Chapitre 146
Chapitre 146 – Les héros, sous la pluie
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Minamino Moe s’approcha timidement de moi.
— D-Désolée, Ayaka-chan... Si seulement nous avions pu t’aider...
Elles n’avaient pas réussi à intervenir lorsque Yasu m’avait couverte d’insultes.
Il semblerait qu’elles s’excusaient pour cela.
Je tentai de garder mon calme et leur souris.
— Ce n’est rien. Rien que le fait que vous ayez voulu m’aider me fait plaisir.
— Ayaka-chan...
À cet instant...
— Uwaaaah... Ça avait l’air plutôt dangereux, pas vrai ? Que ce soit Kirihara ou Yasu-kun. Comme je le pensais, des gentilles filles comme nous ne peuvent vraiment pas être amies avec eux~
— Asagi-san...
Une fille venait soudainement de s’immiscer dans notre conversation.
Ikusaba Asagi.
Une Héroïne de rang B qui possédait pourtant une excellente compétence innée.
Elle détestait qu’on l’appelle par son nom de famille.
Il fallait donc l’appeler par son prénom.
C’est alors qu’une membre du groupe d’Asagi sortit des fourrés.
— Asagi...
— Oh.
— Comme je le pensais, je n’arrive pas à trouver Poppo.
— Hein~ ? Sérieusement~ ?
— Très sérieusement.
J’observai le groupe d’Asagi.
...Elle n’était pas là.
Je ne voyais pas Kashima Kobato parmi elles.
— Asagi-san ! Il est arrivé quelque chose à Kashima-san !?
Sans m’en rendre compte, mon ton prit celui d’un interrogatoire.
Asagi jeta un regard à Mamiya Shouko.
Son regard semblait l’inciter à fournir elle-même les explications.
L’air légèrement contrarié, Mamiya ouvrit nonchalamment la bouche.
— Certains membres de notre groupe se sont trop éloignés quand cette immense procession de kaijus est apparue tout à l’heure... Et Kobato a dit qu’elle allait chercher une enfant qui s’était perdue, alors elle est partie à sa recherche, mais...
Mamiya se tourna vers son amie, Kanou Isuzu.
On aurait dit que cette histoire était devenue une chaîne où chacune transmettait le rôle de narratrice à la suivante.
Laissant Kanou poursuivre le récit, elle afficha un sourire désinvolte.
— Euh... Je sais pas trop ? J’avais déjà crié très fort le nom de l’enfant perdue, alors je me suis dit que ça devrait suffire... Et puis j’ai utilisé Poppo comme diversion pendant que je m’éclipsais discrètement pour m’enfuir ♪ Tehe~ ♪
Kanou tira la langue.
— Qu...
Kashima Kobato était partie à la recherche de notre camarade.
Kanou l’avait ignorée et avait abandonné Kobato sur place.
Pire encore, elle s’était servie d’elle comme diversion afin de sauver sa propre vie.
Avant même que je puisse dire quoi que ce soit, l’expression de Kanou changea brusquement.
— J-Je veux dire, les monstres étaient terrifiants ! Il y en avait même d’énormes qui traînaient partout ! Hein !? Quoi !? Présidente... Tu es en train de me reprocher ça !? Qu’est-ce que... J’aime pas du tout ça ! T’es méchante ! Ueeehhh... Snif... T’es méchante... T’es méchante, Ayaka... Hnnn~ Seikooo...
En pleurant, Kanou se jeta contre la poitrine de Mamiya.
L’atmosphère changea brusquement et les membres du groupe d’Asagi commencèrent à me condamner.
— Hé, tu n’es pas un peu trop cruelle, Ayaka ?
— Tout le monde donne évidemment la priorité à sa propre vie !
— Isuzu-chi n’a rien fait de mal !
— Attendez, tout le monde ! Écoutez-moi ! Ayaka, qui a toujours été extrêmement privilégiée depuis sa naissance, ne peut pas comprendre ce que nous ressentons !
Je pris sur moi et écoutai ce qu’elle disait.
Ce n’était pas le moment de nous disputer à ce sujet.
— Asagi-san.
— Ouais ?
Dans leur groupe, c’était Asagi qui finissait toujours par rassembler tout le monde.
— Allons chercher Kashima-san.
— Compris. Bonne chance~
— Hein ? Non, euh... Je voulais dire avec Asagi-san et les autres...
— Hein ? Eh bien, euh~ Tu vois, les Quatre Saints Vénérés devraient bientôt revenir de leurs recherches~. Comme prévu, ce serait dangereux de trop nous impliquer, non ? Si on réfléchit à la situation de manière réaliste, je veux dire.
— M-Mais Kashima-san n’est-elle pas... l’amie d’Asagi-san et des autres !?
— Et en échange, on devrait risquer que les autres meurent ?
Soudain, je vis dans ses yeux une expression de rejet.
Sans émotion.
Indifférente.
Je ressentis tout cela dans ces quelques mots.
Cependant, elle retrouva immédiatement son attitude désinvolte.
