Chapitre 182
Chapitre 182 – Héros
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<PDV de Sogou Ayaka>
— Ça ne sert à rien, on est foutus !
Nihei Yukitaka, un membre du groupe de Yasu, cria.
Les autres Héros du groupe de Yasu sombrèrent eux aussi les uns après les autres dans le désespoir.
— Je ne veux pas mourir ! Si tout ça n’est qu’un rêve, réveillez-moi... S’il vous plaît, réveillez-moi !
— Je veux rentrer chez moi !
Complètement désemparé, Nihei lâcha son épée.
Des larmes lui montaient aux yeux.
— S’il vous plaît, sauvez-moi... Présidente... Sauvez-moi ! Je ferai tout ce que vous voudrez... Je n’aurais jamais imaginé qu’on affronterait des ennemis aussi terribles... Il y a tellement de gens puissants de notre côté... Peu importe la force de l’ennemi, quelque part au fond de moi, je pensais que quelqu’un d’autre finirait par le vaincre... Que quelqu’un viendrait me sauver... C’est ce que je pensais...
Les autres membres du groupe de Yasu commencèrent eux aussi à implorer de l’aide.
— Présidente, s’il vous plaît, sauvez-moi ! Aidez-nous à nous échapper d’ici !
— S’il vous plaît, sauvez-nous ! Ayaka-sama !
Tout en continuant à massacrer les monstres à proximité, je les interpellai d’une voix presque réprobatrice.
— Nihei-kun ! Tout le monde !
Même dans mon ancien monde, je n’avais encore jamais parlé à quelqu’un avec autant de force.
— Si vous voulez survivre... Maintenez la formation en cercle !
— L-La formation en cercle... ?
— Bane-san nous l’a enseignée, vous vous souvenez !?
— Banewolf... san...
— Cet homme nous a appris à combattre en fonction du rang des Héros ! Il nous a appris à nous entraider et à survivre !
C’est vrai, le groupe de Yasu avait lui aussi appris à combattre auprès de Banewolf.
Ils devraient donc être capables de se déplacer de la même manière que mon groupe.
— Pour l’instant, coopérez avec Suou-san et les autres et concentrez-vous uniquement sur votre survie ! Au centre du cercle, nous placerons les élèves qui excellent dans les Compétences de Récupération ! Même chose pour ceux qui sont doués avec les Compétences de Soutien ! Les Attaquants et les Défenseurs, aidez les autres sur la périphérie de la formation ! Ceux qui sont blessés, entrez dans le cercle ! Suou-san !
— ...Oui.
La voix de Kayako.
Elle n’avait rien de particulièrement intense, mais je pouvais sentir toute la force contenue dans sa réponse.
Je tournai vers elle mon visage couvert de sueur.
Je lui confiais les autres.
C’était cette attente que je voulais transmettre par mes paroles.
— Lorsque je ne pourrai pas donner d’instructions aux autres, je te confierai cette tâche.
— Est-ce que je peux te les confier ?
Ce n’était pas ce que j’essayais de lui dire.
— Je compte sur toi.
Voilà ce que je lui disais réellement.
— Sogou-san.
Je pouvais lire une détermination inhabituelle sur le visage de Kayako, qui exprimait d’ordinaire très peu ses émotions.
— Laisse-les-moi.
Rassurée, j’acquiesçai.
— Si vous rencontrez un monstre que vous ne pouvez pas gérer, appelez-moi !
— Compris.
Avec mon aide, le groupe de Yasu rejoignit le mien.
— A-Ayaka-chan.
Moe m’appela d’une voix inquiète.
Je lui jetai un regard et souris.
— Tout ira bien... Je protégerai tout le monde. Quoi qu’il arrive, je protégerai tout le monde.
Préparant son épée, Nihei m’interpella, les larmes aux yeux.
— J-Je suis désolé... J’aurais dû me moquer du fait que la Déesse puisse me prendre en grippe et rejoindre le groupe de la Présidente dès le début... Je suis désolé, je suis désolé, Présidente...
