Chapitre 163
Chapitre 163 – Erika Anarveil
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Après avoir posé mes bagages, j’appuyai mon dos contre le mur de la chambre.
— D’une certaine manière, j’ai l’impression qu’on va enfin pouvoir souffler un peu.
— Oui, vous avez raison. Cependant...
La chambre dans laquelle nous allions séjourner était assez étroite.
Non...
Pour être exact, c’était simplement qu’il ne restait pas beaucoup d’espace où poser les pieds.
De nombreux objets et meubles encombraient le sol.
On pouvait donc dire qu’à l’origine, la chambre elle-même était plutôt spacieuse.
Parmi les objets qui occupaient l’espace, je pouvais apercevoir quelques grands meubles.
Cependant, la plupart étaient des objets de taille moyenne couverts de poussière, ainsi que diverses choses encore plus petites.
Une pièce inutilisée avait probablement fini par servir de débarras...
Enfin, ce genre de choses arrivait assez souvent.
La zone allant de la porte jusqu’au lit était relativement dégagée.
Nous avions donc largement assez de place pour déposer nos affaires.
Il semblerait que nous puissions simplement dormir sur le lit sans avoir besoin de tout nettoyer.
— ...............
Cependant, il me fallait juste un peu plus d’espace pour pouvoir dormir par terre.
— Ça ne sert à rien de nous plaindre... La seule condition qu’on nous a imposée pour utiliser cette chambre est de la nettoyer. Je demanderai plus tard à la Sorcière ce qu’on est censés faire de toutes ces affaires, alors essayons d’en nettoyer autant que possible avant la fin de la journée. Ça te va, Seras ?
Seras fixait le lit depuis un moment.
Au bout de quelques instants, elle répondit.
— Oui.
J’avais déjà l’habitude de partager une chambre avec Seras.
Ce n’était pas la première nuit que nous passions ensemble.
Nous avions déjà dormi dans la même pièce à de nombreuses reprises.
C’est pourquoi aucun de nous n’éprouvait de répulsion particulière à cette idée.
...Enfin, Seras, elle, en était peut-être consciente.
Probablement à cause de ce qui s’était passé un peu plus tôt.
Slei s’allongea alors dans l’espace libre près du lit.
Sa première forme prenait moins de place, et elle semblait donc avoir réussi à trouver suffisamment d’espace pour dormir.
— Pakkyuurrriii~...
Comme prévu, elle était vraiment épuisée.
Cependant, Slei pouvait enfin se reposer.
Je lui caressai doucement le dos.
— Dors bien.
— Pakkyyuuunnn...♪
D’un autre côté...
— Pigggiii~♪ Poyyooonn~ !
Pigimaru bondit sur le lit.
Il semblait extrêmement heureux tandis qu’il rebondissait dessus.
— Pinyyuuuiii~♪
On aurait dit qu’il avait complètement récupéré son énergie.
Pigimaru et Slei allaient rester dans la même chambre que moi pour le moment.
Quant à la Sorcière...
— ...Ne faites pas trop de bruit cette nuit, d’accord ?
Je ne savais pas vraiment quoi penser de cette remarque.
Il semblerait qu’elle ait cru que Seras et moi entretenions « ce » genre de relation.
Enfin, il n’était pas étonnant qu’elle l’ait interprété ainsi.
— Touka-dono...
— Hmm ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu agis bizarrement tout à coup.
— Hum, j’aimerais discuter avec vous de la manière dont nous allons dormir...
Je lui fis signe de s’arrêter avec la main et m’approchai de Seras.
Je me rapprochai tellement d’elle qu’un observateur extérieur n’aurait pas pu déterminer si nos corps se touchaient ou non.
Puis j’approchai ma bouche de son oreille.
— Eh ? H-Hum...
— Pour le moment, lorsque tu parles à voix normale, pars du principe que quelqu’un nous écoute. La Sorcière semble digne de confiance, mais nous ne la connaissons pas encore suffisamment. Si c’est quelque chose qui ne pose aucun problème même si quelqu’un d’autre l’entend, tu peux évidemment parler normalement.
— Hahhh...
Tout en étouffant sa voix, Seras poussa un soupir près de mon oreille.
