Chapitre 142
Chapitre 142 – Cette vie...
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
La raison pour laquelle il n’y avait aucun signe de monstres dans les environs...
Alors, c’était donc ça.
Le monstre que nous avions tué tout à l’heure.
Si cette chose mourait, un grand nombre de ces terrifiants monstres se rassemblaient frénétiquement ici.
Et leur déplacement massif semait la destruction et le chaos partout sur son passage.
Un « Grand Tumulte » d’une ampleur telle que même les monstres vivant dans la Zone Démoniaque cherchaient à l’éviter.
C’est pourquoi les monstres évitaient les « ennuis » en restant loin d’ici.
Ils se tenaient à l’écart du monstre qui vivait dans cette région.
Autrement dit...
Quelque chose de semblable avait probablement déjà dû se produire par le passé.
Ce n’était qu’une hypothèse, mais elle n’avait rien d’impossible.
— ...............
Aurais-je dû l’arrêter ?
Non.
Cela aurait été bien trop difficile.
En réalité, utiliser <Paralyse> aurait également été une mauvaise décision.
Ce monstre « cherchait » désespérément à mourir.
Et les caractéristiques de <Paralyse> auraient posé problème.
Même paralysée, une cible qui se débattait de toutes ses forces continuait à subir des dégâts et pouvait finir par mourir.
Si un monstre désirant mourir se retrouvait paralysé, il se serait débattu avec violence jusqu’à en mourir.
C’était la pensée qui m’avait traversé l’esprit lorsqu’il était soudainement apparu.
À cet instant, j’avais senti qu’il fallait éviter de tuer ce monstre.
La meilleure solution aurait été <Sleep>.
Malheureusement, <Sleep> avait une portée réduite et il était apparu hors de ma portée.
— ...............
Je terminai en un instant l’analyse qui venait de se déployer dans mon esprit.
À présent, j’avais déjà déterminé comment surmonter cette situation.
Les oiseaux perchés dans les arbres s’envolèrent bruyamment.
Comme s’ils nous annonçaient l’arrivée d’un désastre.
Je concentrai toute mon attention sur mon ouïe.
Il leur restait encore une certaine distance avant d’arriver...
En revanche, j’avais cessé de compter leur nombre.
Cela ne servait à rien.
Tout ce que j’avais besoin de savoir, c’était qu’une quantité complètement absurde de monstres fonçait vers nous.
Cela me suffisait.
À cet instant...
— Fyyyuuuuuuu...
Eve expira profondément.
— Tout le monde, écoutez-moi.
Eve se plaça devant nous.
Comme si elle était la seule personne à se tenir sur la rive opposée d’un fleuve.
— Je vais servir d’appât et attirer l’attention des monstres. Pendant ce temps, vous devrez tous partir à la recherche de la demeure de la Sorcière.
— !
Liz ouvrit de grands yeux.
— Même si je dois employer la force, je vous créerai une ouverture pour vous permettre de vous échapper.
Eve tourna la tête dans la direction d’où nous étions venus.
— Je vais courir dans la direction opposée. Une fois que j’aurai laissé les monstres me dépasser, je vous rejoindrai plus tard. Touka, tu te souviens toujours du contenu de la carte ? Maintenant que nous sommes arrivés aussi loin, tu devrais pouvoir trouver notre destination même sans elle.
— Grande sœ...
— Liz.
Le ton d’Eve s’adoucit, comme si elle parlait à une enfant.
— Cette situation est le résultat de mon action... Dans ce cas, il est normal que je sois la première à prendre la responsabilité de régler le problème.
...Alors, elle comptait assumer la responsabilité de ce qui s’était passé.
Posant doucement une main sur l’épaule de Liz, Eve me regarda.
— Comme tu peux le voir à mon apparence, je suis une femme-léopard. Au milieu de la confusion... avec un peu de chance, ces monstres pourraient me prendre pour l’un des leurs en chemin, et je pourrais profiter de cette occasion pour m’échapper. Comme tu le sais déjà, je suis également très douée pour détecter la présence des autres. Et je me débrouille plutôt bien pour me déplacer sur ce genre de terrain.
Comme si elle retenait quelque chose, Seras posa une main sur sa poitrine.
— Dans ce cas, je suis plus habituée que vous à ce genre de terrain puisque nous sommes dans une région forestière.
