Chapitre 188
Chapitre 188 – L’existence au-delà des limites
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Katchak.
Je retirai la Gemme d’Amplification de la Voix de mon masque et la jetai dans un petit récipient hermétique.
Je plaçai ensuite le récipient contenant la Gemme d’Amplification de la Voix dans une pochette dont je nouai l’ouverture.
Ainsi, ma voix ne serait plus amplifiée, même s’il restait encore un peu d’énergie magique dans la gemme.
À partir de maintenant, nous parlerions à un volume normal.
Au passage, ce récipient hermétique était une version légèrement modifiée d’une boîte alimentaire moderne qui avait été transférée par mon sac en cuir magique.
— J’aimerais pouvoir dire qu’on est arrivés à temps... mais...
Je regardai l’un des tourbillons du champ de bataille.
— Pour l’instant, on dirait que le drapeau militaire du Saint Royaume de Neia n’est pas encore tombé.
Jusqu’à il y a quelques instants, nous avions foncé comme des fous à travers la Zone Démoniaque.
Alors que les bruits de bataille devenaient de plus en plus forts à nos oreilles...
cela s’était produit.
Un cri ressemblant fortement au Kuchiyose avait de nouveau fait trembler l’immense forêt remplie de monstres.
Un nouveau tsunami de monstres aux Yeux Dorés avait commencé à déferler sur la région.
L’ampleur de cette vague dépassait largement celle de la précédente.
Les groupes de ruines souterraines dans lesquelles les monstres s’étaient autrefois réfugiés.
Cette fois, le « Kuchiyose » avait probablement atteint des profondeurs encore plus grandes.
Même ceux qui vivaient dans les profondeurs avaient fini par sortir.
À partir de ce moment-là, il nous était devenu impossible de regretter quoi que ce soit que nous devions sacrifier.
Et maintenant...
nous avions réussi à traverser la ruée des monstres et à arriver jusqu’ici.
Huit sabots.
Quatre roues.
Le martèlement violent qui frappait le sol.
Je regardai derrière moi, en direction de la Zone Démoniaque que nous venions de traverser.
— Au final, on a presque épuisé toutes les armes qu’Erika nous avait prêtées...
Cependant, nous n’avions aucune raison d’hésiter à les utiliser.
Il n’y avait qu’une seule direction vers laquelle ces monstres se dirigeaient.
Ils allaient vers le nord...
vers le Château Blanc Anti-Démon.
L’endroit où la Princesse de Neia se trouvait probablement encore.
Les monstres aux Yeux Dorés surgissaient de toutes les directions.
Si nous pouvions les détruire avant qu’ils n’atteignent leur destination, nous réduirions la menace pesant sur la Princesse.
Puisqu’il fallait de toute façon les tuer...
autant les tuer lorsqu’ils se trouvaient à ma portée.
Cependant, la quantité de monstres qui avait déferlé sur nous dépassait tout ce que j’avais imaginé.
Nous avions presque épuisé toutes les armes fabriquées par la Sorcière, mais je n’avais toujours pas réussi à les anéantir complètement.
Et donc, au bout du compte...
j’avais dû utiliser mon « atout ».
— L’Armée Finale.
À l’origine, il s’agissait d’une petite gemme gravée d’un sceau et placée dans une sacoche.
Mais lorsqu’on y injectait une certaine quantité d’énergie magique, la gemme « retrouvait » sa forme de golem.
— C’est l’atout d’Erika contre ces monstres aux Yeux Dorés. Je l’ai construit entièrement à partir de zéro, tu sais ? Des golems de combat super-compressés dorment à l’intérieur. Voyons voir... Je me demande combien de golems j’ai réussi à entasser là-dedans ? Ces golems ne réagissent qu’aux monstres aux Yeux Dorés et n’attaquent qu’eux, donc ils ne s’en prennent pas aux autres créatures.
Voilà ce qu’Erika m’avait expliqué.
— Tu ne vas quand même pas sous-estimer cette Erika Anarveil, pas vrai ? Ça fait longtemps que je me prépare à l’éventualité où le Grand Empereur Démon attaquerait cet endroit.
— Cependant... avait ajouté Erika.
