Chapitre 135
Chapitre 135 – À la tombée de la nuit
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Lorsque nous entrâmes dans les ruines, nous commençâmes par décharger nos bagages.
Pour le moment, la lumière provenant de mon sac en cuir semblait suffisante.
J’examinai rapidement la pièce. Elle n’était effectivement pas aussi spacieuse que nous l’avions imaginé.
Il ne semblait y avoir aucune raison de nous inquiéter.
Apparemment, cet endroit n’était rien de plus qu’un simple bâtiment.
Après avoir brièvement inspecté les environs, nous prîmes un dîner rapide.
Après le repas, nous passâmes rapidement en revue nos plans pour le lendemain.
Une fois cela terminé, nous nous préparâmes enfin à dormir.
— Laisse-moi t’aider à enlever tes vêtements.
— J-Je peux déjà le faire toute seule... Nngghh...
La voix de Liz trahissait ses efforts.
Eve posa les mains sur les vêtements de Liz.
— Regarde-toi. Ne viens pas dire que je ne t’avais rien dit.
— ...Uuuu.
Dans un village où nous nous étions arrêtés en chemin vers la Zone Démoniaque...
J’avais acheté ces vêtements pour Liz.
À l’origine, un certain noble les avait apparemment commandés pour les offrir à sa fille bien-aimée, mais celle-ci les avait refusés.
Liz avait encore du mal à enfiler et à retirer cette tenue.
C’était un vêtement dont la conception ne tenait absolument pas compte de la facilité avec laquelle on pouvait l’enlever.
Et sa fabrication ne semblait pas non plus avoir pris en considération le confort nécessaire pour dormir.
Il était donc nécessaire qu’elle le retire afin qu’il ne l’empêche pas de dormir correctement.
En contrepartie, cette tenue possédait effectivement une excellente résistance.
C’était le genre de qualité que l’argent permettait d’obtenir.
Mais comme prévu, la conception de cette tenue était vraiment peu pratique...
Je tournai le dos à Liz, retirai mon manteau et m’assis à côté de Seras.
— Il faudra que j’achète des vêtements plus adaptés à Liz à l’occasion.
— Pourtant, je trouve que cette tenue lui va bien.
Seras parlait tout en peignant ses magnifiques cheveux d’or fin.
Même au beau milieu de la Zone Démoniaque, elle continuait à prendre soin de son apparence.
Utilisant mon bras comme oreiller, je m’allongeai sur le sol.
— Dans le cas de Liz, même le tissu utilisé est de bonne qualité. La plupart des vêtements sont uniquement conçus pour avoir une belle apparence lorsqu’on les porte. Même avec ce genre de tenue...
Seras cessa de se peigner et posa son index sur ses lèvres.
Elle semblait réfléchir à quelque chose en regardant vers le haut.
— C’est... effectivement une façon de voir les choses...
— Je pense que tout t’irait bien, peu importe ce que tu portes.
— ...Vous le pensez vraiment ?
— Ouais. C’est ce que je pense.
Je tournai légèrement le regard.
Seras semblait plongée dans ses pensées.
Son expression était empreinte de nostalgie.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Oui... C’est simplement que je me suis souvenue de la princesse-sama, qui m’encourageait souvent à porter toutes sortes de tenues. Chaque fois qu’elle obtenait de nouveaux vêtements, elle me les faisait essayer. Avant même que je m’en rende compte, c’était devenu l’un des passe-temps de la princesse-sama...
— Eh bien, tu as dû devenir une véritable poupée à habiller.
Il était assez rare que Seras parle spontanément de son passé.
— Pakkyyyuuunn !
— Pigii !
La petite Slei passa devant nous.
Pigimaru était installé sur son dos.
Ils semblaient être devenus de très bons amis.
— Alors, tu devais être très proche de cette princesse-sama.
— C’est aussi ce que je pensais.
Pendant tout ce temps, Seras avait entretenu un énorme malentendu au sujet du Saint Roi.
À cause de cette situation, avait-elle perdu une partie de sa confiance concernant sa relation avec la princesse-sama ?
— ...............
La princesse-sama, hein.
La princesse du Saint Royaume de Neia, où Seras avait autrefois vécu.
Maintenant que j’y pensais...
Cette princesse-sama n’était-elle pas destinée à épouser Civit ?
Je me demandais ce qui lui était arrivé maintenant que Civit était mort.
Peut-être que Seras s’en inquiétait également.
Normalement, ses émotions n’étaient pas faciles à lire.
— Seras, si tu...
— J’ai juré de manier mon épée pour vous. Alors, ne vous inquiétez pas à ce sujet.
Anticipant ce que j’allais dire, Seras prit les devants.
— De plus, s’il s’agit de la princesse-sama, je suis certaine qu’elle va bien. C’est une personne intelligente... Je pense qu’elle continue encore aujourd’hui à agir librement comme elle l’entend.
Elle semblait éprouver une profonde confiance envers cette princesse-sama.
Je regardai Seras, assise avec une posture impeccable.
Son allure gracieuse dissimulait légèrement sa tristesse.
Très légèrement.
Elle essayait de ne pas laisser son chagrin apparaître sur son visage.
À moins de l’observer attentivement, il était impossible de lire les sentiments qu’elle cachait au plus profond d’elle-même.
Elle faisait confiance à la princesse.
Alors, inutile de s’inquiéter pour elle.
— ...............
Ce n’était pas du tout ça.
