Chapitre 184
Chapitre 184 – L’endroit où se trouve l’espoir
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<PDV de Sogou Ayaka>
— Haaahhh... Haaahhh...
Je me demande combien j’en ai tué.
Après avoir éliminé tous les monstres qui nous barraient la route, les autres et moi nous dirigions désormais vers la porte nord.
(Bane-san...)
Je regardai par-dessus mon épaule, en direction des remparts sud.
À en juger par les bruits étranges que j’entendais au loin, cet endroit devait être rempli de monstres.
Ma compétence innée était peut-être puissante, mais elle possédait tout de même une faiblesse.
Elle était peu efficace face à un trop grand nombre d’ennemis.
Les armes créées par <Silver World> pouvaient changer de taille en fonction de celle de leur cible.
Même si j’avais une épée gigantesque entre les mains, je ne pouvais pas la maintenir constamment à cette taille.
Si mon adversaire suivant était petit, l’arme adaptait sa taille à la sienne.
Autrement dit, elle rétrécissait.
Il arrivait que d’autres monstres à proximité soient pris dans mes attaques pendant que j’abattais un monstre de grande taille.
Cependant, je ne pouvais pas combattre en permanence avec une arme gigantesque.
Dès que le grand monstre mourait, je ne pouvais plus utiliser une arme aussi grande.
De plus, il semblait que plus ces armes innées s’éloignaient de moi, plus elles s’affaiblissaient.
Leur puissance offensive et leur solidité diminuaient.
J’avais essayé de créer une lance et de la lancer sur un monstre, et j’avais découvert que ces armes possédaient une portée limitée.
Dès que la lance lancée atteignait une certaine distance, elle revenait vers moi.
Ensuite, l’arme innée se recombinait avec les autres armes que je tenais.
À l’inverse, les performances offensives de ces armes innées étaient extraordinaires à courte distance, surtout lorsque je les tenais moi-même.
Au corps à corps, je pouvais tuer n’importe quel monstre d’un seul coup.
Aucun monstre ne pouvait résister à leur tranchant ou à leur capacité de perforation.
On pouvait donc dire que cette compétence était spécialement conçue pour le combat rapproché.
Et sans la vitesse que j’avais obtenue après avoir libéré mes limites, je n’aurais jamais pu tuer autant d’ennemis.
Cependant, même si je ne le ressentais pas encore pleinement, la libération de mes limites accumulait indéniablement une lourde charge sur mon corps.
Et même s’il s’agissait d’une compétence innée, je ne pourrais plus l’utiliser une fois mes PM épuisés.
En réalité, mes PM diminuaient rapidement lorsque je l’utilisais.
J’avais donc désactivé ma compétence innée.
Dans cette situation, nous ne pouvions pas envisager de nous diriger vers les remparts sud.
Mon style de combat ne révélait pas toute sa puissance lorsque je devais affronter une immense quantité d’ennemis.
Si nous étions attaqués par encore plus de monstres que ceux que nous venions d’affronter...
(Je ne suis pas certaine de pouvoir protéger tout le monde...)
Dans ce cas, pour l’instant, nous devions d’abord rejoindre les armées des différents royaumes qui devaient se trouver à l’extérieur de la porte nord.
Si une armée affrontait une autre armée, nous avions une chance de l’emporter.
Me mordant la lèvre, je continuai à courir avec les autres.
Mais surtout...
(Peut-être que Bane-san est déjà...)
Comme pour réprimer cette pensée, je fronçai les sourcils.
Non.
N’y pense même pas.
Même si je le savais au fond de moi, je n’avais pas le temps d’y penser maintenant.
C’est alors que...
— C’est... Guira-san !?
Le seigneur du château, Guira Heath, approchait à cheval.
Depuis que le monstre à Visage Humain enragé était descendu du ciel et que le chaos avait éclaté, nous ignorions où il se trouvait.
Je ne voyais aucun de ses gardes, mais il semblait avoir survécu.
Si je me souvenais bien, j’avais entendu dire qu’il appartenait à la Lignée des Héros.
En mettant de côté son mental, il devait tout de même posséder un certain niveau de compétence.
Je courus vers lui.
— Guira-san, vous êtes sain et sauf.
En le regardant de plus près, je vis que Guira maintenait une main sur son ventre.
— Ouais, je ne pensais pas finir blessé comme ça...
Le corps de Guira vacilla.
Boum.
— Ugh.
Il tomba de son cheval.
Plusieurs choses étaient plantées dans son dos.
Peut-être des griffes ou des cornes de monstres.
Et en regardant de plus près, je vis également une blessure à son abdomen.
Ses entrailles...
sortaient de son ventre.
Il était mort.