— Mais tu es beaucoup trop voyante... Fufu, et ce, de bien des façons.
— Grande... sœur...
Les épaules de Liz tremblaient.
— Je ne pense pas qu’il nous reste beaucoup de temps. Liz... Jusqu’à mon retour, assure-toi de bien écouter Touka et Seras...
— J’ai compris.
Je pris alors la parole.
— Si tu insistes à ce point... je vais te laisser le rôle d’attirer leur attention. Mais je vais te dire une seule chose. Je m’assurerai de protéger les autres, alors assure-toi de revenir.
Les yeux d’Eve se plissèrent et un sourire résolu, presque joyeux, apparut sur son visage.
— Ouais, je te le pro...
— Enfin, tu pensais vraiment que j’allais dire quelque chose comme ça ?
— Touka... ?
— Tu en as des choses à dire pour quelqu’un qui n’est pas particulièrement futé. Mais tes chances de survie seraient beaucoup trop faibles.
— Mais je vais...
Tout en estimant leur distance à partir du volume des bruits que j’entendais, je poursuivis.
— Tout d’abord, tu n’as pas besoin de te sentir responsable. Peut-être que tu es habituellement capable de tuer des monstres tout en dissimulant parfaitement ta présence, mais lorsque ces monstres seront vraiment proches de toi, tu ne pourras probablement pas les semer... C’est exactement le genre de situation dans laquelle ton caractère te pousserait. Lorsqu’un monstre surgit soudainement devant quelqu’un et que cette personne le tue dans la précipitation parce qu’elle a été surprise... Je doute que beaucoup de gens auraient réagi autrement.
— M-Même comme ça...
— J’aurais fait exactement la même chose si j’avais été à ta place.
C’était ce que je voulais lui faire comprendre.
Seras nous avait d’ailleurs déjà dit quelque chose de semblable auparavant.
Elle nous apportait vraiment un excellent soutien.
Je poursuivis.
— De plus, la présence d’Eve Speed est indispensable lorsque nous rencontrerons la Sorcière. Écoute-moi bien. La Sorcière a confié cette carte à “ton clan”. Les négociations seront forcément plus faciles si la personne qui vient la rencontrer appartient au clan auquel elle a confié sa carte. Ça devrait être évident. Je ne peux donc pas te laisser faire quelque chose qui augmenterait les risques de te perdre ici.
Tout en parlant, je sortis le masque du Roi des Mouches de mes bagages.
Puis je pris dans la poche intérieure de ma veste l’Objet Interdit, la Gemme d’Amplification de la Voix.
Elle ne s’était pas encore complètement solidifiée.
Cependant, elle était déjà suffisamment solide.
Je l’insérai alors près de la Gemme d’Altération de la Voix présente sur le masque.
Au passage, j’avais trouvé un peu de temps pour modifier le masque du Roi des Mouches.
La Gemme d’Amplification de la Voix.
Une pierre magique permettant d’amplifier la voix.
Parmi les différents Objets Interdits, celui-ci était relativement facile à fabriquer.
J’avais même réussi à le créer pendant notre voyage.
Cependant, le matériau que j’avais utilisé provenait d’un monstre à Visage Humain différent de celui décrit dans l’« Encyclopédie des Arts Interdits ».
Quant aux conséquences de cette substitution, nous n’avions pas encore pu vérifier si j’obtiendrais bien l’effet désiré.
J’espérais que ça fonctionnerait.
Le masque à la main, je pris la parole.
— Dans la situation actuelle, celui qui a les meilleures chances de survivre, c’est moi. Non, pour être précis, ce serait moi, Pigimaru et Slei...
Exactement...
— Cette combinaison est la solution optimale pour maximiser les chances de survie de tout le monde. Et dans notre situation actuelle...
Je posai ma main droite sur ma poitrine.
— La seule chose capable d’infliger des dégâts mortels à ces monstres à Visage Humain, ce sont mes Compétences d’États Anormaux.
— Guh...
Eve ne contesta pas mes paroles.
Elle devait elle-même en avoir conscience.
En réfléchissant rationnellement, la meilleure solution était clairement que ce soit moi qui attire leur attention.
Je comprenais qu’elle se sente responsable.
Cependant, personne ne lui en voulait.
