Chapitre 162
Chapitre 162 – La maison de la sorcière
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Nous montâmes les escaliers et entrâmes.
Une pièce spacieuse.
Je pouvais voir une lampe à chandelier éclairer la pièce.
La manière dont elle brillait...
J’imagine qu’elle utilisait l’énergie magique comme source d’énergie.
Au centre de la pièce se trouvait une table basse en bois.
La majorité des meubles et des objets semblaient être fabriqués en bois.
Leur apparence rappelait ces élégantes antiquités nordiques.
Quant à la Sorcière, elle s’enfonça profondément dans son canapé, son bâton appuyé contre la petite table à côté d’elle.
— Attendez un peu.
Après un court moment, un golem apparut depuis le fond de la pièce.
Il transportait quatre chaises dans ses deux mains.
Le golem les disposa rapidement à intervalles réguliers.
— Je vous en prie. Asseyez-vous.
Elle nous invita à prendre place.
La Sorcière souleva une coupe en argent posée sur la table à côté de son canapé.
— Vous voulez quelque chose à boire ?
Seras m’interrogea du regard.
— Qu’est-ce qu’on fait ?
Moi...
— Dans ce cas, j’accepte volontiers.
...je répondis ainsi.
Seras craignait probablement que la Sorcière ne mélange des somnifères ou quelque chose du même genre à nos boissons.
Cependant, je voulais lui montrer que nous lui faisions confiance.
Bien entendu, si je sentais que quelque chose clochait, j’avais l’intention de m’en occuper moi-même.
Le golem revint, transportant cette fois des coupes en argent sur un plateau.
...Ces golems pouvaient donc également servir de domestiques.
Ils étaient plutôt habiles.
Il semblerait qu’il nous ait servi de l’eau aux herbes.
Approchant la coupe de ma bouche, j’en humai ouvertement le contenu.
C’était une odeur que je connaissais.
La même que celle de l’eau aux herbes que j’avais bue à Monroy.
Ils devaient utiliser le même type d’herbe.
Faisant mine d’avaler une grande gorgée, je léchai légèrement le liquide du bout de la langue.
Sous cet angle, la Sorcière, qui se trouvait de l’autre côté, ne devrait pas pouvoir voir ma bouche.
Elle ne devrait donc pas se rendre compte que je vérifiais d’abord si la boisson était empoisonnée.
— ...............
Le goût ne différait pas de celui de l’eau aux herbes de Monroy.
Ça semblait aller.
— Je n’ai pas mis de poison dedans, tu sais ? Enfin, il est naturel que vous soyez méfiants.
Passant une main dans ses cheveux noirs et brillants, la Sorcière nous encouragea à boire.
— Ce n’est pas comme si je voulais vous offenser, alors buvez sans vous gêner. Enfin, vous pouvez aussi vérifier autant que vous le souhaitez qu’il n’y a pas de poison.
Son regard était dirigé vers Seras.
— Ah... Hum... Veuillez nous excuser pour notre impolitesse...
Seras se recroquevilla légèrement sur sa chaise en tenant sa coupe entre ses deux mains.
Il semblerait qu’elle ait elle aussi éveillé les soupçons de la Sorcière en vérifiant si sa boisson était empoisonnée.
À l’inverse, Eve et Liz burent directement sans montrer la moindre vigilance.
Le menton appuyé sur sa main, la Sorcière lança un regard perçant à Seras.
— Toi... Tu es Seras Ashrain, pas vrai ?
— Vous me connaissez ?
D’après les informations que j’avais pu recueillir jusqu’à présent...
La Sorcière devait vivre isolée du monde extérieur depuis au moins une dizaine d’années.
Même si elle avait commencé à vivre recluse il y a dix ans, Seras n’aurait eu qu’environ neuf ans à cette époque.
Même si elle connaissait Seras à ce moment-là...
Comment pouvait-elle regarder son apparence actuelle et immédiatement savoir qu’il s’agissait de la même personne ?
— ...............
Une hypothèse me vint à l’esprit.
La manière dont la Sorcière parlait...
Elle ne donnait pas l’impression d’avoir été complètement coupée du monde extérieur pendant toutes ces années.
En d’autres termes...
— Tu disposes d’un moyen quelconque de savoir ce qui se passe à l’extérieur de la Zone Démoniaque ?
