Chapitre 145
Chapitre 145 – Les héros et le réceptacle du Roi
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<POV de Sogou Ayaka>
Soudain, cela arriva.
Un grand nombre de monstres poussèrent des cris.
Ils rugissaient.
Dans un vacarme assourdissant, ils déferlaient en avant, s’entassant les uns sur les autres à mesure qu’ils se rapprochaient.
J’entendais le bruit incessant de leurs pas frappant et raclant le sol.
Je pouvais sentir le sol trembler sous mes chaussures.
Abattant les arbres sur son passage, la silhouette d’un gigantesque monstre apparut.
— Iiiiiggggggiiiiiiiiiiieeeeeeeeeeeeeeehhhhhhhhhhhhhhhh !
Des monstres de petite et moyenne taille le suivaient également.
Je compris alors.
Ces monstres n’étaient pas venus ici à cause de notre présence.
Même au loin, je pouvais entendre des hordes de monstres se déplacer.
Qu’est-ce qui pouvait bien se passer ?
Les monstres qui étaient soudainement apparus semblaient viser un autre endroit.
Certains s’arrêtèrent lorsqu’ils nous remarquèrent.
Cependant, la majorité d’entre eux semblaient attirés par « quelque chose ».
Ils se dirigeaient vers « quelque part », sans même tourner les yeux dans notre direction...
Oui.
C’était comme si quelque chose les appelait.
Dans ce cas...
Ne serait-il pas possible de simplement nous cacher et de les laisser passer ?
Je pointai une certaine direction du doigt.
— Tout le monde, dépêchez-vous et courez par là ! Suou-san ! Je vous confie l’avant-garde !
Je transmis mes instructions à mes camarades.
Pour le moment, notre priorité absolue était de nous éloigner de ces monstres.
Ce serait dangereux s’ils nous remarquaient.
Finalement, ma décision porta ses fruits.
Certains monstres nous repérèrent et nous attaquèrent.
Cependant, je les éliminai facilement.
Ainsi, la procession de monstres, semblable à une tempête, passa devant nous.
Tous les membres de mon groupe étaient sains et saufs.
Cependant...
— ...Ce n’est... pas possible...
Ploc...
Ploc...
Je laissai échapper ces mots d’un air absent.
Deux personnes étaient mortes.
Les deux victimes étaient des garçons de la classe 2-C.
L’un d’eux avait été écrasé par un monstre de grande taille.
L’autre avait été tué par un monstre de taille moyenne qui avait remarqué sa présence et l’avait attaqué.
Les deux victimes appartenaient au groupe de Yasu Tomohiro.
Je me mordis les lèvres.
Je courus vers les corps et m’arrêtai à côté de Yasu.
— Yasu-kun...
— Hmm ? Ah, Ayaka.
Yasu répondit calmement.
Les cadavres avaient été alignés et recouverts de tissus.
Je n’avais pas... le courage de regarder leurs visages.
Si je le faisais...
Je ne serais peut-être pas capable de supporter cette réalité terriblement douloureuse.
La mort de mes camarades de classe.
Quelque part au fond de mon cœur, je continuais encore à sous-estimer la gravité de notre situation.
Même lorsque Mimori Touka était mort, je n’avais pas réussi à ressentir pleinement la réalité de sa mort.
Je n’avais même pas vu de mes propres yeux le moment où il avait été transféré.
Je savais simplement...
qu’il était mort.
Réprimant le trouble qui m’envahissait, je demandai :
— Hirooka-kun et Sakuma-kun... Ils n’ont pas réussi à s’enfuir ?
— On dirait bien.
— ...Hein ? Yasu-kun... Ils n’étaient pas avec toi ?
— Chacun doit protéger son propre corps. Ma priorité était d’assurer la sécurité du Héros de rang élevé que je suis. En réfléchissant à la décision la plus adaptée à la situation, j’ai fait le meilleur choix possible. Si nous pensons à l’avenir, il est inévitable de perdre quelques personnes afin de préserver le petit nombre de Héros de rang supérieur.
Yasu baissa les yeux vers les cadavres de nos deux camarades.
— Franchement...
Il secoua la tête.
— Il va sans dire que s’ils n’ont pas réussi à s’échapper, c’est leur propre faute.
Leur mort ne semblait provoquer absolument aucune émotion chez lui.
Sa réaction était beaucoup trop indifférente.
Je regardai les autres Héros du groupe de Yasu.
