Chapitre 170
Chapitre 170 – Les deux rechercheurs
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Les yeux de Liz se mirent à briller.
Un soupir d’admiration s’échappa de ses petites lèvres.
— Grande sœur, tu es tellement belle...
Ses cheveux châtains, doux et volumineux, descendaient jusqu’à sa taille.
Elle avait conservé ses yeux vert jade.
Ses sourcils fins, qui semblaient avoir été dessinés d’un seul trait, étaient particulièrement nets.
Ses yeux de poisson mort, débordant pourtant d’intelligence, donnaient l’impression qu’elle était certaine de sa victoire sans pour autant paraître arrogante.
Était-ce à cause de sa personnalité d’origine ?
Son apparence correspondait parfaitement au calme habituel d’Eve.
En d’autres termes, en l’observant attentivement, je pouvais parfaitement reconnaître Eve Speed.
On pouvait dire qu’elle était plutôt séduisante.
Eve avait déjà un corps élancé à l’origine.
Sa silhouette était bien proportionnée.
Même les traits de son visage étaient plutôt beaux, ce qui était désormais beaucoup plus évident sous sa forme humaine.
Bref...
On pouvait dire qu’elle était vraiment très belle.
— U-Umu.
Laissant échapper un grognement, Eve toucha son bras transformé.
— J’ai déjà touché la peau sans fourrure des Humains auparavant, mais c’est étrange de ne plus avoir de fourrure moi-même. C’est un peu déconcertant... Je vois. Je crois que je n’avais jamais vraiment compris pourquoi les Humains tenaient autant à porter des vêtements jusqu’à maintenant.
En disant cela, Eve toucha les cheveux qui tombaient sur sa joue.
Ses cheveux à l’apparence douce ondulèrent légèrement.
— Cette sensation lorsque je touche mes cheveux n’est pas désagréable. Je pense toutefois qu’ils risqueraient de me gêner un peu au combat. Cependant...
Faisant rouler son cou et ses épaules, Eve souleva légèrement ses hanches.
— L’absence de ma queue perturbe un peu mon équilibre. C’est étrange de ne plus sentir quelque chose qui était censé être là.
Eve commença ensuite à examiner les autres parties de son corps qui avaient changé.
Slei s’approcha légèrement d’elle et se mit à tourner lentement autour d’Eve.
Finalement, Slei s’avança jusqu’à elle, approcha son museau et commença à la renifler.
— Kyuuuuuuu~... Tsun, tsun... Pakyyuuu !? Pakyyuuunnn♪
— Mhmm ? On dirait que tu as compris que c’était moi grâce à mon odeur, Slei.
— Pakyyuurrriii !
Elle avait donc toujours la même odeur...
Erika vint se placer à côté de moi.
— On dirait que c’est une réussite.
— Apparemment.
Erika posa ses deux mains sur sa poitrine.
— Bon sang, même la taille de sa poitrine a changé... Passe encore de comparer la mienne à celle de Seras, mais Erika ne pourra jamais rivaliser avec ça.
Je fis lentement glisser mon regard vers Erika.
— Tu as dit tout à l’heure que tu avais fabriqué ces bracelets “pour les hommes-léopards”, pas vrai ?
— Oui, je crois avoir dit ça.
Les mains posées sur sa taille légèrement tournée, Erika regarda Eve.
Elle semblait étrangement mélancolique.
— Eidim et Paqui... Les parents d’Eve étaient tous les deux forts et vertueux. Seulement, ils plaçaient beaucoup trop d’espoir dans les Humains. Cette maîtresse les appréciait justement pour cette raison, mais à l’inverse, leur vertu m’inquiétait aussi énormément.
Les bonnes personnes finissaient par devenir les proies des autres.
C’était la leçon que j’avais apprise de ces salauds, mes véritables parents.
— Je ne sais pas si la vertu d’Eve vient de l’influence de ses parents...
— J’en suis certaine. Eidim et Paqui ont offert à l’enfant que j’étais un endroit où dormir et de la nourriture gratuitement, sans poser la moindre question. Et pas seulement pendant un jour ou deux.
— Et ils ont fait ça malgré la différence entre vos races, hein.
— Oui.
Évidemment, avec quelque chose comme ça, elle devait se sentir redevable envers eux.
— Si tu lui as donné ce bracelet maintenant, c’est parce que j’ai demandé ce matin à Eve de m’entraîner au combat rapproché ?
