Chapitre 169
Chapitre 169 – CHANGEMENT
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
J’ouvris les yeux.
— ...............
À en juger par la luminosité de la pièce, c’était déjà le matin.
Nous nous trouvions dans ce mystérieux espace souterrain contrôlé par la Sorcière des Tabous.
Si cet espace possédait une fonction environnementale reproduisant la nuit, il était logique qu’il en possède également une reproduisant le jour.
— Bonjour.
En tournant la tête sur le côté, je vis Seras assise là.
Elle avait déjà enfilé ses vêtements simples habituels.
Elle était actuellement assise au bord du lit, le corps légèrement tourné sur le côté.
L’une de ses mains était posée sur le lit tandis que le haut de son corps était orienté vers moi.
Elle semblait être dans cette position depuis un bon moment déjà, mais...
— Tu attendais que je me réveille ?
— C’est parce que je ne me lasse jamais de vous regarder dormir.
— ...Voilà une manière peu coûteuse de passer le temps.
Après cette légère plaisanterie, je touchai doucement mon épaule gauche.
Élancement.
— ...............
La douleur était toujours présente.
J’avais un peu espéré que la correction de mon Statut accélérerait ma guérison...
Comme prévu, elle n’était pas omnipotente.
À cette vitesse, je ne pensais pas pouvoir guérir complètement en seulement un jour ou deux.
Si cette douleur persistait, combattre des monstres à Visage Humain risquait de devenir particulièrement pénible.
Et puis, je n’avais toujours pas accompli mon objectif consistant à obtenir des informations sur les Sortilèges Interdits...
Je n’avais aucune raison de me précipiter.
En prenant soin de protéger mon épaule gauche, je redressai le haut de mon corps.
— Tu as bien dormi, Seras ?
— Oui.
Seras acquiesça doucement.
— Vous sembliez dormir profondément, Touka-dono.
— Je n’avais pas aussi bien dormi depuis notre entrée dans la Zone Démoniaque... Comment dire... J’ai l’impression que ça faisait une éternité que je ne m’étais pas senti aussi reposé.
Seras passa sa main sur l’endroit où j’avais dormi.
Je ne savais pas si je devais lui demander ce qu’elle était en train de faire ou non.
...Ah, je vois.
— Avec ça, je pense qu’on pourra continuer à dormir ensemble à l’avenir sans problème.
La main de Seras s’immobilisa.
Il semblerait que j’avais visé juste.
Repoussant les cheveux qui tombaient sur sa joue, Seras détourna le regard.
— O-Oui. Je pense également que cela ne posera aucun problème. Je me suis peut-être réveillée environ une heure avant Touka-dono, mais j’ai moi aussi très bien dormi. Je suis désormais en parfaite forme.
— ...............
Tu n’as quand même pas passé presque une heure entière à me regarder dormir, si ?
Je vérifiai l’heure sur la montre à gousset que j’avais posée à côté de mon oreiller, puis lui demandai :
— Comment j’étais pendant mon sommeil ? J’ai parlé ou ronflé ?
— Je ne pense pas qu’il y ait eu le moindre problème. Mais de votre côté... Après avoir utilisé <Sleep> sur moi... comment étais-je ?
Je reposai ma montre à gousset.
— Tu sais, je suis toujours impressionné par ta manière de dormir. J’ai l’impression que tu ne t’es même pas retournée une seule fois pendant ton sommeil.
Je ne me souvenais pas non plus d’avoir entendu Seras ronfler.
Elle dormait toujours paisiblement, avec une respiration régulière.
Il lui arrivait de parler légèrement dans son sommeil, mais jamais suffisamment pour que cela me dérange.
— Je suis rassurée si c’est le cas.
Seras posa une main sur sa poitrine.
Bon...
— Dans ce cas... Peux-tu aller chercher Eve et Liz dans leur chambre, puis vous rendre dans la pièce où nous avons mangé hier ? Je vous rejoindrai dès que j’aurai fini de me préparer.
— Bien sûr.
Après le départ de Seras, je fis signe à Pigimaru de venir vers moi.
Il commença à bondir dans ma direction.
— Puyuu~
— Quelque chose a changé avant notre réveil ?
— Pyuu.
Un rouge négatif.
— Je vois.
Je caressai doucement Pigimaru.
— Je suis vraiment content que tu sois avec nous.
— Puniii~♪
Pigimaru cessait de fonctionner lorsqu’il était trop sollicité par notre capacité.
Cependant, sans cela, il n’avait pas besoin de dormir.
Cela signifiait qu’il pouvait surveiller cette chambre toute la nuit.
C’était un peu comme avoir une caméra de surveillance vivante, avec une alarme intégrée.