Je pouvais voir que chacun avait été plus ou moins profondément bouleversé par leur mort.
Cependant, leur chef, Yasu, traitait cet événement comme s’il ne le concernait absolument pas.
— T-Tu ne devrais même pas avoir besoin que je te le dise... Ces deux-là faisaient partie de ton groupe, Yasu-kun ! Quand cette horde de monstres est apparue, pourquoi n’as-tu rien fait !?
— ............Qu’est-ce que tu essaies de dire, Ayaka ?
— T-Tu es un Héros de rang A...
— Ouais. Et alors ?
Je continuai à le presser de questions.
— Tu n’as jamais pensé que tu avais la responsabilité de protéger les camarades de classe qui faisaient partie de ton groupe !?
Alors que je prononçais ces mots...
— Voilà bien quelque chose qu’une élève modèle dirait.
...c’est ce que je pensai moi-même.
Pour une raison étrange, cela me contrariait.
Cependant, je ne pouvais plus retenir le flot de paroles qui débordait de moi.
— Les élèves de ton groupe comptaient sur toi, Yasu-kun... C’est pour ça que tu devais les protéger...
Les élèves qui n’avaient rejoint ni le groupe de Kirihara ni celui d’Asagi.
S’ils avaient rejoint le groupe de Sogou Ayaka, ils seraient devenus des ennemis aux yeux de la Déesse et du groupe de Kirihara.
Les élèves qui craignaient cela avaient donc été contraints de rejoindre le groupe de Yasu.
Cependant...
Était-il vraiment juste que je rejette toute la faute sur Yasu Tomohiro ?
Je ne cessais de me poser cette question.
Ces élèves n’avaient pas rejoint le groupe de Yasu Tomohiro parce qu’ils le souhaitaient réellement.
Ils l’avaient fait par élimination, parce qu’il ne leur restait aucune autre option.
Dans ce cas, il ne semblait pas juste de tout reprocher à Yasu Tomohiro.
Cependant, même si c’était vrai...
J’aurais voulu qu’il protège les autres.
Ces personnes qui ne s’étaient pas approchées de moi, même lorsque je les avais appelées.
C’est pourquoi...
— Tu étais la seule personne capable de les protéger, Yasu-kun...
Oui.
Je devais le dire.
Soudain, Yasu posa ses mains sur mes épaules.
Me regardant de haut, il ouvrit la bouche.
— Fe... Fe... Fe...
— Yasu-kun... ?
Ses doigts serrèrent douloureusement mes épaules.
— FEEEEERME LAAAAAAA ! FERME-LA ! FERME-LA ! FERME-LAAAAAAA ! F-E-R-M-E LAAAAAAAA, AYAKAAAAAAAAAAA !
(...Hein ?)
— Q-Qu’est-ce que tu as !? Haaah !? Pourquoi est-ce que tu continues à me regarder comme si tu étais supérieure à moi !? Pourquoi est-ce que tu crois être au-dessus de moi !? Tu comprends seulement quelle est la hiérarchie maintenant !? Il serait temps que tu t’en rendes compte !
Fshhh !
Yasu releva brusquement le visage.
— Il n’y a pratiquement plus aucune différence entre nous !
— Q-Quoi... De quoi est-ce que tu parles... ?
J’étais complètement déconcertée.
— Voilà ! Ça y est ! Putain, ça y est encore ! C’est exactement ça ! Sogou Ayaka est toujours comme ça ! Cette attitude que tu affiches sans même t’en rendre compte ! C’est naturel chez toi ! Tu es naturellement douée pour regarder les autres de haut ! Voilà ce qu’est Sogou Ayaka !
— Attends un peu, s’il te plaît. D-De quoi est-ce que tu parles exactement ? Je te disais simplement que tu aurais dû les protéger...
— JE LE SAAAAAAAAAIS ! JE SAIS AUSSI QUE SASAOKA ET SAKUMA SONT MOOOOOOOOORTS ! HAAAAAH !? Mais pourquoi est-ce que je devrais sauver ces types !? Moi, j’ai survécu parce que je suis fort ! Eux sont morts parce qu’ils étaient faibles ! C’est pourtant quelque chose d’assez simple pour que n’importe qui puisse le comprendre !
— Ceux qui possèdent du pouvoir ont la responsabilité de protéger ceux qui n’en ont pas...