— Nyahaha~ Je plaisantais ! Ne sois pas aussi sérieuse~ Désolée, d’accord !? Ah, cette mauvaise humeur que tu viens d’afficher ressemble à celle que tu avais avec Déesse-chan, tu ne trouves pas ? Comment dire... Tu es vraiment la seule que Déesse-chan traite aussi durement~ ! Si jamais ta relation avec Déesse-chan devient vraiment mauvaise, tu peux venir m’en parler, d’accord ? Même si c’est juste pour écouter tes plaintes, je peux au moins faire ça~
— L-Laissons ça de côté. Nous devons chercher Kashima-san...
— Eh bien, euh~ si on réfléchit de manière réaliste, c’est trop difficile pour nous. Franchement, moi aussi, ça me ferait de la peine de perdre Kobato~. Mais tu vois, ce qui vient de se produire ressemble à une catastrophe, non ? Et puis, les personnes qui partent à sa recherche risquent également leur vie si elles s’impliquent trop, pas vrai ?
— Mais si nous partons maintenant, nous devrions encore pouvoir la sau...
— Entre la sécurité de Kobato seule et celle de toutes les autres personnes qui devraient se mettre en danger simplement pour la rechercher, si je devais dire de quel côté penche la balance... Eh bien, je pense qu’il faut renoncer à partir à sa recherche~. Ah, personnellement, j’aimerais aller la chercher, tu sais ? Mais... si tu prends le temps d’y réfléchir calmement, plutôt que de confier ça à quelqu’un comme moi qui commence à peine à comprendre ce monde, tu ne penses pas qu’il vaudrait mieux laisser les Quatre Saints Vénérés ou Nyantan s’en charger~ ? Ah, mais ce n’est que mon avis, d’accord ? Aucun problème, je n’ai aucune intention de t’imposer mon opinion. Après tout, imposer son opinion aux autres, c’est mal.
— ...............
Je ne pouvais rien répondre.
Parce que je ne trouvais aucun argument pour la contredire.
(Dans ce cas, même si je dois aller la chercher toute seule...)
Cependant, les Quatre Saints Vénérés refusèrent également ma proposition.
D’après ce que j’avais entendu, les sœurs Takao avaient elles aussi disparu...
Non.
J’avais l’impression de ne plus avoir vu les deux sœurs depuis bien avant l’apparition de cette immense procession de monstres.
Maintenant que j’y pensais, où pouvaient-elles bien être ?
Kashima Kobato.
Les sœurs Takao.
Tout le monde avait été rassemblé par les Quatre Saints Vénérés et Nyantan, à l’exception de ces trois-là.
— Avant la fin de la journée, les Quatre Saints Vénérés repartiront à leur recherche.
Agito, celle qui prenait les décisions parmi les Quatre Saints Vénérés, l’annonça à tout le monde.
Cependant, quelque chose d’étrange se produisait actuellement dans la Zone Démoniaque.
Par conséquent, cette expédition prendrait fin aujourd’hui.
Nyantan se joindrait également à leurs recherches.
Après avoir pris ma décision, je me portai volontaire pour aller chercher les autres.
Cependant, comme je m’y attendais, ma proposition fut elle aussi refusée.
Je repensai aux paroles prononcées par l’aînée des Quatre Saints Vénérés.
— C’est simplement parce que nous sommes plus fortes que toi. Ah... Désolée, mais je devrais peut-être être plus claire ? Dans ton état actuel, tu ne ferais que nous ralentir. Tu as encore beaucoup de chemin à parcourir... Tu dois prendre davantage soin de ta vie.
En repensant à la frustration que j’avais ressentie, j’appuyai mon dos contre le tronc d’un arbre.
De faibles grondements commencèrent à résonner dans les nuages.
La pluie se mit à tomber.
— ............Statut, ouverture.
<Ayaka Sogou>
Lv 143
PV : +1935
PM : +3178
Attaque : +20483
Défense : +2862
Force Physique : +3331
Vitesse : +1611 (+500)
Sagesse : +1712
<Titre : Héroïne de rang S>
L’écran de Statut restait parfaitement visible malgré la pluie.
Je le contemplai d’un air absent.
(Je suis encore faible... C’est pour ça...)
La tête baissée, je serrai fermement ma lance contre moi.
Les paroles de quelqu’un qui n’a aucun pouvoir ne peuvent atteindre personne.
Oui...
Elles ne les atteindront pas.
(Je dois devenir plus forte... Plus forte que n’importe qui... Encore plus... plus... plus... plus... plus... plus... Pour tout le monde... Pour pouvoir protéger tout le monde... Plus forte...)
<Kashima Kobato POV>
— Haaah... Haaaahhh... Fuuu !
Je courais sous une pluie battante.
Autour de moi, j’entendais le vacarme de la pluie torrentielle s’écrasant sur les branches et les feuilles des arbres.
À présent, même ce bruit faisait naître une profonde peur dans mon cœur.
Posant mes mains sur mes genoux, je m’arrêtai de courir et regardai derrière moi.
— Haa... Haa, haa... !