— “Annuler” la compression de cette gemme nécessite une quantité phénoménale d’énergie magique. C’est pourquoi, à l’origine, j’avais prévu de l’utiliser dans un endroit comme celui-ci, où j’ai accumulé une immense quantité d’énergie magique produite par l’Arbre Sacré. Cependant... avec la quantité d’énergie magique que tu es capable de produire, il y a une chance que tu puisses toi-même la “restaurer”.
Ouais...
j’avais bel et bien réussi à la « restaurer ».
...C’est juste que, désolé.
Maintenant, je ne pourrai plus lui rendre l’atout qu’elle m’avait prêté.
Elle m’avait expliqué que la durée d’activité de ces golems était limitée.
Sortant ma montre à gousset, je vérifiai le temps qu’il leur restait.
— ................
J’imagine qu’il va falloir terminer cette bataille aussi vite que possible.
À présent, la moitié des golems devait retenir les monstres dans la zone située à l’extérieur de la Zone Démoniaque.
L’autre moitié nous avait suivis au-delà du château jusqu’à ce champ de bataille.
Les uns après les autres, les groupes de golems qui nous avaient suivis commencèrent à se disperser.
Les golems foncèrent directement sur le champ de bataille où humains et démons s’affrontaient.
Au début, les soldats du camp humain attaquèrent eux aussi les golems.
La bataille se transforma en mêlée générale.
On ne pouvait pas vraiment leur reprocher de penser qu’il s’agissait de renforts ennemis.
Cependant, les golems ne ripostaient absolument pas.
Même lorsqu’on les attaquait, ils semblaient n’en avoir rien à faire.
Les golems continuaient simplement à massacrer les monstres aux Yeux Dorés.
Les humains finirent alors par comprendre que les golems ne visaient que les monstres.
...Peu à peu, un front commun commença à prendre forme.
— Bon...
Je contemplai le champ de bataille déchaîné.
— C’est assez différent de notre plan initial... Enfin, peu importe tant qu’on arrive à atteindre notre objectif.
Nous prêterions notre force à la Princesse Cattleya et l’aiderions si elle en avait besoin.
J’étendis les tentacules de Pigimaru vers un cheval de guerre qui avait perdu son cavalier.
— Pigii !
Pigimaru subissait encore les contrecoups de la technique combinée que nous avions utilisée dans la Zone Démoniaque.
C’est pourquoi nous ne pouvions pas utiliser notre technique combinée pour le moment.
Cependant, il avait suffisamment récupéré pour pouvoir jouer le rôle d’un câble.
J’attirai le cheval vers nous pour l’empêcher de trop s’éloigner.
— Seras.
J’appelai Seras, qui avait pris l’apparence du Chevalier-Mouche.
— Tu devrais rejoindre la Princesse. Après ça... tu agiras seule pendant quelque temps.
— Bien compris.
Seras, dont le masque était lui aussi équipé d’une Gemme d’Altération de la Voix, m’interrogea d’une voix déformée.
— Euh, Touka-dono...
— De mon côté... j’aimerais que cette bataille se termine rapidement, si possible.
Je dirigeai mon regard vers un certain endroit.
— Comme je te l’ai déjà dit, il y a encore quelqu’un dont je ferais mieux de m’occuper en priorité.
— Dans ce cas, je pense que je devrais d’abord vous aider...
— Même si on règle mon affaire plus vite, tout cela ne servira à rien si cette Princesse meurt. ...Juste pour aujourd’hui, redeviens la Princesse Chevalière de Neia et sers correctement ton ancienne maîtresse.
Seras resta silencieuse un instant avant de répondre.
— ...Oui.
Seras bondit sur la selle du cheval, son manteau noir flottant derrière elle.
Elle s’installa doucement sur sa monture.
Apparemment, la puissance de l’Esprit du Vent avait amorti l’impact de sa chute.
— Je prendrai la responsabilité de protéger notre seigneur.
Depuis sa monture, Seras leva les yeux vers Eve, qui avait elle aussi l’apparence d’un Chevalier-Mouche.
— Je suis rassurée que vous soyez là. Je vous confie Touka-dono.
Eve, qui avait déjà repris sa forme humaine, hocha la tête.
— Umu, ne t’inquiète pas et vas-y.
Seras quitta le Char Magique et galopa en direction du drapeau de Neia.
Eve détourna son regard de Seras, qui s’éloignait de nous.
— Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
Une armée de Soldats Ogres nous attendait droit devant notre char.
