Chapitre 173
Chapitre 173 – Pour cette raison...
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<PDV de Seras Ashrain>
Il était tard dans la nuit...
J’étais assise au bord du lit, en train de prier.
(Princesse, puisse la fortune vous sourire sur le champ de bataille...)
Dans ma main, je serrais le collier que la Princesse Cattleya m’avait donné le jour où nous nous étions séparées.
Touka, qui était déjà allongé sur le lit, m’interpella derrière moi.
— Comme je le pensais, tu t’inquiètes vraiment pour eux, hein ?
— Oui. Je mentirais si je disais que je ne m’inquiète pas pour elle.
Je souris avec ironie.
— Cependant, la Princesse a également les Chevaliers Saints à ses côtés. Je suis certaine qu’ils sauront la protéger.
— Tu leur fais vraiment confiance, hein.
— La Princesse a son propre chemin à suivre, et moi, j’ai le mien. Pour l’instant, nous devons simplement croire au chemin que chacune a choisi et continuer à avancer.
— ...Vous avez déjà fait vos adieux ?
— Oui. Si nous ne nous étions pas dit adieu à ce moment-là... Je ne sais pas si j’aurais pu être aussi calme que je le suis maintenant.
Je me levai et me dirigeai vers la porte.
— Excusez-moi, je dois aller aux toilettes.
— Tu n’es pas obligée d’abandonner une chose simplement pour en avoir une autre.
— Fufu, vous avez peut-être raison.
Laissant derrière moi un sourire ironique, je quittai la chambre.
▽
Après avoir parcouru une certaine distance dans le couloir, je m’arrêtai et posai doucement une main sur ma poitrine.
— ...............
(Princesse...)
Une violente sensation d’oppression tourbillonnait dans ma poitrine.
Enfin...
Il était impossible que je sois réellement en paix.
La main posée devant ma poitrine, je pouvais sentir le collier que Cattleya m’avait donné ce jour-là.
Nous avions déjà terminé nos adieux.
C’était ce que j’avais dit à Touka.
Cependant, à cette époque, il n’y avait pas seulement les soldats de Bakuos...
Les Cinq Guerriers Dragons approchaient également.
Nous n’avions même pas eu le temps d’être tristes à l’idée que nous allions être séparées pendant très longtemps...
(Ce jour-là...)
Les dernières paroles que Cattleya m’avait adressées juste avant de m’aider à m’enfuir.
— Les jours que nous avons passés ensemble et les souvenirs que nous en gardons ne sont-ils pas déjà irremplaçables ? Alors, je te dis adieu.
Alors même que c’était elle qui allait rester dans un endroit où elle risquait de mourir...
Elle m’avait adressé ces mots avec un petit sourire rempli d’assurance.
Cependant, moi...
(Je n’ai pas pu lui dire adieu comme je le voulais...)
— ...............
L’armée de Neia, dirigée par Cattleya elle-même, allait participer à la guerre.
Lorsque Erika me l’avait annoncé, j’avais été profondément bouleversée.
Je m’étais déjà attendue à ce qu’on leur demande de lever une armée.
Cependant, je n’aurais jamais imaginé que cela se transformerait en une bataille destinée à reprendre notre pays...
Je n’avais pas prévu cela.
Il était vrai que les chances n’étaient pas en leur faveur.
Je ne pensais pas m’être trompée dans mon jugement concernant Cattleya.
Cependant, cette évaluation ne représentait qu’une moitié de ce qu’était réellement Cattleya.
(Elle possède également l’audace de tout miser lorsqu’elle se retrouve face à une occasion — qu’elle n’a pas d’autre choix que de saisir. Et bien sûr... La Princesse est prête à risquer jusqu’à sa propre vie si elle estime que c’est nécessaire...)
Cattleya survivra-t-elle à cette guerre ?
Reprendre Neia des mains de Bakuos...
Oui.
Cette bataille représentait également une occasion unique pour Neia.
(À l’inverse, s’ils laissent passer cette occasion, je ne sais pas quand la prochaine se présentera...)
Cattleya avait certainement estimé qu’elle n’avait pas d’autre choix que de saisir cette opportunité.
Cattleya et moi avions grandi ensemble comme de véritables sœurs.
Était-ce pour cette raison... ?
J’avais l’impression de pouvoir comprendre ses pensées et sa détermination comme si elles reposaient dans la paume de ma main.
