Chapitre 136
Chapitre 136 – Visage-Humain
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Il est donc arrivé, hein.
Je me penchai à nouveau à moitié hors de l’entrée pour observer son apparence.
— ...............
Ce type aussi avait une apparence complètement aberrante.
Il possédait d’innombrables pattes.
Une quantité impressionnante de petites pattes fines, semblables à des poils, grouillaient sur le sol.
Je trouvais qu’elles ressemblaient un peu aux pattes d’un mille-pattes.
Et cette multitude de pattes soutenait son corps absurdement gigantesque...
Son corps ressemblait à une balle dressée à la verticale.
Il était particulièrement allongé.
Au premier regard, on aurait dit une inquiétante œuvre d’art avant-gardiste.
— C’est donc ça... un monstre à Visage Humain...
Se penchant sous mon menton, Seras regarda elle aussi dehors.
Son apparence singulière semblait l’avoir profondément choquée.
Enfin, on ne pouvait pas vraiment lui en vouloir.
Après tout, son corps était couvert de plusieurs visages gigantesques.
Des visages humanoïdes dont les deux paupières avaient été cousues.
Ces visages ouvraient et refermaient continuellement la bouche, mais aucun son n’en sortait.
On aurait dit des poissons rouges.
Cependant, l’un des visages était différent des autres.
Il se trouvait à l’avant de son corps.
En plein centre.
Lui seul n’avait pas les yeux cousus.
Son apparence était également différente des autres visages.
Il souriait.
Si je devais vraiment le décrire...
— On dirait à quoi ressemblerait Ebisu-sama, l’un des Sept Dieux du Bonheur, s’il existait réellement.
Enfin, quelque chose comme ça.
On disait qu’il ne fallait pas déduire leur tempérament violent uniquement à partir de leurs expressions faciales.
Mais justement, ce sourire avait quelque chose de profondément dérangeant.
J’entendis quelque chose...
— Muuuuu... Muuunn... uuuunnnn... mu ! Mu ! Mu ! Muuuunnnn...
Il marmonnait pour une raison quelconque.
Cela me rappelait un peu les grognements d’un gros homme d’âge mûr.
On aurait dit qu’il parlait tout seul...
— C’est vraiment inquiétant...
Une certaine anxiété était perceptible dans la voix d’Eve.
Elle devait être déconcertée.
Il ne semblait pas vouloir venir jusqu’à nous.
Cependant, il s’était simplement installé au pied de l’escalier.
Il ne regardait même pas dans notre direction.
Pour le moment, il se contentait de marmonner en fixant le sol.
Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il pensait.
Cependant...
— J’en suis certain. C’est bien un monstre à Visage Humain.
Là-dessus, je n’avais aucun doute.
Même s’il ne bougeait pas de cet endroit...
Même s’il ne regardait pas dans notre direction...
Pour ce type, nous n’étions rien d’autre que des proies.
Même sans que son regard soit dirigé vers nous, je pouvais sentir quelque chose émaner du monstre à Visage Humain.
Des émotions bien plus répugnantes qu’une simple intention meurtrière...
Des pulsions sadiques débordant d’une obscurité poisseuse.
J’étais le seul d’entre nous à avoir directement rencontré un monstre à Visage Humain auparavant.
Et avant même que nous sortions de ces ruines, j’avais été le seul à ressentir sa présence.
La raison était...
Comme je le pensais, n’était-ce pas parce que je pouvais percevoir cette noirceur trouble semblable à celle du Mangeur d’Âmes ?
— Ces pulsions sadiques qu’il ne cherche même pas à dissimuler... Au minimum, je ne pense pas que cette chose soit de notre côté. Et je ne pense pas non plus qu’elle nous laissera partir. Si nous ne la tuons pas ici, c’est nous qui finirons par mourir. Dans ce cas...
Je le savais parce que j’avais déjà fait l’expérience d’un combat contre l’un d’eux.
— À partir de maintenant, nous allons agir avec pour objectif de tuer cette chose.
Il n’y avait aucun doute.
C’était un ennemi que nous devions éliminer.
— Ça vous convient à toutes les deux ?
Même si elles étaient encore troublées, Seras et Eve approuvèrent mes paroles.
Je demandai à Liz et Slei d’attendre un peu plus profondément à l’intérieur des ruines.
Liz, qui se trouvait derrière nous, acquiesça.
— Bon...
Je regardai de nouveau le monstre à Visage Humain au pied de l’escalier.
— Comment allons-nous l’attaquer ?
— Touka.
— Hmm ? Tu as remarqué quelque chose, Eve ?