Au milieu de leur armée, je vis une sorte de sanctuaire portatif absurdement gigantesque qui se démarquait immédiatement.
Devant ce sanctuaire portatif...
une immense bête violette bipède se tenait fièrement.
Les bras croisés, elle nous observait.
— On va tuer celui-là.
— ...Je comprends. Celui-là est bien plus intimidant que les Soldats Ogres et les monstres qui l’entourent.
— En regardant rapidement autour de nous... Il y en a deux qui ont vraiment l’air dangereux. Ce sont probablement les démons de haut rang dont Erika nous a parlé... Je crois qu’elle les appelait des Confidents ? Celui-là ne ressemble pas à un monstre à Visage Humain.
— Cet être prétentieux... serait le commandant de l’armée du Grand Empereur Démon présente ici ?
— Probablement. Et dans une bataille de groupe, lorsque la tête tombe, les autres suivent généralement. Surtout que, d’après ce que j’ai entendu, les Confidents possèdent une forte concentration de Miasme du Tyran, ce qui influence considérablement le champ de bataille.
Pour être plus précis, ces Confidents étaient eux aussi une sorte de monstre...
Leurs Points d’Expérience promettaient d’être intéressants.
Même s’il s’agissait de Confidents, ils finiraient tôt ou tard par devenir du fourrage pour les types de la 2-C.
Derrière mon masque, mes lèvres s’étirèrent naturellement en un sourire.
Dans ce cas, ce fourrage...
Pour l’avenir, pourquoi ne pas en faire un sacrifice pour le Seigneur des Mouches ?
Dans ce cas...
— J’ai encore plus de mal à trouver une raison de ne pas t’écraser ici.
Seulement...
— On dirait que quelqu’un s’occupe déjà de ce démon aux cornes en forme de 6, là-bas... À en juger par ses mouvements, il semble blessé, mais...
Malgré cela, cette personne avait toujours du mal à prendre l’avantage sur le monstre.
Cependant...
C’est quoi, ça ?
La personne qui affrontait ce démon aux cornes en forme de 6...
Il y avait quelque chose d’étrange avec son arme.
Son immense lame était clairement visible même depuis notre position.
...Non, peu importe comment on la regardait, elle était beaucoup trop grande.
Ce n’était clairement pas une taille adaptée à son utilisateur.
Pourtant, celui-ci semblait capable de la manier sans aucune difficulté...
Soit c’était une montagne de muscles absurdement puissante...
soit il tenait une arme spéciale dépourvue de poids.
— ................
Attends.
Cette personne arrive à bouger autant alors qu’elle se trouve près d’un Confident...
Je suppose que je ne me tromperai pas en pensant qu’il s’agit d’un Héros venu d’un Autre Monde.
Cependant...
— ................
— Touka, qu’est-ce qu’il y a ?
— C’est...
C’est Sogou... ?
Une Héroïne de la 2-C.
Même si nous avions failli nous croiser dans la Zone Démoniaque...
c’était la première fois que je voyais en personne un élève de la 2-C depuis que j’avais été éliminé.
— Je n’ai obtenu aucune information sur les Héros, à part le départ de Vysis et Kirihara...
Je vois.
Alors Sogou est ici.
Dans ce cas...
j’imagine qu’il est logique que mon groupe s’unisse au leur.
Les seuls obstacles possibles seraient...
Oyamada, Yasu, Ikusaba et les larbins de Kirihara.
Pour l’instant, je ne les voyais nulle part.
Enfin, je doute qu’ils puissent se permettre de me mettre des bâtons dans les roues dans une situation pareille.
S’ils osent quand même faire les cons, je réfléchirai à la manière de m’occuper d’eux le moment venu.
Je n’ai pas le temps de me consacrer à cette incertitude maintenant.
...D’après ce que je vois, Sogou parvient plus ou moins à tenir tête au Confident.
Si je ne me trompe pas, c’est une Héroïne de rang S.
Dans ce cas...
— On va d’abord s’occuper de ce démon aux cornes en forme de 8.
— ...Ça me va, mais tu es certain qu’on ne devrait pas soutenir celle qui combat le démon aux cornes en forme de 6 ?
Un sourire souleva le coin de mes lèvres et je reniflai.
— Même si on la soutient, le démon aux cornes en forme de 8 finira de toute façon par venir jusqu’à nous.