— Compris.
Il était encore beaucoup trop tôt pour baisser notre garde.
— Alors, de quoi voulais-tu parler ?
— Eh ? Ah... Vous avez probablement raison.
— Dans ce cas, parlons-en plus tard. Ça te va ?
— Ah... Oui.
Les oreilles de Seras devinrent rouges.
...Je m’étais peut-être un peu trop rapproché d’elle.
Je fis un pas en arrière et repris une conversation normale.
— ...Enfin, je suis content que la Sorcière des Tabous soit quelqu’un d’assez tendre.
Rassemblant élégamment ses jambes, Seras s’assit sur le bord du lit.
— O-Oui, vous avez raison. Je l’avais imaginée davantage comme une personne dégageant une aura majestueuse qui la rendrait difficile à approcher.
— Eh bien, désolée de ne pas dégager cette aura majestueuse qui me rendrait difficile à approcher.
— Hyaahh !
Les deux épaules de Seras tressaillirent de surprise.
La Sorcière était appuyée contre l’encadrement de la porte.
Apparemment, Seras ne l’avait pas remarquée parce que la porte se trouvait derrière elle.
D’ailleurs, j’étais justement sur le point d’interpeller la Sorcière lorsqu’elle était apparue.
Hésitant entre tenter de se justifier ou lui présenter ses excuses...
Seras ouvrit la bouche avec agitation.
— H-Hum...
— En gros, ce que Seras veut dire, c’est que tu es plutôt amicale.
— Fuuunnnn... C’est censé être un compliment ?
— Je pense.
Comme pour demander mon approbation, Seras acquiesça.
— Oui, je n’ai aucune raison de dire du mal de Sorcière-dono, après tout. Cependant...
Seras se leva et se tourna vers la Sorcière.
Puis elle s’agenouilla et inclina la tête.
— Je vous présente mes sincères excuses si mes paroles vous ont offensée.
— Seras, toi...
La Sorcière croisa tranquillement les bras.
— Est-ce que les gens t’ont déjà dit que tu étais “ennuyeuse parce que tu es trop sérieuse” ? Ou peut-être qu’ils le disent derrière ton dos, et que toi-même, tu t’en doutes vaguement et que tu gardes ce problème enfoui en toi... ?
— ...............
Elle avait donc déjà cerné sa personnalité.
Seras tourna la tête vers moi.
— Touka-dono.
Ses yeux semblaient tristes lorsqu’elle prononça mon nom.
— Comme je le pensais, c’était donc vraiment le cas ?
Et...
Par exemple...
— Je me suis vraiment beaucoup amusé à discuter seul avec Seras.
Si je pouvais simplement lui dire ça sans déclencher sa capacité à détecter les mensonges...
Il était possible que cette Princesse Chevalière soit étonnamment facile à conquérir.
— Je ne t’ai pas déjà dit que ta sincérité était aussi l’une de tes qualités ? Je connais parfaitement tes points forts. Il faut simplement que tu apprennes toi-même à composer avec ça.
— Ah, hum... Oui.
Seras sembla légèrement heureuse en acquiesçant.
Je tournai mon regard vers la Sorcière.
— Enfin, tu arrives au bon moment. Je voulais justement discuter encore un peu avec toi.
Puisqu’elle était venue elle-même, je n’avais plus besoin d’aller la chercher.
— C’est également ce que je pensais, et c’est pour cette raison que je suis venue vous voir maintenant.
La Sorcière regarda vers le couloir d’en face.
La chambre d’Eve et Liz devait se trouver par là.
— Il y a certaines choses dont il est difficile de parler lorsque ces deux-là sont présentes, pas vrai ?
C’était donc pour cette raison qu’elle avait décidé d’interrompre temporairement notre conversation et de nous répartir dans des chambres différentes.
Elle voulait séparer notre groupe d’Eve et Liz.
— Enfin, il reste encore certaines choses dont nous n’avons pas parlé. Et puis... cela faisait longtemps que je n’avais pas discuté avec quelqu’un venu de l’extérieur, alors Erika s’est peut-être montrée plus enthousiaste qu’elle ne l’aurait imaginé. Je me suis peut-être enfermée dans cet endroit, mais ça ne signifie pas que je déteste la compagnie des autres.
