Chapitre 175
Chapitre 175 – En avant, vers la zone démoniaque du Nord
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Les paysages défilaient sous nos yeux.
La forêt lugubre semblait s’étendre à l’infini.
Filant entre les immenses arbres qui semblaient bloquer la lumière du soleil se trouvait un char noir...
...et ce char était tiré par un immense cheval noir doté de cornes démoniaques, qui martelait le sol de ses épais sabots tandis que son hennissement joyeux résonnait clairement dans les environs.
— On dirait que... ça ne pose aucun problème à Slei.
Une plateforme avait été installée sur le toit du char.
Debout dessus, j’observais Slei.
Je n’étais pas tout à fait certain qu’elle serait capable de tirer ce char.
Cependant, une fois la bâche du char retirée, elle avait réussi à le tirer sans la moindre difficulté.
Il semblerait également que ses blessures étaient désormais complètement guéries.
La partie supérieure du char disposait d’une large plateforme.
Des garde-corps (?) y étaient même installés, bien qu’ils soient un peu bas.
Même à trois sur cette plateforme, nous n’étions pas vraiment à l’étroit.
Je pouvais donc rester ici afin d’intercepter les ennemis.
Je m’assis.
— Tu es vraiment certaine de vouloir me suivre ?
Je posai la question à Eve, qui était assise à genoux à côté de moi.
Gardant les yeux fixés au loin, elle répondit :
— C’est exactement ce que je t’ai dit avant notre départ. Je ne changerai pas d’avis.
Eve Speed allait nous accompagner dans cette opération de renfort.
Au départ, Seras n’avait jamais envisagé qu’Eve nous accompagnerait.
— C’est quelque chose que je fais pour mes propres raisons. De plus... Eve et Liz ont déjà atteint un endroit sûr où elles pourront vivre, alors elles n’ont plus besoin de se battre.
Eve et moi n’avions conclu que deux promesses.
— Eve m’indiquera où se trouve la Sorcière des Tabous.
— Je lui prêterai ma force jusqu’à ce qu’Eve et Liz atteignent cet endroit.
Ces deux promesses avaient déjà été tenues.
Tout ce qu’Eve désirait, c’était vivre paisiblement avec Liz.
Elle n’avait donc aucune raison de se forcer à nous suivre.
Cependant, Eve avait déclaré ceci...
— Disons que j’ai déjà remboursé ma dette envers Touka en te guidant jusqu’ici grâce à ma carte magique. Cependant, je n’ai pas encore remboursé celle que j’ai envers Seras.
Eve poursuivit :
— Lorsque Touka et moi combattions, c’était Seras qui veillait constamment sur Liz. C’est grâce à cela que nous avons pu nous battre sans avoir à nous préoccuper autant de sa protection.
Finalement, elle avait conclu par ces mots :
— Pour l’honneur de la famille Speed, je rembourserai ma dette envers Seras Ashrain. Et... Le moment de la rembourser est venu, Seras.
Une volonté inébranlable résonnait dans la voix d’Eve.
Apparemment, elle n’aurait accepté aucun refus de la part de Seras.
Je comprenais également à quel point Seras nous avait aidés pendant notre traversée de la Zone Démoniaque.
Pour le moment, cette même Seras se reposait à l’intérieur du char.
Nous avions établi des tours de garde.
Les yeux d’Eve, jusque-là tournés vers l’avant, se posèrent sur moi.
— Si nous devons traverser la partie nord de la Zone Démoniaque, je suis certaine que toi aussi, Touka, tu as pensé qu’il serait préférable que je sois là, pas vrai ?
Je détournai les yeux.
— Eh bien, ouais.
Pouvoir compter sur les yeux et les oreilles d’Eve représentait incontestablement un avantage considérable.
Surtout lorsque nous traversions une région aussi dangereuse.
— Cependant, quand je pense aux sentiments de Liz... Pour être franc, je ne savais pas si je devais vraiment te demander de nous accompagner.
— Fufu... En réalité, Liz et moi en avions déjà discuté ensemble. Nous nous étions demandé ce que nous ferions si, à l’avenir, Touka ou Seras avaient besoin de ma force.
Et apparemment, Liz avait répondu ceci :
— J’ai toujours rêvé du jour où Grande sœur et moi pourrions vivre heureuses... Mais si Grande sœur veut aider Touka-sama et Seras-sama à trouver eux aussi leur bonheur, alors je te soutiendrai, tu sais ? Je ne pense pas que ce soit bien que nous soyons les seules à être heureuses. Moi aussi, je veux que Touka-sama et Seras-sama soient heureux. Et puis... Nous n’aurions jamais pu trouver notre bonheur si Touka-sama et Seras-sama n’avaient pas été là, pas vrai ? Alors... Ne t’inquiète pas pour moi, Grande sœur.