Si j’avais pu dormir aussi profondément sans la moindre hésitation, c’était grâce à la présence de Pigimaru.
Je me préparai rapidement, puis quittai la chambre avec Pigimaru et Slei.
▽
La durée de notre séjour n’était pas déterminée.
Les informations concernant les Sortilèges Interdits dépendaient en grande partie du jugement d’Erika.
Si nous essayions de la presser, cela risquait simplement d’avoir l’effet inverse.
Nous devions donc attendre qu’elle prenne elle-même sa décision.
Pour le reste, tout dépendait de la vitesse à laquelle mes blessures guériraient et du moment où je serais prêt à repartir.
Bref...
J’avais beaucoup de temps devant moi.
Cependant, je n’avais aucune intention de le gaspiller inutilement.
Après le petit-déjeuner, je fis immédiatement une demande à Seras.
— Vous voulez que je vous apprenne à monter à cheval, c’est bien ça ?
— Tu n’avais pas dit que tu voulais me l’apprendre lorsque nous en aurions l’occasion, juste après notre départ de Monroy ? Eh bien, nous avons du temps maintenant.
Seras sembla ravie de ma demande et sourit.
Son sourire semblait dire :
— Ce moment est enfin arrivé.
— Bien sûr. Si c’est ce que souhaite Touka-dono.
— Ça m’aide beaucoup. Slei, tu veux bien m’aider ?
— Pakkyyuuu♪
Slei, qui s’amusait avec Liz, accepta volontiers.
— Cela dit, tes blessures vont bien maintenant ?
Comme pour nous montrer qu’elle était en pleine forme, Slei leva vigoureusement ses pattes avant.
— Pakyuukyyuunnn♪
Elle avait guéri beaucoup plus vite que moi...
La vitesse de guérison était-elle une capacité particulière de son espèce ?
Cela pouvait également être lié à la précision des premiers soins prodigués par Seras.
— Je pense que si elle se contente de marcher sous sa deuxième forme, cela ne devrait poser aucun problème.
— Pakyuurrii♪
Slei ne semblait pas se forcer.
Si même Seras jugeait que tout allait bien, alors il ne devait effectivement pas y avoir de problème.
Tant que j’y étais, je décidai également de demander quelque chose à Eve.
— Eve.
— Hmm ?
— Plus tard, j’aimerais que tu m’apprennes à combattre quelqu’un au corps à corps...
Essuyant avec son pouce les miettes restées au coin de sa bouche, Eve acquiesça.
— Tu peux compter sur moi.
On m’avait déjà enseigné certaines choses concernant le combat rapproché, mais je n’avais jamais eu l’occasion de l’apprendre sérieusement.
C’était le moment idéal.
Erika, qui savourait son thé après le repas, se leva.
— Tant que vous n’entrez pas par la porte située au dernier étage inférieur, vous êtes libres de passer votre temps comme bon vous semble. Enfin, je suis certaine que vous comprenez... Quand je dis “comme bon vous semble”, cela ne signifie pas que vous pouvez vous comporter comme des sauvages, n’est-ce pas ?
Derrière Erika, les golems s’affairaient à débarrasser notre petit-déjeuner.
— Ah... Aussi, ça ne vous dérange pas si j’emprunte Eve et Liz pendant quelque temps ? Ta leçon avec Eve aura lieu après ton entraînement à cheval, pas vrai ?
— Hmm ? Ouais, ça ne me dérange pas.
Eve et Liz quittèrent donc la pièce avec Erika.
Il ne nous restait plus qu’à sortir de la maison.
Une fois dehors, je ressentis une nouvelle fois à quel point cet espace ne donnait absolument pas l’impression d’être souterrain.
Le vent soufflait ici et, pour une raison inconnue, quelques oiseaux volaient même au loin.
La seule chose vraiment étrange était cet arbre gigantesque qui semblait transpercer le ciel et la terre.
— Bien, commençons par...
En lui transmettant mon énergie magique, je fis prendre à Slei sa deuxième forme.
C’était la forme qui se rapprochait le plus de l’apparence d’un cheval ordinaire.
Ou plutôt, on aurait presque pu la confondre avec un véritable cheval.
— ...Hmm ?
Un golem sortit alors de la maison en portant quelque chose.
Il tendit l’objet à Seras.
— Merci beaucoup...
Après l’avoir accepté avec une certaine perplexité, Seras regarda le golem repartir silencieusement.
...J’ignorais même s’il était capable de comprendre nos paroles.
— Erika a pensé à nous, hein.
Ce que le golem venait de nous apporter était un harnachement.
