Chapitre 157
Chapitre 157 – L’imposition de la Déesse
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<Point de vue de Nyantan Kikeepat>
La Déesse finit enfin de lire mon rapport.
— Il y a eu certaines choses auxquelles je ne m’attendais pas, mais il semblerait que notre tentative de rendre les Héros plus puissants en les envoyant dans la Zone Démoniaque Dorée ait été un succès. Les seules pertes sont deux Héros de rang inférieur, dont la présence ne change absolument rien, qu’ils soient vivants ou morts... Ces résultats sont excellents ♪
Le Palais Royal d’Alion.
La chambre privée de la Déesse.
Dans cette pièce, il n’y avait que la Déesse et moi.
La Déesse faisait tournoyer une mèche de cheveux autour de ses doigts.
— “Monter de niveau”... Chaque fois qu’ils tuaient un monstre aux yeux dorés, nous pouvions clairement constater leur croissance. Dans ce monde, il n’existe normalement rien qui ressemble à une “croissance facile”. Avant même qu’ils ne s’en rendent compte, faire augmenter ces nombres deviendra en soi une source de plaisir pour eux... Fufu, peut-être que devenir esclave des chiffres fait tout simplement partie de la nature humaine.
La Déesse rejeta le rapport sur le bureau.
— Mais Nyantan... Je ne peux pas m’empêcher de me demander pourquoi les précieuses amies de Sogou-san sont toujours en vie. Tu sais pourquoi ? Tu comprendras que je trouve ça vraiment étrange.
— Il semblerait que quelqu’un, ou quelque chose, les ait arrêtés.
— Ehh~ ? N-Ne me dis pas que tu n’as pas cherché à savoir qui les avait arrêtés... Enfin, tu l’as probablement fait, pas vrai ? Après tout, tu es excellente. Je suis vraiment désolée d’avoir pu douter de toi.
— Toutes mes excuses. Je n’ai pas réussi à découvrir de qui il s’agissait.
— Ehh~ ? C’est absurde ! T-Tu mens, pas vrai ? Tu ne prends quand même pas la vie des gens à la légère, hein ?
Je baissai profondément la tête.
— Toutes mes excuses.
— Je vois... Je vois................................ Tu n’essaies pas simplement de couvrir quelqu’un, n’est-ce pas ?
— Je n’ai personne à couvrir.
— Hummm... C’est assez difficile pour moi de te demander ça, mais...
— Je vous écoute.
— Tu n’as pas immédiatement remis le rapport des Ashinto résumant les informations qu’ils avaient obtenues d’Urza, n’est-ce pas ?
— J’ai remis ce rapport en retard. Toutes mes excuses.
Comme si elle confirmait ses propres paroles, la Déesse murmura :
— En retard... alors que tu es pourtant si excellente.
La Déesse se leva de son siège.
Elle vint se placer derrière moi.
— Tu n’es pas secrètement en contact avec les Ashinto, ces gens qui ont tué le “Plus Fort de l’Humanité” et qui préparaient quelque plan malveillant, n’est-ce pas... ? Fufufu. Enfin, tu ne ferais jamais ça, pas vrai ?
La Déesse passa ses bras autour de ma taille.
Sa main commença à caresser mon ventre.
— Tu ne ferais pas ça, n’est-ce pas ?
— Je ne le ferais pas.
Puis la Déesse commença à palper mon corps.
Comme si elle cherchait quelque chose que j’aurais pu dissimuler.
— Et les sœurs Takao ?
La raison pour laquelle j’avais été choisie comme mentor des deux sœurs.
La véritable raison était qu’elle voulait que je leur serve de surveillante.
La Déesse n’avait toujours pas décidé de la manière dont elle devait traiter les deux sœurs.
— J’ai délibérément accordé à ces deux sœurs la liberté d’agir. Et elles utilisent cette liberté pour faire quelque chose qui me cause du souci ? Ahh... Rien que d’entendre ta réponse me rend terriblement nerveuse. Je crois que j’ai besoin de respirer profondément... Hwooooooooo... Haaaaa...
— Elles n’agissent d’aucune manière qui devrait particulièrement nous inquiéter. Elles deviennent néanmoins progressivement plus fortes.
— Mais l’autre jour, elles m’ont posé une question qui semblait me défier. C’était comme si elles pensaient que j’étais méchante avec Sogou-san...
— Je pense qu’en leur donnant l’impression que vous ne les mettez pas à l’écart, elles finiront par accorder leur confiance à Vysis-sama comme les autres Héros... Cette question était peut-être également liée à cela.
— Hijiri-san est vraiment ce genre de personne ?
— Oui.