— Fuu...
Un léger sourire apparut sur les lèvres d’Eve.
— Liz a même ajouté : “Mon seul regret, c’est de ne pas pouvoir les suivre, parce que je finirais simplement par devoir être protégée par tout le monde.”
Je claquai la langue.
— ...Liz est vraiment trop courageuse.
Elle était beaucoup trop raisonnable.
Liz était encore une enfant.
Ça aurait été bien qu’elle retienne Eve au lieu de l’encourager à nous accompagner.
— Liz et moi savons toutes les deux à quel point il est important d’avoir quelqu’un qui nous est cher. Et nous connaissons également la frustration de ne pas pouvoir aider cette personne lorsque cela compte vraiment... Si je ne vous aide pas cette fois-ci, j’ai l’impression que je le regretterai jusqu’à la fin de ma vie.
Avant notre départ, j’avais expliqué à Eve tous les détails de cette opération de renfort.
— De plus, Touka, si Liz est moins inquiète, c’est principalement grâce à cet outil magique.
Je glissai une main dans ma poche.
— Celui-ci, hein.
La Gemme de Téléportation.
Une gemme d’un violet éclatant.
À l’intérieur, je pouvais également distinguer plusieurs petites pierres précieuses.
Chacune d’elles avait été gravée selon une technique extrêmement complexe, jusque dans les moindres détails.
D’après Erika, il s’agissait également d’un outil magique utilisant des Arts Secrets datant des temps anciens.
— Une seule fois, elle permet d’envoyer les personnes et les objets se trouvant dans une certaine zone vers un endroit préalablement désigné.
Il s’agissait apparemment d’un objet extrêmement précieux, suffisamment pour mériter une place dans la chambre aux trésors de la Guilde des Magiciens.
Erika avait ensuite déclaré...
— Cette gemme était censée pouvoir être utilisée trois fois, mais j’ai déjà consommé deux de ses charges. Je conservais la dernière pour une évacuation d’urgence au cas où quelque chose tournerait mal après mon départ... Mais après avoir vu Liz dans cet état, je n’ai pas pu garder son existence secrète. Hah... C’est la faute d’Erika si elle est trop tendre...
...ou quelque chose comme ça.
La Gemme de Téléportation était constituée de deux gemmes fonctionnant ensemble.
Il fallait d’abord activer l’une des deux et la fixer à l’endroit choisi.
Ensuite, lorsqu’on activait l’autre, on était transféré vers l’endroit où la première moitié de la gemme avait été placée.
La Gemme de Téléportation servant de point de destination avait été installée dans un coin de la maison d’Erika.
Ainsi, même si le pire devait arriver, nous pourrions renvoyer Eve chez elle grâce à cette Gemme de Téléportation.
— Je ne m’attendais pas à ce que cette gemme suffise à elle seule à rassurer Liz.
— Je te l’ai déjà dit, Eve.
Plus précisément, je lui avais dit :
— Si je juge que tu es en danger, j’utiliserai cette Gemme de Téléportation de ma propre initiative.
— Fuuu...
Eve sourit avec intrépidité.
— Alors je devrai simplement faire en sorte de ne pas être trop gravement blessée.
— Fuuunnn...
Je reniflai avant de répondre sur le ton de la plaisanterie :
— Ouais, fais donc ça.
Même si je disais cela, j’espérais que nous pourrions tous rentrer sains et saufs.
Soit dit en passant, Eve avait récemment repris son apparence de femme-léopard.
Ses capacités étaient légèrement réduites lorsqu’elle se trouvait sous forme humaine.
De plus, elle n’avait aucune raison de dissimuler son apparence dans cet endroit.
Elle pouvait donc rester sous sa forme de femme-léopard jusqu’à ce que nous ayons traversé la partie nord de la Zone Démoniaque.
— Malgré tout... Je ne savais pas que toi et cette Déesse d’Alion aviez un tel lien.
Mon lien avec la Déesse.
Eve ne l’avait découvert qu’après notre arrivée chez Erika.
À l’origine, je comptais uniquement rester avec Eve et Liz jusqu’à notre arrivée chez la Sorcière.
De mon point de vue, elles n’avaient donc aucune raison d’en savoir davantage...
Cependant, à la suite de ce qui s’était passé, j’avais fini par tout leur révéler.