— AAAAAAAAAAH ! DANS QUELLE LOI EST-CE QU’IL EST ÉCRIT UNE CHOSE PAREIIIIIIILLE !? ...Ah, regardez-moi ça ! Ayaka vient encore de se placer tout naturellement parmi “ceux qui possèdent du pouvoir” ! Voilà le genre de personne qu’est Ayaka ! Tu affiches un visage de sainte tout en regardant inconsciemment les autres de haut ! Sans même chercher à te vanter, tu fais sentir aux autres la différence de hiérarchie ! Cette manière de parler comme si tout cela était parfaitement naturel pour toi... ARRÊTE PUTAIN DE FAIRE ÇAAAAAAAA !
— J-Je n’essaie pas particulièrement de jouer les saintes et je ne te regarde pas de haut, Yasu-kun... C’est simplement un malentendu ! Moi aussi, il y a des choses qui me manquent ! C’est justement pour ça que les autres compensent mes faiblesses... C’est comme ça que nous nous soutenons mutuellement...
Je lui parlai avec toute ma sincérité.
— Il y a des choses que je peux faire, des choses que Yasu-kun peut faire... Et il y a aussi des choses que les autres peuvent faire ! Et en tant que Héros de rang supérieur, il devait forcément y avoir quelque chose que tu pouvais faire... C’est pour ça...
— Ouais, ouais. Déjà, moi, je pense que Sasaoka et Sakuma ont bien fait de crever ! Tu ne le sais pas parce que tu étais dans les vapes à cause de la Déesse... mais quand ce putain de minable de Mimori a été envoyé en enfer, ces enfoirés étaient super excités à l’idée de le rabaisser, tu sais !? Et ces salauds se foutaient aussi de ma gueule en douce ! Le châtiment ! Fuhahahaha ! Ça doit être le châtiment du monde ! Qu’est-ce que tu veux ajouter à ça !? Que la déléguée de classe née et élevée dans une famille riche, dans un environnement privilégié, éprouverait quand même de la compassion pour des salauds pareils !?
— Yasu-kun peut certainement voir les choses ainsi... Mais... malgré tout, je ne pense pas qu’il existe des personnes qui feraient mieux d’être mortes. Après tout, moi...
Je pense que personne ne devrait mourir.
Je les protégerai.
C’est ce que je m’étais juré.
Voilà la responsabilité de ceux qui possèdent du pouvoir.
C’est alors que...
— Tu es vraiment un minable.
Celui qui venait de l’interrompre était...
Kirihara Takuto.
— Ki-Kirihara...
Est-ce que Kirihara avait seulement conscience de ce qui se passait autour de lui ?
Yasu semblait légèrement contrarié.
— Yasu... Tu connais cette histoire à propos du réceptacle ?
Le regard de Kirihara passa de moi à Yasu.
Ses yeux semblaient observer nos réactions.
Comme s’il essayait de déduire quelque chose.
— Les amis de mon père viennent souvent participer à des réceptions chez nous le week-end... Parmi eux, il y avait un homme incroyable qui avait fait fortune grâce aux cryptomonnaies. C’est lui qui m’a raconté cette histoire à propos du réceptacle.
Pourquoi nous racontait-il soudainement cette histoire ?
Je ne voyais absolument pas quel rapport elle pouvait avoir avec la situation actuelle.
— On dit qu’il existe un réceptacle en chaque être humain, et que la réussite d’une personne permet de déterminer si son réceptacle est à la hauteur. Cependant, sans le Réceptacle du Roi, toute réussite n’est qu’une façade et ne peut être que temporaire.
Kirihara repoussa en arrière les cheveux qui tombaient sur son front.
— Tu comprends cette histoire ? Ce que je veux dire, c’est qu’une personne qui n’a réussi que grâce à la chance ne peut pas faire disparaître son odeur de minable, même si elle s’élève au-dessus de sa position d’origine.
Kirihara soupira.
— Ces minables qui obtiennent une réussite dépassant largement la capacité de leurs misérables réceptacles... C’est comme regarder quelqu’un vivre avec un réceptacle débordant alors qu’il est déjà fissuré. C’est répugnant. Pourtant, la personne elle-même ne remarque même pas à quel point son comportement est déplaisant. Alors qu’elle s’imagine simplement avoir rejoint la scène des gens d’un rang supérieur, les véritables puissants dotés de grands réceptacles ne voient qu’un minable qui se fait des illusions... C’est pareil dans les soirées où se réunissent les gens d’affaires pour parler d’investissements financiers. Il arrive parfois que ce genre de minables se glisse parmi eux.
Ngh...
Yasu serra les dents.