— Hmm~ Je pensais qu’Hijiri-san serait plus agressive que ça... Elle est vraiment inquiétante. Arara... Ah, tu ne mens pas, n’est-ce pas ?
— Bien sûr que non.
— ............, ............ . ............ ? ............, ................................ ? ................................................................................................ ?
C’était une méthode d’interrogatoire particulière que la Déesse utilisait face aux personnes qui refusaient de parler.
Dans de rares cas, elle utilisait le silence pour sonder l’esprit de son interlocuteur.
— Alors c’est comme ça~
Il était difficile de déterminer ce qu’elle voulait dire avec ces quelques mots.
Je ne savais pas comment les interpréter.
Les mains de la Déesse cessèrent de bouger.
— Hum, Nyantan... Si tout cela est vraiment trop difficile pour toi, tu peux me trahir, tu sais ? S’il te plaît, ne te force pas trop. Je ne t’en voudrai pas. Je me contenterai de t’éliminer.
— Il est hors de question que je trahisse Vysis-sama.
— Alors, ce retard dans la remise du rapport était réellement une simple erreur de ta part... ? M-Même alors que la vie de tes adorables petites sœurs pouvait être en jeu... C’est impressionnant que tu sois capable de commettre une erreur dans une telle situation. Je ne peux qu’admirer ton courage.
— Je n’ai pas pu m’en occuper à cause des nombreuses tâches qui se sont enchaînées durant ces journées. Toutes mes excuses pour l’échec de l’assassinat des membres du groupe d’Ayaka Sogou.
— Fufufu... Tu es vraiment quelqu’un de responsable, n’est-ce pas ?
— ...............
— Est-ce que je suis trop sévère ?
— Non.
— Est-ce que je manque d’ouverture d’esprit ?
— Non.
La Déesse posa sa main sur mes lèvres et enfonça un doigt dans ma bouche.
— Même si quelqu’un réfléchit lui-même à ses erreurs, il y aura forcément des gens pour se plaindre de ceux qui ne progressent absolument pas... Et il faudrait vraiment avoir du culot pour finir par détester la personne qui se plaint. J’aimerais que les personnes dotées d’une plus grande envergure cessent d’avoir cette tendance à pardonner si facilement aux autres. Personne dans ce monde n’a grandi sans jamais être blessé. Snif... C’est vraiment un monde difficile, tu ne trouves pas... ? Fais de ton mieux...
— Je m’efforcerai de faire mieux.
Celle qui souffrait n’était pas la Déesse.
Et ce n’était pas moi non plus.
Coupant mes sens, je laissai mon regard errer dans la pièce.
Quelque chose attira mon attention.
Je crois que...
C’était un grand tableau recouvert d’un tissu.
Je n’étais jamais entrée dans cette pièce auparavant.
La Déesse sembla remarquer mon regard.
— Ça t’intrigue ?
La Déesse s’approcha du tableau et retira le tissu.
Une Haute Elfe blonde apparut devant mes yeux.
— C’est un portrait de Seras Ashrain.
L’ancienne Capitaine des Chevaliers Saints de Neia.
— C’était une offrande de l’empereur de Bakuos. Maintenant qu’ils ont perdu le “Plus Fort de l’Humanité”, il semblerait qu’ils aient voulu se placer sous la protection de la puissante Déesse. Fufu, en ce qui me concerne, j’aurais préféré avoir la personne elle-même ici plutôt que ce tableau.
On racontait que ce portrait avait été peint avec Seras elle-même comme modèle.
Il s’agissait apparemment de l’œuvre du peintre royal de l’époque.
On disait également que ce tableau avait autrefois été l’un des trésors du Saint Roi.
Après la conquête de Neia, la plupart de ces trésors étaient tombés entre les mains de l’empereur de Bakuos.
Cependant, le Saint Roi avait conservé ce tableau jusqu’à la fin.
— On raconte que le Saint Roi autorisait rarement les autres à peindre la personne elle-même en face à face. Il semblerait qu’il ait demandé à un peintre royal professionnel de réaliser quelques portraits, mais... Enfin, c’est justement pour cette raison que les portraits authentiques d’elle avaient autant de valeur. Bien sûr, il paraît que des contrefaçons apparaissaient fréquemment sur le marché... Ah, j’ai également entendu dire que certains de ses portraits affichés à la Guilde des Mercenaires avaient été volés ? Quelle histoire effrayante... Ah, leurs pensées devaient être vraiment terrifiantes... Les humains sont vraiment effrayants, tu ne trouves pas ?
La Princesse Chevalière, Seras Ashrain.
Elle était déjà morte.
C’était du moins ce que le public croyait.
Son cadavre n’avait cependant toujours pas été retrouvé...