— Si tu avais pu apprendre les Sortilèges Interdits avant notre départ... Après cette opération de renfort, comptais-tu défier la Déesse d’Alion pendant qu’elle se trouvait dans les environs, Touka ?
— Dès la première fois où je lui ai montré le grimoire, je savais qu’Erika ne pouvait pas lire les caractères qui y étaient inscrits... J’avais donc compris que ce ne serait pas une option.
— Mhmm ? J’étais également présente lorsqu’Erika a examiné ton Grimoire d’Incantations... Mais comment as-tu su, à ce moment-là, qu’elle était incapable de le lire ?
— Grâce à l’endroit où se posait son regard.
— Son regard ?
— Lorsque je lui ai montré le Grimoire d’Incantations, Erika l’a ouvert et examiné, pas vrai ?
— Umu.
— La première fois que je l’ai regardé, j’ai moi aussi pu voir une phrase du Grimoire d’Incantations que je pouvais comprendre... Si Erika avait été capable de lire ce qui y était écrit, son regard aurait donné l’impression qu’elle “lisait”. Cependant, même si ses yeux manifestaient de l’intérêt lorsqu’elle l’observait, elle n’avait absolument pas l’air de lire.
— U-Umu... Tu l’avais donc observée à ce point...
— Elle n’avait simplement pas l’air de “lire”. Elle semblait plutôt vérifier si le grimoire était authentique ou non. Autrement dit, elle possédait peut-être certaines informations lui permettant de déterminer s’il s’agissait réellement d’un Grimoire d’Incantations, mais elle était incapable de le lire elle-même... C’est ce que j’avais supposé à ce moment-là.
Normalement, on aurait naturellement pensé qu’elle avait « lu » le Grimoire d’Incantations.
Après tout, si elle avait été incapable de le lire, il aurait été difficile de comprendre ce qu’elle faisait.
Par conséquent...
— Erika connaît probablement quelqu’un capable de lire le Grimoire d’Incantations... Et je pense que la raison pour laquelle elle voulait prendre le temps d’évaluer mon caractère était de déterminer s’il était vraiment acceptable que je rencontre cette personne. Alors, avant de quitter sa demeure, j’ai essayé de confirmer mon hypothèse directement auprès d’elle. Et ensuite...
— Tout s’est déroulé exactement comme tu l’avais prévu, hein.
— Ouais.
C’était pour cette raison que je n’avais pas pu apprendre les Sortilèges Interdits avant de partir pour cette opération de renfort.
Par conséquent, je devais encore éviter que l’autre camp découvre ma véritable identité.
Nous devions agir en gardant cela à l’esprit.
— Fumu... Cependant, Erika avait dit qu’elle te donnerait ces informations si tu parvenais à gagner sa confiance... Finalement, disait-elle la vérité ?
Je glissai de nouveau la main dans ma poche.
— Il semblerait que... j’aie réussi à gagner sa confiance d’une manière ou d’une autre.
Cette « chose » qu’elle m’avait prêtée avait été cousue dans la doublure de mes vêtements.
— Elle m’a parlé d’un certain endroit. Il semblerait qu’il existe une race de Demi-Humains appelée le Peuple des Interdits. Et Erika m’a donné la “clé” permettant d’entrer dans leur pays.
(N/T : 禁字族 / Kinjizoku)
Les oreilles d’Eve frémirent.
— Cet endroit dont elle parle... Ne me dis pas que...
— Erika a parlé du “Pays Lointain”... Tu connais ?
— Umu. Cependant, je pensais que ce n’était qu’une légende...
— Apparemment, pour franchir leur “porte” depuis l’extérieur du pays, il faut normalement être accompagné de l’une des deux Bêtes Divines vivant sur ce continent... Cependant, Erika possède une clé permettant de franchir cette porte, que le roi de ce pays lui a remise il y a très longtemps.
— Umu, je vois. Dans ce cas, je comprends pourquoi Erika hésitait autant à décider si elle devait te confier cette clé ou non...
— Au fond, Erika est simplement quelqu’un de bon...
Après avoir passé du temps avec elle, je l’avais compris.
Elle avait peut-être une vision pessimiste de ce monde.
Cependant, elle n’avait pas encore complètement renoncé à croire aux autres.
Du moins, c’était ainsi que je la voyais.
Peut-être était-ce simplement parce qu’elle nous avait déjà acceptés...
Ou peut-être parce qu’elle voulait encore croire en quelqu’un.
— ...............
C’est justement pour ça...
Qu’Erika était trop gentille.
Elle portait sur le Mal un jugement plus froid et lucide qu’Eve ou Liz.
Cependant, j’avais l’impression qu’elle possédait également une certaine cruauté en elle.