— Exact. Je me suis dit que ce serait également une bonne occasion pour elle de s’habituer à manier des armes sous sa forme humaine. Ses sensations seront forcément légèrement différentes de celles qu’elle possède sous sa forme d’homme-léopard.
— Je suppose que c’est aussi pour cette raison que tu lui as donné ces vêtements.
— Ce sera plus facile pour vous tous d’observer les changements de son corps lorsqu’elle prend sa forme humaine. Et puis, que sa queue réapparaisse ou disparaisse, ça n’aura pas vraiment d’importance avec ce genre de vêtements.
C’était donc pour cette raison qu’elle portait une tenue aussi révélatrice.
Non, attends une seconde.
— Alors, qu’en est-il de Liz ?
— Hein ?
— Il y a une raison pour laquelle Liz doit elle aussi porter cette tenue ?
Elle me lança un regard renfrogné.
— Elles te l’ont déjà dit, non !? Ce sont elles qui ont choisi ces vêtements, et il se trouve simplement qu’ils correspondent aussi aux goûts d’Erika. Eve partage simplement les mêmes goûts qu’Erika. Tu as un problème avec ça !?
— Fuuunnn...
Elle renifla.
— ...Je te l’ai déjà dit, non ? Tant que la personne qui les porte les apprécie, ça ne me dérange pas. Par contre, si elles ont l’impression qu’on les a manipulées pour les porter, je les en empêcherai.
Erika...
— Fuunnn...
Tout en continuant à me lancer des regards désapprobateurs, elle se tourna vers Liz.
— Dis-moi, Liz. Tu détestes ces vêtements ?
Prise au dépourvu, Liz répondit précipitamment à Erika.
— N-Non, je ne les déteste pas... Je porterais n’importe quels vêtements que Touka-sama et Erika-sama me donneraient...
J’avais vraiment l’impression qu’elle se faisait manipuler.
...Enfin, je ne pouvais pas vraiment intervenir puisqu’elle ne semblait pas particulièrement détester sa tenue.
— Bon, peu importe...
Erika se retourna vers Eve tout en repoussant derrière son épaule les cheveux qui tombaient sur le côté de son cou.
— Avec ça, vous pourrez entrer dans un pays humain sans que personne découvre qu’elle est Eve Speed.
— ...Tu as raison.
Erika semblait avoir quelque chose en tête.
— ...Touka ?
À cet instant...
— Erika.
Eve s’approcha d’elle et l’interpella.
— Quoi ?
— À propos de cette transformation... Est-ce que je peux retrouver mon apparence d’origine ? Je reconnais que c’est une capacité très pratique, mais si je dois rester ainsi pour le restant de ma vie...
— Ne me fais pas rire. Tu crois vraiment que cette Erika Anarveil n’aurait pas pensé à ça ?
Le soulagement apparut immédiatement sur le visage d’Eve.
Erika fit glisser le bout de ses doigts le long de la nuque d’Eve.
— L’une des choses que je considérais comme essentielles lorsque j’ai fabriqué ce bracelet était sa réversibilité.
Eve pencha la tête.
— Sa réversibilité ?
C’était un geste qui m’était très familier venant d’elle, mais maintenant qu’elle avait une apparence humaine, l’impression qu’il dégageait était complètement différente...
— La réversibilité, pour faire simple, c’est la possibilité de te ramener à ton état précédent.
Lorsque je lui expliquai, Eve sembla comprendre.
— Je vois. C’est donc ce que ça signifie.
— Merci.
Erika me remercia avant de poursuivre.
— En ce qui me concerne, une transformation irréversible n’aurait aucun sens. C’est pour ça que j’ai conçu le bracelet de manière à ce qu’en versant la même quantité d’énergie magique dans l’orbe “numéro 1”, tu puisses retrouver ta forme d’origine.
Il y avait cependant une chose qui m’intriguait.
— L’effet de ce bracelet possède-t-il une durée limite ?
— Non. Tant que tu ne lui fournis pas de nouveau la quantité d’énergie magique nécessaire, elle ne retrouvera pas spontanément sa forme d’origine. ...Enfin, en temps normal, réunir une telle quantité d’énergie magique est plutôt difficile.
Cependant, avec mes PM, c’était facile.
Eve fit tourner ses bras.
— Je n’ai pas l’impression d’avoir perdu en masse musculaire ou en agilité... Mis à part mes cheveux et ma poitrine, qui me gêneraient davantage au combat qu’avant, si ce n’est que ça, je ne pense pas que cela posera beaucoup de problèmes.
— Dans ce cas, pourquoi ne pas utiliser ceci ?