— Ah, oui, j’ai entendu quelque chose d’amusant. Savais-tu que les objets qu’elle avait personnellement utilisés font l’objet d’un commerce très actif parmi les nobles de différents pays ? J’ai entendu dire que leur valeur avait étrangement explosé depuis que les rumeurs de sa mort avaient commencé à se répandre sur le continent.
Des objets qu’elle avait utilisés.
Ce simple fait suffisait à leur donner de la valeur.
— Quels gens étranges...
C’était tout ce que j’en pensais.
— S’ils valent déjà autant... Si je pouvais mettre la main sur la personne elle-même, elle aurait certainement de nombreuses utilisations. Par exemple, voyons voir...
Des « utilisations ».
Je détestais la sonorité de ce mot.
— J’aurais pu gagner énormément d’argent en la prêtant à d’autres.
— La prêter à d’autres.
Je savais ce qu’elle voulait dire.
Il n’y avait pas la moindre répulsion dans le ton de la Déesse.
Oui.
C’était comme si elle parlait simplement de l’un de ses pions.
Il en allait de même pour les Apôtres de Vysis.
Après tout, ils n’étaient rien de plus que les pions de la Déesse.
— Snif... C’est vraiment difficile pour moi de révéler mes véritables émotions. Mon cœur pleure constamment tandis que je continue à prendre des décisions difficiles... Mais Nyantan, écoute-moi attentivement. Ce que tu possèdes en toi, c’est le courage d’être détestée par les autres.
▽
Suivant les ordres de la Déesse, je quittai Alion.
Ma destination était le Royaume de Magnar.
Le Château Blanc Anti-Démon.
Cette fois-ci, la prestigieuse Sixième Cavalerie des Treize Cavaleries avait également été déployée.
Pourquoi avions-nous de nouveau été envoyés vers ce château ?
Parce que l’armée du Grand Empereur Démon avait finalement commencé une véritable marche vers le sud.
Les représentants de chaque pays se réunissaient une fois encore dans le nord de Magnar.
▽
Le Château Blanc Anti-Démon.
La salle où se rassemblaient les loups.
Les représentants de chaque pays débattaient avec ardeur dans cette pièce depuis près d’une demi-journée.
Malgré cela, la plupart ne faisaient que suivre les intentions de la Déesse...
Une chaleur particulière s’était accumulée dans la pièce.
La Reine de Jonato posa son menton sur sa main.
Elle avait l’air épuisée.
— Ouvrez la fenêtre, Curia.
La Reine s’adressa à la Sainte qui se tenait derrière elle.
La Sainte interpella la Déesse et le Roi Loup Blanc.
— Puis-je ?
Le Roi Loup Blanc acquiesça silencieusement.
D’un geste de la main, la Déesse donna également son accord.
La Sainte, Curia Gilstain, ouvrit la fenêtre.
Une brise rafraîchissante pénétra dans la pièce.
Le vent frais fit doucement onduler les cheveux argentés de la Déesse.
Leur discussion s’interrompit.
Ils étaient à court de solutions.
Chaque pays n’avait probablement même pas encore révélé ses cartes maîtresses...
Puis l’un des fonctionnaires entra dans la pièce.
Il s’approcha directement du Roi Loup Blanc et lui murmura quelque chose à l’oreille.
Après avoir fait signe au fonctionnaire de se retirer, le Roi Loup Blanc croisa les bras.
— Leurs mouvements étaient lents, mais... comme nous le pensions, leur marche vers le sud n’a pas simplement pour objectif de provoquer quelques escarmouches avec nous.
Le Roi Loup Blanc ferma les yeux.
Un profond pli se forma entre ses sourcils.
Il était probablement en train de se remémorer mentalement les détails de la carte du Nord.
Comme s’il ne supportait plus ce silence, le Roi Magister demanda :
— Q-Qu’est-ce que vous voulez dire ?
Le Roi Loup Blanc ouvrit ses yeux étroits.
— Leurs mouvements sont parfaitement organisés... Ouest, sud, est... Ils prévoient certainement d’envahir simultanément dans ces trois directions.
La Reine s’enfonça davantage dans son siège.
Elle semblait avoir du mal à accepter la situation.
— On dirait qu’ils se déplacent de manière à s’étendre largement sur nos territoires. À ce rythme... ils n’ont manifestement pas l’intention de rester concentrés au même endroit. Je me demande ce qu’ils cherchent à accomplir en dispersant ainsi leurs forces ?
— Je l’ignore. Ce doit être quelque chose auquel seuls ces démons peuvent penser.
La Déesse leva les yeux vers le vide.
