Chapitre 181
Chapitre 181 – Héros de rang A
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<PDV de Sogou Ayaka>
Le monstre à Visage Humain qui nous barrait la route balaya largement son bras restant et projeta vers nous les monstres qui s’agrippaient à son corps.
Les monstres ainsi lancés commencèrent à pleuvoir tout autour de nous.
C’était comme si une nuée de sauterelles s’était soudainement abattue sur nous.
La vision de cette immense quantité de monstres bondissant dans notre direction était terrifiante.
Des gens qui s’enfuyaient...
Des gens qui ne pouvaient que contempler cette scène horrible, impuissants...
Des gens qui avaient choisi de lever leurs lances et se préparaient à intercepter les monstres...
La bataille se transforma rapidement en une mêlée générale.
— Tout le monde, restez en formation !
Tout en fauchant les monstres autour de moi, j’appelai les autres.
Les monstres étaient un mélange de petites et moyennes créatures.
Les monstres de taille moyenne mesuraient au moins deux mètres.
Ils se déchaînaient dans tous les sens.
De plus, leur arrivée soulevait des nuages de poussière, réduisant encore davantage notre visibilité.
Heureusement, mon groupe ne s’était pas dispersé et ses membres s’étaient regroupés pour affronter les monstres.
Ils avaient formé un cercle, dos à dos.
À l’intérieur de ce cercle attendaient plusieurs Héros particulièrement doués avec les Compétences de Soutien.
(Dieu merci, ils ne se sont pas dispersés.)
Je courus vers leur formation circulaire.
Tout en avançant, je tuai les monstres qui se dressaient sur mon chemin.
— Ayaka-chan !
Entendant Moe m’appeler tandis qu’elle tenait son épée à deux mains, je lui adressai un sourire encourageant.
— Tout ira bien ! Pour l’instant, concentrez-vous simplement sur votre propre protection ! Ces monstres dangereux...
J’enfonçai profondément la lame de ma lance dans la jambe d’un monstre assez imposant et utilisai ma compétence spéciale <Inner Bomb>.
(N/T : Explosion Interne.)
— ...Laissez-les-moi.
Une détonation retentit et la jambe du monstre éclata de l’intérieur.
Ayant perdu une jambe, le monstre tomba à genoux.
Je bondis alors avec fluidité et lui envoyai un nouvel <Inner Bomb> pour mettre fin à ses jours.
— Fuuu...
J’expirai.
Au milieu du chaos, des cris de colère et des hurlements fusaient de toutes parts.
À cause de cela, je ne pouvais pas entendre les voix éloignées et ne distinguais que celles des personnes proches de moi.
(Où sont les autres groupes... !?)
Le groupe de Kirihara et celui de Yasu.
J’ignorais où se trouvaient ces deux groupes.
De plus...
(Le monstre à Visage Humain constitué d’une multitude de membres, celui qui nous bloquait le chemin tout à l’heure... Où est-il passé !?)
Nous devions particulièrement nous méfier des monstres à Visage Humain.
Pourtant, sa position était inconnue.
Était-ce à cause de ce nuage de poussière ?
Non, même avec toute cette poussière, ce monstre à Visage Humain était gigantesque.
J’aurais dû pouvoir facilement remarquer son immense silhouette ou, au minimum, entendre le bruit de ses déplacements...
— Sogou.
— Ah... Abyss-san !
Abyss apparut avec un sourire féroce sur le visage.
Ses yeux brillaient tandis qu’elle scrutait agressivement les alentours.
Elle tenait la tête d’un monstre d’une main et traînait son corps derrière elle.
Enfin, quand je disais son corps, il ne restait plus que sa moitié supérieure.
La moitié inférieure devait probablement avoir roulé quelque part après qu’elle eut tordu le monstre en deux.
À la manière dont elle traînait ce torse, je compris qu’elle l’utilisait comme bouclier.
— Pour l’instant, on va percer d’un côté et tuer tous les ennemis qu’on trouvera.