Je posai une question suffisamment vague pour qu’elle ne sache pas s’il s’agissait réellement d’une simple interrogation ou d’une conclusion à laquelle j’étais déjà arrivé.
La Sorcière pivota légèrement et croisa les jambes.
— C’est exact.
Et elle l’admit sans hésitation.
Pour une raison quelconque, la Sorcière tourna ensuite son regard vers Slei.
— Eh bien, c’est un ancien pouvoir qui s’est perdu depuis bien longtemps...
— Quelque chose comme un familier ?
L’un des sourcils de la Sorcière tressaillit.
— Je suis surprise que tu connaisses les familiers.
— ...Je n’en suis pas totalement certain, mais j’en avais l’intuition.
Ou plutôt, ce n’était en réalité qu’une supposition.
Une idée qui m’était simplement venue à l’esprit en pensant aux œuvres de fantasy.
Dans le monde d’où je venais, il existait énormément d’œuvres dans lesquelles on parlait de familiers...
— ...............
S’il fallait ajouter un autre élément, c’était le fait que la Sorcière venait de regarder Slei.
En observant Slei, qui était un monstre...
— Cette fille intelligente a dû comprendre qu’il existait une capacité permettant d’utiliser les monstres.
Voilà ce que j’avais cru lire dans son expression.
Clac !
Erika claqua des doigts.
— C’est exactement comme tu l’as dit. Cette maîtresse utilise des familiers pour recueillir des informations à l’extérieur de la Zone Démoniaque. Je n’ai aucune envie de me mêler des affaires du monde extérieur, mais on peut parfois y apprendre des choses intéressantes. Par conséquent, j’envoie régulièrement mes familiers recueillir des informations. Au fait...
Le regard de la Sorcière descendit de mon visage jusqu’à ma robe.
— Le monstre caché sous ta robe est ton familier ?
Comme je le pensais, elle avait remarqué sa présence.
— ...C’est mon partenaire slime. Je ne connais pas vraiment le fonctionnement des familiers, alors je ne sais même pas si je pourrais le considérer comme tel.
— Je vois... Tu ne connais donc ni leur définition exacte ni la manière de les utiliser.
Il semblerait qu’elle cherchait également à évaluer l’étendue de mes connaissances.
Elle était vraiment rusée, cette Sorcière.
— Eh bien, écoute. Je vais exceptionnellement te l’expliquer... Les familiers sont des animaux ou des monstres liés à leur maître par un contrat magique. Non seulement ils obéissent aux ordres de leur maître, mais celui-ci peut également emprunter leurs yeux et voir ce qu’ils voient. Il est également possible de parler à quelqu’un se trouvant ailleurs par l’intermédiaire du familier, mais... c’est extrêmement éprouvant, aussi bien pour cette maîtresse que pour mon familier. À tel point que j’ai parfois l’impression que l’utilisation de cette capacité raccourcit notre espérance de vie.
La Sorcière haussa les épaules.
— Par conséquent... Eh bien, j’évite autant que possible d’utiliser quelque chose comme ça. Après avoir employé cette capacité, je suis tellement épuisée que je finis par dormir pendant plusieurs jours, tu sais ?
...Dans ce cas, Pigimaru ne pouvait pas être considéré comme mon familier.
— Je n’ai conclu aucun contrat magique avec lui. Ce n’est pas mon familier. C’est simplement mon partenaire très important et un précieux compagnon.
Depuis l’intérieur de ma robe...
— Pinyyuuu~♪
...il poussa un petit cri de bonheur.
— Fuuuunnn... Et le cheval là-bas, avec le Cristal Intermédiaire sur lui ?
Cristal Intermédiaire ?
Elle parlait de cette chose à l’arrière de son cou... ?
— Tu sais quelque chose à propos de Slei ? Nous avons trouvé son œuf dans les Ruines de Mills, et elle en est sortie après notre entrée dans la Zone Démoniaque...
Oui, j’avais justement prévu de l’interroger au sujet de Slei.
Puisque l’occasion se présentait, autant le faire maintenant.
— Je ne sais pas s’il s’agit d’une Bête Divine ou d’une Bête Magique, mais même cette maîtresse ne connaît pas ce monstre. ...Dis, ça ne te dérangerait pas si je l’examinais un peu plus tard ?
— ...Tant que Slei est d’accord et qu’elle ne court aucun danger.