— Nihei-kun, pour l’instant, tu dois te battre ! Tout ça, c’est pour que tout le monde survive !
— ...! O-Ouais... Uooohhh... Uooooaaaaahhhhhhhhhhh !
Nihei trancha un monstre qui approchait.
Derrière le monstre qu’il venait de frapper, un autre bondit soudainement.
— Hiiiii...
— L-Laisse-moi faire !
Moe, qui était Défenseuse, bondit en avant et encaissa l’attaque du monstre avec son bouclier.
— Aïe !
L’impact projeta Moe en arrière.
Les garçons de la rangée arrière s’avancèrent pour la rattraper.
— Ni... Nihei-kun, vas-y !
Moe cria, le visage débordant d’émotions.
L’air déterminé, Nihei leva son épée au-dessus de sa tête.
— Uuu... Uwwaaaaahhhh !
Nihei abattit l’épée qu’il tenait à deux mains.
D’un coup ressemblant à un Kesagiri, il trancha profondément la chair du monstre.
Cependant, cela ne suffit pas à le tuer.
Fou de rage, le monstre laissa éclater sa fureur sanglante.
Il fixa Nihei avec une terrifiante intention meurtrière.
— Guruuaaaaaaahhhhhh !
— Ahh... C-Cette attaque, c’était une erreur... Mes mains ont glissé, alors je me suis raté...
Terrifié, Nihei tomba sur les fesses.
Les trois Héros à ses côtés bondirent en avant.
— A-Allons-y ! Il faut aider Nihei-kun !
— T... Tuez-le !
— Uwwwaaaaaaahhh !
Remarquant ce que faisaient ses amis, Nihei...
— ! Uwaaaahhhhhhhh !
Toujours assis par terre, il prit un air déterminé et trancha la cheville du monstre.
Le monstre perdit l’équilibre et s’effondra.
— Gueehhh.
Les trois élèves qui avaient bondi pour lui venir en aide se ruèrent sur le monstre et l’encerclèrent.
Puis ils se mirent à le poignarder encore et encore avec leurs lames.
— M-Meurs ! Meurs, meurs, meurs ! Mais meurs à la fin !
— Crève !
— S’il te plaît, meurs ! Bon sang, meurs enfin ! Meurs !
Cela ne ressemblait absolument pas au style de combat sophistiqué des Héros de rang supérieur.
C’était extrêmement grossier et bien trop de personnes s’acharnaient sur un seul monstre.
Le bras du monstre, qui tentait de repousser leurs attaques, fut lacéré à plusieurs reprises.
Cependant, il n’avait aucun moyen de les repousser et finit par mourir.
— Hahhhh... Hahhhh... Hahhhhh... O-On l’a fait... On l’a fait !
Kayako les interpella.
— Tout le monde, dès que vous avez tué un monstre, revenez immédiatement dans la formation en cercle.
— O-Ouais !
Les Héros se redressèrent précipitamment et regagnèrent la formation en cercle, haletants.
En voyant leur réussite, je levai mentalement le poing en signe de victoire.
Peut-être parce que nous avions appris à combattre auprès du même professeur, leur coordination se mettait facilement en place.
Lors de leur attaque précédente, plusieurs Compétences de Soutien avaient également été lancées depuis la rangée arrière.
Tout le monde parvenait à bouger correctement.
Cependant, quelque chose pouvait toujours les faire perdre leurs moyens.
Ce qu’ils avaient besoin de voir, c’était de l’espoir.
— Peut-être que nous pouvons survivre.
Nous devions continuer à leur montrer cet espoir.
Par conséquent...
Il suffisait que nous créions nous-mêmes cet espoir.
L’un des Héros qui avait poignardé le monstre dans le dos éleva soudain la voix, comme pour se convaincre lui-même.
— Mon niveau... Mon niveau a augmenté !
(Un niveau... Mais oui !)
Tout en tranchant en deux le monstre devant moi depuis le sommet de son crâne, je les interpellai.
