Chapitre 155
Chapitre 155 – Le domaine de la sorcière
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Alors que nous avancions à travers la forêt, Seras sembla remarquer quelque chose.
Se penchant en avant, elle se mit à observer le tronc d’un arbre.
— C’est... un Sceau Magique.
Sur la partie inférieure du tronc se trouvait un symbole gravé.
Comme il avait été inscrit très bas, il était assez difficile à apercevoir au milieu des mauvaises herbes qui poussaient autour.
J’imagine qu’il avait volontairement été placé ainsi pour être difficile à trouver.
Seras examina attentivement le sceau, comme si elle essayait d’en comprendre la signification.
— C’est une sorte de piège qui s’active lorsque certaines conditions sont remplies ?
— Ce sceau appartient effectivement à cette catégorie, mais il ne devrait probablement plus s’activer, car une partie de la formule est endommagée. Il semble très usé.
Il devait donc être vraiment ancien.
— En fait, il est possible que nous arrivions simplement trop tard et que cette Sorcière soit morte depuis longtemps.
Tout en disant cela, je tendis une gourde d’eau à Seras.
Elle...
— Ah, merci. J’accepte volontiers.
...me remercia.
Dénouant la cordelette qui fermait la gourde, elle commença à boire.
Gloups.
Après avoir avalé l’eau, Seras poursuivit :
— La plupart des elfes ne sont pas doués pour la magie. Comme vous le savez déjà, nos corps ne sont pas adaptés au raffinage de l’énergie magique. Cependant, la Sorcière des Tabous est peut-être une elfe capable de raffiner efficacement l’énergie magique.
Elfe.
Haute Elfe.
Elfe Noir.
D’une manière générale, les elfes n’étaient pas doués pour raffiner l’énergie magique.
C’était une race peu adaptée à la magie.
En contrepartie, ils se spécialisaient dans la Technique de Contrat Spirituel afin d’utiliser le pouvoir des esprits.
Apparemment, cela ne changeait pas, quelle que soit la tribu.
Cependant...
— Il existe donc quelques exceptions.
— Oui, même si elles sont extrêmement rares.
— Je vois. Enfin...
Pour commencer, il fallait déjà savoir si elle était encore en vie.
Par exemple, notre première rencontre pourrait très bien se faire avec une momie complètement desséchée...
Ce n’était pas impossible.
Nous ne pourrions le savoir qu’en la rencontrant directement.
Je jetai un regard vers Seras.
— Seras-dono ?
— ...Tu n’as plus l’air fatiguée.
— ??? O-Oui... Grâce au <Sleep> de Touka-dono...
Ce n’était qu’un peu.
Vraiment très légèrement, mais...
Je pouvais voir de la culpabilité sur le visage de Seras.
Je ne laissai pas passer ces petites fluctuations dans son expression.
La raison de cette culpabilité était assez évidente.
Ce qu’elle m’avait fait la nuit dernière.
...Je vois, elle s’en souvenait donc.
Cependant, elle ne semblait pas avoir remarqué que j’étais au courant.
Dans ce cas, il suffisait de laisser les choses telles qu’elles étaient.
Il n’était pas nécessaire d’aborder volontairement le sujet maintenant.
Elle semblait également réfléchir à ce qu’elle avait fait à sa manière...
Et puis, je pensais que...
Si c’était Seras, elle finirait probablement par me l’avouer d’elle-même.
Elle avait ce genre de personnalité.
Quant à moi, je continuerais simplement à agir comme d’habitude, en tant que « son » Seigneur.
J’attendrais simplement que le bon moment arrive.
Jusqu’au jour où Seras déciderait elle-même d’en parler.
▽
— J’ai l’impression que les arbres d’ici sont différents.
Je me demandais si cela avait un rapport avec leur proximité avec l’Arbre Corrompu.
Seras s’arrêta et caressa doucement la branche d’un arbre.
— Les arbres de cette région semblent déborder de vitalité.
Apparemment, elle était capable de déterminer l’état des arbres.
Comme on pouvait s’y attendre d’une personne issue d’un peuple forestier.
...Cela correspondait bien à son image.
Malgré tout...
— Je ne ressens absolument aucune présence de monstre.
— ...Une barrière ?
Seras murmura pour elle-même.
— C’est peut-être le pouvoir d’une barrière.
— Une barrière, hein.
Comme je le pensais, ce genre de chose existait donc réellement.
— Les barrières sont des techniques avancées. Il en existe deux catégories : celles basées sur la magie et celles basées sur les esprits... Cependant, je n’arrive pas à déterminer à quelle catégorie appartient celle-ci.
Nous continuâmes à avancer.
— Qu’est-ce que c’est que ça ?
Ce fut Eve qui remarqua « ces choses » la première.
Plusieurs piliers de pierre apparurent dans notre champ de vision.
Ils semblaient profondément enfoncés dans le sol.
Chacun avait une taille légèrement différente des autres.
Il y en avait environ une dizaine, dispersés dans les environs.
Je pouvais voir des sceaux gravés sur les pierres.