Erika tendit un ruban blanc à Eve.
— Ça ira peut-être mieux si tu attaches tes cheveux ?
C’était le ruban qu’Erika portait lors de notre première rencontre.
— Umu.
Eve acquiesça et prit le ruban.
Avec des gestes maladroits, elle commença à attacher ses cheveux en deux couettes.
Pendant un instant, je me demandai pourquoi elle avait choisi cette coiffure...
C’était probablement parce qu’Erika avait cette coiffure lorsque nous l’avions rencontrée pour la première fois.
Une fois ses cheveux attachés, Eve passa ses mains le long de ses deux couettes.
— Fumu... J’ai l’impression d’avoir une nouvelle paire de longues et grandes oreilles, mais ce n’est pas désagréable.
Comme une experte chargée d’évaluer le résultat, Erika fronça les sourcils en l’observant.
— Ça te va mieux que je ne l’aurais cru...
Tout en continuant à regarder Eve, je demandai à Erika :
— À ton avis, quelle proportion des capacités de sa forme d’origine peut-elle conserver ?
— Elle devrait pouvoir conserver environ 90 % de ses capacités. J’ai déjà eu énormément de mal à atteindre ce niveau. Tu devras donc me pardonner de ne pas avoir été capable de faire mieux.
Eve acquiesça tout en vérifiant l’état de ses muscles.
— Non, c’est largement suffisant. Maintenant, je pourrai aider Touka sans avoir à m’inquiéter de ma situation de femme-léopard fugitive. Tu as toute ma gratitude, Erika.
— De rien. Ah, fais simplement attention au fait qu’il faut énormément d’énergie magique pour l’utiliser, d’accord ?
— Je ne pourrai donc pas changer de forme si Touka n’est pas à mes côtés... Au fait, Erika, à quoi sert l’orbe “numéro 2” ?
— Ah, celui-là ? C’est une sorte de sous-produit, mais tu veux essayer ?
Pour une raison quelconque, Erika semblait légèrement fière d’elle.
Une lueur espiègle brillait dans ses yeux.
Enfin...
Nous décidâmes finalement de l’essayer afin de satisfaire la curiosité d’Erika.
— Bien, je vais commencer, Eve.
Lorsque je commençai à verser mon énergie magique, Eve se remit à briller.
Peu après, l’éclat lumineux commença à s’estomper.
Puis...
— Je vois... Voilà donc ce qui se passe...
Seules ses oreilles, sa queue et certaines parties de ses membres avaient retrouvé leur apparence d’homme-léopard.
Il semblerait que le « numéro 2 » modifiait la proportion entre ses caractéristiques humanoïdes et celles d’homme-léopard.
— U-Umu... Qu’est-ce que tu en penses, Touka ?
Avec une expression légèrement compliquée, Eve me demanda mon avis.
— Je ne pense pas... que nous utiliserons souvent l’option “numéro 2” à l’avenir.
— Umu, je suis du même avis...
Soulagée de constater que nous pensions la même chose, Eve se détendit.
Pour être honnête, je ne voyais vraiment pas à quoi le « numéro 2 » pourrait servir.
Erika, en revanche...
— Sérieusement... Vous n’avez vraiment aucun sens de ce qui est mignon ?
Elle croisa les bras d’un air mécontent.
Puis...
— Moi, je trouve que Grande sœur est plutôt mignonne comme ça...
— Je ne trouve pas ça si mal non plus...
Il semblerait que Liz et Seras appréciaient son apparence actuelle.
— ...............
Si elle devait un jour parler à des enfants, cette forme pourrait peut-être s’avérer utile pour ne pas les effrayer.
▽
Au cours des jours suivants, Seras et Eve me donnèrent plusieurs leçons de combat rapproché.
Seras m’enseignait principalement comment réagir face à un adversaire utilisant une épée ou un arc.
Eve, elle, m’apprenait à combattre contre d’autres types d’armes.
La demeure de la Sorcière contenait une grande variété d’armes.
Il y avait une pièce ressemblant à un entrepôt dans laquelle un grand nombre d’armes étaient entassées en désordre.
Erika disait avoir trouvé la plupart d’entre elles dans la Zone Démoniaque.
Apparemment, de nombreuses personnes désespérées avaient, comme Eve, fui jusque dans cet endroit.
Et lorsque ces fugitifs se retrouvaient impuissants face aux monstres de la Zone Démoniaque, tout ce qui restait de leurs cadavres était leurs armes et leur équipement.
Il semblerait qu’Erika demandait régulièrement à ses golems et à ses familiers de les récupérer.