— Si votre niveau vient d’augmenter, essayez autant que possible de laisser le coup final aux autres ! Lorsque vous montez de niveau, vos PM se remplissent, alors vous pourrez à nouveau utiliser de nombreuses compétences ! Ouvrez régulièrement votre fenêtre de Statut et vérifiez vos PM ! Donnez la priorité pour le coup final à ceux dont les PM sont insuffisants !
Même s’ils étaient des Héros, leurs PM finiraient tôt ou tard par s’épuiser.
Cependant, s’ils montaient de niveau, ils pourraient continuer à utiliser leurs compétences.
— Lorsque vous montez de niveau, vos autres corrections de Statut augmentent également ! Les combats deviendront donc de plus en plus avantageux pour nous ! Tout le monde a une chance de monter de niveau sur ce champ de bataille... Ne la laissez pas passer ! Nous, les Héros, pouvons devenir plus forts à mesure que nous combattons dans cette bataille !
Je criai de toutes mes forces.
— Nous survivrons en nous battant !
Nihei se releva et reprit son épée à deux mains.
— O-On va le faire... Allons-y ! Je vais le faire !
Pour l’instant, il était essentiel de maintenir leur moral.
Kayako m’appela.
— Sogou-san !
— ...Laisse-moi faire !
Bondissant vers lui, je vainquis le monstre de taille moyenne avec ma compétence spéciale.
Il aurait probablement été trop difficile à gérer pour Kayako et les autres.
Kayako l’avait correctement anticipé.
Elle savait reconnaître les monstres qu’ils avaient peu de chances de vaincre seuls et m’appelait lorsqu’elle en repérait un.
(Cependant...)
Les monstres ne semblaient absolument pas diminuer en nombre.
Au contraire, j’avais seulement l’impression que le nombre de nos alliés diminuait.
Les voix humaines qui retentissaient partout encore un peu plus tôt se faisaient de plus en plus rares.
Autrement dit...
Les monstres avaient l’avantage.
À ce rythme, la situation ne ferait qu’empirer progressivement...
— Uoooohhhh... Ooooouooooohhh !
Le hurlement du monstre à Visage Humain enragé.
Cependant, il était loin.
Quelqu’un devait l’affronter quelque part au loin.
(Que devons-nous faire ? Est-ce qu’on devrait rejoindre une nouvelle fois le campement situé à l’extérieur de la porte nord... ?)
Avec le moral actuel des Héros, je pensais que nous pourrions y arriver.
Je pris ma décision.
Je devais proposer de nous déplacer maintenant.
— Tout le monde, je pense que nous devrions avancer petit à petit vers la porte nord ! Si nous continuons simplement à combattre ici, nous finirons complètement encerclés et nous ne pourrons plus bouger même si nous le voulons !
— C-Compris ! Tout le monde, allons-y !
Nihei acquiesça, mais...
— ...Ugh.
Certaines parties du nuage de poussière se dissipèrent et notre visibilité commença à s’améliorer.
— .........!
Un mur de monstres se dressait sur notre chemin.
Un groupe de monstres cornus ressemblant à des onis.
Oui...
Ils ressemblaient exactement à des onis.
Leur corps était rouge cuivré.
Une longue barbe blanche et ondulée poussait sauvagement sur leur visage.
Leurs Yeux Dorés inhumains nous observaient.
Relevant légèrement le menton, ils semblaient nous sourire avec condescendance.
Ils sont forts.
Je ne les avais pas encore affrontés, mais mon instinct me le disait.
Ces onis ressemblaient à des soldats ayant reçu un entraînement discipliné.
— U-Uuuu...
En apercevant ces monstres tout en combattant au sein de la formation en cercle, les Héros furent de nouveau saisis par la peur.
Une tête humaine pendait de la main de l’un des monstres.
Le monstre tenait la personne par les cheveux, laissant sa tête pendre comme un trophée de guerre.
En regardant attentivement, je constatai que leur peau rouge cuivré était elle aussi entièrement recouverte d’un autre type de « rouge ».
