Chapitre 174
Chapitre 174 – La coopération de la sorcière
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
— Alors... Vous comptez vous infiltrer dans l’Armée du Sud de l’Alliance Sainte en tant que mercenaires ?
Erika parut stupéfaite en entendant mes paroles.
Après ma conversation avec Seras, nous nous étions immédiatement rendus dans la chambre d’Erika.
Nous lui expliquâmes la situation...
— Erika n’a aucun droit de vous arrêter, mais... Vous êtes sains d’esprit ?
Elle ne tenta pas de nous arrêter, mais elle commença sérieusement à douter de notre santé mentale.
— Si nous parvenons à traverser la partie nord de la Zone Démoniaque, nous pourrons peut-être rejoindre l’Armée du Sud, pas vrai ?
— Eh bien, oui. De plus... Il semblerait que les armées des différents pays qui doivent rejoindre l’Armée du Sud se dirigent vers Synad, la capitale royale de Magnar. Je pense donc qu’il est possible qu’ils y recrutent des mercenaires afin de renforcer leurs forces. Compte tenu de la vitesse à laquelle l’armée de Neia se déplace actuellement et de la distance qui la sépare de Synad... En effet, si vous traversez la partie nord de la Zone Démoniaque, vous pourriez arriver à temps.
Une lueur d’espoir apparut sur le visage de Seras.
Je pouvais voir le soulagement dans ses yeux lorsqu’elle me regarda.
— Il n’est pas encore trop tard.
Et c’était la Sorcière des Tabous, celle qui connaissait parfaitement la Zone Démoniaque, qui venait de l’affirmer.
— Cependant, ce n’est valable que si vous parvenez réellement à traverser cet endroit.
— Tu veux dire que le problème n’est pas le temps ?
La lumière chaude de la lampe éclairait Erika.
Son expression semblait indiquer qu’elle ne comprenait pas quelque chose.
Et ce n’était probablement pas simplement l’angle de la lumière qui donnait l’impression que son visage s’était assombri.
— Le problème, c’est de savoir si vous serez capables de traverser la partie nord de la Zone Démoniaque.
Assise en tailleur sur le lit, Erika leva son index.
— Vous êtes tous arrivés depuis Urza. Cela signifie que vous êtes passés par la partie sud de la Zone Démoniaque.
Ce qu’Erika essayait de dire...
C’était probablement...
— La puissance des monstres est différente entre les zones nord et sud ?
— Exact. Il y a énormément de saloperies féroces dans le nord.
Le soulagement qui s’était affiché sur le visage de Seras commença à vaciller.
— Il existe différentes théories expliquant pourquoi ils sont aussi nombreux dans cette région, mais Erika pense que c’est simplement parce qu’il s’agit de la zone la plus proche de l’endroit où est apparue la Racine de Tout Mal. Et les monstres puissants de cette région ont chassé les monstres plus faibles de leur territoire... J’imagine que c’est également pour cette raison que les monstres sont répartis comme ils le sont aujourd’hui. Enfin, ce n’est qu’une théorie.
— Euh, Erika-dono... Et si nous faisions un détour par l’est ou l’ouest...
— Si vous passez par là, il est fort probable que les forces principales se soient déjà affrontées avant votre arrivée. Autrement dit, vous n’arriverez pas à temps.
— ...............
Je lançai un regard interrogateur à Erika.
— À part traverser la partie nord de la Zone Démoniaque, existe-t-il un autre moyen de rejoindre l’Armée du Sud avant le début de la bataille ?
Erika haussa les épaules.
— J’ai bien peur de ne pas en connaître.
— Alors, nous n’avons qu’à aller vers le nord pour rejoindre l’Armée du Sud.
Seras sembla déconcertée par mes paroles.
— Cependant, Touka-dono...
— Si les sentiments de Seras n’ont pas changé, alors notre objectif ne change pas non plus. Si ce qui nous barre la route est un monstre... Il nous suffira de l’éliminer.
— Avec les Compétences d’États Anormaux de Touka, ce n’est peut-être pas impossible.
Erika poursuivit :
— D’après ce que j’ai entendu, tu es capable d’affronter des groupes entiers, Touka. Tu as également vaincu ce Mangeur d’Âmes... La prudence est certes nécessaire au combat, mais si tu surestimes trop l’ennemi, tu risques également de laisser passer une bonne occasion. Ce n’est certainement pas une bonne idée d’avoir excessivement peur des monstres de la partie nord de la Zone Démoniaque.
Erika se leva alors et ouvrit un tiroir d’une étagère.