— Ça te dérange si je t’appelle Erika ?
— Ça ne me dérange pas particulièrement. D’ailleurs, Erika n’est pas vraiment mon véritable nom, mais... Enfin, appelle-moi comme tu veux.
Seras sembla alors légèrement perplexe.
C’était probablement parce qu’elle n’avait pas détecté de mensonge lorsque la Sorcière s’était présentée sous le nom d’Erika.
— Cette maîtresse est également semblable à Lizbeth sur ce point. À l’origine, je ne possédais qu’un seul nom : Anarveil. Mais regarde... c’est assez long, pas vrai ? Et je ne trouvais aucun bon moyen de raccourcir mon nom. Alors j’ai simplement transformé Anarveil en nom de famille et choisi Erika comme prénom, parce que c’était plus court. Enfin... Je l’ai simplement trouvé dans d’anciens registres contenant les noms de Héros venus d’un Autre Monde... J’ai choisi ce prénom parce que j’aimais sa sonorité. Tu as un problème avec ça ?
La Sorcière considérait « Erika » comme son « véritable » nom.
Je vois.
Donc ce genre de cas n’était pas considéré comme un mensonge.
— Ah... Au fait, il m’arrive de m’appeler “cette maîtresse” par habitude, parce que c’était ainsi que je me désignais avant d’adopter le nom “Erika”. Maintenant, j’essaie toujours de m’appeler Erika, mais il m’arrive encore de dire “cette maîtresse” sans m’en rendre compte. Mais bon... “cette maîtresse”, ça fait un peu vieux jeu, tu ne trouves pas ?
— Par hasard... L’idée d’attacher tes cheveux en deux couettes avec ces rubans, ça aussi, tu as commencé à le faire après avoir choisi ton nouveau prénom ?
Lorsque je lui posai la question, la Sorcière... Erika toucha ses deux couettes.
Pour la première fois, je pus voir de l’incertitude apparaître sur son visage.
— Je pensais que ça me donnerait l’air plus jeune... Comme je le pensais, ça ne me va pas... ?
— Ça ne te va pas.
— Uugghhh... Tu es vraiment direct, toi...
Elle me lança un regard à travers ses yeux mi-clos.
Cependant, je ne ressentais ni haine ni colère dans ce regard.
Les épaules affaissées, Erika tendit la main vers l’un de ses rubans.
Puis...
Fouuush.
Elle commença à retirer ses rubans.
— Enfin, je suis contente d’avoir pu entendre l’opinion sincère de quelqu’un.
Les sourcils légèrement abaissés, Erika poussa un soupir.
— De toute façon, m’occuper de ces coiffures commençait à devenir assez agaçant...
Les rubans qui retenaient chacune de ses deux couettes furent défaits.
Les longs cheveux noirs d’Erika retombèrent jusqu’à sa taille.
Sa chevelure était particulièrement volumineuse.
Erika attacha ensuite les rubans qu’elle venait de retirer à un cordon autour de sa taille.
— En vieillissant, j’ai commencé à ressentir le besoin de faire certaines choses pour avoir l’impression d’être plus jeune... J’imagine que ça n’a simplement pas fonctionné.
Autrement dit...
Que ce soit le fait de s’appeler « Erika » ou de porter ses cheveux en deux couettes...
Tout ça, c’était uniquement pour paraître plus jeune ?
— De mon point de vue, tes cheveux sont plus beaux comme ça.
Lorsqu’elle avait retiré ses rubans, l’impression qu’elle dégageait avait considérablement changé.
J’avais l’impression qu’elle possédait désormais cette aura majestueuse dont Seras avait parlé.
— Qu’est-ce que tu en penses, Seras ? Tu trouves que c’est mieux comme ça ?
— Eh ? Je... Hum... Je trouve simplement que les deux coiffures vous allaient très bien.
— Tu sais, Erika déteste ce genre de réponses évasives qui permettent de ne prendre aucun risque.
Seras sembla abattue par cette remarque.
— Toutes mes excuses...
— Pour chaque chose risquée que je dis ou que je fais, Seras compense avec ses paroles et ses actes fiables.