— Abyss-san, derrière vous !
— Je sais.
Sans même regarder derrière elle, elle frappa le monstre qui l’attaquait d’un coup de poing.
Tel un ballon rempli d’eau, le monstre qui lui avait bondi dessus explosa et vola en morceaux.
— Bon... Venez donc, bande de salopards aux Yeux Dorés...
En la voyant repousser frénétiquement les monstres qui ne semblaient jamais diminuer en nombre, je déglutis.
(Comme je le pensais, Abyss-san est vraiment à un tout autre niveau...)
Le bras droit d’Abyss était teinté d’écarlate.
Ce n’était pas la couleur du sang des monstres qu’elle avait tués.
Apparemment, c’était sa peau elle-même qui avait changé de couleur.
Son bras droit était également plus imposant que son bras gauche.
Son apparence semblait même avoir légèrement muté.
Qu’est-ce qui se passe avec ce bras ?
Je me demandais s’il renfermait une sorte de pouvoir spécial.
Je ne pouvais m’empêcher de penser que c’était quelque chose qui dépassait le domaine humain.
Même les monstres environnants semblaient quelque peu effrayés par l’aura intimidante qu’Abyss dégageait.
— Oryaaaahhhh ! Avec toutes ces proies autour de nous, je peux plus m’arrêter !
Tout en projetant les monstres au loin avec son énergie offensive rouge, Oyamada surgit du nuage de poussière.
— Ohh ? C’est bien, tu es toujours aussi énergique, peu importe où tu te trouves, Oyamada.
— Ferme-la, putain d’Abyss ! La ferme et laisse-moi toutes ces proies ! Oraaaaa !
Oyamada se rapprocha d’Abyss tout en massacrant les monstres avec sa compétence innée.
Puis tous deux se placèrent dos à dos.
— Abyss ! Ça me va de couvrir tes arrières, mais laisse-moi les victimes ! Je vais les tuer, les tuer et tous les tuer ! Et un jour, je te verrai pleurer sous mes poings ! Moi, j’ai aucune de tes faiblesses ou de ces conneries ! Si tu peux pas les écraser en exploitant leurs faiblesses, alors t’as qu’à les soumettre par la force !
J’essayai d’interpeller Oyamada.
— Oya...
— Je te l’ai toujours dit ! Contrairement à vous, les Quatre Saints, qui avez atteint votre limite depuis longtemps, nous autres Héros avons encore énormément de marge pour...
Tout en accumulant de l’énergie rouge dans ses deux poings, Oyamada se retourna avec provocation.
— .................. Hein ?
Debout devant lui se trouvait Abyss.
Ou plutôt, ce qu’il restait d’Abyss.
Toute la partie supérieure de son corps avait disparu.
Il ne restait que son corps à partir de la taille.
— ...Hein ?
Hébété, le regard d’Oyamada remonta lentement.
— C’est... quoi... ce bordel...
Ploc...
Quelque chose tomba au sol depuis une rangée de dents parfaitement alignées qui mâchaient sauvagement quelque chose.
— Qu...
Un bras droit écarlate.
Ce même bras qui, quelques instants plus tôt, tordait sans difficulté les monstres jusqu’à les tuer.
— Waaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !
Oyamada hurla.
— Waaahhh ! Nooon ! Uwwaaahh ! Uwaaaaahhhhhh !?
— Impossible...
Un frisson parcourut ma colonne vertébrale tandis que je fixais cette chose.
Depuis combien de temps était-elle là ?
Cette chose dévorait maintenant Abyss juste devant Oyamada, le visage empli de colère.
C’était le monstre à Visage Humain constitué d’innombrables membres, celui dont le corps était couvert d’une multitude de monstres agrippés à lui.
Maintenant que j’y pensais, je n’avais détecté aucun signe de sa présence auparavant.
Même avec toute cette poussière recouvrant la zone, il était étrange que je n’aie pas remarqué sa présence, surtout compte tenu de la taille de son corps.
(Peut-être...)