— Qu’est-ce que tu... essaies de dire ?
— Simplement que tu as vraiment tout d’un minable, Yasu. Ça parle de soi-même... Cela signifie seulement qu’il existe une différence immense entre la taille de nos réceptacles.
À cet instant, Kirihara fit habilement tournoyer son katana dans sa main.
Puis il pointa la pointe de sa lame vers le nez de Yasu.
— ...Ngh.
Yasu recula d’un pas.
— Il y a un camarade de classe au bout de ma lame... Et pourtant, tu ne peux rien faire d’autre que te comporter comme un minable qui se fait des illusions. Il serait temps que tu comprennes enfin ta véritable place dans la hiérarchie, Yasu.
Était-ce à cause de la nervosité ?
Le front et les joues de Yasu étaient couverts de sueur.
Comme s’il exigeait une réponse de sa part, Kirihara poursuivit :
— Le fait que tu aies oublié le personnage superficiel que tu jouais pour te mettre à hurler devant Sogou prouve que tu possèdes les émotions d’un minable. Et si tu n’as pas pu les protéger, c’est également parce que tu n’es qu’un véritable minable.
C’est alors que...
— Pfft ! Pfuha !
Soudain, Oyamada Shougo, qui se tenait derrière Kirihara, éclata de rire.
— Tu es venu jusqu’ici juste pour que ta cote arrête de monter et s’effondre, c’est trop drôle ! Je pensais que tu allais continuer encore un moment à jouer au minable qui se fait des illusions~ ! Moi, je voulais déjà te remettre à ta place, mais Takuto m’en avait empêché ! Et puis, c’était quoi déjà ? Tu pensais que changer de personnalité allait te rendre cool~ ? Yasu-senpai, héhéhé, ta laideur ressort encore plus maintenant ! Pfuh !
Kirihara poussa un soupir d’exaspération.
— Shougo... Ne rabaisse pas ton propre rang au sien uniquement pour lui lancer des piques dignes d’un minable.
— Ouais, ouais. Je ferai attention. Uweehhh, t’es vraiment sévère dans tes jugements, Takuto.
Une nouvelle fois, Kirihara fit habilement tournoyer son katana.
— Tu ferais mieux de prendre conscience de ta place, Yasu.
La lame émit un son métallique lorsqu’il la rengaina dans son fourreau.
— Même si tu obtiens une puissance supérieure à ce que ton réceptacle peut contenir... si tu ne possèdes qu’un réceptacle de minable, tu finiras forcément par révéler inconsciemment toute ta laideur. Même une puissance extraordinaire paraîtrait misérable à côté de mon Réceptacle du Roi.
Yasu baissa les yeux vers le sol et se mit à trembler.
Ses poings étaient fermement serrés.
Sa respiration devint également plus lourde.
— Fuu... Fuu...
Ses épaules se soulevaient au rythme de sa respiration.
Cependant, Kirihara ne semblait absolument pas se soucier de l’état de Yasu.
Remettant sa frange en place entre ses doigts, il poursuivit :
— Enfin, je peux comprendre que tu te sois fait des illusions puisque tu as effectivement été désigné comme un Héros de rang A, cepen...
— Arrête de raconter n’importe quoi, Kirihara.
Yasu releva la tête et le regarda droit dans les yeux.
Son visage se déforma alors d’une manière que je serais incapable de décrire.
— <Laevateinn>.
Des flammes noires s’enroulèrent derrière Yasu.
Je reculai instinctivement.
Comme si elles cherchaient à écraser tous ceux qui se trouvaient autour de lui, les flammes noires tourbillonnantes brûlaient intensément dans son dos.
Oyamada les observa d’un air mécontent.
— Hein ? Qu’est-ce qu’il compte faire, ce Yasu ? Je veux dire... Tu veux soudainement passer tes nerfs sur nous ? Qu’est-ce que t’es chiant... Sérieusement, t’es vraiment chiant...
Kirihara, en revanche, ne broncha même pas.
Sans même dégainer son katana, il resta silencieux, sans laisser transparaître la moindre émotion sur son visage.
Yasu commença à avancer.
Il approcha son visage de celui de Kirihara.
Comme s’il le provoquait.
— Qu’est-ce que tu cherches en venant me provoquer et en disant que je me fais des illusions, Kirihara ? T’es tellement vexé que j’aie volé ta proie tout à l’heure ? Haaah ? C’est pour ça que tu viens chercher la merde avec moi ?