— Évidemment, je ne leur fais récupérer que les choses qui peuvent m’être utiles. Et puis, cet endroit n’est pas infiniment grand non plus.
Même si Erika disait cela, sa demeure était bien plus grande que je ne l’avais imaginé.
L’entrepôt qu’elle nous avait montré semblait également disposer d’une capacité de stockage considérable.
Quant aux bases de mon entraînement au combat...
— Je le savais déjà, mais tu manques vraiment d’expérience dans ce domaine.
Évidemment, ce n’était pas quelque chose que je pouvais apprendre en une seule nuit.
Il semblait y avoir beaucoup plus de choses à apprendre que pour l’équitation.
Cependant, la qualité de mes instructrices était indéniablement élevée.
L’une était une Princesse Chevalière ayant autrefois dirigé les Chevaliers Saints.
L’autre était la plus puissante des Championnes Sanglantes de Monroy.
Je pouvais apprendre presque exclusivement auprès de ces deux combattantes.
Quand j’y pensais, recevoir un tel enseignement pouvait clairement être considéré comme un luxe.
D’ailleurs, au début, Eve semblait avoir du mal à bouger sous sa forme humaine.
Cependant, il s’agissait d’Eve Speed.
Après seulement une demi-journée environ, ses mouvements avaient rapidement retrouvé leur éclat d’origine.
Et...
— Ce n’est pas désagréable de transpirer sous cette forme humaine.
Elle semblait désormais apprécier sa forme humaine.
Pendant ce temps, je continuais également à améliorer mes compétences en équitation.
— Ouf... Comme ça, Seras ?
— Oui, vous devenez vraiment très habile.
À présent, Seras n’avait même plus besoin de monter derrière moi comme une instructrice me guidant directement.
— Avec ça, j’imagine que je n’aurai plus l’occasion de vous apprendre quoi que ce soit sur l’équitation pendant un certain temps...
Seras semblait légèrement déçue.
Tout en caressant doucement la crinière de Slei, je répondis :
— Je ne sais pas... J’aurai peut-être encore besoin de l’aide de Seras lorsque je devrai monter un autre cheval que Slei. Je n’ai pratiquement pas besoin de guider cette petite moi-même, tu sais ? Elle est vraiment très douée.
Seras sourit avec ironie.
— Peut-être que vous auriez davantage l’impression d’avoir accompli quelque chose si vous aviez un peu plus de difficultés à la monter.
— Alors, Princesse Chevalière-dono, tu préfères les enfants turbulents aux enfants sages comme elle ?
— Je ne pense pas avoir suffisamment confiance en moi pour gérer quelqu’un qui fait absolument tout à sa manière.
Cette pensée me vint soudainement à l’esprit...
Mais Seras donnait effectivement l’impression d’être plutôt vulnérable face aux enfants turbulents.
— J’ai l’impression que tu serais plus à l’aise avec les enfants indépendants.
— Non, je sais être sévère lorsqu’il faut l’être, vous savez ? Même lorsque j’étais à Neia, je n’étais pas simplement une Capitaine douce et gentille avec les Chevaliers Saints. C’est seulement que je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de réprimander sévèrement Touka-dono...
— Enfin... Ce n’est pas comme si tu avais déjà sérieusement grondé Eve ou Liz non plus...
▽
À l’heure du dîner, il m’arrivait d’utiliser mon sac en cuir magique.
Erika tenta à plusieurs reprises d’en comprendre le mécanisme, mais...
— Comme pour les compétences des Héros venus d’un Autre Monde, il semblerait qu’il soit impossible de fabriquer quelque chose de similaire à cet outil magique venu d’un autre monde...
Ses yeux se plissèrent, visiblement insatisfaite.
En revanche, elle était complètement tombée sous le charme de la nourriture et des boissons récemment transférées.
Elle appréciait tout particulièrement le vieux whisky.
Il s’agissait d’un célèbre scotch dont je ne connaissais que le nom.
Erika prit une gorgée de whisky...
— Celui-là, je vais le garder précieusement.
Elle semblait vraiment ravie tandis qu’elle frottait la bouteille contre sa joue.
Il semblerait que ce sac en cuir ait lui aussi contribué à rendre la Sorcière plus favorable à notre égard.
Cela dit...
Même si elle semblait extrêmement satisfaite, son visage restait toujours aussi dépourvu de sourire.
Quoi qu’il en soit, ce n’était pas comme si je pouvais boire ce whisky moi-même.