Le nombre de cadavres était particulièrement élevé autour des onis.
Le seul oni doté de deux cornes se tenait à l’avant du mur de monstres, les bras croisés.
— Ubuuaaahhhh !
Il poussa un étrange rugissement et nous désigna du doigt.
Cela ressemblait à un signal.
Le signal du début de leur attaque.
Sous ses ordres, les onis poussèrent des rugissements et commencèrent à charger dans notre direction.
— Aya... Ayaka-chan !
— ...! Laissez-moi faire !
Je me ruai seule vers les monstres en pleine charge.
En direction du visage de l’oni qui menait les autres monstres, je lançai une puissante estocade qui déchira l’air.
— Baaauuuu !?
— !?
(Il a esquivé mon attaque !?)
Il est rapide.
Ses réflexes sont extraordinaires.
Après avoir manqué mon attaque, je fus encerclée par les monstres.
Je me mis à brandir ma lame magique en forme de hallebarde.
Cependant, ils esquivèrent toutes mes attaques.
Slash !
— Ugh !?
Les grandes griffes d’un oni me frappèrent.
Je ne parvins pas à esquiver.
Elles déchirèrent mes vêtements près du flanc et une douleur aiguë me traversa.
(! Ça va mal, ces monstres ne sont pas des adversaires que tout le monde peut affronter... !)
Levant son épée, Nihei cria :
— La Présidente est en danger ! Je vais l’aider !
— Ne... Ne venez pas, tout le monde ! Ces monstres ne sont pas des adversaires que vous pouvez...
Agrippe !
Kayako saisit Nihei par l’épaule et le ramena dans la formation en cercle.
— Su-Suou ?
Kayako secoua la tête.
— Personne à part Sogou-san ne peut vaincre des monstres comme ceux-là. Nous n’avons pas d’autre choix que de rester ici et de nous défendre.
— Su... ou... ?
Nihei la regarda avec stupéfaction.
Peut-être était-ce parce que le visage habituellement impassible de Kayako était maintenant déformé par l’inquiétude.
Kayako elle-même en avait conscience.
Même moi, je risquais de ne pas pouvoir vaincre ces monstres.
— Cou...
J’allais leur dire de courir, mais le mot refusa de sortir complètement de ma bouche.
Après tout, où pourraient-ils aller ?
Étais-je censée leur dire de rejoindre seuls la porte nord ?
Les onis qui avaient réussi à me contourner commencèrent à encercler la formation en cercle.
Ils se mirent à intimider les Héros dans la formation avec leurs rugissements.
Ils pouvaient sentir la peur des Héros.
Les Héros se replièrent davantage vers l’intérieur du cercle et leurs mouvements finirent par s’arrêter complètement.
— Tout le monde !
J’essayai désespérément de repousser les monstres proches, mais mes attaques ne les touchaient pas.
Je ne suis pas...
assez rapide !
— A-Ahhh...
Le voile du désespoir commença à tomber sur les visages des Héros.
— Même Ayaka n’arrive pas à les toucher.
Leur « espoir » ne pouvait rien contre ces monstres.
Les onis s’avancèrent et balancèrent leurs griffes.
— Kyaaaahhhh !
Des attaques qui n’avaient même pas l’intention de toucher leurs cibles.
Ils jouaient avec eux.
Ils prenaient plaisir aux réactions des Héros.
— U-Ughhh...
Les onis semblaient me jeter des regards.
— Alors ? Tu désespères maintenant ?
Leurs visages semblaient me poser cette question.
Gagnée par l’impatience et le désespoir, je brandis désespérément ma lance.
Cependant, mes attaques...
ne les touchaient pas.
C’est alors que...
— Ayaka-chan !
Minamino Moe cria.
— Ne te force pas ! P-Pour l’instant... concentre-toi sur ta propre protection ! S’il te plaît !
Alors même que Moe était terrifiée...
Elle ne me demandait pas de l’aider.
Au contraire, elle s’inquiétait même pour moi.