— Le monstre à Visage Humain nous a-t-il déjà remarqués ?
Le regard du monstre n’était toujours pas tourné dans notre direction.
Il n’était donc pas étonnant qu’Eve se pose cette question.
Cependant...
— Ouais. Il nous a déjà remarqués.
— Pourtant, il ne montre aucun signe d’attaque. Il ne semble pas non plus vouloir monter jusqu’ici. Est-ce possible que cette chose soit en train de dormir ? Dans ce cas, nous pourrions peut-être passer sans nous faire remarquer...
— Hmph... Seulement s’il ne nous avait pas déjà remarqués...
Un coin de ma bouche se releva tandis que je fixais le monstre à Visage Humain.
— Pas vrai, espèce de putain de déchet ?
Craaaac...
Le monstre à Visage Humain leva la tête.
— Muuuunnnn ! Muuunnmuu ! Muuu ! Muuuuuunnnn... !
L’affreux sourire du monstre se déforma, prenant une teinte légèrement sombre.
Non...
On pouvait plutôt dire qu’il continuait à sourire même lorsqu’il était en colère.
J’avais peut-être touché juste sans même m’y attendre.
— ...............
Je commençai à suivre du regard le chemin par lequel le monstre à Visage Humain semblait être arrivé.
Puis j’examinai les environs des ruines.
Certaines parties du sol étaient creusées.
Il devait s’agir des traces laissées par le passage du monstre à Visage Humain.
— Ce monstre à Visage Humain tourne autour de ces ruines depuis des semaines...
— Touka-dono ? Ce sont ces traces au sol qui t’inquiètent ?
— Ouais. Un peu...
Ce monstre à Visage Humain rôdait autour de ces ruines.
Autrement dit, cette chose ne venait pas d’apparaître.
Cela signifiait qu’elle attendait ici depuis un certain temps.
...Hmm ?
Peut-être...
— Cette chose... Ne me dites pas qu’elle est incapable de se déplacer si le sol n’est pas plat ?
— ?
— Ce que je veux dire, c’est que cette chose est peut-être incapable de grimper jusqu’aux endroits élevés.
C’était pour cette raison qu’elle nous attendait en bas.
Si elle tournait autour des ruines, était-ce parce qu’elle cherchait une autre entrée ?
Ou peut-être cherchait-elle simplement à tuer le temps...
Eve posa une main sur son menton.
— Je vois. Si c’est le cas, cela expliquerait pourquoi elle ne monte pas jusqu’ici...
— Enfin, on ne peut pas non plus écarter la possibilité qu’elle cherche volontairement à nous faire croire ça pour nous tendre un piège.
Cela dit, discuter indéfiniment de toutes les possibilités ne servirait à rien.
Nous devions désormais réfléchir à une méthode d’attaque en partant de cette hypothèse.
Dans ce cas, ce que nous pouvions faire ensuite...
— Seras.
— Qu’y a-t-il ?
— Tu peux l’atteindre avec une flèche depuis cette distance ?
Seras commença à préparer son arc et ses flèches.
La rapidité de ses gestes montrait à quel point ces mouvements étaient profondément ancrés dans son corps.
Elle fut immédiatement prête à tirer.
Je fis légèrement reculer Eve avant de m’adresser à Seras, qui tenait son arc prêt.
— Si le monstre à Visage Humain semble vouloir attaquer après que tu auras tiré, recule immédiatement jusqu’ici... J’ai plutôt confiance en mes réflexes.
— Je compte sur vous.
— À mon signal.
— Oui.
Je regardai le monstre à Visage Humain.
— ...............
Il ne réagissait même pas alors que Seras avait clairement adopté une posture offensive, hein.
Je donnai le signal.
— Tire.
Un sifflement aigu retentit.
L’arc tendu au maximum, elle décocha sa flèche...
Fwoooosh !
— ...!?
Eve recula d’un pas.
...Clac...
Un bruit sec résonna tandis que la flèche brisée tombait sur l’escalier avant de s’éparpiller lamentablement au sol.
Presque juste devant nous.
Qu’est-ce qui venait de se passer ?
À l’instant même où la flèche avait été tirée, le monstre à Visage Humain l’avait abattue.
Mais comment avait-il fait ?
Plusieurs tentacules étaient sortis de la bouche des visages aux yeux cousus.
La flèche qui filait à toute vitesse avait été pulvérisée à environ deux mètres de Seras.
Évidemment, le tir de Seras n’avait rien à se reprocher.
La flèche était également suffisamment rapide.