Ce démon aux cornes en forme de 8 avait forcément vu le moment où j’avais tué le monstre à Visage Humain composé d’innombrables membres.
Je l’avais tué afin de récupérer mes PM grâce à une montée de niveau, mais...
— J’ai facilement tué ce monstre à Visage Humain grâce à un pouvoir mystérieux, puis j’ai débarqué avec une horde de golems en proclamant que j’allais “piétiner” tous les ennemis présents. S’il est suffisamment intelligent, la première chose qu’il fera sera de s’occuper de nous.
— Tu avais prévu dès le départ d’affronter le général ennemi avec ton atout ?
— Si ma Compétence d’État Anormal fonctionne contre lui, je devrais pouvoir massacrer les hauts gradés du camp des démons. C’est justement ce que je veux vérifier.
— Mais est-ce vraiment prudent ? Tu as aussi prétendu être un ancien membre d’Ashinto. Pourtant, j’avais entendu dire que tu comptais laisser Ashinto “disparu” pour toujours...
— Si les événements s’étaient déroulés comme prévu à l’origine, c’est ce que j’aurais fait. Cependant... maintenant que tout ça est arrivé, on ne peut plus simplement soutenir la Princesse depuis l’ombre puis se glisser parmi les mercenaires qu’ils recruteraient. Un grand nombre de personnes vont forcément être témoins de la puissance de ma Compétence d’État Anormal.
C’est pour cette raison que j’avais choisi de déclarer cette « identité ».
— Si je me présente comme un ancien membre d’Ashinto, je pourrai peut-être faire croire que la véritable nature de ma Compétence d’État Anormal est notre fameuse “sorcellerie”.
Un groupe de sorciers qui avait disparu d’Urza.
Le mystérieux pouvoir de « sorcellerie » qui avait anéanti les Chevaliers du Dragon Noir menés par le « Plus Fort de l’Humanité ».
Leur destruction avait été provoquée par ce pouvoir inconnu, la « sorcellerie ».
C’était ce que les membres d’Ashinto racontaient à tout le monde lorsqu’ils étaient encore en vie.
— Fumu, la véritable nature de cette sorcellerie était en fait un poison spécial... mais nous sommes peut-être les seules à le savoir. Dans ce cas, nous pourrions effectivement nous en sortir en affirmant que nous utilisons le pouvoir de la sorcellerie.
— Vysis finira tôt ou tard par découvrir que je suis toujours vivant. J’ai déjà pris en compte le fait que mon identité finira par être révélée... mais plus elle mettra de temps à me détecter, mieux ce sera. On va essayer de brouiller nos traces aussi longtemps que possible. Alors... on leur fera simplement croire que ma Compétence d’État Anormal est de la “sorcellerie”.
— U-Umu... C’est donc pour ça que tu nous as présentés ainsi.
Injectant mon énergie magique dans la lance magique fabriquée par Erika, je regardai derrière moi.
— ...Bon, vous autres, arrêtez de me suivre et allez attaquer l’ennemi.
Une horde de golems suivait notre Char Magique.
Ou plus précisément...
ils visaient le démon aux cornes en forme de 8 ainsi que les Soldats Ogres qui l’entouraient.
Baissant les yeux, je parlai à Slei, dont la respiration était devenue lourde tandis qu’elle continuait d’avancer.
— Désolé. Tiens encore un peu, Slei.
— Bururururururu !
— Laisse-moi faire, semblait-elle hennir en réponse.
Au passage, j’avais fini par comprendre pourquoi le comportement de Slei était étrange ces derniers temps.
Il semblait qu’elle possédait désormais un peu trop de puissance.
Ou plutôt...
il serait sans doute plus juste de dire qu’elle était déconcertée par la sensation d’être remplie d’une telle puissance.
En y réfléchissant, très peu de temps s’était écoulé depuis la naissance de Slei.
On pouvait encore la considérer comme un bébé, et elle était censée entrer seulement maintenant dans sa « phase » de croissance.
Apparemment, Slei avait encore grandi pendant le temps passé chez Erika.
Son corps s’était également davantage développé.
Son endurance avait elle aussi augmenté.
Si elle avait encore possédé la Force Physique qu’elle avait avant que nous atteignions la demeure de la Sorcière, elle se serait probablement épuisée bien avant maintenant.
