Chapitre 177
Chapitre 177 – Rêves chimériques
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<PDV de Sogou Ayaka>
L’armée d’Alion fit une brève halte au Château Blanc Anti-Démon.
Notre objectif ici était de refaire nos réserves de provisions.
De plus, c’était également ici que nous devions rejoindre les armées de Bakuos et de Neia.
Dès que le ravitaillement serait terminé, les trois armées repartiraient.
Bien que le château ne soit pas particulièrement grand, une ville fortifiée s’était développée à proximité du Château Blanc Anti-Démon.
Apparemment, elle n’était généralement pas très animée, mais aujourd’hui, elle débordait d’activité.
Même dans les camps des différents pays installés à l’extérieur de la ville, une brève période de calme semblait régner partout.
Le château blanc, bâti sur une pente douce, était illuminé par bien plus de lumières que d’habitude.
Ce château était également célèbre pour servir régulièrement de lieu de réunion aux représentants des différents pays.
Au sud de cette région se trouvait la Zone Démoniaque, mais désormais, il n’y avait presque plus aucun monstre dans les environs.
Apparemment, autrefois, des monstres sortaient régulièrement de la forêt.
— Ce château protège Magnar des monstres aux Yeux Dorés depuis très longtemps. Il fut même un temps où un Héros venu d’un Autre Monde séjourna dans ce château en tant que seigneur des lieux. Lors d’une période de crise, la Déesse utilisa son pouvoir pour repousser les monstres. C’est exact... Ce château possède également dans son histoire un épisode où même un monstre à Visage Humain fut vaincu.
Heath, le comte des frontières qui était désormais responsable du château, nous expliqua cela.
Guira Heath était un vieil homme trapu portant une moustache.
(N/T : ギーラ・ハイト / Giira Haito)
On disait qu’il descendait d’une Lignée des Héros.
Il serait le descendant d’un Héros venu d’un Autre Monde qui avait autrefois été le seigneur de ce château.
Tel un conteur récitant l’histoire du passé, Guira poursuivit avec enthousiasme :
— Je suis certain que vous savez que la Zone Démoniaque est une région dangereuse particulièrement célèbre. Cependant, désormais, les environs de ce château constituent eux-mêmes une zone dangereuse pour les monstres... En réalité, les monstres ont même cessé d’apparaître dans les environs à cause de cela. En plus de bénéficier d’un emplacement géographique avantageux, cet endroit est également idéal pour permettre aux représentants des nations de l’Alliance Sainte de se réunir... Notre château s’est ainsi imposé comme un château d’honneur destiné à accueillir les représentants de chaque nation, plutôt que comme une simple forteresse préparée à faire face à la menace des monstres.
Guira observa fièrement les personnes réunies dans la Salle du Loup.
Pour lui, ce château devait être une immense source de fierté.
Bien...
Lors de la plus récente réunion des représentants de chaque pays, de nouveaux visages étaient apparus aujourd’hui.
Le duc Polarie, à qui la Déesse avait confié l’armée d’Alion lorsqu’elle avait quitté l’Armée du Sud.
(N/T : ポラリー / Porarii)
Pour l’armée de Bakuos, Bach Mingus.
(N/T : バッハ・ミングース / Bahha Minguusu)
Toujours pour la même armée, Walter Icebane.
(N/T : ワルター・アイスバイン / Warutaa Aisubain)
Et Gus Thornfield.
(N/T : ガス・ドルンフェッド / Gasu Dorunfeddo)
Bach, Walter et Gus étaient ceux que l’on appelait les « Trois Guerriers Dragons ».
On disait qu’ils étaient les successeurs des Cinq Guerriers Dragons, qui avaient autrefois ambitionné d’être reconnus comme les plus puissants du monde.
Visiblement mécontent, Bach posa sa coupe sur la table.
— Je pensais que cette guerre serait l’occasion idéale de montrer la puissance des Chevaliers du Dragon Noir renaissants pendant que la Déesse était dans les environs... Même si je comprends qu’il s’agissait d’une urgence, je n’arrive pas à croire qu’elle ait quitté l’Armée du Sud. Bon sang, voilà une sacrée manière de nous couper l’herbe sous le pied.
Sous le regard accusateur de Bach, le duc Polarie pinça les lèvres.
— J’ignore quelle valeur peuvent encore avoir les Chevaliers du Dragon Noir après avoir perdu les Cinq Guerriers Dragons, mais... Depuis que vous avez perdu les Cinq Guerriers Dragons ainsi que votre influence auprès des différentes nations, vous semblez vraiment désespérés, n’est-ce pas ?
Les veines saillant sur son front, Bach abattit ses mains sur la table et se leva brusquement.