Une possibilité me traversa l’esprit.
Un bruit de déchirement retentit et une multitude de membres jaillit de l’intérieur de son corps enragé.
Il grossissait.
Même le bras qui avait été désintégré par l’Œil Sacré s’était régénéré.
(Ce monstre à Visage Humain...)
...peut modifier sa taille.
Lorsqu’il atteignit environ vingt mètres, toujours empli de rage, il abattit ses deux mains sur Oyamada, qui continuait de hurler.
— Uooooooooooooooooohhhhhhhhhhhhhhh !
— Uwaaaaaaaaaaahhh ! Waaahhh ! Wahhhhhhhhhhhhh !
— Oyamada-kun, cours !
Pour l’instant, je faisais de mon mieux pour repousser les monstres proches.
Si je quittais cet endroit, Kayako et les autres seraient exposés au danger.
(Ça ne va pas ! Le nombre de monstres ne diminue absolument pas !)
Au contraire, ils semblaient devenir de plus en plus nombreux.
Les monstres qui s’étaient agrippés au monstre à Visage Humain enragé, à l’exception de ceux accrochés à son bras, avaient eux aussi fini par atteindre cet endroit.
J’essayai de repérer Agito et Yasu.
— Agito-san, Yasu-kun ! Répondez-moi si vous m’entendez ! Oyamada-kun...
— Bu... <Bullet> ! <Bullet> ! <Bullet> ! <Bullet> ! <Bullet> ! <Bullet> ! <Bullet> ! <Bullet> ! <Bullet> ! <Bullet> ! <Bullet> !
Ayant probablement oublié ses compétences dérivées, Oyamada se mit à attaquer frénétiquement avec la forme de base de sa compétence innée.
— Uwo !? Uwoohh !? Uwooooohhh !?
Comme quelqu’un qui reculerait sous l’impact d’un coup de poing, le monstre à Visage Humain enragé fut légèrement repoussé.
Les membres qui formaient son visage furent pulvérisés en milliers de morceaux.
Cependant, je ne décelai aucune peur chez le monstre à Visage Humain.
— Gyyyyyaaaahhh ! Ça marche pas !? U-Uwaaaahhhh !? Si même Abyss peut pas gagner contre lui, alors j’ai aucune putain de chance ! C’est impossible ! Ahh ! Wahhhh ! Uwaaaahhhh ! Uuwaaaahhh !
Tournant le dos au monstre à Visage Humain, Oyamada commença à s’enfuir.
— O-Oyamada-kun !?
— Uwaaaaahhh ! Je veux pas mourir ! ... ...
Comme s’il venait d’être frappé par la foudre, Oyamada s’arrêta brusquement.
La bouche grande ouverte, ses bras perdirent toute leur force et pendirent mollement le long de son corps.
Puis, soudainement, il se remit à courir comme si sa vie en dépendait.
— Sauvez-moiiiiiii ! Uwaaaaaaahhhhh ! Uwaaaahhhhnnnnnn ! U-Uwaaaaaahhh ! P-Putain ! Gyaaaaaahhhhh ! J’ai peuuuuur ! Aaaahhhhhhhhhh ! Gyeaaaaaaaaaaaahhhhhhhh !
— O-Oyamada... kun...
(Il... a perdu la raison... ?)
Oyamada disparut derrière le nuage de poussière et de sang.
Certains membres de mon groupe regardèrent eux aussi dans la direction où Oyamada s’était enfui, incrédules.
Je tentai de calmer ma respiration devenue de plus en plus rapide et réfléchis désespérément à ce que je devais faire.
(Il faut que j’attire d’une manière ou d’une autre l’attention de ce monstre à Visage Humain sur moi... !)
Je ne voyais aucun moyen de vaincre cette chose.
Cependant, je devais protéger tous les membres de mon groupe.
C’est alors que cela se produisit.
Une explosion éclata dans le dos du monstre à Visage Humain enragé, qui venait de recommencer à bouger.