— ...Une flèche lancée à une telle vitesse a été abattue instantanément, et avec une puissance pareille...
La vitesse de ces tentacules était tout sauf normale.
Je me souvins du laser réflexe utilisé par le Mangeur d’Âmes.
Ce laser qui était tiré à une vitesse extrêmement élevée dès l’instant où il détectait mon attaque.
— Tss... Ce monstre va être pénible.
Les tentacules retournèrent dans la bouche des visages aux yeux cousus.
Gloup !
Les bouches avalèrent les tentacules.
Donc, après chaque attaque, ces tentacules étaient rangés à l’intérieur de leurs bouches, hein.
— ...Touka-dono.
— Hmm ?
— C-C’est bon maintenant, alors...
C’est ce que dit Seras alors qu’elle se trouvait plaquée contre ma poitrine.
Son corps était complètement collé au mien, retenu dans mes bras.
Je venais seulement de m’en rendre compte.
Je l’avais immédiatement tirée contre moi lorsque j’avais remarqué que le monstre était sur le point d’attaquer...
Je libérai Seras de mon étreinte.
— Je te l’avais dit, non ? J’ai plutôt confiance en mes réflexes... Enfin, il a quand même réussi à abattre la flèche...
Hmm ?
— Qu’y a-t-il, Touka-dono ?
— ...La portée de son attaque.
— Hein ?
— Son attaque de tout à l’heure... Il a uniquement frappé la flèche que Seras avait tirée. Il n’a pas attaqué Seras elle-même.
Après s’être ressaisie, Eve demanda :
— Qu’est-ce que cela change ?
— Il ne possède pas qu’un seul tentacule.
Il y en avait « plusieurs ».
Et pourtant, « tous » s’étaient dirigés vers cette flèche.
Il n’aurait pourtant pas été étrange que cette chose utilise les autres pour nous attaquer.
Non.
Cela aurait même été la réaction la plus naturelle.
— Muuoooo... Oooommmmuuu... Fuuunnn...
À cet instant, les grandes bouches des visages aux yeux cousus s’ouvrirent toutes simultanément.
Splooosh !
Une énorme quantité de tentacules jaillit de leurs bouches garnies de dents.
Les tentacules ondulèrent dans les airs.
On aurait dit une quantité innombrable de vers de terre grouillant dans tous les sens.
Ou peut-être des pâtes dégueulasses que quelqu’un aurait vomies.
Seras frissonna et se rapprocha légèrement de moi.
— M-Mais qu’est-ce que c’est que ça... ?
La peur face à quelque chose d’incompréhensible.
C’était exactement ce que l’on pouvait lire sur le visage de Seras.
Ce visage souriant...
Cela ne signifiait pas qu’il était incapable d’exprimer ouvertement sa colère.
Les expressions faciales révélaient généralement les émotions d’une personne.
Cependant, ce monstre à Visage Humain était difficile à comprendre.
Il n’était donc pas étonnant que nous le trouvions inquiétant.
Je commençai à observer attentivement le monstre à Visage Humain.
— ...Kukaka.
En m’entendant soudain éclater de rire, Seras et Eve me regardèrent étrangement.
Mais je ne pouvais pas m’en empêcher.
— Ce bâtard est irrité.
— I-Il est irrité ? Comment le sais-tu ?
— Tu peux le comprendre si tu l’observes correctement.
Eve haussa un sourcil.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Son irritation signifie probablement que ses tentacules n’ont pas une portée suffisante pour nous atteindre.
Malgré tous ses tentacules, son attaque s’était uniquement concentrée sur la flèche de Seras.
Oui.
C’était parfaitement logique.
Parce qu’il ne pouvait pas nous atteindre jusqu’ici.
La portée d’une personne.
J’étais habituellement très attentif à la portée de mes compétences, surtout lorsque je devais les combiner avec Pigimaru.
J’étais donc particulièrement sensible aux questions de distance et de portée.
C’était peut-être pour cette raison que j’avais immédiatement réussi à évaluer la sienne.
Seras sembla comprendre.
— Autrement dit, la raison pour laquelle le monstre à Visage Humain ne pouvait pas nous attaquer et restait simplement là sans rien faire...
— Ouais... Il ne pouvait ni monter jusqu’ici, ni nous atteindre avec ses tentacules dont il est si fier de la vitesse et de la puissance. Ce type ne pouvait donc que nous regarder, un doigt dans la bouche. Hmph... Enfin, dans son cas, il serait peut-être plus approprié de parler d’un tentacule plutôt que d’un doigt.
Nous avions eu de la chance que cette chose n’ait pas attaqué les ruines elles-mêmes.