— Les responsabilités sont effectivement importantes, mais celui qui décide de la manière dont elles doivent être assumées, c’est moi, le responsable de ce groupe. Par conséquent, si je te dis que tu n’as pas à t’en préoccuper, alors ne t’en préoccupe pas. C’est un ordre.
Eve baissa la tête.
— ...Ma faute.
— Hmph...
Je reniflai.
— Enfin, je ne déteste pas ce côté sérieux chez toi.
— Touka-sama.
Liz m’appela doucement.
— Merci beaucoup.
— Il est encore trop tôt pour me remercier. Tu pourras le faire lorsque tout le monde sera arrivé sain et sauf à destination.
— Oui !
Sa réponse était pleine d’énergie.
— Touka-dono...
Seras avait une expression complexe.
Elle devait être inquiète.
Cependant, Seras elle-même savait...
Que nous n’avions plus le temps de discuter davantage.
Que nous n’avions plus le temps de parler de nos inquiétudes.
Réprimant ses émotions, Seras s’agenouilla.
De la sueur perlait sur son petit front blanc.
Elle ne prononça que quelques mots.
— Puisse la fortune des armes vous accompagner.
Une Haute Elfe parfaitement fidèle à l’image d’une chevalière.
— Je te laisse le reste.
— Hah !
J’avais déjà expliqué à Seras ce qu’elle devait faire dans le « pire » des scénarios.
Le pire des scénarios.
Naturellement, il s’agissait du cas où je ne reviendrais pas.
Il fallait toujours envisager toutes les situations susceptibles de se produire.
Seras se releva.
— J’aimerais vous dire que vous n’avez pas besoin de compter sur la chance, mais... je suppose que je vais simplement répondre “Bien reçu” pour le moment.
— Hmph... Ça m’épargne bien des soucis d’avoir une adjointe aussi compétente. Conduis Eve et Liz jusqu’à cette grotte dans les montagnes rocheuses et cachez-vous là-bas. Tu vois de laquelle je parle, n’est-ce pas ?
Le trou que nous avions découvert lorsque nous étions arrivés près de cette paroi rocheuse.
Même si cette ouverture était étroite, elle constituait un endroit parfait pour se cacher.
Et elle n’était pas très éloignée de notre position actuelle.
— Je te laisse décider du moment où vous devrez vous déplacer jusqu’à cette ouverture. Dans peu de temps, les monstres vont commencer à se déplacer en immenses groupes. Analyse la situation avec Eve. Ce sera votre occasion de bouger.
— Compris.
— Très bien.
Je demandai à Seras et aux autres de se cacher provisoirement dans les fourrés voisins.
Eve n’était pas la seule.
Toutes semblaient avoir quelque chose à dire.
Cependant, tout le monde comprenait la situation.
Elles savaient que nous n’avions plus de temps.
Une fois encore, je concentrai profondément mes sens.
Ils étaient proches.
Il était temps, hein.
À cette distance, je devrais pouvoir attirer leur attention.
— Si je n’arrive pas à les atteindre, tout cela ne servira à rien.
J’injectai mon énergie magique dans Slei.
Une protubérance de Pigimaru surgit à côté de mon visage.
— Allons-y.
— Pigii !
▽
Monté sur Slei, qui s’était transformée en sa troisième forme, l’immense jument noire, nous nous mîmes en mouvement.
— Cet endroit devrait convenir.
Je sortis le masque du Roi des Mouches et injectai mon énergie magique dans la Gemme d’Amplification de la Voix.
Grâce à elle, je pouvais amplifier ma voix.
J’approchai le masque de Pigimaru.
— C’est toi qui vas déclencher cette guerre.
— Pii.
— Fais-le.
Comme s’il mobilisait toutes ses forces, Pigimaru commença à gonfler.
Puis...
— PPPIIIIIGGGGGGYYYYYYYYYYIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!
Quelques secondes passèrent...
Bien.
— Ils ont bougé.
Les présences des monstres.
Je pouvais sentir d’innombrables vibrations parcourir le sol tandis qu’ils se déplaçaient.
Ils avaient changé de direction.
Ils se dirigeaient désormais vers nous.
— Kukaka, bande d’idiots... Vous m’épargnez bien des efforts avec votre excellente ouïe. À cause de votre stupide docilité, vous allez tous vous laisser entraîner dans quelque chose qui ne va pas vous plaire...