Une sorte de Magie Offensive avait apparemment été lancée depuis quelque part et l’avait frappé.
— Uwoooohhhh !?
Poussant un rugissement féroce, le monstre à Visage Humain tourna sur sa droite et bondit dans la direction d’où provenait l’attaque.
Comme lors de sa première apparition, il bondit en tournoyant dans les airs.
(À qui appartenait cette attaque... ? En tout cas, ça m’a vraiment aidée... Mais Oyamada-kun... !)
Je voulais vraiment partir à sa poursuite.
Je ne pensais pas qu’il soit actuellement dans un état mental lui permettant de combattre.
Cependant, je ne pouvais pas abandonner Kayako et les autres pour le poursuivre.
Et dans leur situation actuelle, Kayako et les autres ne semblaient pas non plus capables de quitter leur formation.
Ils parvenaient à peine à maintenir leur formation défensive.
Déchirée intérieurement, je jetai à regret un regard dans la direction où Oyamada avait disparu.
(Oyamada, tu...)
La mort soudaine de quelqu’un de plus fort que soi.
Peu importe le nombre d’insultes qu’il lui lançait, Oyamada savait lui-même qu’Abyss était une force absolue avec laquelle il fallait compter.
Elle était la personne qu’il pensait pouvoir surpasser un jour.
Cependant, il croyait également que ce jour était encore très lointain...
Et cette Abyss n’avait absolument rien pu faire avant d’être tuée et dévorée.
De plus, elle était morte juste à côté de lui, et il s’était ensuite retrouvé face à ce monstre à Visage Humain.
Peut-être qu’un désespoir dépassant tout ce qu’il pouvait imaginer avait alors jailli en lui.
Les monstres à Visage Humain.
Lorsque j’en avais vu un pour la première fois, j’avais moi aussi ressenti une peur et une horreur terribles.
Le sentiment d’oppression dégagé par ces choses était incomparable à celui des autres monstres.
Rien qu’en les observant de loin, je sentais mon cœur se glacer devant la sinistre présence de ces êtres.
(Bane-san...)
Soudainement prise d’un mauvais pressentiment, je regardai dans la direction des remparts sud.
Banewolf affrontait à lui seul trois monstres à Visage Humain.
Je me demandais ce qui se passait actuellement du côté des remparts sud...
— Sogou-san !
(Cette voix...)
— Brown-san !? Dieu merci, vous allez bien !
Le deuxième frère des Quatre Saints Vénérés avançait dans notre direction.
— Ah...
Brown avait perdu un bras.
La base de son bras manquant était fermement serrée par une ceinture afin d’arrêter l’hémorragie.
Malgré cela, il continuait d’avancer en tuant les monstres environnants grâce à la Magie Offensive de son outil magique.
Comme on pouvait s’y attendre d’un membre des Quatre Saints Vénérés.
Il ne semblait pas vraiment avoir de difficultés face à eux.
Il paraissait encore capable de se battre.
Brown se trouvait près des remparts sud quelque temps auparavant.
Peut-être savait-il ce qui était arrivé à Banewolf.
Brown m’appela.
— Sogou-san, avez-vous vu Grand frère et les...
Shing !
— Ahh... Brown-san !
— ?
Une ligne rouge apparut d’une oreille de Brown jusqu’à l’autre.
Les parties supérieure et inférieure séparées par cette ligne rouge glissèrent respectivement vers la gauche et la droite, s’écartant progressivement...
— Qu... ?
La tête de Brown avait été tranchée en deux.
Privé de toute force, son corps s’effondra au sol.
Boum !
L’une des filles de mon groupe poussa un cri.
— Non... Noooooooooooooon !
Je sentis mon cœur se contracter.
Un frisson glacial parcourut ma colonne vertébrale.
La sueur froide qui coulait sur ma joue me paraissait si glacée que j’avais l’impression que toute chaleur avait quitté mon corps.
— B... Brown-san...
En regardant attentivement, je vis quelque chose scintiller derrière lui.