(Cependant, je ne peux pas courir jusqu’à ses côtés. Alors, je vous en prie... Je vous en prie, restez saine et sauve...)
Je suis désormais la chevalière qui a consacré son épée à Touka Mimori...
On m’a confié le poste de Vice-Capitaine de l’Escadron du Seigneur des Mouches.
Et j’accomplirai la responsabilité qui m’a été confiée.
(C’est vrai...)
Je dois également m’assurer que Touka ne se doute de rien.
Il est étonnamment perspicace.
(C’est pourquoi...)
À partir de maintenant, je devrai être encore plus vigilante pour garder tout cela caché.
Je ne veux pas qu’il s’inquiète davantage.
J’ai juré...
De lui consacrer ma vie.
Cette vie servira à accomplir ses objectifs.
C’est pourquoi cette confusion...
Cette inquiétude...
Ces... sentiments...
Je les enfouirai au plus profond de mon cœur.
(...Même si j’ai déjà commis une erreur une fois en laissant mes émotions prendre le dessus.)
Cependant, cela n’est arrivé qu’une seule fois.
(Oui, mes sentiments... Je les lui transmettrai simplement une fois le voyage de Touka-dono terminé. Jusque-là, en tant que chevalière fidèle... Avec cette épée...)
Je tuerai ce moi.
Voilà ce que signifie servir quelqu’un.
Je ne dois pas devenir un obstacle à son objectif.
Oui, jusqu’à ce qu’il accomplisse sa vengeance contre la Déesse...
— ...............
(La Déesse...)
Est-ce la Déesse qui a proposé cette idée concernant l’indépendance de Neia ?
(Si jamais la Déesse trompait la Princesse... Et s’il arrivait quelque chose à la Princesse à cause de cela...)
Je ne pourrais certainement jamais pardonner à la Déesse de toute ma vie.
Une fois encore, je ne pus qu’offrir une profonde prière.
— ...............
Lorsque Touka aura accompli son objectif, si toutes les deux avons la chance d’être encore en vie...
(À ce moment-là...)
Je veux la revoir.
La Princesse.
Alors que je formulais ce souhait au plus profond de mon cœur, je réalisai que ma main serrait de nouveau le collier avec force.
— Seras.
(Hein... ?)
Mon cœur manqua un battement.
Sans que je m’en sois rendu compte, à quelques pas derrière moi...
— ...Touka-dono.
Touka se tenait là.
— Avez-vous besoin de quelque chose ?
— Je me demandais simplement si tu allais bien.
— ...............
Je m’efforçai de retrouver mon calme.
Dans mon esprit, je commençai à assembler les mots que je devais prononcer.
— Vous êtes venu vérifier si j’allais bien ? J’admets avoir été quelque peu bouleversée lorsque j’ai entendu les nouvelles concernant Neia. Cependant...
Lentement, je rangeai le collier que je tenais devant ma poitrine.
— Je vais bien maintenant.
Je prononçai ces mots en m’efforçant de conserver mon calme.
— Quel que soit le résultat de cette bataille, la Princesse reprendra certainement Neia un jour. De plus... Ne vous l’ai-je pas déjà dit ? Je suis désormais votre chevalière, une chevalière qui est déjà morte une fois. Je ne regarderai plus vers mon passé. Désormais... J’utiliserai toute ma puissance pour vous.
— Toute ta puissance pour moi, hein... Est-ce vraiment la vérité ?
Il avait percé mon mensonge à jour.
Je le compris immédiatement.
Boum.
— Mes... Mes excuses. Comme je m’y attendais, entendre parler du Saint Royaume de Neia, où je vivais autrefois... J’admets que mes anciennes émotions ont peut-être eu une certaine influence sur moi. Cependant, soyez rassuré... Je vais...
— Ça suffit.
— Hein, euh... Touka-dono... ?
Au bruit de ses pas, je pouvais comprendre que Touka s’approchait.
Je pouvais également sentir qu’il était assez irrité.
Ses paroles ne contenaient aucun mensonge.
Touka était réellement irrité.
C’était également la première fois qu’il dirigeait une telle émotion contre moi.
Je sentis mon cœur battre plus vite.
Touka s’arrêta juste derrière moi.
— Si c’est vraiment le cas...
Je fermai les yeux.
— ...............
— Alors pourquoi est-ce que tu pleures ?
— ...Hein ?