Non...
Il venait de mourir.
Il était déjà mourant, hein.
Je ne l’avais pas remarqué plus tôt...
— P-Présidente...
Nihei me regardait, le visage livide.
— Kuh... Allons-y, tout le monde...
Je me demandais s’il restait encore d’autres survivants.
Tout en tuant les monstres qui surgissaient derrière les bâtiments, les autres et moi continuâmes vers la porte nord.
Puis...
— Ils se battent... ?
Une bataille se déroulait près de la porte nord.
Les humains semblaient être repoussés, mais leur formation défensive parvenait encore à tenir face aux ennemis.
— Tout le monde, allons les aider !
Répondant à mon appel, Nihei et les autres me suivirent tandis que je courais.
Ensemble, nous nous jetâmes dans la bataille.
Certains monstres se retrouvèrent pris en tenaille.
Grâce à cela, nous réussîmes à repousser les monstres presque sans subir de dégâts et rejoignîmes le groupe qui maintenait la formation défensive.
— Présidente... ?
— Murota-san ! Tu es saine et sauve !
Ceux qui se battaient ici étaient les soldats survivants et le groupe de Kirihara.
Je donnai rapidement mes instructions et demandai à Kayako et aux autres d’adopter une formation défensive.
— Suou-san, Nihei-kun, je vous laisse cet endroit ! Je vais aider les autres soldats !
<Silver World>...
Activation.
Je rejoignis le groupe qui combattait encore les monstres.
Dès mon entrée dans la bataille, la situation changea complètement.
Ainsi, la majorité des monstres rassemblés près de la porte nord furent balayés.
Tournant le dos aux soldats stupéfaits, je retournai auprès de Murota.
Murota Erii, qui faisait office de cheffe du groupe de Kirihara après Oyamada, me regarda avec stupéfaction.
— Tu es... bien la Présidente, pas vrai... ?
— Hein ? O-Oui, bien sûr...
— Non, j’aurais dû m’en douter... Après tout, c’est la Présidente... C’est juste que j’ai l’impression que tu as complètement changé...
Je suis tout de même soulagée.
— Quoi qu’il en soit, je suis contente que tout le monde aille bien...
Murota se tut.
— Murota-san ?
— Tu te trompes... Ikumi est morte.
— Hein ? Kariya-san... ?
(Maintenant qu’elle le dit...)
En regardant attentivement autour de moi, je ne voyais Kariya Ikumi nulle part.
Elle faisait elle aussi partie du groupe de Kirihara.
Se recroquevillant sur elle-même, Murota serra les dents.
— I-Ikumi... Pendant qu’on s’enfuyait, on l’a vue se faire dévorer par un monstre... On voulait l’aider, mais on a eu tellement peur qu’on s’est enfuis... On l’a abandonnée et on s’est enfuis...
— Non...
La quatrième personne de notre classe venait de mourir.
Un léger sourire apparut sur les lèvres de Murota.
Cependant, ses yeux étaient aussi sombres et vides qu’une grotte sans fond.
— Iku... Ikumi... Même quand la moitié de son visage avait déjà été dévorée... je voyais encore sa bouche bouger... J’avais l’impression qu’elle disait : “Sauvez-moi”... Haha... C’est quoi ce bordel... Tout ça, c’est juste un mauvais rêve, pas vrai ?
Du sang coula de ma lèvre lorsque je la mordis.
Saisissant Murota par les deux épaules, j’essayai de contenir le désespoir qui l’envahissait.
— Tiens bon, Murota-san. Nous avons besoin de la force du groupe de Kirihara-kun, qui compte plusieurs Héros de rang B. S’il te plaît, prête-moi ta force.
— ...Hein ? Mais... Où est Shougo ? J’ai cru l’entendre hurler après que ce monstre constitué de plein de membres soit tombé du ciel...
— O-Oyamada-kun...
Le visage amer, je lui expliquai ce qui s’était passé.
— Ha, haha... C’est quoi ce bordel ? Shougo et Yasu... ils sont morts ? Le Tueur de Dragons et les autres membres des Quatre Saints Vénérés sont tous morts ? Sérieusement, c’est quoi ce bordel... C’est vraiment drôle...
Pourtant, son « C’est vraiment drôle » était complètement dépourvu de vie.
— N-Nous ne savons pas encore s’ils sont tous les deux morts ! Même Bane-san et White-san...
Je ne les avais pas vus mourir.
Je ne pouvais donc pas affirmer qu’ils étaient morts.
— Ils sont peut-être encore en vie ! Après tout, Murota-san, toi aussi tu as survécu et tu es arrivée jusqu’ici !
— ...On n’a survécu que grâce à Agito-san.