— Il semble assez vieux, mais il est encore très solide... J’en avais préparé un simple de manière artisanale, mais utilisons plutôt celui-ci pour le moment.
Seras en profita également pour m’apprendre à installer facilement le harnachement.
Je n’en avais pas eu besoin lorsque j’avais monté Slei sous sa troisième forme.
À ce moment-là, la forme de son corps avait changé et elle me maintenait parfaitement en place.
Slei m’avait donc énormément facilité les choses.
Cependant, je ne pensais pas qu’elle serait forcément toujours à mes côtés à l’avenir.
Je devais donc également me préparer à l’éventualité où je serais obligé de monter d’autres chevaux.
— Vous êtes plutôt habile, Touka-dono.
Je terminai enfin d’installer correctement le harnachement sur Slei.
Seras m’apprit ensuite comment placer mes pieds dans les étriers.
...Ouais.
Monter à cheval n’était pas si difficile.
— Dans ce cas, veuillez m’excuser, je vais moi aussi...
D’un mouvement agile, Seras s’installa facilement derrière moi.
Quel bond impressionnant...
Après avoir pris une profonde inspiration, Seras passa ses bras de chaque côté de moi et posa ses mains blanches sur les miennes.
— Bien, commençons.
— Ouais, je compte sur toi.
C’est ainsi que Seras commença à m’enseigner les compétences pratiques nécessaires pour monter à cheval.
— C’est ainsi que vous devez manier les rênes.
— Voici une bonne manière de calmer un cheval.
— Vous pouvez également donner un coup de talon sur ses flancs de cette manière pour le faire courir.
J’eus droit à une véritable leçon individuelle d’équitation.
Était-ce parce qu’elle avait été Capitaine des Chevaliers Saints, une position dans laquelle elle commandait d’autres personnes ?
Je trouvais qu’elle était vraiment douée pour enseigner.
...Que ce soit pour les cours théoriques ou les compétences pratiques, elle était peut-être réellement faite pour devenir professeure.
Puis...
— Touka-dono, il y a une chose dont je pense que vous devriez avoir conscience.
Alors que je commençais justement à prendre le coup de main, Seras se rapprocha de moi.
Baissant la voix, elle murmura à mon oreille :
— Slei-dono a tendance à anticiper vos intentions et à agir en conséquence. Gardez donc à l’esprit que les autres chevaux seront probablement plus difficiles à manier que Slei-dono.
— Comme je le pensais, c’est donc bien ça.
Je trouvais que mon apprentissage de l’équitation se déroulait beaucoup trop facilement.
— Elle n’est encore qu’un poulain nouveau-né, après tout... Je pense qu’elle fait de son mieux pour gagner l’affection de son parent, c’est-à-dire vous.
Je caressai doucement la crinière de Slei.
— Tu as peut-être raison...
— Pakkyyuunn♪
— C’est simplement parce que tu peux prendre cette incroyable troisième forme que j’ai tendance à l’oublier... Mais tu es encore un tout petit bébé, pas vrai... ?
▽
Lorsque j’eus terminé mon entraînement et que je retirai le harnachement du corps de Slei...
— Hein ?
Seras regarda en direction de la maison.
En suivant son regard, je vis Eve et Liz marcher vers nous.
Erika les suivait.
Il semblerait qu’Eve et Liz avaient changé de vêtements.
— ...C’est elle qui vous a donné ces vêtements ?
— Umu.
Eve acquiesça.
— Je me suis dit que vous ne pourriez pas vraiment vous détendre dans vos vêtements de voyage. Erika a simplement fait preuve de prévenance envers elles.
déclara Erika d’un ton insistant.
— Vous ne trouvez pas que vous êtes beaucoup plus à l’aise comme ça ?
— Vous avez un problème avec ces tenues ?
C’était presque ce que son expression semblait demander.
— ...Ce n’est pas un peu trop révélateur ?
— Au lieu de dire qu’elles sont révélatrices, j’aurais préféré que tu dises qu’elles sont plus libératrices.
Il s’agissait d’un autre type de vêtements semblables à ceux qu’Erika portait.
On aurait dit des robes chinoises agrémentées de décorations occidentales, ou quelque chose dans ce genre...
Cependant, je ne pouvais vraiment pas dire que ces tenues n’allaient pas à Eve et Liz.
— On n’y peut rien, tu sais ? Les vêtements qu’elles portaient ont été lavés et sont actuellement en train de sécher. Et puis, Erika ne fabrique que les vêtements qu’elle aime. Ou plutôt, les Elfes ont tendance à s’habiller légèrement. Certains Humains m’ont déjà fait cette remarque autrefois... mais en ce qui me concerne, ça ne les regarde absolument pas. Enfin, techniquement parlant, tout cela vient de notre culture liée aux esprits...