Kirihara baissa les yeux vers lui.
— ...Tu as déjà atteint un niveau de médiocrité irrécupérable, Yasu Tomohiro.
— Fuuu... T’es exactement pareil, enfoiré. Le même genre de salaud qui se fait des illusions simplement parce qu’on lui a attribué le rang S. Un enfoiré comme toi devrait lui aussi apprendre à ouvrir les yeux sur sa propre situation, Kirihara Takuto...
Yasu pointa soudainement du doigt sur le côté.
(...Hein ? Moi ?)
Pour une raison quelconque, Yasu me désignait.
— Même si elle est de rang S, elle n’a même pas réussi à obtenir la moindre compétence innée... alors que tous les autres Héros de rang S ont déjà obtenu la leur. Tu vois ? L’existence même d’Ayaka en est la preuve, non ? À l’inverse, même si elle n’est que de rang B, la compétence innée d’Asagi surpasse largement la compétence innée médiocre d’Oyamada. Tu comprends ce que je veux dire ?
Kirihara ne répondit pas.
Il se contenta de me jeter un regard impassible.
Les lèvres de Yasu se tordirent en un sourire hideux qui dévoila toutes ses dents.
— En d’autres termes, le rang des Héros n’a finalement pas tant d’importance que ça. Donc, croire que tu es supérieur aux autres simplement parce que tu es de rang S... ce n’est rien de plus que la pensée d’un minable qui se fait des illusions ! Il y a un instant, espèce d’enfoiré, tu étais tellement rempli d’ouvertures qu’on aurait dit que tu me suppliais de tuer ce monstre, tu sais ? Kuhihi ! Alors lequel de nous deux est vraiment le plus digne du Réceptacle du Roi...
Fwwwuuuuussshhh !
Comme s’il s’apprêtait à prononcer son verdict final, Yasu s’approcha encore une fois de Kirihara.
— Un jour, je te le prouverai clairement, enfoiré prétentieux.
Le visage impitoyable, Oyamada fit un pas en avant.
— Takuto, tu devrais sérieusement me laisser écraser ce type avec mon <Bullet>. Même si ce n’est qu’un coup de colère passager, je m’en fous. Comme prévu, même quelqu’un d’aussi gentil que moi commence à en avoir froid dans le dos.
Yasu lui tourna le dos.
— Aie froid autant que tu veux.
Après avoir lancé ces mots sans se retourner, il commença à s’éloigner.
— Espèce d’enfoiré...
— Arrête, Shougo.
Kirihara retint Oyamada, qui s’apprêtait à bondir sur lui.
— Haaah !? Qu’est-ce qu’il y a encore !? Me dis pas que t’as peur de lui maintenant !?
— ............Hein ?
— Ah... Non, c’est... Désolé...
Bam !
— Uuuuh...
Kirihara donna un coup à Oyamada dans l’abdomen.
— Si tu mords à une provocation aussi grossière, tu ne feras que t’abaisser au niveau de ce minable. Ce sont souvent les chiens les plus faibles qui aboient le plus fort. Cependant...
Kirihara tourna son regard vers moi.
— Je vais peut-être devoir admettre qu’il existe effectivement quelqu’un qui tire les rangs S vers le bas... Si une personne n’est pas digne d’être un Héros de rang S, cela pourrait affecter le moral de tout le monde. Ce serait vraiment problématique que tu continues à ralentir tout le monde de manière aussi irresponsable, Sogou.
— Je suis désolée.
— Moi aussi, j’ai l’intention de faire tout ce qui est en mon pouvoir.
Comment devais-je lui répondre ?
Je ne savais pas.
(Cependant... C’est vrai que je manque encore de puissance...)
Je baissai les yeux vers les cadavres de mes deux camarades de classe.
Le tonnerre commença à gronder dans les sombres nuages menaçants qui couvraient le ciel.
Voyant que je restais silencieuse, Kirihara passa à côté de moi.
Oyamada le suivit.
Il semblerait que Kirihara ne s’intéressait déjà plus à moi.
Cependant, je pouvais encore l’entendre marmonner.
— Malgré tout... Si jamais un autre enfoiré qui se fait des illusions comme Yasu devait apparaître...
Kirihara repoussa vigoureusement ses cheveux en arrière.
— Pourquoi est-ce que je ne montrerais pas simplement à tous ces idiots bornés ce qu’est le Réceptacle du Roi Kirihara, d’une manière qu’ils puissent facilement comprendre ?