C’était donc une bonne chose qu’il ne soit pas gaspillé.
À d’autres moments, nous profitions de notre temps libre pour nettoyer notre chambre.
Environ une semaine s’écoula ainsi.
— Toi... Tu es toujours en train de lire ça, pas vrai ?
Erika regarda par-dessus mon épaule alors que je lisais l’« Encyclopédie des Arts Interdits ».
À ce moment-là, j’étais seul dans ma chambre pour ma lecture quotidienne.
Seras se trouvait dehors et affrontait Eve.
Apparemment, si on ne maniait pas son épée tous les jours, les instincts finissaient par s’émousser.
Liz et Slei avaient suivi les deux femmes.
Ainsi, en dehors d’Erika et moi, seul Pigimaru, qui bondissait joyeusement à côté de moi, se trouvait dans la pièce.
— C’est cette encyclopédie illustrée dont tu m’as parlé, celle que tu as trouvée dans les Ruines d’Élimination ?
Erika posa ses deux mains sur mes épaules et se pencha en avant pour regarder le livre de plus près.
— Une encyclopédie illustrée... Enfin, ouais. Je la feuillette dès que j’ai du temps libre.
— Elle appartenait à un ancien Héros qui avait été éliminé, c’est bien ça ? Erika peut la regarder aussi ? Ça ne te dérange pas, pas vrai ?
Sans me retourner, je refermai le livre et le tendis à Erika.
— Tiens.
— Ara, ça ne te dérange vraiment pas ?
— Après tout, je te fais déjà suffisamment confiance.
Tant que j’y étais, je voulais également savoir jusqu’à quel « niveau » allaient les informations contenues dans l’« Encyclopédie des Arts Interdits ».
Les Objets Interdits conçus par le Grand Sage...
Je me demandais ce que la Sorcière des Tabous elle-même penserait en lisant ces articles.
Je voulais le vérifier.
— Dans ce cas, je vais la lire, d’accord ?
Je regardai par-dessus mon épaule vers Erika, qui s’était éloignée.
Elle était assise en tailleur sur le sol et parcourait silencieusement le livre du regard.
Ses longs doigts tournaient les pages avec fluidité.
— ...Je suis assez surprise. Si ce Héros mort n’avait pas emporté ce livre dans les Ruines d’Élimination... beaucoup de choses auraient peut-être été différentes dans ce monde...
Je tournai mon corps pour faire face à Erika.
Ses yeux bleu-violet continuaient à parcourir les pages.
Je l’observai silencieusement pendant un moment, jusqu’à ce qu’elle relève les yeux vers moi.
— Dis, Touka... Tu connais le nom du Héros éliminé qui possédait ce livre ?
— Le Grand Sage, Angrin Berthrad. Il était également connu sous le surnom de Héros Sombre.
— J’ai déjà entendu ce nom... même si je ne l’ai jamais rencontré personnellement. Si je me souviens bien, après avoir vaincu la Racine de Tout Mal de cette époque, il était censé rester quelque temps dans ce monde avant de retourner dans son monde d’origine avec ses compagnons... Je vois. Il a donc été jeté dans les Ruines d’Élimination...
Il semblerait qu’Erika ne le connaissait pas personnellement.
— Ou plutôt, toi... Lorsque nous avons parlé des Ruines d’Élimination, tu n’as jamais mentionné avoir trouvé les restes de ce Grand Sage, pas vrai ?
— J’aurais eu des problèmes si tu avais entretenu une relation particulière avec le Grand Sage. À ce moment-là, je n’étais toujours pas certain que tu n’étais pas du côté de la Déesse. Ça aurait été assez problématique si tu avais soudainement profité de l’occasion pour te débarrasser de l’“Encyclopédie des Arts Interdits”, simplement parce que j’avais mentionné le nom de quelqu’un que tu connaissais à peine.
Erika dissimula sa bouche derrière le livre ouvert.
Ses yeux me fixaient droit dans les miens.
— Tu es vraiment beaucoup trop prudent, tu sais ? ...Tu ne te fatigues pas à vivre comme ça ?
— C’est déjà dans ma nature.
— C’est une nature plutôt désavantageuse.
— Je suis certain qu’elle peut aussi avoir ses avantages.
— Ce serait bien que cette nature t’apporte davantage d’avantages que d’inconvénients... Hmm ? Qu’est-ce que c’est ?
Il semblerait qu’Erika venait de remarquer les lettres écrites avec du sang.
En lisant leur contenu, elle sembla immédiatement comprendre ce qui s’était produit là-bas.