— Pardonnez mon impolitesse, duc Polarie ! Guh... Je vais vous montrer que nos Trois Guerriers Dragons n’obtiendront certainement pas de moins bons résultats dans cette bataille que les Cinq Guerriers Dragons autrefois !
Le duc Polarie se contenta de caresser sa moustache, dont il semblait si fier, avec une expression peu impressionnée.
— Pas moins bons que les Cinq Guerriers Dragons, hein ? Voilà un objectif plutôt ambitieux.
— Qu’est-ce que tu essaies de dire, enfoiré... ! Si tu crois que c’est simplement parce que la Déesse t’a confié le commandement que tu peux nous regarder de haut... !
— Stop, stop. Ça suffit, tous les deux.
Ce fut Agito Angoon qui s’interposa entre eux.
Les Quatre Saints Vénérés étaient également présents.
Retenant son poing tremblant qu’il semblait mourir d’envie d’abattre sur quelqu’un, Bach retourna s’asseoir.
— Les Quatre Frères et Sœurs de Jonato, hein... Hmph, vous êtes trop jeunes pour venir vous mêler de ça.
Le seigneur du château, Guira, épousseta quelque chose sur sa poitrine tandis que l’agitation dans la pièce commençait enfin à retomber.
Walter, l’un des Trois Guerriers Dragons au visage mince et aux yeux plissés, détourna son regard sur le côté.
Son regard perçant se posa sur les trois jeunes hommes et femmes alignés contre le mur.
— En parlant de ça, ces Héros débutants qui donnent l’impression de venir tout juste d’arrêter de téter leur mère... Ils savent vraiment se battre ?
Seuls les Héros de rang S et A avaient été convoqués ici.
Il n’y avait que moi, Oyamada et Yasu.
Oyamada frappa provocateur son poing contre la paume de son autre main.
— Haaah~ ? J’ai l’impression que tu me prends de haut, là, hein !? Tu veux te battre !? Haaah~ !? Et si je te faisais goûter ce qui arrive à ceux qui me regardent de haut avec mon poi... Gugigigigigiggyiiiiii !?
Debout à côté de lui, Abyss fit semblant de simplement passer un bras autour de ses épaules avant de commencer à l’étrangler.
— Pour être honnête, je suis simplement coincée avec ces types. Les Héros vraiment dangereux sont tous réunis à l’est.
— Lâche... moi... espèce de... femme... aux gros seins...
— Oooh, tu as l’air de bien t’amuser à presser ton visage contre mon sein, hein, Oyamada ? Hmm ? Je ne t’entends pas, tu sais ? Allez, fais sortir ta voix depuis ton ventre !
— Gufuuhhh !?
Oyamada se plia en deux lorsque Abyss lui asséna un coup au plexus solaire.
— Geffuuuh !? Salope... Je vais vraiment te buter !
— Hoh~ Essaie donc pour voir, hein ? Ce serait quand même mieux si tu réussissais réellement à le faire avant de terminer ton boulot et de retourner dans ton monde, non ? Hmm ? Enfin, je ne sais pas si un abruti comme toi en est capable.
— Va crever... !
Le seigneur du château et les Trois Guerriers Dragons semblaient stupéfaits par la tournure des événements.
Bach et Walter semblaient tous les deux avoir perdu une bonne partie de leur assurance.
Un sourire audacieux apparut alors sur les lèvres de Banewolf, qui était lui aussi adossé au mur.
— Ne vous inquiétez pas. Les Héros restés ici représentent déjà une force avec laquelle il faudra compter. Après tout, certains d’entre eux ont reçu personnellement l’enseignement de ce Tueur de Dragons.
Bach posa les bras sur la table et regarda Banewolf.
— ...Le Tueur de Dragons, hein. À en juger par cette énorme chose placée dans un coin de l’enceinte du château, j’imagine que les rumeurs étaient vraies. Sinon, autant de soldats ne se seraient pas donné autant de mal pour transporter ce truc jusqu’ici.
Banewolf se contenta de hausser vaguement les épaules.
Le seigneur du château, Guira, reprit la conversation dans l’espoir de retrouver le contrôle de la situation.
— J’ai entendu dire que les Héros-dono n’étaient pas affectés par le Miasme du Tyran. Rien que cela est extrêmement rassurant. À Argyle, qui est tombée il y a seulement quelques jours, j’ai entendu dire que même l’ancien Capitaine des Chevaliers du Loup Blanc avait complètement perdu ses crocs simplement à cause du Miasme du Tyran... Non, même en laissant cela de côté, rien que le rapport concernant ces “bannières de cadavres” dressées sur les murs d’Argyle, transmis par un soldat que nous avions envoyé en reconnaissance, est terrifiant à imaginer...