Ces sceaux émettaient une faible lumière.
— Ces sceaux semblent encore fonctionner. À partir de maintenant, nous devrions rester vigilants...
Les oreilles d’Eve frémirent.
— Seras... Ces sceaux semblent déjà s’être activés.
Eve posa la main sur la garde de son épée.
Cependant, au moment où elle le fit...
J’avais déjà tendu le bras devant moi.
— <Paralyse>.
Crac, crac...
La lumière émise par les sceaux faiblit.
Les piliers de pierre semblaient sur le point de se transformer en quelque chose.
Transmutation ?
Transformation ?
Quoi qu’il en soit, il devait s’agir d’une sorte de dispositif destiné à contrer les intrus.
Cependant, leur transformation ne s’acheva pas.
Ils s’étaient immobilisés alors qu’ils étaient en train de prendre une apparence vaguement humanoïde.
En théorie, celui qui agit le premier gagne.
— Enfin... On dirait que c’était un golem chargé d’intercepter les intrus.
Cette statue de pierre camouflée que nous avions rencontrée autrefois dans les Ruines de Mills.
Si ma compétence avait fonctionné sur elle, elle pouvait peut-être également fonctionner sur celui-ci.
C’était ce que j’avais pensé.
— Il semblerait que ça ait marché.
— Touka.
Eve désigna nos bagages du regard.
Elle indiquait le marteau attaché à mon sac à dos.
Celui que nous avions utilisé autrefois pour réduire en morceaux les cadavres des Ashinto.
Elle semblait me demander si nous devions détruire le golem.
Je...
— Non.
...refusai.
— On n’y pourra rien s’il essaie de bouger malgré la paralysie et finit par se détruire tout seul. Cependant, je ne veux pas que la Sorcière pense que nous sommes des individus belliqueux qui détruisent tout ce qu’ils voient. Autant que possible, nous avancerons sans endommager ce genre de choses.
Le pilier de pierre paralysé n’essaya pas de forcer son corps à bouger.
Avait-il instinctivement compris qu’il serait dangereux de le faire ?
Il tenait à sa vie alors qu’il n’était qu’un golem ?
Ou peut-être...
Était-ce un ordre de la Sorcière ?
Sans connaître la véritable puissance du golem de pierre, nous poursuivîmes notre chemin à travers la forêt.
Nous arrivâmes finalement dans une zone dégagée.
La rive d’un lac.
Voilà le genre d’endroit que nous venions d’atteindre.
Il n’y avait rien d’éblouissant ni d’effrayant dans les environs.
Il serait même plus juste de dire que cet endroit débordait de vitalité.
Une forêt luxuriante.
J’avais l’impression que l’air était plus pur ici que partout ailleurs.
Eve regarda autour d’elle.
Manifestement intéressée, elle laissa échapper une exclamation admirative.
— Je ne ressens absolument aucune présence de monstre.
Cela signifiait que...
— Nous sommes donc complètement entrés sur le territoire de la Sorcière.
▽
Les contours du lac formaient presque une ellipse.
Tendant le cou, Seras regarda dans l’eau.
— Le fond du lac brille...
Je me plaçai à côté d’elle.
— Cette lumière provient de l’énergie magique ?
— C’est possible.
L’eau était limpide.
Je pouvais clairement voir les rochers au fond du lac.
Il n’y avait aucun poisson.
— Voir l’énergie magique briller ainsi dans l’eau...
— C’est probablement dû à la quantité extrêmement élevée d’énergie magique, non ? Si la lumière est aussi intense même à cette profondeur, alors la quantité d’énergie magique présente dans le lac doit être considérable.
Toujours penchée vers l’avant, Seras tourna légèrement la tête sur le côté pour regarder derrière elle.
Son regard se dirigea vers...
l’Arbre Corrompu.
— Cette abondance d’énergie magique et cet immense arbre dépérissant... Ces deux endroits donnent des impressions complètement opposées.
— ...La Sorcière utilise probablement cette énorme quantité d’énergie magique quotidiennement.
Seras déglutit.
Puis elle hocha la tête.
Debout côte à côte, nous regardâmes dans la même direction.
Une cabane à la forme légèrement elliptique se dressait au bord du lac.
J’appelai Eve et les autres, qui se tenaient derrière moi.
— Allons-y.
▽
La porte de la cabane construite au bord du lac.
Elle n’était pas verrouillée.
J’ouvris la porte.
Prudemment, je regardai à l’intérieur.
...C’était étonnamment normal.
L’endroit ressemblait exactement à ce que l’on pouvait imaginer en entendant parler d’une « cabane » construite au bord d’un lac.
— Je vais inspecter l’intérieur.
Eve prit l’initiative.
— Seras, reste dehors avec Liz et monte la garde.
— Compris. Sois prudente, Eve.
— Umu... Touka, peux-tu rester en attente près de la porte ? S’il se passe quelque chose, je compterai sur toi.
— Compris.
Je tendis une main devant moi tandis que je tenais une dague dégainée dans l’autre.
— Si quelque chose tourne mal, j’interviendrai immédiatement.
