Chapitre 141
Chapitre 141 – Le souhait d’Eve
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Nous finîmes par trouver un endroit où la falaise était interrompue.
Lorsque j’avais demandé à Eve et aux autres de m’attendre tout à l’heure, Slei et moi étions repartis en reconnaissance pour voir où ce passage pouvait mener un peu plus loin.
— On dirait que nous pouvons passer par là.
C’est ce que je leur annonçai après être revenu.
Il ne semblait pas y avoir de problème.
En empruntant ce chemin, nous pourrions peut-être éviter de faire un énorme détour.
Cela me permettait également d’éviter de trop m’écarter de mes plans.
Toute la zone ressemblait à un marécage.
Cependant, le sol n’était pas suffisamment boueux pour que nos pieds s’y enfoncent.
De petites flaques étaient dispersées un peu partout.
Leur eau était trouble et boueuse.
Autour de nous se dressaient toujours les mêmes arbres touffus qui nous accompagnaient depuis notre entrée dans cette région.
En parlant de changement, la plupart des arbres présents ici étaient désormais des conifères.
Je levai les yeux vers le ciel.
D’épais nuages le recouvraient.
L’air commençait également à devenir de plus en plus humide.
Seras et Eve l’avaient déjà mentionné tout à l’heure, mais il semblait bien qu’il allait pleuvoir.
— Nous sommes enfin arrivés jusqu’ici, hein.
C’était Seras qui venait de parler.
— Umu.
Eve acquiesça.
Puis elle tourna la tête vers Liz.
— Toi aussi, tu as fait de ton mieux, Liz. Quant à Touka et Seras... Comment pourrais-je vous remercier ? Liz et moi n’aurions jamais pu arriver jusqu’ici toutes seules.
— Grande sœur.
— Hmm ?
— Et Pi-chan et Suu-chan ?
Liz rappela Eve à l’ordre.
— Mhmm, tu as raison. Pigimaru, Slei... nous vous remercions également du fond du cœur. Nous avons vraiment eu de la chance que vous nous accompagniez dans ce voyage.
Eve acquiesça sincèrement.
— Enfin, nous avions aussi besoin de la carte d’Eve. Je te l’ai déjà dit, non ? Nous ne vous avons pas aidées uniquement par bonté.
Un petit rire échappa à Seras tandis qu’elle souriait.
— “Alors, ne vous en préoccupez pas.” C’est ce qu’il essaie de dire. Vous êtes vraiment gentil, Touka-dono.
— Eh bien, ouais.
— Mouu...
Seras fronça les sourcils tout en affichant un sourire embarrassé.
Même si elle me qualifiait de gentil maintenant, je n’allais plus vraiment en être gêné.
Il était effectivement vrai que nous n’avions pas agi uniquement par bonté.
Seras, qui pouvait détecter les mensonges, était capable de savoir si quelqu’un faisait simplement preuve de modestie.
C’était la raison de son sourire embarrassé.
Converser avec Seras Ashrain, qui possédait la capacité de détecter les mensonges.
En un sens, c’était un petit entraînement à la conversation.
Eve regarda alors au loin.
De la nostalgie.
C’était ce que je pouvais ressentir en observant son expression.
— Même une petite maison me suffirait... Vivre tranquillement avec Liz dans une terre paisible, sans plus jamais être mêlées à des combats... Alors que je pensais pouvoir enfin atteindre ce rêve après la fin de mes jours en tant que Championne Sanglante, il s’est soudainement effondré... Mais maintenant, j’ai enfin retrouvé l’espoir de pouvoir le réaliser. Enfin... Mon souhait pourrait réellement devenir réalité.
L’expression d’Eve s’adoucit.
Ses yeux de léopard regardaient désormais Liz avec tendresse.
— Nous en avions parlé toutes les deux. Une fois que tout serait terminé, nous essaierions de cultiver quelques légumes... Ce rêve n’est peut-être plus si lointain, Liz.
— Unn... Tu as raison, Grande sœur.
Liz semblait légèrement émue.
Des larmes perlaient aux coins de ses yeux.
— Eve.
Seras l’interpella inconsciemment.
Au-dessus d’Eve.
Quelque chose était apparu si soudainement...
On pouvait même dire que la chose était apparue avant que notre esprit ne puisse prendre conscience de sa présence.
Elle était là.
Sans bruit.
Sans présence.
Elle était tout simplement apparue.
Elle flottait dans les airs.
Cette chose possédait une forme étrange.
Si je devais la décrire, je dirais qu’il s’agissait d’une créature ressemblant à la partie inférieure d’un visage humain, à partir du dessous du nez.
Un monstre uniquement constitué d’une mâchoire inférieure et d’une bouche.
Deux de ses dents de devant étaient légèrement plus longues que les autres et arboraient une couleur dorée.
Ces choses...
C’étaient ses yeux, hein.
Il mesurait environ deux mètres de large.