Bach croisa les bras et s’adossa à son siège.
Son regard se posa sur la femme à la coiffure en longues boucles verticales, assise en diagonale devant lui.
— Guira-dono, pour une princesse qui a grandi à la cour royale, vous ne pensez pas qu’une histoire aussi macabre est un peu trop difficile à entendre ?
Walter afficha un léger sourire narquois.
Guira et le duc Polarie observèrent simplement la scène avec curiosité.
Cependant, la princesse de Neia, vêtue d’une tenue militaire, ne semblait aucunement perturbée.
Cattleya Stramius affichait un mince sourire.
— Ne vous inquiétez pas pour moi. Je suis parfaitement consciente de la brutalité des tragédies engendrées par la guerre, même si j’ai peut-être grandi sous une cloche de verre.
— Tu peux dire ce que tu veux, mais ici, c’est une véritable guerre... Ça n’a absolument rien à voir avec ces histoires réconfortantes de bravoure que tu écoutais pendant les bals du soir, tu sais ?
Cattleya porta ses longues mains gantées devant ses lèvres.
— Vous savez parfaitement que notre pays a été envahi par Bakuos... Quant à la malveillance de ces envahisseurs, j’en suis parfaitement consciente puisque nous l’avons nous-mêmes subie.
Bam !
— Ne prends pas trop la grosse tête, petite morveuse... !
Bach abattit brusquement son poing sur la table.
— Tu sembles croire que vous pouvez accomplir davantage que nous afin de reprendre votre pays... Mais toute cette discussion n’a commencé qu’à cause de la mort soudaine des Cinq Guerriers Dragons ! Sinon, tu serais déjà devenue un spectacle pitoyable en tant qu’épouse de Civit... ! Et pour commencer, je n’aime pas du tout te voir ici à prétendre représenter l’ensemble de Neia !
Bach lança un regard furieux à Cattleya.
Cependant, l’expression de Cattleya demeura parfaitement imperturbable.
D’ailleurs, lorsque Bach avait frappé la table, elle n’avait même pas sursauté.
— Je crois que Bach-sama semble avoir mal compris quelque chose. J’ai récemment perdu mon père et mon fiancé l’un après l’autre... Et maintenant, vous parlez comme si tout cela n’était qu’un mal pour un bien. Croyez-vous vraiment que je ne pleure pas la mort de mon fiancé ?
— Guh, tu oses sans la moindre honte...
— De plus, concernant cette proposition de réintégrer Neia dans l’Alliance Sainte, c’est Vysis-sama elle-même qui l’a formulée. Si cela vous déplaît tant, je peux envoyer un pigeon messager magique pour lui annoncer que “Bach-sama désapprouve l’idée de Vysis-sama”...
— N-Ne déforme pas mes paroles comme bon te semble ! J-Je ne suis pas mécontent de la proposition de Déesse-sama... Je ne faisais que réprimander... l’attitude irrespectueuse de la Princesse Cattleya...
La manière de parler de Bach devint de plus en plus maladroite.
Walter vint au secours de son compagnon, dont la situation semblait tourner au désastre.
— Cependant, je doute que l’armée de Neia puisse même être considérée comme une véritable force de combat. Lorsque Bakuos a envahi leur pays, nous l’avons occupé sans rencontrer la moindre résistance. Même parmi les Chevaliers Saints, il n’y avait que cette femme...
Le Bach en sueur afficha un sourire vulgaire.
— D’ailleurs... Je me demande ce qui est arrivé à cette ancienne Cheffe des Chevaliers Saints sans la moindre honte, la première à prendre la fuite lors de notre invasion ? À l’heure actuelle, il semblerait que la plupart des gens pensent qu’elle est déjà morte quelque part.
— Vous parlez de Seras Ashrain, n’est-ce pas ?
Le duc Polarie, qui jusque-là observait la scène avec intérêt, prit soudainement la parole.
— J’avais également son portrait dans mon manoir. Ce serait vraiment dommage qu’elle soit morte... Non, mais ces vêtements que la Princesse Cattleya m’a vendus l’autre jour, j’avais l’impression que son doux parfum y était encore imprégné...
— Oh ? Le duc Polarie a lui aussi acheté certains de ses effets personnels à la Princesse Cattleya ?
— Mhmm ? Alors vous aussi, Guira-dono, vous en avez acheté ?
— En effet. Les effets personnels de Seras Ashrain commencent désormais à dépasser le stade où l’on peut simplement les échanger contre de l’argent. Les gens refusent de s’en séparer même lorsqu’on leur propose des piles de pièces.
