Ce n’est pas ça. Vous savez, Seras-sama est une Haute Elfe, n’est-ce pas ?
— ?
Je ne comprenais absolument pas où elle voulait en venir ni ce qu’elle essayait d’insinuer.
L’actuelle commandante des Chevaliers Saints soupira.
— Vous savez qu’il est difficile pour un humain et une Haute Elfe d’avoir des enfants ensemble, n’est-ce pas ? Si vous êtes humain, vous allez avoir du mal... C’est ce que je me disais.
— ................
Elle réfléchit vraiment à des choses dont elle n’a absolument pas besoin de se préoccuper.
— Enfin, je sais au moins que vous n’êtes pas un mauvais homme.
— Hoh ? Vous êtes capable de déterminer cela en si peu de temps ?
— Fuuunnn...
Machia détourna le regard.
— Depuis que nous avons quitté la tente, vous essayez d’adapter votre pas au mien.
Machia était petite et menue, il y avait donc une différence assez importante entre la longueur de nos foulées.
Par conséquent, j’avais forcément dû ralentir ma marche, sinon elle n’aurait pas pu me suivre simplement en marchant.
Levant les yeux vers moi, Machia pinça adorablement les lèvres.
— Je voudrais également vous remercier. Je ne pensais pas pouvoir revoir Seras-sama un jour.
— Seras était vraiment appréciée, n’est-ce pas ?
— C’est la personne que nous, les Chevaliers Saints, avons toujours admirée. Elle est forte, belle, élégante et gentille... Cependant, j’ai l’impression que Seras-sama a légèrement changé maintenant.
— Vous trouvez ?
— J’ai l’impression que son visage exprime davantage ses émotions qu’autrefois. Avant, elle était beaucoup moins expressive et dégageait constamment une atmosphère solennelle. J’imagine que c’est aussi pour cela qu’elle semblait entourée d’une certaine aura divine.
Machia s’arrêta.
Son regard descendit vers la pointe de ses chaussures.
— Concernant Seras-sama... Puis-je vous la confier ?
— Je n’ai au moins aucune intention de lui manquer de respect. Après tout, elle est très importante pour moi.
Avec une expression digne, Machia écarta les cheveux qui tombaient sur sa joue.
— J’en serais heureuse.
Les deux autres Chevalières Saintes étaient déjà parties, mais Machia continuait à me suivre.
Elle faisait probablement aussi office de surveillante.
Puis...
— Vous êtes enfin revenu, Monseigneur.
Eve, qui se tenait à une certaine distance du camp, s’approcha de nous.
Slei était également avec elle.
Il semblerait qu’un Chevalier Saint l’avait déjà informée concernant les débris du Char Magique.
— Et Astaria ?
— Pour l’instant, elle passe un peu de temps avec la Princesse Cattleya avant notre départ.
— Fumu... Je vois. Au fait, Monseigneur, pourquoi avez-vous cette petite enfant avec vous ?
Les sourcils de Machia se froncèrent et une veine palpita sur sa tempe.
— C’est l’actuelle commandante des Chevaliers Saints de Neia, Machia Renaufia...
— Mhmm, toutes mes excuses. Umu... On dirait que tu es une enfant particulièrement compétente, hein ?
— Quelle impolitesse ! J’ai peut-être l’air de ça, mais je suis plus âgée que Seras-sama !
— U-Umu... Je vous présente de nouveau mes excuses. Mon nom est Astarva. Je suis le Deuxième Serment ayant juré son épée à Monseigneur Belzegia.
Eve me jeta un coup d’œil en prononçant ces mots.
— C’est bien comme ça que je dois vous appeler, n’est-ce pas ?
Je lui répondis d’un hochement de tête.
Astarva était le pseudonyme d’Eve.
J’avais également emprunté ce nom à la légende du Roi des Mouches.
— Tout comme votre seigneur, êtes-vous quelqu’un qui ne peut pas révéler sa véritable identité ? Puisque Seras-sama fait partie de votre groupe... Ne me dites pas que vous êtes en réalité Eve Speed, dont on raconte qu’elle a disparu quelque part dans la Zone Démoniaque ?
— M-Mhmm !?
Eve eut l’air troublée par la supposition lancée au hasard par Machia.
...Non, tu ne peux pas réagir comme ça.
La réaction d’Eve donnait vraiment l’impression que Machia avait tapé dans le mille.
Ou plutôt, Machia...
— Hein ? Je disais ça complètement au hasard, mais ne me dites pas que j’ai vraiment deviné... ?
...avait exactement cette réaction.
— Astarva.
— Q-Qu’y a-t-il, Monseigneur ?
— C’est assez inattendu. Mais pourquoi ne retirerais-tu pas ton masque pour leur montrer ton visage ?
— Quoi ?
L’instant suivant...
Eve sembla comprendre ce que j’avais en tête.
C’est ça.
Elle avait actuellement son apparence humaine.
Si elle continuait à agir de manière aussi suspecte, autant retirer directement son masque.
Leur montrer non pas son apparence d’homme-léopard...
mais « ce visage ».
Eve retira son masque.
Je regardai Eve tandis que ses deux couettes oscillaient de chaque côté de son visage.
— ...Avec cette apparence, j’imagine que vous n’êtes vraiment pas cette femme homme-léopard.
Machia poussa un profond soupir.
Il semblerait que tous ses soupçons aient complètement disparu.
Je m’adressai à Machia.
— Si j’avais pu recruter cette célèbre Eve Speed, j’aurais vraiment aimé le faire, mais...
Alors qu’en réalité, elle se trouvait juste à côté de nous en tant que membre de notre groupe.
Semblant soulagée, les yeux félins et les joues d’Eve se détendirent.
— Fuuuuu... Comme prévu, c’est bien plus confortable sans ça... Hmm ?
Alors que les soldats allaient et venaient entre les différents rangs, ils s’arrêtèrent soudainement.
Tout le monde regardait Eve.
Eve commença à regarder autour d’elle avec agitation, visiblement perplexe.
— Q-Qu’est-ce qui se passe... ?
Tous fixaient Eve avec fascination.
Au début, ils étaient probablement simplement curieux de voir le visage d’un Chevalier-Mouche retirant son masque.
Cependant, lorsque son véritable visage était apparu sous le masque, leur curiosité semblait s’être transformée en tout autre chose.
— Monseigneur.
— Hmm ?
— Leur réaction est vraiment étrange... Est-ce qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez moi actuellement ?
— Ils sont probablement simplement curieux à ton sujet.
— Hmm~ ?
Eve pencha la tête comme une enfant.
— Je ne comprends pas vraiment.
— Je ne pense pas que tu aies besoin de le comprendre pour l’instant.
— Fumu... Compris.
Elle semblait satisfaite de cette explication pour le moment.
— Dans ce cas... Monseigneur, qu’allons-nous faire...
C’est alors que...
— Machia-sama.
L’un des soldats arriva vers nous au petit trot.
— Qu’y a-t-il ?
— Eh bien...
Le soldat jeta un regard vers Eve et moi.
— Ayaka Sogou-dono est venue vous voir, Belzegia-dono.