Je venais seulement de m’en rendre compte.
En regardant le sol à travers ma vision brouillée, je vis qu’un grand nombre de larmes s’y étaient accumulées...
Quand cela avait-il commencé ?
Sans même m’en apercevoir, j’avais déjà...
...pleuré tout ce temps ?
Ma voix n’avait pourtant pas tremblé...
Mon corps avait pourtant déjà cessé de trembler.
Soudain...
Pat.
Je sentis la main de Touka se poser sur ma tête.
— ...Ah.
— Désolé... mais tu n’es pas la seule capable de voir à travers les mensonges.
— Touka-dono... ?
— Dis, Seras.
— Q-Qu’y a-t-il... ?
Face à ma réponse tremblante, il répondit d’une voix donnant l’impression qu’il venait de comprendre quelque chose.
— Comme je le pensais, tu es vraiment étrange.
— Hein ?
— Je n’avais jamais ressenti une telle irritation envers quelqu’un auparavant, pas même envers ma tante.
(Sa tante... ?)
— Ce sentiment... C’est sincèrement la première fois que je le ressens depuis le jour de ma naissance.
J’avais effectivement remarqué son irritation.
Cependant, elle avait désormais complètement disparu de sa voix.
À la place, il y avait de la douceur.
Et une pointe de perplexité.
J’avais l’impression que lui-même était surpris par ses propres émotions.
— Alors, Seras.
— Q-Qu’y a-t-il... ?
— Tu dois arrêter de toujours te retenir. Tu as le droit d’être égoïste de temps en temps.
— ...Hein ?
— Cette promesse que tu m’avais faite autrefois, comme quoi tu ferais tout ce que je te demanderais... Tu l’as oubliée ?
— E-Euh... Touka-dono ? Qu’est-ce que vous venez de...
— Toi... Tu voulais vraiment l’aider, pas vrai ? Tu voulais devenir la force de cette Princesse... Pourtant, tu refuses de dire que tu veux l’aider. Non... Tu n’arrives probablement même pas à le dire, pas vrai ?
— ...............
Ça...
Ça n’allait pas.
Ça n’allait vraiment pas.
— N-Non... Je...
— Lorsque nous dînions, Erika et les autres étaient là, alors je n’ai rien dit devant elles, mais... Tu es vraiment facile à lire, tu sais ?
— Hein...
— Il suffit de t’observer pour comprendre à quel point cette “Princesse” est importante pour toi. Tu m’as déjà dit autrefois que mon expression changeait lorsque je parlais de mon oncle et de sa famille, mais...
Touka commença à m’assaillir de paroles, phrase après phrase.
— Lorsque tu parles de cette “Princesse”... Tu sais quelle expression tu affiches ?
— L’expression que j’affiche... ?
— L’expression que tu prends lorsque tu parles de cette “Princesse”, une personne qui va partir sur un champ de bataille sans même savoir si elle en reviendra vivante... Il serait absurde que tes émotions ne soient pas bouleversées.
— C-C’est...
— Je te suis reconnaissant d’essayer de réprimer toutes ces émotions lorsque tu travailles avec moi, parce que tu as parfaitement conscience d’être mon “épée”. Cependant, aller jusqu’à étouffer tes sentiments pour quelqu’un qui compte réellement pour toi... Ça, c’est mal.
Je sentis mon visage se crisper tandis que j’essayais tant bien que mal de trouver les mots nécessaires pour répondre.
Je tentai désespérément de trouver quelque chose à dire.
— Touka-dono, la Princesse et moi... nous avons déjà... correctement fait nos adieux...
— Tu te trompes.
— Hein ?
— Si vous vous étiez vraiment fait de véritables adieux, tu aurais une bien meilleure tête que maintenant. Enfin... Tu as encore beaucoup de choses à apprendre en matière de comédie, Seras.
Je serrai les dents.
J’essayai au moins...
De retenir mes larmes.
Mais je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer.
Mon esprit ne cessait de déborder de questions.
Pourquoi...
Pourquoi est-il...
...C’en est trop pour moi...
...Quelqu’un pourrait nous voir.
— Je pense savoir à quel point il est douloureux de ne pas pouvoir faire correctement ses adieux.
De véritables adieux.
Je ne pus que laisser échapper un souffle de surprise.
...Ah.
Je vois.
C’était donc ça.
Les personnes qui lui étaient chères.