Le tiroir était rempli de parchemins enroulés en cylindres.
Elle en choisit un et le déroula sur la table.
— Voici une carte de la partie nord de la Zone Démoniaque, réalisée à partir des informations recueillies par les familiers que j’y ai envoyés.
Nous nous penchâmes tous les trois sur la carte.
J’avais entendu dire qu’il était impossible de cartographier la Zone Démoniaque.
Mais apparemment, la Sorcière des Tabous en était capable.
Je désignai une partie de la carte.
— Qu’est-ce que cette ligne ?
— C’est un itinéraire qui peut servir de voie de sortie. Dans certaines zones où les grands monstres se déplacent en groupes, le terrain s’est également modifié de façon à faciliter leurs déplacements.
— Erika.
Je relevai les yeux.
— Si tu as pris la peine de cartographier un tel itinéraire... C’est que tu envisageais de quitter cet endroit tôt ou tard ?
Erika me regarda.
— Même si je comptais partir, cela aurait plutôt été dans une centaine d’années.
Sa façon de le dire me dérangeait.
— Tu parles comme si tu étais incapable de quitter cet endroit pendant encore une centaine d’années.
Seras semblait soupçonner quelque chose.
Non, plutôt...
Elle semblait désormais certaine d’une intuition qu’elle n’avait jusque-là que vaguement ressentie.
— Erika-dono, vous avez conclu un contrat avec une sorte d’esprit... ?
— ...Eh bien, oui.
Les mains posées sur la table, Erika confirma ses paroles.
— En venant ici, Seras a vu cette énergie magique s’accumuler au fond du lac, pas vrai ?
— O-Oui.
— Celle qui produit cette énergie magique est l’esprit qui réside dans l’Arbre Spirituel Sacré, Runereed... C’est également l’esprit qui vit dans cet endroit. En échange de l’utilisation de son énergie magique pour protéger ce lieu contre les Humains et les monstres, Erika utilise l’énergie magique produite par Runereed pour ses recherches et ses expériences.
(N/T : ルノウレド / Runouredo)
J’avais entendu dire que les Elfes n’étaient pas particulièrement doués pour manipuler leur énergie magique.
Ils étaient inférieurs aux Humains aussi bien en matière de quantité produite que de quantité d’énergie magique qu’ils pouvaient stocker.
Cependant, les expériences sur les outils magiques et autres objets similaires nécessitaient d’énormes quantités d’énergie magique.
C’était donc pour cette raison que la Sorcière des Tabous avait choisi « cet endroit ».
— Cette maîtresse a également été bénie par les aptitudes magiques propres aux Elfes Noirs... Mais pour les expériences sur les outils magiques conçus par cette Erika Anarveil, cette quantité est loin d’être suffisante.
— Le seul et unique esprit capable de produire de l’énergie magique... J’avais lu les légendes à son sujet dans de vieux ouvrages, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il existait réellement...
— Elle est très timide, c’est pour ça que Runereed dissimule sa présence depuis tout ce temps... Comme on pouvait s’y attendre d’une Haute Elfe. Tu avais vaguement senti sa présence, pas vrai ?
— Son énergie spirituelle était beaucoup trop faible... C’est pourquoi je pensais qu’il ne s’agissait que des vestiges d’esprits qui vivaient autrefois dans cet endroit.
— Erika.
Interrompant leur conversation, je posai la question que je voulais confirmer.
— Est-ce que tu ne veux pas quitter cet endroit ? Ou bien est-ce que tu ne peux pas le quitter ?
Après une courte pause, Erika répondit.
— La deuxième possibilité.
Je vois.
Seras prit la parole, comme pour confirmer ce qu’elle venait de comprendre.
— Erika-dono a probablement conclu un contrat qui l’oblige à “rester” dans cette région... Et en échange, vous pouvez utiliser le pouvoir de Runereed, pas vrai ?
Erika soupira.
— C’est exactement ça. Alors je suis désolée, mais je ne peux pas venir avec vous.
— Ne vous inquiétez pas, Erika-dono. Je vous suis déjà reconnaissante de nous avoir montré une carte avec un itinéraire aussi facile à suivre.
Je me mis à observer Erika.
Elle semblait légèrement mal à l’aise.
Nous terminâmes ainsi de passer rapidement notre itinéraire en revue.
— Je vais te donner celle-ci.
Erika me tendit une carte.
— Ça ne te dérange pas ?