Eve commença à fouiller la cabane.
Une échelle était appuyée contre le mur d’une pièce.
Eve vérifia sa stabilité.
Puis elle monta au deuxième étage.
Cependant, elle redescendit peu après.
— Ce n’est qu’un grenier. Il n’y a rien d’inhabituel là-haut.
Eve recommença à inspecter le rez-de-chaussée.
En dehors du grenier, la maison comportait deux pièces.
Je promenai mon regard sur les endroits visibles depuis ma position.
Je pouvais apercevoir quelques vieux meubles et objets.
La cheminée ne semblait pas avoir été utilisée depuis très longtemps.
De la poussière s’était également accumulée à différents endroits...
Il ne restait aucune trace récente d’une présence humaine.
La cabane n’avait probablement pas été utilisée depuis au moins un mois.
— Touka, peux-tu rester silencieux un instant ?
— D’accord.
Eve tendit l’oreille et commença à frapper les murs et le sol de la pièce avec ses paumes.
Elle s’immobilisa.
Son regard se fixa au centre de la pièce.
Un tapis y était étendu.
Du talon, Eve tapota plusieurs fois le tapis.
— Il y a quelque chose en dessous.
Eve retira alors le tapis.
Un renfoncement assez large pour y glisser une main apparut, avec une poignée à l’intérieur.
En regardant attentivement, je remarquai une jointure rectangulaire dans le plancher.
...Cela signifiait que quelque chose était dissimulé sous le sol.
J’entrai dans la maison et me plaçai à côté d’Eve.
Pigimaru étendit une protubérance.
— Pinii ?
Nous regardâmes ensemble la poignée.
Eve m’interrogea du regard.
Je hochai la tête.
Reportant son attention sur le sol, Eve tira sur la poignée.
D’un coup, une partie du plancher se souleva.
Et un escalier plongeant dans l’obscurité apparut.
— Fumu... C’est une manière plutôt classique de cacher quelque chose.
— La Sorcière ne cherche probablement pas vraiment à dissimuler cet endroit...
Cela ressemblait davantage à une entrée qu’à une pièce secrète.
À ce stade, il semblait peu probable qu’il y ait des pièges.
Après avoir appelé Seras et Liz, j’injectai de l’énergie magique dans mon sac de cuir magique.
Le sac de cuir émit une faible lumière.
— À partir de maintenant, je vais passer devant pour descendre.
▽
En chemin, l’escalier se transforma en escalier en colimaçon.
Lorsque nous arrivâmes finalement en bas, je me retrouvai dans un espace étonnamment vaste et dégagé.
Un plafond rocheux.
Des murs rocheux.
Un sol rocheux.
Les irrégularités des murs avaient été taillées et lissées.
Plusieurs chandeliers alimentés par de l’énergie magique étaient installés sur les parois.
— C’est aussi un golem... ?
Une créature magique faite de terre.
Elle se déplaçait lentement, le dos tourné vers nous.
Était-elle en train d’entretenir les murs ?
Je n’utilisai pas ma compétence sur elle.
Pour commencer, son attention n’était même pas dirigée vers nous.
Elle travaillait simplement en silence près du mur.
— Touka-dono.
Seras m’appela.
Elle regardait devant nous.
En suivant son regard, nous découvrîmes une immense porte.
Une boule de cristal y était incrustée.
Nous nous plaçâmes devant cette porte.
— En théorie, nous devrions pouvoir l’ouvrir en injectant de l’énergie magique dans cette boule de cristal, mais...
Au passage, même après notre arrivée jusqu’ici, le golem continuait silencieusement son travail.
Il ne s’était même pas retourné vers nous.
Ce serait bien qu’il continue à nous ignorer, mais...
— Pigimaru, préviens-moi si cette chose commence à bouger bizarrement.
— Pigiii.
— Bon.
Je posai ma paume sur la boule de cristal.
Raffinant mon énergie magique, je commençai à l’y injecter.
Mon énergie magique se mit à onduler à l’intérieur de la boule.
C’était comme si mon énergie magique s’était transformée en un liquide qui s’agitait à l’intérieur.
Le volume de ce liquide augmentait progressivement.
Il existait peut-être un mécanisme permettant d’ouvrir la porte une fois la boule entièrement remplie.
— Cette porte... La quantité d’énergie magique qu’elle absorbe est extraordinaire...
La quantité nécessaire pour la remplir était absurdement élevée.
Les portes des Ruines d’Élimination ne pouvaient même pas être comparées à celle-ci.
Cependant...
— Si on parle de mes PM, j’ai plutôt confiance en la quantité que je possède.
Je continuai à fournir de l’énergie magique.
La boule de cristal se remplit progressivement d’une faible lumière vacillante.
Et puis...
— Avec ça, elle est complètement remplie.
La boule de cristal, qui était auparavant d’un noir translucide, était désormais entièrement emplie d’une faible lumière.
Clic.
Un bref bruit semblable à celui d’une serrure que l’on déverrouille retentit depuis la porte.
Et ainsi...
La porte s’ouvrit.