À ces mots, l’humeur de la Sorcière sembla légèrement s’améliorer.
Elle croisa de nouveau les jambes.
— Merci.
...Elle semblait de bonne humeur, mais elle ne souriait toujours pas.
— Ara ?
Le regard de la Sorcière se tourna sur le côté.
Ses yeux se posèrent sur Liz.
— Ah... Désolée.
Ce fut la Sorcière qui s’excusa.
— Même si vous êtes venus du sud, vous avez tout de même traversé la Zone Démoniaque. Vous devez être épuisés, aussi bien physiquement que mentalement.
Liz se recroquevilla nerveusement.
Quelques larmes perlaient au coin de ses yeux.
Je vois.
La Sorcière avait remarqué que Liz essayait de retenir un bâillement.
— Ah... H-Hum...
— Tu n’as pas besoin de t’excuser, Liz.
J’interrompis Liz.
— Tu essayais simplement de retenir un bâillement. Tu n’as rien fait d’impoli. Et puis... j’imagine qu’il va aussi falloir que tu travailles sur cette habitude que tu as de t’excuser tout le temps.
Les jambes complètement étendues devant elle, la Sorcière acquiesça.
— C’est vrai. Pauvre enfant... Elle est devenue tellement sensible qu’elle cherche constamment à se conformer aux autres.
La Sorcière posa ses deux mains sur le canapé et commença à se relever.
— Son estime d’elle-même et la valeur qu’elle s’accorde ont pratiquement été réduites à néant... Rien que d’imaginer la manière dont elle a dû être traitée me dégoûte.
— C’est justement pour cette raison que je voulais qu’elle puisse passer quelque temps ici et se reconstruise.
Toujours à moitié levée, la Sorcière me fixa de ses yeux mi-clos.
— D’une certaine manière, ta façon de parler me donne l’impression que tu diriges mes pensées sans même que je m’en rende compte...
— Ce n’est qu’une impression, non ? Dans ce cas, ce n’est peut-être que ton imagination.
La Sorcière fit la moue.
— ...Je peux te demander quelque chose ? Quel âge as-tu actuellement ?
Je lui répondis honnêtement, et la Sorcière fronça les sourcils.
D’ailleurs, elle était toujours figée dans cette posture à moitié relevée.
— ...Tu te moques de moi ?
— Dans ce cas, quel âge as-tu, toi ?
— Cette maîtresse a vécu plusieurs fois plus longtemps que toi.
— Alors, devrais-je te respecter puisque tu es mon aînée de plusieurs fois mon âge ? Dans ce cas, si tu veux que je te parle avec davantage de respect...
— Ne me fais pas rire, ce n’est absolument pas nécessaire. Écoute-moi bien, Touka. Même si quelqu’un a vécu très longtemps, toutes ces années accumulées n’ont aucune valeur s’il les a gaspillées dans des choses inutiles, pas vrai ?
C’était donc ainsi qu’elle voyait les choses.
— Fuunnn...
Je reniflai.
— Je suis content de connaître l’une de tes opinions. Maintenant... D’après ce que tu as dit tout à l’heure, pouvons-nous considérer que tu as préparé un endroit où nous pourrons dormir pour le moment ?
— C’est bien ça... Très bien. Vous devriez tous aller vous reposer.
La Sorcière abandonna enfin sa posture à moitié relevée et se rassit correctement sur le canapé.
Puis elle appela un golem et lui donna quelques instructions.
— Ah, juste pour que vous le sachiez, cette maîtresse ne peut pas fournir une chambre individuelle à chacun de vous quatre, d’accord ? Je n’ai qu’une seule chambre d’amis. Un autre duo pourra nettoyer une ancienne chambre qu’Erika utilisait autrefois pour se reposer et l’utiliser.
— Cela nous suffit largement.
— Ensuite...
La Sorcière leva son index.
— Ces deux chambres ne possèdent qu’un seul lit. Vous pourrez donc décider entre vous si vous dormez ensemble ou si l’un de vous préfère dormir par terre.
Comme prévu, il valait mieux qu’Eve et Liz dorment ensemble.
Dans ce cas...
— ...............
Je jetai un regard vers Seras.
Hoche, hoche.
Seras hocha deux fois la tête dans ma direction.
...J’imagine que je pouvais considérer cela comme son accord.
— Alors, Seras et moi partagerons ton ancienne chambre.