— Agito-san ? Maintenant que tu le dis, Agito-san...
Je le cherchai du regard.
Cependant, je ne le trouvai nulle part.
— Il a pris plusieurs cavaliers avec lui pour abattre ce monstre fait de membres... Je ne sais pas où ils sont maintenant. Enfin... C’est parce qu’Agito-san nous a protégés qu’on a réussi à arriver jusqu’ici...
(Alors... Cette Magie Offensive qui a attiré le monstre à Visage Humain ayant dévoré Abyss-san, celui qui se bat au loin depuis tout à l’heure...)
C’était donc Agito Angoon.
Il semblait avoir utilisé son propre corps comme appât afin d’éloigner le monstre à Visage Humain enragé.
— Je ne sais pas si Agito-san est encore vivant... Je me demandais... Si c’est ici qu’on doit mourir, Présidente... J’ai l’impression que tous ces combats n’ont servi à rien...
— Dis-moi, pourquoi...
— ?
— Pourquoi vous ne sortez pas par la porte nord ?
Une fois dehors, ils devraient pouvoir rejoindre les armées des différents royaumes qui campaient dans les environs.
Sans aucune énergie dans la voix, Murota désigna la porte nord avec son pouce.
À cet instant...
Boum !
La porte trembla violemment vers l’intérieur dans un grincement assourdissant.
D’après elle, quelque chose à l’extérieur essayait de défoncer la porte avec un bélier ou quelque chose de similaire.
En tendant l’oreille, j’entendis les puissants rugissements des monstres derrière la porte.
— Voilà pourquoi... Il y a aussi des monstres à l’extérieur de la porte...
— Hein ? Mais ces gens devraient être dehors...
Les armées des différents royaumes devaient s’y trouver.
— J’en sais rien... Ils sont peut-être morts, non ?
Non.
Ce n’était pas ça.
Ils n’étaient pas encore tombés.
En écoutant attentivement, je pouvais entendre leurs voix de l’autre côté de la porte, au-delà des remparts.
Cela semblait toutefois assez éloigné de la porte nord...
Oui.
C’étaient bien les bruits d’une bataille.
Il y avait certainement un grand nombre de monstres près de la porte nord.
Cependant, des humains continuaient de se battre à l’extérieur.
Je regardai la porte nord.
— ................
Si nous pouvions anéantir la horde rassemblée derrière cette porte...
Si nous pouvions réussir à percer leurs rangs...
Nous pourrions les rejoindre.
Je serrai fermement mes mains couvertes de sueur.
Ou plutôt, si nous ouvrions nous-mêmes les portes depuis l’intérieur et prenions l’initiative de lancer une attaque surprise pour percer leur horde...
— Présidente.
Murota parla d’une voix sans vie.
— ...Je pense que c’est déjà fini.
Les yeux vides de Murota étaient tournés dans la direction opposée à la porte nord.
Puis Moe prit la parole.
— Ayaka-chan... “Ça”, c’est... euh, les monstres à Visage Humain...
Je me retournai.
Quelque chose approchait depuis la direction des remparts sud.
— Miyooonnn... Miyoooonnn... Miyoooonnn...
— Baaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiii !
— Nyaaaaiiiiiii... Nyaaaaaaaiiiiiiiii !
Trois monstres à Visage Humain.
— Ah...
Le monstre à Visage Humain sphérique, dont le corps était formé de torses humanoïdes, avait l’immense épée du Tueur de Dragons plantée dans le corps.
La tête du monstre à Visage Humain quadrupède à l’énorme crâne avait été écrasée et déformée.
Le troisième monstre à Visage Humain, celui qui était apparu derrière les deux autres, avait perdu ses jambes et rampait à une vitesse terrifiante en utilisant uniquement ses deux bras.
— Bane-san...
Les traces de son combat acharné contre ces trois monstres.
Banewolf avait donc bel et bien lutté contre les trois monstres à Visage Humain.
Il devait déjà être prêt à mourir lorsqu’il les avait affrontés.
Cependant, si ces trois-là avaient quitté les remparts sud et se dirigeaient maintenant vers nous...
— ................
Le monstre à Visage Humain dans lequel était plantée l’immense épée se mit en mouvement.
Au même instant, le monstre sphérique recouvert de torses humains projeta quelque chose dans notre direction.
— Miyooooonnnnn... Miyoooooonnnnnn...
Une grande quantité d’objets sphériques vola vers nous.
Ceux qui possédaient des boucliers ou des Compétences de Défense tentèrent de se protéger des objets qui tombaient du ciel.
Cependant, ces « choses » n’avaient en réalité presque aucune puissance offensive.
L’un des Héros poussa un bref cri.