Ses deux incisives dorées se balançaient telles des tentacules.
En l’apercevant, Liz devint livide.
— Grande sœ...
— ...............
Qu’est-ce que c’est que ça ?
Ce monstre...
— Kuh... !
Seras, qui était restée stupéfaite, reprit ses esprits et porta la main vers son épée.
Cependant, Eve fut encore plus rapide.
Avec des mouvements aussi fluides que de l’eau, elle dégaina son épée.
Profitant de l’élan du dégainage, elle fit décrire à sa lame un arc au-dessus de sa tête.
Son mouvement ressemblait quelque peu à l’iai que j’avais déjà vu quelque part.
Avec une vitesse magnifique, elle trancha le corps du monstre.
— !
C’est à cet instant que je le remarquai...
— Eve, atte...
Schlaaaassshhh !
— Gyoooeeeehhh !
Le monstre poussa un cri rauque tandis que du sang jaillissait de son corps.
Puis il tomba et s’écrasa au sol.
Du sang bleu commença à se répandre près des pieds d’Eve.
Après avoir fait tournoyer son épée, Eve me regarda avec confusion.
— Q-Qu’est-ce qu’il y a, Touka ? J’ai eu l’impression que tu essayais de m’empêcher d’attaquer tout à l’heure...
— ............... Tu crois qu’il respire encore ?
— Non. On dirait qu’il est sur le point de mourir. Il ne fait plus que tressaillir.
— ...Éloignons-nous de lui pour le moment.
— C-Compris.
— ...............
La décision qu’Eve avait prise n’était pas mauvaise.
Cette chose s’était soudainement approchée de nous avant même que nous puissions nous en rendre compte.
Sans compter qu’elle était apparue extrêmement près de nous.
Si notre sécurité était la priorité, alors l’attaquer immédiatement était indéniablement la meilleure décision.
Cependant...
Je regardai le cadavre du monstre qui gisait là, tourné vers le ciel.
— Cette chose... J’ai l’impression que...
Elle ressemblait à l’une de « ces choses » qui ne ressentaient aucun attachement envers leur propre vie.
Pourtant, j’avais clairement senti son agressivité.
Oui.
C’était comme si...
Cette chose nous avait invités à la tuer.
Tressaillement.
Le monstre bougea.
Du moins, c’est ce que je crus voir.
L’instant suivant, son corps commença à émettre de la lumière.
— SHHHHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !
Je criai immédiatement.
— Tout le monde, éloignez-vous d’ici !
— Igggiiiiiieeeeeeehhhiiiiinnnnneeeeerrrorororororororoiiiiiihhiiiiiiiiiiiieeeeehhhhhhh !
Sa voix stridente et assourdissante semblait vouloir me transpercer les tympans.
Je couvris mes deux oreilles pour tenter de me protéger de ce hurlement aigu.
Ne me dites pas que ce type...
Une pensée traversa soudain mon esprit.
Cet homme entièrement couvert de bandages qui accompagnait les Cinq Guerriers Dragons.
Cette magie runique qui s’activait après sa mort.
Cette magie runique destinée à avertir Civit de l’existence d’un ennemi redoutable.
J’avais un mauvais pressentiment.
Et je pensais avoir vu juste.
Non.
Plutôt qu’un pressentiment, devrais-je appeler ça de l’intuition ?
Le cri cessa.
La lumière disparut également.
Eve retira alors ses mains de ses oreilles.
— Q-Qu’est-ce que c’était que ça... ?
— On dirait qu’il a déjà épuisé toutes ses forces, mais... Est-ce que c’était son dernier cri d’agonie ?
— Mais quand même, un cri aussi puissant...
La première à remarquer « cela » fut celle qui possédait l’ouïe la plus fine.
Eve Speed.
— C’est...
Boum, boum, boum, boum, boum, boum, boum...
Ils approchaient...
De toutes les directions...
Ils venaient vers nous.
Je m’agenouillai et fermai les yeux, concentrant toute mon attention sur les présences qui nous entouraient.
Je posai le bout de mes doigts contre le sol.
De multiples rugissements assourdissants retentirent les uns après les autres.
Des vibrations continues faisaient trembler le sol depuis une grande distance.
Comme des sauvages surgissant avec des instruments de torture à la main.
Comme si une encre noire et trouble peignait une malveillance venue de toutes les directions.
Des pulsions sadiques aussi épaisses et poisseuses que du goudron.
— ...Je vois.
— Tsk.
Je claquai la langue.
Ils étaient mélangés aux autres, eux aussi.
— Des groupes entiers de monstres à Visage Humain.
Je sentais déjà ma bouche s’assécher.
Après avoir avalé la salive qui s’y trouvait, je cessai de me détendre.
Certes, j’avais réussi à éliminer un monstre à Visage Humain dans la Zone Démoniaque il y avait seulement quelques jours...
— Mais là...
Il y en avait beaucoup trop.