Lui non plus n’avait pas pu leur faire correctement ses adieux.
— Si tu veux continuer à servir en tant que mon “épée”, comme tu l’as juré... Ça ne me dérange pas. Cependant... Je pense qu’il n’est toujours pas trop tard pour faire correctement tes adieux à cette Princesse, pas vrai ?
— Cependant...
— J’ai obtenu toutes ces informations d’Erika après le dîner. L’armée de la Princesse Cattleya n’a pas encore été incorporée à l’Armée du Sud, et elle n’a pas encore réellement rejoint les combats.
— !
— Il semblerait qu’au départ, ils se déplaçaient avec les autres... Mais l’armée du Grand Empereur Démon qui envahit actuellement le sud, contrairement aux armées de l’est et de l’ouest, aura encore besoin d’un certain temps avant que les forces principales des deux camps ne s’affrontent. De plus... J’ai entendu dire que beaucoup de mercenaires participaient à cette guerre. Dans ce cas, je pense que nous pourrions nous glisser dans l’Armée du Sud en nous faisant passer pour des mercenaires.
— Touka-dono... Vraiment... ? Nous allons réellement nous rendre sur ce champ de bataille pour affronter l’armée du Grand Empereur Démon... ? N-Non, cependant... Nous sommes au cœur de la Zone Démoniaque...
— Tu sais bien que nous avons simplement forcé notre passage à travers les monstres lorsque nous sommes entrés dans la Zone Démoniaque, pas vrai ? Dans ce cas...
Touka se trouvait désormais derrière moi.
Et pourtant, dans mon esprit, j’avais l’impression de pouvoir clairement voir ce sourire mauvais sur son visage.
— Ce serait vraiment étrange si nous étions incapables d’en ressortir par nos propres moyens, tu ne crois pas ?
— Je pense... Euh...
— Je vais te dire quelque chose, Seras. Sache que toi...
Touka posa ses mains sur mes épaules.
— Tu es très douée pour voir à travers les mensonges... mais tu es vraiment mauvaise pour en raconter.
— Je...
— Tu n’as pas besoin de te tromper toi-même au point de finir par tuer ce que tu es.
— Fuuunnn...
Touka renifla.
— À partir du moment où tu as cru pouvoir me le cacher, tu avais déjà perdu.
— ...............
Comme si quelque chose qui avait été retenu jusque-là venait enfin d’être libéré, je sentis cette sensation se répandre dans tout mon corps.
...Il semblerait qu’il ne servait plus à rien de le cacher.
J’avais l’impression que je ne pouvais plus rien lui dissimuler maintenant.
Il aurait probablement une réponse à chacun des doutes qui agitaient mon cœur.
— Tu veux prêter ta force à la Princesse. Et au minimum, tu veux aussi pouvoir lui faire correctement tes adieux. C’est... ce que tu souhaites, pas vrai ?
Les larmes ruisselaient sur mes joues tandis que je continuais à sangloter.
J’essayai de les essuyer avec mes deux mains.
Cependant...
Les larmes ne faisaient que se multiplier.
J’essuyais encore et encore...
Mais elles continuaient de déborder sans fin, accompagnées de ces émotions qui me secouaient violemment.
— Oui... Oui, Touka-dono...
Je sentis les mains posées sur mes épaules se resserrer légèrement.
— C’est très bien comme ça.
Touka retira ses mains de mes épaules.
— Allons-y.
Il me dépassa.
Puis, une fois devant moi, il me parla en me tournant le dos.
— Nous devons nous préparer pour la guerre.
Comme si j’avais complètement oublié comment arrêter mes larmes, celles-ci continuèrent de couler tandis que je lui adressais mon sourire le plus radieux.
Et je répondis dans son dos.
— Oui... Oui, mon Seigneur Touka-dono...
— Encore une chose.
Touka tourna légèrement la tête vers moi.
Cependant, j’avais l’impression que ses yeux d’un noir profond ne me regardaient pas.
Ils semblaient fixer un mur quelque part sur le côté.
— Si la situation tourne vraiment en notre faveur...
Ses yeux d’un noir de jais, dépourvus de toute chaleur, ne regardaient plus cet endroit.
Ils semblaient contempler quelque chose, très loin, au cœur des ténèbres.
— Il y a certaines personnes que j’aimerais écraser. Alors profiter un peu de cette occasion ne devrait pas faire de mal, pas vrai ?