Cette chose reflétait-elle la lumière du soleil ?
Était-ce cela qui avait tranché la tête de Brown en deux ?
(Si c’est le cas, il s’agit probablement... d’un fil extrêmement tranchant utilisé comme arme, ou de quelque chose du même genre...)
— Fuhihihiiiiiiiiii !
Un monstre bipède ressemblant à une belette surgit du nuage de poussière.
Le monstre...
La façon dont cette belette aux fils me regardait changea.
C’était comme si elle me lançait un sourire moqueur.
Je ressentis un étrange malaise.
(Ce monstre... Est-ce qu’il aurait volontairement laissé Brown-san s’échapper uniquement pour pouvoir montrer aux autres la manière dont il allait mourir ?)
Si c’était le cas, il avait vraiment des goûts abjects.
La belette aux fils passa à côté du cadavre de Brown et commença à s’approcher.
— A-Ayaka-chan ! Ce monstre approche !
— Tout le monde !
Sur les instructions de Kayako, mon groupe commença à lancer des Magies Offensives à distance.
Cependant, la belette aux fils n’en avait rien à faire.
Ngh...
Je réprimai ma peur et serrai les dents.
— Laissez-la-moi.
J’évaluai la distance qui me séparait de la belette aux fils.
J’avais décidé de le faire...
Je devais agir rapidement.
Je plantai fermement mes pieds dans le sol.
D’après la trajectoire de la lumière aperçue tout à l’heure...
Il devait y avoir deux fils.
Je pouvais distinguer leurs mouvements grâce aux éclats de lumière occasionnels et aux ondulations du nuage de poussière.
Calme-toi.
Je ne dois surtout pas perdre mon sang-froid maintenant.
(Est-ce que je peux y arriver ?)
Je me demande pourquoi...
J’ai l’impression de ne pas être assez rapide.
J’ai l’impression que mon adversaire est plus rapide que moi.
Mes compétences spéciales ne pouvaient être utilisées qu’au corps à corps.
Dans cette situation, les compétences innées d’Oyamada et de Yasu, capables d’attaquer à distance, étaient bien plus adaptées, mais...
— Hyiiiiiiiiiiiieeeeehhh !?
Soudain, la belette aux fils fut engloutie par des flammes noires.
Carbonisée, elle tomba sur le dos et cessa de bouger.
— J’ai cru entendre le hurlement répugnant d’Oyamada tout à l’heure... Ayaka, qu’est-ce qui s’est passé ?
Yasu Tomohiro arriva sur son cheval.
Je lui expliquai la situation.
— Fuuuu... Oyamada Shougo, quelle fragilité ! Quel être friable, fragile et faible ! Kuhaha ! Est-ce que ça va, Ayaka ? Peu importe sa force, on ne peut jamais devenir un véritable vainqueur sans posséder l’esprit nécessaire pour la soutenir... L’esprit d’un individu aussi fragile que lui ne pouvait évidemment pas résister à ce champ de bataille cruel ! Après tout, pour lui, ce n’était qu’un petit rêve où il jouait au héros ! Et maintenant, Oyamada a finalement été forcé d’affronter la réalité ! Il passe son temps à se comporter comme ça... mais en vérité, ce n’est qu’un idiot mentalement incapable ! Ah, que c’est hilarant ! Quelle exaltation ! Comme prévu, celui qui possède le véritable Réceptacle du Héros n’est autre que moi, Yasu Tomohiro !
Déployant des ailes constituées de flammes noires, Yasu éclata bruyamment de rire.
Les plumes de flammes noires libérées par ses deux ailes attaquèrent les monstres environnants telles des balles.
Les uns après les autres, les monstres transpercés par ses plumes furent engloutis par les flammes noires.
(Les compétences innées de Yasu-kun ont elles aussi gagné des niveaux...)
— Yasu-san, attendez-nous !
Les membres du groupe de Yasu apparurent quelques instants plus tard.