Elle souhaitait...
Pouvoir croire...
Que chaque personne possédait au moins une part de bonté dans son cœur.
Pourtant, certaines ordures dans ce monde ne pouvaient plus être sauvées.
Répondre à la bonté par la malveillance était quelque chose de terriblement courant.
Et malgré tout, Erika avait fini par me faire confiance et par me confier cette « clé ».
Gentille.
Beaucoup trop gentille.
C’était justement pour cette raison...
Que j’avais commencé à apprécier Erika.
Oui.
C’était cette bonté...
Que je commençais à trouver attachante.
Que ce soit chez Seras...
Chez Eve...
Ou même chez Liz...
Toutes possédaient une bonté pure.
Une « bonté pure ».
C’était cette merveilleuse vertu que possédait également la famille de mon oncle.
Il était impossible pour moi de la nier.
Et ceux qui possèdent une bonté aussi pure doivent être protégés.
Du moins, c’est ce que je crois.
Cependant, il existe réellement dans ce monde des êtres tellement empoisonnés qu’aucun antidote, aussi puissant soit-il, ne pourrait les purifier.
Il existe bel et bien des personnes maléfiques qui s’attaquent à ceux qui font preuve de bonté.
Dans ce cas...
Pour contrôler ceux qui possèdent du poison, il faut utiliser du poison.
Il suffit de laisser une personne maléfique dévorer ceux qui le sont également.
Oui...
Lorsque nous avons affaire à des êtres maléfiques, il suffit de laisser quelqu’un d’aussi maléfique que moi s’occuper d’eux.
Notre char continuait à foncer à travers cette forêt lugubre.
— ...............
Sans m’en rendre compte, un sourire apparut sur mon visage.
Enfin...
— Il faut dire que ça fait vraiment du bien de tabasser ces salopards...
Je devais l’admettre.
Moi aussi, je possédais une certaine brutalité.
— Mhmm ? Tabasser ces sal... ? Touka, de quoi diable es-tu encore en train de parler...
— Eve.
— U-Umu.
Les bras d’Eve se crispèrent légèrement tandis qu’elle se redressait.
Fixant l’espace légèrement brumeux devant nous, je déclarai :
— Durant cette opération de renfort, ma priorité est de vous garder toutes les deux en vie. Alors cette Gemme de Téléportation... Peu importe la manière dont je décide de l’utiliser, ne m’en veux pas.
▽
Ainsi, le Char Magique que nous avait confié la Sorcière des Tabous, tout en veillant à laisser suffisamment de temps à Slei pour se reposer entre chaque étape, traversa comme prévu environ la moitié de la partie nord de la Zone Démoniaque.
▽
— Grâce à la vitesse de Slei et à l’Obstruction de la Reconnaissance de ce Char Magique, on dirait que nous allons pouvoir arriver bien plus tôt que prévu...
Je rangeai la carte et posai un genou sur la plateforme située sur le toit.
À mes côtés se tenaient mes deux compagnes vêtues de noir.
Seras Ashrain.
Eve Speed.
Et sur mon épaule se trouvait mon partenaire slime.
Notre char était tiré par une Bête Magique ressemblant à un cheval noir doté d’immenses cornes démoniaques.
Sur une pente située un peu plus loin devant nous, la végétation luxuriante éclata soudainement.
— Giiiiiiiissssssshhhhhiiiiiiiiiieeeeeeeeeeeeeeeeeeeeaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhh !
Un gigantesque monstre aux Yeux Dorés surgit brusquement.
La capacité spéciale de notre char, l’Obstruction de la Reconnaissance, avait déjà cessé de fonctionner.
À partir de maintenant...
Notre combat contre les monstres de la partie nord de la Zone Démoniaque commençait.
Seras pointa en diagonale vers l’avant l’arbalète qu’elle avait déjà armée.
De son côté, Eve brandit une arme constituée d’une longue chaîne terminée par une boule de fer hérissée de pointes.
Ces deux armes provenaient de la demeure de la Sorcière.
Comme je le lui avais ordonné, Slei continua à foncer droit devant elle sans ralentir.
— Continue simplement à courir droit devant toi, Slei... Tu n’as pas besoin de t’inquiéter. Nous éliminerons tous les monstres qui se dresseront sur ton chemin.
S’ils comptaient nous attaquer, nous n’allions certainement pas les laisser s’en tirer comme ça.
Tout en évaluant la distance qui me séparait du monstre, je tendis mon bras droit devant moi.
— Bien, alors...
Seras et Eve se mirent en position.
— Commençons, voulez-vous ?