— Slei, cette opération aurait été impossible sans toi.
Eve et les golems tuaient les monstres qui grouillaient autour d’eux.
Sans ralentir, le Char Magique poursuivit sa course en ligne droite vers le démon aux cornes en forme de 8.
— On arrive presque à portée.
— Tu peux le faire, pas vrai, Touka ?
— À condition que ma Compétence d’État Anormal fonctionne également sur ce démon aux cornes en forme de 8.
Cependant, je ne pensais pas que cela poserait problème.
J’étais l’un des Héros venus d’un Autre Monde, ces êtres capables d’approcher la Racine de Tout Mal et constituant son contre absolu.
Si les Héros avaient écrasé la Racine de Tout Mal à travers les âges...
il était extrêmement peu probable que cet être possède une capacité annulant les compétences.
— S’il pouvait neutraliser les compétences des Héros, il n’y aurait aucune raison d’invoquer des Héros. Le véritable problème concernant ce démon aux cornes en forme de 8...
Je fixai le démon aux huit cornes.
— ...c’est de savoir quel genre d’être il est.
J’ordonnai à Eve de détacher Slei du Char Magique.
Puis je montai sur Slei et jetai un regard derrière moi.
Derrière moi, alors que le Char Magique était pratiquement sur le point de tomber en morceaux, Eve atterrit au sol sans difficulté.
Eve et moi nous séparâmes temporairement à cet endroit.
Les golems, en revanche, continuaient à me suivre comme auparavant.
Toujours à cheval, j’écartai largement les bras.
— Écoutez-moi, immondes serviteurs du Grand Empereur Démon !
Face au démon aux huit cornes, j’élevai solennellement la voix.
— J’ai autrefois dirigé le groupe de sorciers Ashinto, mais sous mon commandement, celui-ci porte désormais le nom d’Escadron du Seigneur des Mouches ! Maintenant... Tremble de peur, immonde bête violette dont la taille est la seule qualité ! Ou peut-être t’imagines-tu avoir ne serait-ce qu’une infime chance de me vaincre, moi qui ai terrassé le “Plus Fort de l’Humanité” !?
Après ma déclaration tonitruante, il sembla m’avoir entendu.
Le démon aux huit cornes recula d’un pas.
— Ngh... !? B-Bien que tu ne sois qu’un misérable humain... tu oses te moquer de moi, Eingrantz, Premier Serment du Grand Empereur Démon...
...Je pouvais parfaitement l’entendre, mais la voix du Confident était moins forte qu’auparavant.
Il semblerait que, jusqu’à présent, sa voix ait été amplifiée de la même manière que lorsque j’utilisais ma Gemme d’Amplification de la Voix.
La manipulation de la voix faisait-elle partie des capacités de ce Confident ?
Affichant toute mon arrogance, je posai une main sur mon masque et pointai Eingrantz du doigt.
— Je fais partie de la Lignée des Héros, héritier du Héros qui a vaincu la Racine de Tout Mal ! Autrement dit, j’ai hérité du pouvoir d’exterminer les démons... ! Ainsi, même les Confidents sont impuissants face à mon héroïsme ! Même un bâtard comme toi a dû le voir ! La puissance de ma sorcellerie, capable d’abattre d’un seul coup même un monstre à Visage Humain !
— Nuuuhhh... ! Toutes ces moqueries... Impardonnable ! Absolument impardonnable ! Écartez-vous, manants ! Vous êtes libres de tuer à votre guise ! Maintenant, hors de mon chemin !
Le sol trembla lorsqu’Eingrantz se mit en mouvement.
Les rangs des Soldats Ogres s’écartèrent de chaque côté.
Un passage s’ouvrit.
À mon signal, Slei augmenta encore sa vitesse.
Eingrantz s’apprêtait à courir dans ma direction.
À cet instant...
— !
Fwoooosh !
Une gigantesque lance enveloppée d’une foudre pâle passa en trombe à côté de moi.
Eingrantz était sur le point de me charger.
Le démon aux Yeux Dorés remarqua soudain l’anomalie qui s’était produite hors de son champ d’attention.
— Mhmm !?
C’était la lance magique fabriquée par Erika qu’Eve venait de lancer.
Elle fila vers Eingrantz à la vitesse d’un projectile de railgun.
C’est ça.
Toute l’attention d’Eingrantz était concentrée sur moi.