— Fais-en ce que tu veux. Cependant, comme tu peux le constater, cette carte n’est pas parfaite non plus. Ne te fie pas trop aux informations qu’elle contient.
Erika versa de l’eau d’une cruche dans sa coupe en argent et la but.
Après s’être essuyé la bouche, elle reprit :
— Je vais réfléchir à ce que je peux faire pour vous aider d’ici demain matin. Nous reparlerons donc des détails demain.
▽
Tôt le lendemain matin, je me rendis dans la chambre d’Erika.
Cependant, elle n’était pas là.
Si elle n’était pas ici...
Alors était-elle dans son laboratoire ?
Je franchis la porte et descendis l’échelle que j’avais déjà empruntée auparavant.
Une fois en bas...
Clac, clang, boum.
J’entendis une sorte de bruit.
Je tournai mon regard vers sa provenance.
...Cette pièce, hein.
J’ouvris la porte et découvris une immense salle.
Elle était encore plus grande que celle où j’avais utilisé le Renforcement de Monstre sur Pigimaru.
La température y était plus fraîche que dans le laboratoire.
Cependant, même si la pièce elle-même était très spacieuse...
Une quantité incroyable d’objets encombrait cet immense espace.
Était-ce une sorte d’entrepôt rempli de bric-à-brac récupéré dans la Zone Démoniaque ?
Quant à Erika, elle avait plongé tout le haut de son corps dans une pile d’objets divers.
Elle semblait chercher quelque chose.
— Bonjour.
Les fesses toujours tournées vers moi, Erika me salua.
— Cet environnement et les changements de décor en fonction de l’heure... C’est pour éviter que tu perdes la notion du temps ?
— Tu as compris à quoi ça servait, hein. Alors, qu’est-ce que tu veux ?
— Je voulais simplement te parler rapidement en tête-à-tête. Seras devrait encore dormir après que j’ai utilisé <Sleep> sur elle.
Tel un chat reculant hors d’un trou, Erika retira son corps de la pile.
— Tu veux me parler de quelque chose ?
— Tout d’abord, pourquoi es-tu soudainement devenue aussi coopérative ?
— ...Eh bien, je suis désolée.
Des excuses sortirent soudainement de la bouche d’Erika.
...Il semblerait qu’elle avait immédiatement compris ce dont je voulais parler.
— Tu t’es soudainement sentie coupable de ne pas avoir été très coopérative après qu’on t’a annoncé que nous allions rejoindre l’Armée du Sud ?
Erika leva les deux mains dans un geste de reddition.
— ...J’ai été imprudente lorsque j’ai parlé de la Princesse du Saint Royaume de Neia. Elle semblait tellement heureuse de voyager avec toi que je pensais qu’elle avait déjà laissé son passé derrière elle.
Erika laissa transparaître une pointe de remords à l’idée d’avoir peut-être manqué de délicatesse en parlant de la Princesse.
— Tu ne t’attendais pas à ce que Seras réagisse comme ça, hein.
— Enfin... Avec une expression pareille, n’importe qui pouvait comprendre à quel point Seras tenait à eux. Je pense qu’elle croyait réussir à le cacher, mais elle n’y arrivait absolument pas.
Erika aussi avait percé le jeu d’actrice de Seras.
— C’est pour ça qu’Erika s’est sentie vraiment mal pour elle, alors je suis restée éveillée toute la nuit pour...
— Je sais. Et puis... Je pense que c’était bien mieux pour Seras d’apprendre tout ça maintenant plutôt qu’une fois que tout serait terminé. En fait... Je suis venu ici pour te remercier. Je pense que lui parler de la Princesse de Neia s’est finalement révélé être une bonne chose. J’ai seulement été un peu surpris que tu n’essaies absolument pas de nous arrêter.
— C’est parce qu’en vous regardant tous les deux, j’ai compris qu’il ne servait à rien d’essayer de vous arrêter. Je me sentais tout de même obligée de vous expliquer à quel point traverser la partie nord de la Zone Démoniaque serait difficile.
Erika épousseta le haut de son corps.
— Enfin... C’est justement pour ça que j’ai dit hier soir qu’Erika vous soutiendrait tous les deux autant qu’elle le pourrait.
Après avoir inspiré un instant, Erika désigna du pouce le fond de la pièce.
— Il y a quelque chose que j’aimerais te montrer, d’accord ?
Une autre porte, au fond de cette pièce, menait encore plus loin.
Erika poussa les deux battants de la porte avec ses mains.
Je la suivis dans la pièce.
— C’est...
Ce qui se trouvait au centre de la pièce était...