— Préparez la formation défensive !
La voix tendue, Nihei donna ses instructions.
— Protégez... Protégez-vous, protégez-vous, protégez-vous ! Peut-être que la Présidente s’inquiète tellement pour nous qu’elle n’arrive plus à se battre correctement ! Alors... nous devons nous protéger nous-mêmes !
(Ce n’est pas ça...)
C’est simplement que je n’ai pas la force...
La force nécessaire pour vaincre ces onis moi-même.
Pour aggraver encore les choses, même les monstres autres que les onis se dirigeaient désormais vers leur formation en cercle.
On aurait dit qu’ils avaient fini par manquer de proies et qu’ils avaient maintenant jeté leur dévolu sur cette formation.
Des monstres de taille moyenne et de grande taille se trouvaient également parmi eux.
Cependant, la seule personne capable de les affronter, moi, pouvait à peine assurer sa propre défense.
Je ne pouvais pas retourner auprès d’eux.
Malgré tout, ils croyaient en moi et encourageaient maintenant les autres à se battre.
Ma vision commença lentement à se brouiller.
Alors même que j’avais juré de les protéger.
Les choses auraient-elles été différentes si j’avais simplement débloqué ma compétence innée ?
Aurais-je pu les protéger ?
Si seulement je pouvais acquérir une puissante compétence innée...
Non.
Je ne dois pas compter sur quelque chose comme ça.
Je ne dois pas compter sur une compétence innée...
sur quelque chose d’impossible.
Si je dois compter sur quelque chose...
(— Oni... Mon propre... Kisou-ryu...)
(N/T : Kisou-ryu peut également se lire Oniyari-ryu, « la Voie de la Lance Démoniaque ».)
Je dois compter sur quelque chose qui m’est accessible.
△
Si je ne me trompe pas, c’était il y a environ trois ans.
— La Technique Interdite du Kisou-ryu, c’est ça ?
Dans la résidence des Sogou.
Après l’entraînement, alors que le soleil était sur le point de se coucher, ma grand-mère m’avait parlé du Kisou-ryu dans le dojo.
— Tu es en train de penser que je raconte des absurdités... C’est ce que je suppose, Ayaka.
— Cette technique est-elle dangereuse au point d’être considérée comme interdite ?
— C’est ce qu’on penserait normalement.
Ma grand-mère poursuivit et m’expliqua le principe de cette Technique Interdite.
— La théorie derrière cette technique est en réalité assez simple. Elle force ton corps à effectuer des mouvements déraisonnables, des mouvements qui seraient impossibles pour un corps humain normal. C’est une technique qui pousse le potentiel du corps humain jusqu’à ses limites.
Grand-mère leva son index.
— Voyons... Tout d’abord, tu imagines un seul fil extrêmement puissant. Ensuite, tu fais parcourir ce fil à travers tout ton corps. Lorsque tu veux bouger ton corps, au lieu de bouger directement tes membres, tu déplaces le fil afin qu’il manipule ton corps... Ton corps humain est alors tiré par le fil et tente d’effectuer ces mouvements anormaux. Apparemment, si ton corps parvient à suivre ces mouvements, tu peux même te déplacer comme une véritable arme humaine.
— Ça ressemble un peu à transformer son propre corps en marionnette, non ?
— L’image est effectivement assez proche... Pour être honnête, je ne sais même pas si c’est réellement possible. Je ne sais pas à quoi cela ressemble lorsque ça fonctionne, ni quelle est exactement la théorie derrière tout cela. Peut-être qu’en réalité, tu enveloppes ton corps de ton “ki” grâce à ce qu’on appelle le qigong. D’ailleurs, j’ai moi-même essayé une fois... mais à l’époque, je n’avais aucune idée de ce que je faisais et je me suis simplement brisé les os. Depuis, je n’ai plus jamais sérieusement tenté de l’utiliser.
(N/T : ki/chi = énergie interne. Qigong = exercices respiratoires. Il s’agit peut-être même du genre de choses qu’on voit dans les histoires chinoises de cultivation.)