De plus, mes provocations l’avaient mis en colère.
Il ne devait pas être suffisamment calme pour prêter attention aux mouvements d’Eve au loin.
Normalement, c’était ainsi qu’il fallait interpréter la situation, mais...
— Quelle ruse.
Claque !
De son épais bras couvert de fourrure violette, Eingrantz balaya la lance.
La lance se brisa et tomba au sol tandis que son éclat disparaissait.
...Cette lance magique était pourtant extrêmement rapide.
Cependant, Eingrantz avait réagi instantanément et l’avait interceptée.
L’attaque-surprise de la lance magique venait d’être réduite en morceaux.
Puis, à cet instant...
Boum !
Le haut de mon corps s’affaissa.
— ...!?
— Fuunnn...
Eingrantz renifla.
— C’est enfin arrivé.
— !
Je relevai légèrement le visage.
Devant moi se tenait un Eingrantz parfaitement calme et serein.
Il semblait pourtant réellement furieux après mes provocations quelques instants auparavant...
Mais à présent, il dégageait soudainement l’aura d’un guerrier imposant.
Eingrantz me fixait...
Il se trouvait à environ deux cents mètres de moi.
Le Confident violet semblait attendre patiemment.
— Kuh ! Mon corps... !?
— C’est ta défaite, roi d’Ashinto. Tu te trouves déjà...
Renversant complètement la situation, Eingrantz écarta les bras.
— ...dans le domaine de mon Miasme du Tyran.
J’essayai tant bien que mal de redresser mon corps.
Cependant, impossible de me relever.
C’était comme si une force gravitationnelle terrifiante m’avait saisi.
— Depuis le début, tu cherchais à attirer toute mon attention sur toi avec cette déclaration retentissante... Sans oublier tes paroles insolentes destinées à m’irriter et à me faire perdre mon sang-froid. Puis, lorsqu’une ouverture apparaîtrait, tu comptais m’attaquer avec cette lance... Voilà ce que tu avais prévu. Cependant, j’avais percé ton plan à jour depuis longtemps.
Eingrantz brandit son bras droit devant lui.
— Tu n’es pas le seul à savoir combattre avec ton intelligence. Faire semblant de perdre mon sang-froid face à tes provocations n’était qu’une comédie. J’ai même éloigné de moi ces Ogres enragés et frénétiques afin de rendre mon jeu plus crédible... Et j’ai délibérément créé une ouverture pour t’attirer ici, dans le domaine de mon Miasme du Tyran.
Une pression intense ébranla mon esprit, cherchant à troubler ma conscience.
J’avais l’impression que mes sucs gastriques allaient jaillir hors de mon corps.
— Keheeeuukk !
Du vomi jaillit violemment de ma bouche.
Slei...
n’avait toujours pas ralenti.
Parce que les monstres n’étaient pas affectés par le Miasme du Tyran.
Écartant les bras, Eingrantz gronda.
— Même si tu portes en toi la lignée des anciens Héros... Même si tu as vaincu le “Plus Fort de l’Humanité” ! Tant que tu es né dans ce monde, tu n’as aucune chance de me vaincre ! Vous êtes tous impuissants face à mon Miasme du Tyran... ! Car il s’agit d’un don du Tyran lui-même ! À partir de maintenant, je vais te faire savourer le véritable désespoir ! Et je ferai également dévorer ta chair agonisante aux Héros que nous capturerons !
Ses Yeux Dorés palpitants se plissèrent cruellement.
— Pour avoir naïvement sous-estimé mon Miasme du Tyran, je vais te faire regretter cette erreur pendant tout le reste de ta misérable vie.
Je levai les bras.
...J’y étais enfin.
À portée, je veux dire...
— <Paralyse>.
Vingt mètres.
Désolé...
mais celui qui va regretter, ce sera toi.
Crick, crack...
— ...!? Qu’est-ce que... ? Mon bras... Il ne bouge plus... ? Non... Tout mon corps... !?
Ça a marché.
Contre l’armée du Grand Empereur Démon...
même contre un Confident.
— Bon...
Le bras tendu devant moi, je demandai :
— Qu’est-ce que tu disais déjà à propos du Miasme du Tyran ?
Lorsque j’étais « entré » dans la portée de son Miasme du Tyran, je m’étais affaissé vers l’avant.