— Une calèche ?
— Plutôt qu’une calèche, je pense qu’on devrait appeler ça un char.
Il ne s’agissait évidemment pas de ce genre de char équipé de chenilles et d’un canon.
Ce qu’elle appelait un « char » ressemblait plutôt à ce qu’on pourrait qualifier de chariot de guerre.
Cependant, compte tenu de la disposition de l’espace réservé aux passagers, j’avais davantage l’impression de voir une « calèche ».
D’un autre côté, je comprenais pourquoi Erika appelait cela un « char ».
Son châssis noir semblait clairement avoir été conçu pour repousser les ennemis.
— C’est l’objet qu’Erika a utilisé lorsqu’elle est entrée dans la Zone Démoniaque, le “Char Magique”... Je le conservais au cas où j’en aurais besoin lorsque mon contrat avec Runereed prendra fin, mais...
— Tu comptes nous le donner ?
— Quoi ? Tu veux que je dise : “Regarde-moi ça !? Tu vois cette beauté !? Dis, Touka, tu n’es pas jaloux en voyant mon char !?” ou quelque chose comme ça !? À quoi ça servirait de me vanter, à part satisfaire inutilement mon ego...
Je me demandais si cette petite mise en scène était vraiment nécessaire.
Cependant...
— ...............
Son châssis était assez imposant.
Je veux dire...
Il attirait beaucoup trop l’attention.
Les monstres pourraient facilement nous repérer pendant nos déplacements.
Ce n’était pas adapté si nous voulions avancer discrètement.
Cependant, il était impossible qu’Erika n’en soit pas consciente.
Cela signifiait donc...
— Ce char possède une capacité particulière ?
— Il possède une capacité d’Obstruction de la Reconnaissance.
— Tu veux dire qu’il possède une capacité qui empêche les autres de reconnaître ce char et ce qui l’entoure ?
— Oui, je suppose qu’on peut l’expliquer comme ça.
Une fois encore, je reportai mon attention sur le char.
— ...Je vois.
Cette capacité était incontestablement exceptionnelle.
— Cependant, ce Char Magique ne possède plus qu’un tiers de son énergie. J’en ai consommé les deux tiers lorsque je suis venue jusqu’ici.
— Et j’imagine qu’on ne peut pas simplement le recharger.
Une main sur la hanche, Erika baissa la tête.
— Les outils magiques comme celui-ci utilisent des Arts Secrets datant des temps anciens, et chacun d’eux n’emploie pas la même énergie. Par conséquent, je ne peux pas fabriquer un outil magique utilisant la même énergie que celui-ci. Non... Ni sa méthode de fabrication ni un moyen de le recharger en énergie, cette Anarveil n’a réussi à les comprendre. C’est assez frustrant, je dois l’admettre.
C’était donc ce qu’on appelait une « technologie perdue ».
— Alors, ça ne te dérange pas que nous utilisions l’énergie restante ?
— Ça ne me dérange pas. Erika trouvera simplement un autre moyen de quitter cet endroit.
Erika s’approcha du char.
— Le problème, c’est que... La créature magique qui tirait ce Char Magique jusqu’ici n’est plus utilisable depuis mon arrivée. Et fabriquer quelque chose de semblable demanderait énormément de temps.
Cela signifiait donc...
— Il faudra compter sur Slei, hein.
— Je pense que la troisième forme de cette mystérieuse Bête Magique devrait en être capable...
Je lui avais montré la troisième forme de Slei quelques jours auparavant.
Au final, je n’avais obtenu aucune nouvelle information.
Cependant, il était évident que la Sorcière des Tabous avait examiné la Bête Magique jusque dans les moindres détails, au point d’aller regarder sous la langue de Slei.
Erika bomba fièrement la poitrine.
— Quoi qu’il en soit, pouvoir avancer jusqu’à environ la moitié de la partie nord de la Zone Démoniaque sans être repérés par les monstres, ça ne te semble pas intéressant ?
— ...............
Ce n’était qu’une estimation approximative, mais...
Nous pourrions peut-être traverser environ la moitié de la partie nord de la Zone Démoniaque sans rencontrer le moindre monstre.
Je devais reconnaître que c’était extrêmement tentant.
Nous pourrions également simplement abandonner le char une fois la moitié du trajet dépassée...
Cependant, ce Char Magique...
Il avait clairement l’air conçu pour le combat.
Je pouvais même voir une partie ressemblant à un dispositif capable de projeter des lances.
D’après Erika, il possédait également plusieurs capacités offensives en plus de son Obstruction de la Reconnaissance.