— Les anciens pratiquants du Kisou-ryu utilisaient cette technique ?
— C’est ce qu’on raconte. Si l’on remonte jusqu’à nos ancêtres, on découvre que le Kisou-ryu...
Grand-mère sortit alors une cigarette et l’alluma avec une allumette.
Elle secoua l’allumette pour éteindre la flamme, puis expira une bouffée de fumée.
— On l’appelait également “Kisou-ryu”, mais autrefois, cela se lisait “Enterrer les Onis”... Apparemment, cet art martial aurait été inventé par des gens qui éprouvaient des difficultés à combattre les Onis descendus jusque dans leurs foyers. Un art martial créé afin de se protéger des Onis. Ensuite, il aurait attiré l’attention du shogunat et, d’une manière ou d’une autre, se serait transmis comme une sorte d’art secret appartenant à l’un des clans de l’époque...
(N/T : 槍 se lit « Sou », mais peut également se lire « yari », qui signifie lance. 葬 se lit aussi « sou », mais peut également se lire « houmoru », qui signifie enterrer.)
— Inventé pour enterrer les onis...
— En bref, c’était une école d’arts martiaux fondée sur une anecdote digne d’un conte. On raconte également que cette Technique Interdite provenait à l’origine d’une école d’arts martiaux dont le nom s’est perdu. Enfin, j’imagine que c’est peut-être aussi pour cela qu’on l’appelait une “Technique Interdite”. Seulement...
— Seulement... ?
— On raconte que la charge qu’elle impose au corps humain est si intense que le corps d’une personne normale finirait par se briser si elle l’utilisait... Tu ne trouves pas ça étrange, Ayaka ?
— Ah, désolée. Mais un ancien art martial possédant sa propre Technique Interdite... Ça ressemble un peu à ce qu’on trouve dans ces romans amusants que je lis de temps en temps.
— Eh bien, peut-être... Après tout, ce ne sont que des légendes et des anecdotes auxquelles on a ajouté toutes sortes d’embellissements. Même si tu essayais quelque chose comme ça, il faudrait t’entraîner jusqu’à la mort rien que pour permettre à ton corps de supporter la charge. Ce n’est pas quelque chose qu’une lycéenne ordinaire pourrait accomplir.
— Si Obaa-sama me dit que je ne peux pas le faire, ça me donne encore plus envie d’essayer.
— Si cela t’intéresse, je te donnerai le livre contenant les instructions pour l’utiliser... Cependant, je ne t’autoriserai pas à l’essayer si je ne suis pas avec toi. Tu es ma précieuse petite-fille... Même si, de mon point de vue, tu es une petite-fille presque trop parfaite pour être vraie.
— Fufu... Je comprends, Obaa-sama. Au fait, comment s’appelle cette Technique Interdite ?
— Cette technique s’appelle...
Depuis l’extrémité de la cigarette de ma grand-mère, une fine fumée s’éleva tel un fil.
— Le “Limiter Thread”.
▽
Que tout cela ne soit qu’une fantaisie ou non n’avait plus aucune importance.
S’il existait ne serait-ce qu’une infime possibilité...
Je devais m’y accrocher.
Je devais saisir cette technique de mes propres mains.
— ....................
J’avais déjà parcouru ce livre.
À l’époque, je pensais simplement que cela me donnerait un sujet de conversation supplémentaire avec ma grand-mère.
Par conséquent...
Je savais comment procéder.
— ................
L’image d’un fil.
Le point de départ serait mes pieds.
Depuis la plante de mes pieds, il remonta jusqu’à mes genoux, mes cuisses, ma taille, mon ventre, ma poitrine...
Le fil se tissait.
Craaaaaac...
À mesure que je tissais ce fil, j’avais l’impression que mon corps tout entier grinçait.
Ces fils allaient désormais déterminer mes limites.
Les onis me regardaient de haut, moi qui étais plus petite qu’eux, avec un sourire narquois.
Ils devaient penser que j’avais abandonné.