Jusqu’ici, tout se déroulait comme prévu.
J’enfilai le masque du Roi des Mouches.
Avec le masque, mon champ de vision devenait plus étroit.
Cependant, j’allais devoir continuer à courir à très grande vitesse.
J’avais donc décidé que ce masque serait nécessaire afin de protéger mes yeux des branches.
De plus, cela me permettrait de consacrer mes ressources mentales à autre chose plutôt que d’en réserver une partie pour esquiver les branches.
Je repartis avec Slei.
Slei transforma une partie de son corps et immobilisa habilement mes pieds.
Cela semblait être une capacité propre à sa troisième forme...
Grâce à cela, le problème de l’équitation était réglé même si je ne savais absolument pas monter à cheval.
Les monstres...
Bien.
Ils nous poursuivaient toujours.
Cependant, ceux qui se trouvaient en tête du groupe étaient terriblement rapides.
— Ça...
Certains des monstres de tête étaient sur le point de nous rattraper.
Je pris une profonde inspiration.
Pour dire la vérité, moi non plus, je n’étais absolument pas serein face à ce qui allait se produire.
Je n’étais sincèrement pas certain de pouvoir survivre.
Ce plan pourrait devenir plus facile ou plus difficile selon la puissance des monstres à Visage Humain qui s’étaient rassemblés.
Malheureusement, nous avions beaucoup trop peu d’échantillons concernant ces ennemis.
Leurs capacités étaient presque totalement inconnues.
Et leurs caractéristiques étaient souvent anormales.
Cependant, je ne pouvais pas laisser Seras et les autres devenir nerveuses maintenant.
Si elles avaient perçu ne serait-ce qu’un peu d’hésitation chez moi, elles auraient toutes essayé de m’empêcher d’affronter cela seul.
Celui qui donne les ordres doit toujours rester inébranlable.
Je ne dois montrer aucune faiblesse.
Même si je ne suis absolument certain de rien.
C’est mon devoir.
On pourrait même dire que mon devoir consiste à continuer de leur faire croire que je suis le plus fort.
J’étais certainement déterminé à revenir vivant.
Cependant...
Je ne savais pas si je pourrais retrouver Seras et les autres avec tous mes membres encore attachés à mon corps.
Je ne savais pas ce que je risquais de perdre dans cette bataille.
— Désolé, vous deux.
Sentant l’immense quantité de malveillance qui se rapprochait derrière moi, je pris la parole.
— Pii ?
— Bururu... ?
— Ça ne vous dérange pas de me confier vos vies ?
Rouge.
Pigimaru changea de couleur pour exprimer son refus.
Slei secoua la tête.
Hmm ?
C’est alors que je compris.
Ah.
Je vois.
Ces deux-là avaient déjà...
— Désolé. Je vais reformuler.
Je repris.
— Pour moi et pour les autres... accepteriez-vous de me confier vos vies ?
Et leur réponse fut...
— Pigggiii !
Ce vert affirmatif qu’il utilisait déjà pour répondre à l’époque où il n’était encore que le slime timide que je venais de rencontrer...
— Bururururuuuuu !
La Bête Magique noire débordait d’énergie et d’esprit combatif.
Craaaaaac...
Pigimaru...
Et Slei...
Aucun des deux n’était en parfaite condition.
Ils étaient déjà tous les deux épuisés.
Et malgré cela, je leur demandais quand même de le faire.
Tout ça pour nos camarades.
Craaaaaac...
Je pouvais sentir des racines ramper depuis ma nuque et se rapprocher de mon visage.
Une gigantesque armée de monstres se rapprochait derrière nous, en un nombre que l’on pouvait, sans vraiment exagérer, qualifier d’« innombrable ».
Frisson.
Une malveillance perçante remonta le long de ma colonne vertébrale.
Soudain, je fus assailli par l’illusion terriblement puissante que j’étais en train d’affronter la Zone Démoniaque Dorée elle-même.
Craaaaaac...
Je sentais les battements de mon cœur accélérer tandis qu’une sueur froide coulait le long de ma nuque.
— Statut, ouverture.
J’affichai la quantité de PM qu’il me restait...
La jument noire à huit pattes frappa violemment le sol, projetant la boue sur son passage.
— Bon...
Alors que Slei accélérait encore, je regardai derrière moi.
— Allons-y pour une guerre totale.