— Voilà les Héros perdants... Vous faites de piètres serviteurs, vous êtes trop lents.
— S-Serviteurs ?
— Je ne fais qu’énoncer les faits, non ?
— Ugh... Vous avez raison, Yasu-san. C’est juste que, euh... nous n’avons pas de chevaux. Si vous pouviez ralentir ne serait-ce qu’un peu pour nous...
— Laissez-moi vous poser une question. Est-ce un péché d’être rapide ?
— Hein ?
— Non ! Cependant, être lent est un péché ! Si vous voulez à ce point que ce Héros aux Flammes Noires vous aide, alors vous devez désespérément me suivre ! Le problème, c’est simplement que vous n’êtes pas assez désespérés ! Avec un esprit aussi fragile que celui de ce salaud d’Oyamada, aucun de vous ne survivra dans cette société impitoyable où les écarts de statut ne cessent de se creuser !
— Q-Qu’est-ce qui est arrivé à Oyamada... ?
Yasu balaya fièrement l’air de sa main droite.
Au même instant...
Je bougeai instinctivement.
— Fuuuu... Vous risquez d’être surpris en l’apprenant. Oyamada vient juste de... Hmm ?
Slash !
— ...Hein ?
Les extrémités des doigts de la main droite de Yasu...
Trois d’entre elles furent tranchées.
Ploc, ploc, ploc.
— Hein ?
— Fuhhiiiii.
C’était cette belette aux fils qui venait de trancher les doigts de Yasu.
Elle n’était pas encore morte.
Ou peut-être venait-elle de revenir à la vie.
Elle ne semblait plus respirer tout à l’heure et était restée parfaitement immobile après avoir été carbonisée.
Tout le monde pensait qu’elle était morte.
— Guuaaaaaaaahhhhhh !? Mes doigts !? Mes putains de doigts !?
— Fugiiiiieeee... !? Giiiiiieeehhh...
La belette aux fils tenta d’attaquer de nouveau, mais je lui transperçai le cœur avec ma lance.
À l’instant même où je perçus son intention meurtrière, je m’étais immédiatement élancée pour l’attaquer avec ma lance.
Cependant, mon bras saignait lui aussi.
Même si elle m’avait détectée tardivement, elle avait tout de même réussi à riposter instantanément.
J’avais évité de justesse une blessure mortelle, mais sa contre-attaque m’avait tout de même légèrement entaillé le bras.
Cependant, si les flammes de Yasu ne l’avaient pas affaiblie, je ne m’en serais certainement pas tirée avec une blessure aussi légère.
Malgré tout, je n’avais pas réussi à empêcher son attaque contre Yasu à temps.
De là où nous nous trouvions, Yasu était bien trop proche de la belette aux fils.
Yasu tomba de son cheval.
— Gyaaaaahhhhhh !? Où sont mes doigts !? Mes doigts !
Pris de panique, il commença à chercher les extrémités de ses doigts, qui devaient être tombées au sol.
— I-Il faut qu’on me soigne ! Il faut que je les ramasse... et qu’on me les rattache ! Que la Déesse me les rattache ! Ah, putain ! Pourquoi ça m’arrive à moi !?
Quant à moi, je passai immédiatement à l’action suivante.
Les monstres continuaient d’affluer sans interruption, sombrant dans une véritable mer de sang.
Malgré tous les monstres que j’avais tués, j’avais l’impression que leur nombre continuait d’augmenter.
(Peut-être que même les monstres qui nous poursuivaient depuis la porte sud se sont joints à ceux qui nous attaquent... !)
Comme je le pensais, cette quantité de monstres était beaucoup trop importante.
— Yasu-kun, calme-toi ! Il y a quelqu’un dans mon groupe qui peut utiliser des Compétences de Récupération, alors pour les doigts de Yasu-kun...
— Je les ai trouvés ! Très bien, battons en retraite, Ayaka !
Après avoir enveloppé ses doigts dans un morceau de tissu et les avoir rangés dans sa poche, Yasu s’agrippa à la selle et remonta sur son cheval.