...Maintenant qu’elle le disait, on pouvait considérer que Seras était elle aussi assez légèrement vêtue.
Eve et Liz baissèrent les yeux vers leurs nouvelles tenues.
— Personnellement, ça ne me dérange pas vraiment.
— Moi aussi, je les aime bien parce que... Hum... Elles permettent de bouger facilement...
Fixe...
Erika me dévisageait.
J’avais l’impression que son regard allait finir par me transpercer.
Il n’y avait pas vraiment d’hostilité dans ses yeux, mais...
— Tu vois ? Alors !?
...J’avais l’impression qu’elle essayait de me forcer à être d’accord avec elle.
Comme elle ne souriait pratiquement jamais, il fallait beaucoup d’efforts pour lire ses émotions.
Poussant un soupir, je terminai simplement de retirer la selle de Slei.
— Ça aurait été différent si elles avaient été forcées, mais si elles ont elles-mêmes accepté de les porter, je suppose que ça ne pose aucun problème.
Clac !
Erika claqua des doigts.
— J’aime les hommes raisonnables.
— ...............
— Quoi encore ?
— Tu voulais simplement fabriquer toutes ces tenues légères pour les faire porter à quelqu’un d’autre, pas vrai ?
— ...............
— ...............
— C’est mal ?
— Non, pas vraiment.
Erika sembla prise de court.
— Bref, ce n’est pas pour te demander ton avis sur ces vêtements que je suis venue. J’ai un cadeau pour Eve et je veux que tu le voies.
Soudain, une expression désagréable apparut sur le visage d’Erika.
— Je ne sais pas si je dois considérer comme une bonne ou une mauvaise chose le fait que je n’aurai plus besoin d’en fabriquer davantage... Non, je ne peux certainement pas appeler ça une bonne chose.
Erika secoua paresseusement la tête.
En d’autres termes...
— C’est quelque chose que tu avais préparé pour les hommes-léopards ?
— Exac~te~ment~. Ou plutôt, toi... Tu es vraiment capable de décortiquer chacun de mes mots et d’en tirer précisément la bonne conclusion, hein...
Sur ces mots, Erika tendit un bracelet en argent à Eve.
Trois trous circulaires étaient disposés autour du bracelet, chacun serti d’un orbe noir.
Un chiffre était gravé près de chaque orbe, allant de 1 à 3.
Eve examina le bracelet.
— Fumu ? Un bijou ?
— Touka.
Fwit, fwit.
En m’appelant, Erika me fit signe d’approcher.
— Ça ne te dérange pas de verser ton énergie magique dans l’orbe portant le “numéro 3” ? Tu possèdes probablement plus d’énergie magique qu’Erika, de toute façon...
— ...Compris.
Était-ce une sorte d’outil magique possédant un effet de renforcement ?
— Je commence, Eve.
— U-Umu.
Je commençai à y verser mon énergie magique.
— ...Mhmm, Erika. J’ai l’impression que quelque chose de très fin vient de me piquer le bras depuis l’intérieur du bracelet.
— Tout va bien. Ce n’est rien qui puisse te faire du mal.
— ...Je vais te faire confiance.
Une faible lumière blanche s’échappait de mon bras...
Et se faisait aspirer, l’une après l’autre, par les orbes noirs.
— On dirait qu’il faut une quantité assez importante d’énergie magique.
— Compte tenu de son effet, cette quantité me semble parfaitement raisonnable.
Erika semblait confiante.
Pour afficher une telle assurance...
Elle devait déjà avoir constaté son effet auparavant.
En d’autres termes, ce n’était pas la première fois que ce bracelet était utilisé.
Dans ce cas, j’étais déjà un peu plus rassuré.
Puis...
— Uunnggh... Ngghh !?
Le corps d’Eve fut soudainement enveloppé d’une lumière couleur crème.
À travers cette lumière, je distinguais à peine quelque chose de souple semblant se déplacer...
Après quelques instants, la lumière s’estompa.
— Hein ?
Liz fut la première à réagir.
— Grande sœur ?
Seras eut elle aussi le souffle coupé.
— Eve ?
— C’est...
Eve contempla ses mains avec incrédulité.
J’adressai un regard interrogateur à la Sorcière.
— Erika.
— C’est exact. Il s’agit d’un bracelet spécial qu’Erika avait fabriqué pour Eidim et Paqui... pour toute la famille Speed.
Regardant Eve, dont l’apparence venait de changer, Erika révéla l’effet du bracelet.
— C’est un bracelet qui permet aux hommes-léopards de prendre une forme humaine.