— Kuki kiki ki...
Fwoosh !
— ...Gieeeh ?
La pointe de ma lance transperça la gorge de l’oni devant moi.
L’oni n’eut même pas le temps de réagir.
— — — Baaaaaaaaaaaauuuuuuuuhhhhhhh !
Les onis poussèrent simultanément un rugissement intimidant et se mirent sur leurs gardes face à mes attaques.
Cependant...
— Bauuhh !?
Je les décapitai les uns après les autres avec ma lame magique.
Après avoir vaincu les onis à proximité...
Je me mis à courir.
Je bondis dans la direction de la formation en cercle.
Je vis le dos de l’oni qui s’amusait jusque-là à terroriser les autres.
Et depuis le bas, je tranchai son corps en deux.
Je ne m’arrêtai toujours pas.
En un clin d’œil, la tête d’un autre oni s’envola dans les airs.
Le visage d’un autre s’enfonça lorsque je lui fracassai la crosse de ma lance en pleine figure.
Que ce soit ma force ou ma vitesse...
Je sentais qu’elles avaient toutes augmenté.
— Les mouvements d’Ayaka-chan...
— C-C’est incroyable...
J’avais l’impression d’entendre mes muscles hurler.
Cependant...
— Je peux le faire.
Je me rappelai les paroles de ma grand-mère.
— On raconte que la charge qu’elle impose au corps humain est si intense que le corps d’une personne normale finirait par se briser si elle l’utilisait.
— ...Mais cette fois, c’est différent.
Je ne suis plus une humaine ordinaire.
Maintenant, je suis une Héroïne.
Je possède mes corrections de Statut.
Malgré cela, je pouvais toujours sentir mon corps hurler.
Cependant...
Et alors ?
— Hayaaahhh !
En une seule respiration, je fis volte-face.
— Gugeeehh !?
En un seul souffle, je bondis vers l’oni à deux cornes qui semblait être leur chef.
L’oni à deux cornes n’eut même pas le temps d’adopter une posture pour m’intercepter.
À une vitesse divine, ma lance accrocha le bras de l’oni à deux cornes.
Après avoir détruit son équilibre, je le fis rouler au sol.
Kisou-ryu...
— Hourakujuuji.
(N/T : Croix d’Effondrement.)
Au lieu d’utiliser l’élan de mon adversaire, j’avais simplement exploité ma propre vitesse de charge pour exécuter le « Hourakujuuji ».
Cette fois-là, j’avais hésité.
Cette fois-là, Kirihara Takuto était soudainement apparu et m’avait volé le coup final.
Cependant, cette fois...
Sans la moindre hésitation...
— Giiaaahhh !?
D’une seule estocade, j’arrachai son cœur.
Sans hésiter, je retirai ma lance et utilisai immédiatement <Inner Bomb> sur la tête de l’oni à deux cornes, faisant exploser son crâne en morceaux.
Ni l’explosion ni la poussière ne me firent sourciller, tandis que mes longs cheveux noirs étaient balayés vers l’arrière par la pression de l’explosion.
— Je ne laisserai plus...
<Votre niveau a augmenté.>
— ...personne mourir.
Oui...
Même si mon propre corps devait tomber en morceaux, cela m’était égal.
Si cela pouvait permettre à tout le monde de retourner sain et sauf dans notre ancien monde, alors cela m’était égal.
Après avoir tué le chef de leur groupe en un clin d’œil, je libérai une intention meurtrière acérée et fixai les onis.
Les onis reculèrent.
Mes cheveux dansaient sauvagement dans le vent du champ de bataille, renforçant encore davantage l’impression intimidante que je dégageais.
— Si vous voulez fuir, vous feriez mieux de le faire maintenant.
Faisant tournoyer ma lance tout en l’imprégnant de mon intention meurtrière, je fis un pas en avant.
— Parce que maintenant, l’Oni... c’est moi.
<La compétence innée <Silver World> a été débloquée.>
(N/T : Formation de Combat Armé / Silver World.)