— D-D’accord ! Tout le monde, maintenez votre formation défensive ! Pendant que Yasu-kun et moi vous protégeons, suivez-nous vers la porte nord...
— Ne sois pas idiote !
— ...Hein ?
Tenant les rênes d’une seule main, Yasu ouvrit grand les yeux et parla avec colère.
— Qu’est-ce qui ne va pas chez toi !? Je n’ai aucune raison de les protéger dans cette situation ! Au contraire, ce sont ces faibles qui devraient tout faire pour s’assurer que moi, je survive !
— Yasu, tu... Qu’est-ce que tu racontes... ?
Même maintenant, Yasu continuait de brûler les monstres qui s’approchaient de lui avec son <Laevateinn>.
(N/T : Œil de l’Épée aux Flammes Noires / Laevateinn.)
Il possédait encore suffisamment de force pour combattre.
Cependant...
— Réfléchis un peu ! Et si Kirihara et les sœurs Takao étaient vaincus par le Grand Empereur Démon à l’Est ! Oyamada va mourir quelque part sur ce champ de bataille ! Et toi, Ayaka... tu as été rétrogradée au rang B ! Dans ce cas, il ne reste plus qu’un seul espoir, et c’est moi, le Héros de rang A ! Compte tenu de mon potentiel de croissance, il est évident que les Héros de rang supérieur doivent survivre, peu importe ce que les autres peuvent en penser ! La personne dont la survie doit être prioritaire devrait être évidente pour tout le monde ! Si je ne sors pas vivant de ce champ de bataille... tout sera terminé !
Yasu débita tout cela à toute vitesse.
Pour être honnête, sa logique m’était extrêmement difficile à comprendre.
L’un des garçons du groupe de Yasu, le visage livide, cria :
— Qu’est-ce que vous racontez, Yasu-san !? Vous aviez dit que si nous vous montrions du respect par notre attitude, vous nous protégeriez...
— Oui ! Pourquoi est-ce que vous ne comprenez pas !? Même si vous survivez tous, ça ne servira à rien ! Je dois me concentrer sur ma propre survie ici ! Par conséquent, il est hors de question que je puisse me permettre de vous protéger tous ! Je vous l’explique depuis tout à l’heure, alors pourquoi personne ne comprend !? Pourquoi personne n’essaie de me comprendre !?
— Yasu-kun ! Si nous travaillons tous ensemble ici...
— La ferme ! La ferme ! La ferme ! Tu n’es qu’une misérable Héroïne de rang B, alors ne t’avise pas de donner des ordres à un Héros de rang A comme moi ! Oui ! Je ne dois pas rester avec des perdants comme vous, avec qui il est impossible de raisonner correctement ! Retraite ! Retraite !
Yasu donna un coup de talon dans les flancs de son cheval, qui se mit à galoper.
— Mais gravez bien ceci dans vos mémoires ! Ce n’est pas une défaite pour moi... ! Tout cela... n’est qu’une retraite stratégique ! Je dois vivre... Pour la Déesse, pour ce monde... ! Je dois survivre !
Les membres du groupe de Yasu commencèrent à verser des larmes tout en criant leur ressentiment.
— Arrête tes conneries, Yasu ! Nous avons besoin de la puissance d’un rang A pour survivre ! On t’en supplie ! Sauve-nous... Sauve-nous ! S’il te plaît, sauve-nous...
— Attends, Yasu-kun ! S’il te plaît, prête-moi ta force !
Moi aussi, j’essayai désespérément de l’arrêter.
Cependant, tout ce que je pouvais faire pour l’instant était de l’appeler, car j’étais bien trop occupée à affronter les monstres qui déferlaient sans cesse.
— Yasu-kun ! S’il te plaît !
— Nous aussi, nous devons vivre !
Tandis que ses flammes brûlaient les monstres qui le poursuivaient, Yasu Tomohiro disparut dans le nuage de poussière, emportant avec lui ses flammes noires.