— Tu ne protèges pas un peu trop ta petite amie ? Tu essaies de te vanter ?
— J’imagine.
Seras balbutia quelque chose comme :
— To-Touka-do...
— Bon sang...
Erika haussa les épaules.
— Quelle passion.
Malgré tout, Erika semblait être une personne particulièrement bavarde.
Comme elle l’avait elle-même dit, elle avait peut-être été affamée de conversations pendant tout ce temps...
Cependant, c’était plutôt pratique pour moi.
— Mais on dirait que ta partenaire est assez troublée par tout ça...
Les yeux d’Erika étaient fixés sur Seras.
— En parlant d’un esprit capable de discerner le son des mensonges, il s’agit très probablement de... Sylphixia.
C’était le nom de l’esprit du vent utilisé par Seras.
— Cependant, si je me souviens bien, ce n’est pas l’esprit avec lequel la famille Ashrain conclut officiellement un contrat depuis des générations, n’est-ce pas ?
Seras prit une expression particulièrement sérieuse en l’entendant.
— ...Vous le saviez donc ?
Fuunnn...
Il existait donc un esprit avec lequel sa famille concluait officiellement un contrat.
— Je ne connais pas les circonstances exactes... Mais Seras Ashrain a conclu un contrat avec un esprit errant. La raison pour laquelle tu te trouvais dans le Saint Royaume de Neia... C’est probablement parce que tu as été exilée de ton pays pour avoir conclu un contrat avec un esprit errant, n’est-ce pas ?
Seras resta silencieuse.
Erika secoua simplement la tête.
On aurait dit qu’elle se reprochait d’avoir posé la question.
— ...Il semblerait que je sois allée trop loin. Désolée, oublie ça. Quoi qu’il en soit... Tu possèdes bien l’esprit capable de discerner les mensonges, Sylphixia, n’est-ce pas ?
L’air embarrassé, Erika tourna son regard vers moi.
— Ce serait beaucoup trop désavantageux pour moi si nous continuions simplement à essayer de nous tromper mutuellement.
— Alors... Tu veux avoir une conversation franche avec nous ?
À vrai dire, je n’avais presque aucune information que j’avais absolument besoin de cacher à Erika.
— Erika est d’accord. Lorsqu’il s’agit de lire les véritables intentions de quelqu’un, tu es assez difficile à cerner. Et surtout, c’est vraiment pénible de devoir faire ça constamment.
— Alors... Qu’est-ce que tu veux que je te dise pour gagner ta confiance ?
— Pour commencer... Pourquoi as-tu besoin des Sortilèges Interdits ? Je ne veux pas dire que ce que tu fais est mal, mais accepteras-tu de m’en parler honnêtement ?
Erika sortit alors une montre à gousset de son décolleté.
Puis elle la lança dans ma direction.
Je la rattrapai aussitôt.
— Vous avez également besoin de vous reposer pendant un moment, tous les deux... Et puis, je pense que nous aurons largement le temps de discuter, pas vrai ?
Il semblerait qu’elle ait compris à quel point nous étions fatigués.
Je regardai les nombreux objets qui occupaient la majeure partie de la chambre.
— J’aimerais d’abord passer un peu de temps à nettoyer cette pièce.
— Alors, on se reverra plus tard. Au pire, Erika vous donnera simplement un coup de main.
— Fuunnn...
Un léger sourire apparut au coin de mes lèvres.
— D’accord.
Tenant cette montre dans ma main, je pris ma décision.
— Alors, parlons. Nous allons te raconter ce qui s’est passé avant notre arrivée ici.
▽
Au milieu de notre conversation, Erika m’interrompit.
— Désolée de t’interrompre, mais... Hein ? Attends une seconde, tu te moques de moi ?
Posant un doigt sur son front, Erika fronça les sourcils.
— Tu es en train de me dire que tu as été jeté dans ces Ruines d’Élimination et que tu en es ressorti vivant... ? Hein ? Ça veut dire que... Hein ? Attends ? Mais alors...
Comme pour demander confirmation, Erika posa une nouvelle question.
— Tu as vaincu ce Mangeur d’Âmes ?