En voyant cela, Eingrantz avait été convaincu...
qu’il avait gagné.
Si le Miasme du Tyran fonctionnait sur moi, je ne pouvais pas être un Héros venu d’un Autre Monde.
Après avoir vu cela, la moindre trace d’inquiétude avait disparu de son esprit.
Eingrantz avait d’abord voulu m’attirer dans la portée de son Miasme du Tyran.
Par chance, cet humain portant un masque de mouche avait foncé vers lui avec une confiance absolue tout en débitant ses vantardises.
Il pouvait continuer à faire semblant d’être irrité tout en m’attirant dans sa portée...
Et lorsque je comprendrais enfin la puissance de son Miasme du Tyran, il serait déjà trop tard.
Une victoire totale.
Je suis certain que c’était ce qu’Eingrantz pensait.
...Clop, clop...
Je fis arrêter Slei.
— ................
Je me redressai.
— ...!? Impossible ! Même... à l’intérieur de mon Miasme du Tyran... tu ne devrais... absolument pas pouvoir... bouger ainsi ! Non... Ne me dis pas... Tu es... Ne me dis pas que... !?
Il semblerait qu’il ait enfin compris.
Ouais.
— Dommage pour toi, mais c’est exactement ce que tu penses.
Tout cela...
avait pour seul but de le faire entrer dans ma portée.
En me voyant paralysé dès que j’étais entré dans son domaine, il n’avait rien soupçonné.
— Son Miasme du Tyran avait fonctionné.
À cet instant, l’idée que je puisse être un Héros venu d’un Autre Monde avait complètement disparu de son esprit.
En réalité, peu après, Eingrantz avait totalement baissé sa garde.
Eingrantz avait une confiance absolue en son Miasme du Tyran.
Voilà pourquoi il m’avait simplement laissé entrer dans un rayon de vingt mètres sans la moindre vigilance.
Mais évidemment...
la seule chose à laquelle il pensait désormais était la manière dont il allait s’occuper de moi.
Ma comédie, lorsque j’avais fait semblant d’être affecté par son Miasme du Tyran, avait elle aussi été parfaitement exécutée.
On m’avait expliqué à l’avance les symptômes de ceux qui en subissaient les effets.
Après tout, j’avais Seras Ashrain avec moi, quelqu’un possédant de vastes connaissances sur les textes anciens.
Et il y avait également Erika Anarveil, qui avait vécu bien plus longtemps que l’espérance de vie d’un humain.
— C-C’est... impossible... ! Moi...
— ................
J’avais eu de la chance que ma voix ne soit plus amplifiée à ce moment-là.
...Enfin, j’avais déjà prévu une façon de les tromper si jamais une situation pareille se produisait.
Regardant Eingrantz paralysé, je reniflai.
— Tu sais, quand je me suis présenté en vantant mes exploits tout en fonçant droit sur toi... Tu as dû te dire : “Ce type doit vraiment être un idiot”, pas vrai ?
— Guh...
L’apparence pitoyable d’un faible constitue elle aussi un puissant piège permettant de pousser les autres à baisser leur garde.
Cependant...
— Il semblerait que jouer le rôle d’un “imbécile débordant de confiance en lui” puisse également constituer un piège étonnamment intéressant. Surtout... contre quelqu’un qui se croit intelligent.
— Im... per... tinent...
— Et puis, tu as dit que tu faisais semblant d’avoir perdu ton sang-froid à cause de mes provocations... mais tu n’étais pas assez bon acteur pour réussir à te tromper toi-même.
Même lorsque je me trouvais à l’intérieur de la sphère de son Miasme du Tyran, il m’avait lui-même révélé la frontière entre l’intérieur et l’extérieur de sa portée.
— Quelle ruse.
Au moment où il avait commencé à se demander si j’allais réellement entrer dans sa portée ou non, il avait oublié de jouer son rôle et avait simplement laissé échapper ces quelques mots.
Et même juste avant...
— Mhmm !?
Il avait véritablement été surpris par cette lance.
Autrement dit...
— Curieusement, il y avait beaucoup trop de différences de ton dans ton jeu d’acteur.
Il était capable de réfléchir de manière plutôt rationnelle.
Il possédait également une puissance de combat digne d’un Confident.
Cependant, il semblerait que...
— ...j’étais simplement meilleur acteur que toi.