(J’ai réussi à m’échapper... !?)
En chemin, j’avais rencontré plusieurs monstres.
Mais j’avais réussi, tant bien que mal, à leur échapper.
Cependant, j’avais été tellement concentrée sur ma fuite que j’avais perdu le chemin du retour.
Je regardai la dague accrochée à ma taille.
(J’aurais dû continuer à laisser des repères sur mon chemin...)
Au début, pendant mes recherches, je prenais soin de graver une croix sur les arbres que je croisais afin de marquer mon passage.
Mais après avoir rencontré ces monstres, je n’avais plus eu le loisir de le faire.
Je fermai fermement les yeux.
(J’espère que Kanou-san va bien...)
Je voulais retourner saine et sauve dans notre ancien monde avec tout le monde.
C’était ce qu’avait dit Sogou Ayaka.
Moi aussi, je voulais l’aider à réaliser ce souhait.
Sans laisser personne derrière nous, nous retournerions tous dans notre ancien monde.
(Grâce à Déesse-sama, le poignet de Sakura-san semble avoir pu être rattaché à son bras... Personne dans notre classe n’est encore mort... Personne n’est encore mort... Alors...)
— Ah.
Je portai instinctivement mes mains à ma bouche.
— Ce n’est pas vrai...
Oui.
Quelqu’un était déjà mort.
Mimori Touka.
Cependant, nous n’avions jamais véritablement ressenti sa mort.
Ce n’était probablement pas parce qu’il nous avait laissé peu d’impression à l’époque.
C’était plutôt parce que personne ne l’avait vu mourir.
Tout le monde l’avait simplement vu être transféré vers les Ruines d’Élimination.
C’est pour cette raison que sa mort ne semblait pas réelle pour nous...
— ...............
La raison pour laquelle j’avais instinctivement couru après Kanou Isuzu...
J’y réfléchis.
(Lorsque Mimori-kun a été envoyé dans les Ruines d’Élimination, je n’ai rien pu faire... Je me suis simplement recroquevillée de peur...)
Chaque jour qui passait, je sentais cette culpabilité me tourmenter davantage.
Je ne pouvais pas le pardonner.
Je ne pouvais pas pardonner cette faiblesse en moi.
(Mais... malgré tout...)
Même maintenant, ma poitrine était encore remplie de peur.
Et pour une raison quelconque...
Je pouvais également sentir une certaine frustration monter en moi au même moment.
Je dois vite rentrer.
Je dois rapidement retourner auprès des autres.
Sinon, je vais mourir.
(Je vais mourir...)
Je ne pouvais pas résister à ma peur de la mort.
Je sentais ma volonté se faire peu à peu écraser.
Les monstres de la Zone Démoniaque Dorée.
Je les avais vus de près.
Et le choc avait été profondément gravé dans mon esprit.
La procession de monstres, semblable à une tempête, m’avait plongée dans le désespoir.
Chacun de leurs rugissements féroces exerçait une pression terrifiante.
J’avais réellement voulu me boucher les oreilles et me recroqueviller sur place.
Mais si j’étais restée là-bas, je serais certainement morte...
La plupart des monstres de cette immense procession avaient déjà disparu quelque part.
Cependant, certains monstres s’étaient séparés de la horde.
Ils devaient encore rôder quelque part dans les environs.
(Je me demande si quelqu’un va venir me chercher... Dans ce cas, il vaudrait peut-être mieux que je ne bouge pas... Comme je le pensais, je ne sers vraiment à rien...)
Je tentai de chasser ces pensées, mais je ne pouvais m’empêcher d’être déçue par moi-même.
(Je le savais... Je suis différente de Sogou-san... Pourtant, je veux être utile... Même dans une situation aussi terrible, j’aurais voulu pouvoir être utile à Sogou-san, qui pense toujours aux autres...)
Soudain...
J’eus l’impression d’entendre un grondement sourd et étouffé.
Frisson.
Je sentis mon corps trembler.
Mes jambes étaient paralysées par la peur.
Je ne pouvais plus faire un seul pas.
Ce grondement n’était évidemment pas celui d’un humain.
C’était une bête.
Un grondement terrifiant.
Et surtout...
Même sous cette pluie qui semblait pouvoir tout emporter...
Je pouvais sentir l’odeur du sang provenant de cette bête.
(!!! J-Je dois me cacher... ! Vite...)
Bruissement...
— Gururururururuuuuuuuuu...
Une silhouette couverte de sang émergea des fourrés.
Elle était proche.
Elle était déjà arrivée juste à côté de moi.
Je n’avais même pas senti sa présence.
Je tombai à genoux et tentai d’abaisser mon corps autant que possible.
Lentement, timidement...
Je relevai le visage.
— ...Ah.
Face à la réalité qui se dressait juste devant moi, je sentis le désespoir m’assaillir de plein fouet.
Devant moi se tenait...
— ...Qu’est-ce que c’est ? Dans un endroit pareil... Une humaine ?
Un monstre humanoïde à tête de léopard.
Et il était capable de parler la langue des humains.