— Mais c’est justement là qu’intervient la Princesse Cattleya, la personne qui était la plus proche d’elle. Ces précieux effets personnels de la Princesse Chevalière qui n’avaient encore jamais circulé dans le monde... Vous avez toute ma gratitude, Princesse Cattleya.
Cattleya sourit gracieusement.
— Je suis heureuse d’apprendre qu’ils vous plaisent.
— Si cela avait été possible, j’aurais aimé boire un verre avec Seras Ashrain de son vivant. Sa perte a dû être difficile pour vous, Princesse Cattleya ?
— Non... Peut-être que Seras est plus heureuse d’être morte.
— ?
Le duc Polarie pencha la tête.
Il y avait un sous-entendu caché dans la manière dont Cattleya avait prononcé ces mots.
— Même si elle était encore en vie, il vaudrait peut-être mieux que tout le monde la croie morte.
Pour une raison que j’ignorais, j’avais l’impression que les paroles de Cattleya signifiaient cela.
Bach fixa de nouveau Cattleya de ses yeux injectés de sang.
— Tsk ! Une petite fille issue d’un minuscule pays faible qui distribue ses flatteries sans intérêt... Enfin bref ! Seras Ashrain, pourtant célèbre pour son talent à l’épée, s’est enfuie la queue entre les jambes lorsqu’elle s’est retrouvée face à l’armée de Bakuos ! Par conséquent, Guira-dono ! J’aimerais que vous confiiez la sécurité du château à l’armée d’élite de Bakuos jusqu’à notre départ ! Je peux même vous laisser un Dragon Noir si vous le souhaitez !
— L’armée de Bakuos n’est-elle pas fatiguée par sa longue marche ? Nous pourrions parfaitement laisser les patrouilles aux soldats de Magnar...
— Qu’est-ce que vous racontez !? Notre armée n’est pas si médiocre qu’elle serait incapable d’accomplir une telle tâche simplement parce qu’elle a parcouru cette distance à pied !
Se penchant en avant, Bach échangea un regard avec le commandant d’Alion.
— Duc Polarie ! J’espère que vous transmettrez à Déesse-dono ma précédente demande concernant la défense du château... !
Peut-être dépassé par l’intensité désespérée de sa demande, le duc Polarie recula légèrement.
— J-Je comprends. Je veillerai à informer Vysis-sama du dévouement de l’armée de Bakuos...
Bach se rassit avec une expression triomphante.
Son regard était ostensiblement dirigé vers la Princesse Cattleya.
Une étrange atmosphère envahit soudainement la pièce.
— Quelqu’un, changez-moi cette ambiance !
C’était presque ce que semblait crier Guira tandis que son regard allait frénétiquement d’une personne à l’autre.
Peut-être par considération pour le seigneur du château, Cattleya prit la parole.
— Par exemple... Si nous étions capables de traverser directement cette Zone Démoniaque Dorée, nous pourrions considérablement raccourcir la distance de notre marche...
— Fumu...
Le duc Polarie marmonna tout en caressant sa longue moustache du bout des doigts.
— Une longue histoire nous a prouvé que cela était impossible... Tant que les monstres ne sortent pas de cet endroit, nous avons conclu qu’il était préférable de laisser cette région tranquille. Pour commencer, il est difficile d’y faire marcher une armée, car un cheval ordinaire ne parvient même pas à y conserver sa raison. Et surtout, je ne pense pas que quiconque soit capable d’en ressortir sain et sauf. Même les précédents Héros venus d’un Autre Monde n’ont pas réussi à chasser les monstres qui vivent dans la Zone Démoniaque. Si l’on ajoute à cela toutes ces ruines souterraines, elles sont tellement nombreuses que même Vysis-sama n’a eu d’autre choix que d’abandonner... Au moins, utiliser les monstres vivant à la périphérie comme proies pour permettre aux Héros de “monter de niveau” reste une bonne idée.
Guira vida sa coupe de vin.
— D’après nos informations, le Tueur des Cinq Guerriers Dragons et cette fugitive femme-léopard... Si les rapports sont exacts, ce sont des idiots. Ils sont délibérément entrés sur une terre où seule la mort les attendait. Même cette Sorcière des Tabous qui, selon les rumeurs, vivait cachée là-bas doit désormais être réduite à l’état d’ossements.
Bach renifla avec mépris.
— Malgré tout... C’était une remarque vraiment superficielle, Princesse Cattleya.
Croisant les bras derrière la tête, Bach s’enfonça davantage dans son siège.
— Traverser de force la Zone Démoniaque Dorée... Arrête de raconter des choses aussi irréalistes. Même si tu ne parles que d’une hypothèse, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de parler de rêves chimériques dans un endroit pareil... Pour être honnête, je commence à m’inquiéter un peu pour ton avenir.