— L’armée qui avance vers le sud va-t-elle se diviser plus tard... puis rejoindre les armées de l’est et de l’ouest ? Cela pourrait également signifier que... l’armée du sud constitue une force de réserve destinée à renforcer les zones où la guerre se déroulerait mal ?
— Ou peut-être prévoient-ils de franchir ce Château Blanc Anti-Démon et de foncer directement vers la Zone Démoniaque Dorée.
— Non, je ne pense pas que ce soit possible...
Le Roi Magister opposa une timide objection aux paroles du Roi Loup Blanc.
Cependant...
— Oui, probablement.
Le Roi Loup Blanc accepta facilement son objection.
— Les monstres créés par l’ancienne Racine de Tout Mal et ceux créés par la nouvelle Racine de Tout Mal... La camaraderie entre ces deux factions est étonnamment faible. Probablement parce que leurs “parents” sont différents, ils vont même souvent jusqu’à s’affronter...
Cette théorie refaisait surface chaque fois qu’une nouvelle Racine de Tout Mal apparaissait.
Les forces de la nouvelle Racine de Tout Mal.
Les monstres rassemblés dans la Zone Démoniaque Dorée.
La rencontre de ces deux groupes.
Mais comme venait de le dire le Roi Loup Blanc, il n’existait absolument aucune camaraderie entre eux.
Les informations accumulées au fil du temps le prouvaient.
Le Roi Loup Blanc poussa un lourd soupir.
— Cependant, s’ils attaquent réellement dans les trois directions, certains de nos dispositifs risquent de devenir assez problématiques... Est-ce vraiment acceptable de confier tout cela à Vysis ?
La Déesse hocha légèrement la tête.
— Oui, laissez-moi m’en charger.
Puis un nouvel homme entra dans la pièce.
Un jeune homme à l’allure intrépide, mais élégante.
Il était assez grand et possédait une carrure robuste.
Le Grand Général de l’Empire de Mira.
Il avait également autrefois été le premier dans l’ordre de succession au trône impérial.
Autrement dit...
Il était le frère aîné de l’Empereur Fou.
Le frère de l’Empereur Fou lui tendit une feuille de papier.
Tous deux commencèrent à se murmurer quelque chose.
Une fois leur échange terminé, le Général quitta la pièce.
L’Empereur Fou regarda le document qu’il venait de recevoir avant de le jeter sur la table.
— Voici notre dernière analyse des capacités ennemies... Tout d’abord, leurs effectifs sont déjà extraordinairement élevés. Il vaudrait mieux partir du principe que la qualité de chaque monstre est pire que ce que nous avions prévu.
La Déesse parcourut rapidement le document du regard.
— Je vois... C’est assez inattendu...
À l’exception de l’Empereur Fou, les autres représentants se levèrent les uns après les autres.
Tous se penchèrent vers le document posé au centre de la table.
Les yeux blancs du Roi Magister s’écarquillèrent.
— M-Mais qu’est-ce que c’est que çaaaaaaaaa... !?
— C’est plusieurs fois plus important que les forces de la précédente Racine de Tout Mal...
Une expression inhabituellement sévère apparut sur le visage de la Déesse.
— Et en plus, nous avons perdu notre force principale, les Chevaliers du Dragon Noir... Je ne sais pas qui sont ces Ashinto ni où ils se trouvent actuellement, mais ils nous ont vraiment causé énormément de problèmes.
Frappant la table de ses deux mains, le Roi Magister semblait anéanti.
— Uuuuuuuuoooo... !? Alors s’ils lancent des invasions simultanées dans trois directions, c’est simplement parce qu’ils ont confiance dans leurs effectifs !? A-Avec de tels nombres... Et chacune de leurs armées, quelle que soit sa direction, est composée des pires monstres possibles. Guuuhhh... Qu’est-ce qu’on va faire... Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire... !?
Une goutte de sueur coula le long de la joue de la Reine de Jonato.
— Cette immense marche d’une telle violence... Voyons voir, je me demande comment nous pourrions réagir face à cela...
Les sourcils profondément froncés, le Roi Loup Blanc fixait le document.
— Il est peu probable qu’un seul pays puisse rivaliser avec eux uniquement grâce à ses propres forces... Même si nous remportons la victoire, nous devrons nous préparer à une période de reconstruction vertigineuse...
Les yeux emplis de prudence, la Déesse les plissa légèrement.
— Je ne pense pas non plus que l’ennemi déploiera l’intégralité de ses forces aussi tôt... Cependant, je ne crois pas que nous soyons dans une situation où chaque pays puisse encore se permettre de garder ses cartes maîtresses en réserve. Cette guerre... Nous devons tous unir nos forces et l’affronter de toute notre puissance...
Puis, par une déclaration, la Déesse leur imposa la réalité.
— ...ou tout sera écrasé.