Parce que ce que le monstre à Visage Humain venait de nous lancer...
étaient des têtes humaines.
En remarquant « quelque chose » parmi les têtes éparpillées au sol, je serrai les dents et mon visage se déforma.
— White-san...
La deuxième sœur des Quatre Saints Vénérés, White Angoon, se trouvait parmi elles.
Sa tête n’avait plus d’yeux.
Je laissai échapper un léger soupir.
Puis...
— Murota-san.
— Présidente ?
— Si tu veux abandonner...
Une lance à la main, je commençai à avancer.
— Fais-le après ma mort.
Kayako déglutit.
— Sogou-san, ne me dis pas que...
— Tout le monde, restez ici et maintenez vos défenses. Je vais m’occuper de ces trois-là.
Fixant le sud d’un regard glacial, je sentis une larme couler le long de ma joue.
C’était grâce à eux que nous avions pu arriver jusqu’ici.
C’était grâce à eux que tout le monde avait réussi à s’échapper.
— Ce chemin que vous avez ouvert pour moi... Je ne le laisserai pas être gâché.
Une nouvelle fois...
je libérai les limites de mon corps.
Même si ces choses étaient blessées, j’allais tout de même devoir affronter des monstres à Visage Humain.
— <Silver World>.
Cependant...
(Je ne vais absolument pas...)
abandonner avant la fin.
Dans chacune de mes mains, je créai une épée innée.
Lorsque tous ces combats seraient terminés, peu m’importait si mon corps finissait brisé.
Pour l’instant, je devais le montrer à tout le monde.
Oui...
— Il reste encore de l’espoir ici.
Les deux épées prêtes entre mes mains, moi, Sogou Ayaka, frappai puissamment le sol de mes pieds et m’élançai.
▽
Des hurlements résonnaient tout autour.
— Et voilà le dernier.
J’enfonçai ma lame vers le bas.
D’une voix glaciale, je prononçai le nom de la technique qui équivalait désormais à leur condamnation à mort.
— <Inner Bomb>.
Une explosion éclata depuis l’intérieur du monstre à Visage Humain.
Sa chair explosa et des morceaux furent violemment projetés dans les airs avant de retomber au sol.
Le monstre à Visage Humain s’effondra.
Seule sa tête avait plus ou moins conservé sa forme originelle.
De sa grande bouche, dont la langue pendait à l’extérieur, s’écoulait le sang bleu caractéristique des monstres à Visage Humain.
Derrière cette tête se trouvaient les deux cadavres qui étaient tombés les premiers, renversés sur le sol.
Les deux monstres à Visage Humain morts précédemment ne ressemblaient eux non plus presque plus à ce qu’ils étaient auparavant.
— Trois monstres à Visage Humain... Elle les a affrontés toute seule... C’est impossible...
L’un des soldats murmura cela en tremblant.
— C-C’est quoi cette vitesse... ? Et cette façon de combattre avec toutes ces armes qu’elle fait apparaître librement...
— C’est donc ça, un Héros venu d’un Autre Monde... Une Héroïne de rang S...
Je pouvais sentir l’admiration dans leurs voix.
Debout au milieu des cadavres des monstres à Visage Humain, j’expirai lourdement.
— Haaahhh... Haaahhh...
<Votre niveau a augmenté.>
J’appuyai sur la blessure de mon bras gauche.
(Je n’ai pas réussi à les vaincre sans subir de blessures...)
Non.
Mes adversaires étaient des monstres à Visage Humain.
J’avais plutôt eu de la chance de m’en sortir avec des blessures aussi légères.
C’était également parce que mes ennemis étaient déjà blessés.
Banewolf leur avait infligé des dégâts considérables.
C’était probablement pour cette raison que j’avais pu les vaincre malgré leur nombre.
Remplie de gratitude, je pensai à Banewolf...
— ......, ...............
Je ressentis soudain un malaise.
— ...?
Lentement, je me retournai.
Des vagues de monstres.
Ou plutôt...
ils avaient enfin réussi à arriver jusqu’ici.
Les hordes de monstres qui rôdaient auparavant près des remparts sud déferlaient maintenant dans notre direction.
Puis, depuis une autre direction, un fracas assourdissant retentit.
Ce grondement tonitruant me fit tourner la tête dans cette direction.
De la sueur commença à couler le long de mes joues avant de tomber de mon menton jusqu’au sol.
— Haaahhaaahh... Haaahhh...
Le bruit de ma propre respiration devenait de plus en plus fort.
Envahie par un mauvais pressentiment, mon regard se posa sur la neige qui tombait derrière la porte nord détruite...
et sur les Soldats Ogres qui pénétraient à l’intérieur.