Ainsi, la décision de l’abandonner ou non dépendrait peut-être aussi de l’utilité de ses capacités offensives.
— En plus de ce Char Magique, il existe également d’autres outils magiques fabriqués personnellement par cette Sorcière des Tabous. Ce ne sont encore que des prototypes expérimentaux, alors leur durabilité pourrait poser problème, mais... Enfin, tu peux simplement choisir ceux qui pourraient vous être utiles et je vous les donnerai.
— C’est donc ce que tu cherchais dans cette pile tout à l’heure.
Apparemment, la pile de tout à l’heure était constituée d’outils magiques fabriqués par Erika elle-même.
...Ils étaient empilés de manière tellement négligée que je les avais pris pour des déchets.
— La plupart ne sont pas vraiment conçus pour une utilisation prolongée, alors considère-les simplement comme des objets à usage limité.
— Même ainsi, ils augmenteront notre potentiel de combat, alors je t’en suis vraiment reconnaissant. Au fait, ce char peut être transporté jusqu’à la surface ?
— Ne me fais pas rire. Je suis Erika Anarveil, tu te souviens ? Tu crois vraiment que je n’y ai pas pensé ? Ne t’inquiète pas, je demanderai aux golems de le transporter.
— Fuunnn...
Elle renifla.
— Enfin, c’est bien ce à quoi je pouvais m’attendre de ta part.
— Ah, et puis... Lorsque vous vous infiltrerez dans l’armée en tant que mercenaires, vous vous présenterez sous le nom d’“Escadron du Seigneur des Mouches”, pas vrai ?
— ? Ouais.
— Attends une seconde.
Sur ces mots, Erika quitta la pièce.
Quelques instants plus tard, elle revint accompagnée d’un golem.
Dans ses bras se trouvaient ce qui semblait être des vêtements noirs.
Erika déplia l’un d’eux.
— Tant qu’à faire, pourquoi ne pas faire une entrée fracassante ?
La robe qu’elle venait de dévoiler dégageait effectivement une atmosphère parfaitement adaptée au Seigneur des Mouches et à ses subordonnés.
Contrairement à la robe du Grand Sage que je portais actuellement, celle qu’elle me présentait criait littéralement « grand méchant ».
Cependant, elle ne semblait pas mal assortie à mon masque.
En réalité, elle renforçait jusque dans les moindres détails mon apparence de « grand méchant ».
— Tu as récupéré ça dans la Zone Démoniaque ?
— Les matériaux, oui. Erika l’a confectionnée avec ces matériaux. Je comptais justement te la donner au moment de ton départ, mais... Qu’est-ce que tu en penses ? Elle est classe, pas vrai ?
Sa voix semblait étrangement enthousiaste.
Je pouvais même distinguer une sorte d’éclat dans ses yeux habituellement impassibles.
Sa respiration semblait également légèrement plus agitée.
Comme toujours, aucun sourire n’apparaissait sur son visage, mais elle semblait heureuse.
Je pouvais également apercevoir des vêtements qui semblaient avoir été confectionnés pour Eve et Liz...
J’imagine qu’elle aimait vraiment confectionner des vêtements.
— Enfin, tes goûts ne sont pas si mauvais.
Erika me montra la doublure de la robe.
Comment dire...
Ça ressemblait un peu à ces émissions de télé-achat où l’on faisait une démonstration spectaculaire d’un produit.
— Ce n’est pas seulement une question d’apparence, tu sais ? J’ai également veillé à ce que ce soit parfaitement pratique. Ces vêtements ont été tissés avec du fil d’Araignée-Lion Noire, ils sont donc à la fois résistants et ignifugés.
Erika poursuivit fièrement ses explications.
J’avais entendu dire qu’elle s’était donné beaucoup de mal pour confectionner les manteaux de Seras et Eve.
Je touchai la blessure de mon épaule, dont la douleur avait désormais presque entièrement disparu.
Si nous avions porté un équipement de protection comme celui-ci, nous aurions peut-être pu éviter de subir ce genre de blessure.
De plus...
Je comparai ma robe aux manteaux des autres.
— ...............
L’ensemble donnait même l’impression d’un véritable uniforme.
On pouvait dire que notre « Escadron du Seigneur des Mouches » commençait enfin à réellement ressembler à une unité.
— Très bien.
Je tendis la main.
— Les équipements de protection fabriqués de la main d’Erika Anarveil... L’“Escadron du Seigneur des Mouches” les utilisera avec gratitude.