Ou peut-être n’osait-elle pas détruire ces ruines ?
Ou alors, elle ne possédait tout simplement pas suffisamment de puissance pour les détruire ?
Quoi qu’il en soit, je ne savais pas laquelle de ces hypothèses était correcte.
Tout ce que je pouvais dire, c’était que nous avions eu de la chance cette fois.
Eve regarda les fragments de la flèche au sol.
— Si j’étais sortie imprudemment, c’est peut-être moi qui aurais fini comme cette flèche...
— Être lâche n’est pas aussi mauvais qu’on le prétend, pas vrai ?
— Mhmm... Dans ton cas, je parlerais plutôt de prudence que de lâcheté.
— Hmph... Tu pourrais me couvrir davantage d’éloges, tu sais ? Bon...
Je m’accroupis et regardai le monstre à Visage Humain qui nous fixait depuis le bas.
— Il reste possible qu’il soit parfaitement capable de monter jusqu’ici ou que sa portée soit suffisante pour nous atteindre, et qu’il fasse seulement semblant pour nous pousser à baisser notre garde... Mais avec ce type, ça ne semble pas être le cas.
Je déclarai :
— Tu es exactement comme ce bâtard de Mangeur d’Âmes. Vous autres, monstres à Visage Humain, vous êtes vraiment mauvais pour dissimuler vos émotions. Tu as peut-être essayé de les cacher, mais moi, je sais les voir... Pour éviter les ennuis... Pour devenir un parfait figurant, j’ai toujours observé les expressions sur le visage des autres...
Monstre à Visage Humain.
Même sa tentative initiale de faire semblant de ne pas nous avoir remarqués était pitoyable.
Si tu veux tromper quelqu’un, fais-le au moins correctement.
Si tu veux mentir, tu dois faire mieux que ça.
Cependant...
Cette merde maladroite allait quand même me rapporter une énorme quantité de points d’expérience.
— De ce point de vue, tu es peut-être simplement une excellente proie.
— Muu ? Muuuuuuunnnnn... Muuu... muuu... muuu...
Le sourire du monstre à Visage Humain changea tandis qu’il découvrait toutes ses dents.
Ses gencives étaient beaucoup trop apparentes.
Je ne savais pas s’il comprenait ce que je venais de dire.
Cependant, il semblait que j’avais réussi à le provoquer.
Allez...
— Laisse-moi faire disparaître cette assurance de ton visage.
Lorsqu’un adversaire perdait son sang-froid, il devenait plus facile de trouver des ouvertures dans ses mouvements.
Exactement.
Nous n’étions pas obligés d’affronter honnêtement nos adversaires de face.
Comportements et contre-mesures.
Quelle que soit la situation, il était possible de saisir la victoire selon la manière dont on choisissait de combattre.
C’était également ce que j’avais fait lorsque j’avais affronté Civit.
Voilà pourquoi j’étais certain que ce serait pareil face à cette putain de Déesse.
Si je m’assurais de préparer suffisamment de « contre-mesures », comme le Sortilège Interdit, nous devrions également pouvoir gagner contre elle.
— Tu es vraiment un homme effrayant...
C’était Eve qui venait de parler.
— Hmm ?
— Même devant ce monstre à Visage Humain, tu arrives encore à rester aussi calme... C’est peut-être embarrassant à admettre, mais je tremble violemment rien qu’en lui faisant face, même avec toute cette distance entre nous. Et c’est devenu encore pire après avoir vu son attaque. Pour être honnête, je n’arrive toujours pas à retrouver mon calme.
Mon calme, hein...
— ...C’est peut-être un peu différent du calme.
En disant cela, je me relevai.
— J’en suis arrivé à la conclusion que les monstres à Visage Humain nous considèrent simplement comme des jouets avec lesquels ils peuvent s’amuser avant de nous tuer. Pour eux, les humains ne sont que des jouets capables de leur offrir des réactions amusantes.
Mes lèvres s’étirèrent en un sourire.
Je n’arrivais pas à retenir le sourire qui se dessinait sur mon visage.
Dans ce cas, j’étais peut-être pareil que les monstres à Visage Humain.
Parce que...
Moi aussi, je pouvais ressentir du « plaisir » à tuer quelque chose.
— C’est justement pour cette raison que je vais écraser ce préjugé arrogant, ainsi que tout ce que j’ai toujours cherché à nier jusqu’à présent...
Kakaka.
Un rire maléfique s’échappa brièvement de ma bouche.
— C’est tellement amusant que je n’arrive vraiment pas à m’en empêcher.