— Même le Grand Sage et ses compagnons n’ont pas réussi à vaincre le Mangeur d’Âmes...
— Pour commencer, ils n’étaient probablement pas dans leur meilleur état... Je ne pense pas que cette foutue Déesse les aurait simplement jetés là-bas en leur laissant toute leur puissance d’origine. Elle a probablement fait quelque chose pour les affaiblir.
Elle ne se serait probablement pas donné autant de mal pour quelqu’un comme moi, qui était non seulement considéré comme le Héros le plus faible au monde, mais qui ignorait également tout du fonctionnement de ce monde...
Cependant, lorsqu’il s’agissait d’un Héros ayant vaincu la Racine de Tout Mal, elle se serait forcément assurée qu’il meure après son élimination.
— S’il s’agit de cette plaisanterie de Déesse, c’est certainement le genre de chose sur lequel elle n’aurait commis aucune erreur.
— ...Je pense qu’elle a déjà commis une erreur lorsqu’elle t’a éliminé, toi qui es capable de tuer le Mangeur d’Âmes.
Ses yeux violets se tournèrent vers le slime à côté de moi.
— Et en plus de revenir vivant des Ruines d’Élimination, tu as également ramené ce slime particulier avec toi. Cependant, je vois... Si ce slime est différent des autres, c’est parce que tu as utilisé les connaissances de cette “Encyclopédie des Arts Interdits” pour le renforcer.
Erika observa la page consacrée au Renforcement de Monstre avec une telle intensité qu’on aurait dit qu’elle voulait la dévorer des yeux.
— ...Je pense que s’ils ont pu répéter leurs expériences autant de fois, c’est parce qu’ils possédaient les compétences propres aux Héros. Ils ont probablement utilisé une sorte de compétence de détoxification pendant leurs expériences afin de ne pas devoir sacrifier la majorité des monstres utilisés comme cobayes. En réalité, j’ai même l’impression que ces annotations griffonnées dans les marges sont extrêmement précieuses...
— C’est vraiment aussi impressionnant, même du point de vue de la Sorcière des Tabous ?
— Une grande partie de ce qui est consigné ici touche à des domaines auxquels cette maîtresse n’a jamais pu accéder... Il s’agit donc probablement d’expériences fondées sur les compétences innées propres aux Héros...
Du point de vue d’Erika, le contenu semblait réellement impressionnant.
Du moins, c’était ce que je pouvais déduire de sa manière d’en parler...
À cette époque, ces connaissances devaient sembler bien trop avancées.
Il n’était pas étonnant que le Grand Sage ait utilisé le terme « Arts Interdits ».
L’humanité n’était tout simplement pas encore prête pour ces connaissances.
Enfin, ce qu’il craignait probablement le plus...
C’était que ces connaissances finissent entre les mains de cette Déesse.
Après avoir marmonné quelque temps pour elle-même, Erika étira le cou et regarda vers le lit.
— Au fait, c’est quoi toutes ces choses étalées là-bas ?
Je regardai moi aussi les objets disposés sur le lit.
— Ce sont les matériaux nécessaires à la fabrication des Objets Interdits. J’ai déjà terminé la Gemme d’Amplification de la Voix et la Gemme d’Altération de la Voix. J’ai quelques matériaux en double que je peux garder en réserve, mais... Pour le moment, ma priorité est de fabriquer le Renforcement de Monstre de Pigimaru...
— Fuuuunnnnn...
Erika se leva et s’assit au bord du lit.
Elle croisa ensuite les jambes et se pencha pour examiner de plus près les matériaux étalés devant elle.
Je me levai à mon tour et vins me placer à côté d’elle.
— Il ne nous manque plus qu’un seul matériau pour réaliser la deuxième expérience du Renforcement de Monstre.
— Dis, Touka.
Erika redressa le haut de son corps et se rapprocha de moi.
Elle ouvrit ensuite l’« Encyclopédie des Arts Interdits » qu’elle tenait entre ses mains et pointa du doigt une illustration simple.
— Le dernier ingrédient qui te manque, c’est celui-là ?
— Oui. ...Tu as une idée ?
Cette impression...
Elle connaissait peut-être l’habitat du monstre dont j’avais besoin pour obtenir ce matériau.
— Je l’ai, tu sais ?
— ?
— Non, ce que je veux dire, c’est...
Tap, tap.
Erika tapota légèrement l’illustration sur la page du bout des doigts.
— Si c’est ce matériau qu’il te faut, j’en ai ici, chez moi.