Seras semblait avoir été prise au dépourvu.
Elle ne parvenait plus à parler et son regard errait dans tous les sens.
Son attitude semblait dire qu’elle venait involontairement de laisser échapper quelque chose d’inhabituel.
Ses petites lèvres s’ouvrirent et se refermèrent plusieurs fois.
Apparemment, elle voulait changer de sujet.
Mais elle ne trouvait aucun sujet vers lequel détourner la conversation.
— Avant que nous entrions dans les ruines, tu as vu cette chose qui brillait au loin ?
Je décidai donc de changer moi-même de sujet.
— Ah... O-Oui... Je l’ai vue, mais...
Pour une raison quelconque, Seras pencha vivement le haut de son corps vers moi.
Je reculai légèrement.
— ...Que penses-tu de cette lumière ?
— Je suppose qu’il s’agissait d’un combat entre monstres.
— Les monstres d’ici se battent aussi entre eux ?
— On raconte que lorsque les Racines de Tout Mal qui les ont créés sont différentes, des conflits peuvent survenir même entre les monstres aux yeux dorés. Cependant, cette théorie n’a toujours pas été prouvée.
Je repensai à ce que Seras m’avait enseigné.
Les monstres aux yeux dorés qui sévissaient à travers le monde avaient été créés par les Racines de Tout Mal de chaque génération successive.
Les anciennes Racines de Tout Mal avaient déjà été détruites par les Héros venus d’un Autre Monde de leurs époques respectives.
Cependant, certains des monstres aux yeux dorés qu’elles avaient créés avaient survécu et n’avaient pas été exterminés par les anciens Héros.
La majorité de ces monstres s’étaient alors réfugiés dans différentes ruines souterraines ou dans cette Zone Démoniaque.
— Hmm... Donc tu veux dire qu’ils peuvent entrer en conflit entre eux si leur “créateur” est différent.
— Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les monstres aux yeux dorés semblent cependant éprouver un sentiment d’appartenance plus fort entre eux qu’envers les autres créatures vivantes.
Je vois.
Ils avaient donc un fort sentiment de camaraderie.
Ce n’était donc pas que les conflits entre eux étaient inexistants.
Ils étaient simplement extrêmement rares.
— ...............
— Touka-dono ? Qu’y a-t-il ?
— Hmm ? Ah... Non, c’est juste que cette lumière...
Elle ne provenait peut-être pas d’un conflit entre monstres.
— Je viens simplement de penser qu’il était également possible que cette lumière provienne d’un affrontement entre des humains et des démons...
▽
La nuit était tombée.
Juste avant que nous allions nous coucher, Seras avait soudain adopté une expression timide.
— Je me demande si la raison pour laquelle Touka-dono ne sourit pas souvent avec joie est parce que je suis une Haute Elfe ennuyeuse...
Après qu’elle eut avoué cette inquiétude qu’elle gardait secrètement, tous les autres membres de l’« Escadron du Seigneur des Mouches », à l’exception de Seras, étaient étrangement entrés dans les ruines au même moment.
Mis à part cela, nous avions pu passer la nuit sans aucun problème.
Après avoir vérifié l’heure, je rangeai ma montre à gousset.
Il faisait déjà jour dehors.
Après avoir pris notre petit-déjeuner, nous passâmes en revue nos plans pour la journée.
Puis, une fois nos préparatifs terminés, nous décidâmes de partir.
Seras et Liz terminaient maintenant de préparer les derniers bagages.
Tout en enroulant Pigimaru autour de mon corps sous ma robe, je m’adressai à elles.
— Je vais sortir avec Eve en premier.
— Compris. Nous vous rejoindrons bientôt.
— Ouais. Allons-y, Eve.
Eve termina d’attacher sa ceinture de cuir.
— Umu.
Je me dirigeai vers la porte pour sortir.
Une fois suffisamment éloignée de Seras et des autres, Eve, qui marchait à côté de moi, prit la parole.
— Mais tout de même... J’ai été assez surprise hier soir. Je n’aurais jamais imaginé que Seras puisse s’inquiéter d’une chose pareille.
— Seras m’a raconté quelques souvenirs de son passé hier... Peut-être que cela lui en a rappelé d’autres en même temps.
D’après ce qu’elle nous avait raconté hier soir...
— Seras-dono est certes d’une beauté incomparable et une femme extrêmement séduisante, mais elle manque quelque peu d’humour.
Plusieurs nobles lui avaient répété ce genre de choses à de nombreuses reprises lorsqu’elle était encore Chevalière Sainte.
— Pourtant, Seras possède énormément d’autres qualités. Elle n’a plus aucune raison de chercher à divertir ces nobles insupportables.
— Umu, répondit Eve en croisant les bras.
— Cela dit... Hier soir, j’allais moi aussi énumérer les qualités de Seras. Mais elle n’avait plus vraiment l’air d’avoir besoin d’être réconfortée. Au contraire, j’ai eu l’impression qu’elle était devenue embarrassée...
Je me grattai la tête.
— Je pense que tu devrais apprendre à faire preuve d’un peu plus de délicatesse...
— Quoi ? De la délicatesse ?
— Même certaines choses que tu considères comme des qualités peuvent être perçues comme une source de complexes par la personne concernée. Il peut aussi s’agir de problèmes auxquels elle-même ne sait pas vraiment comment réagir.
C’était probablement parce qu’il s’agissait d’Eve.
Voilà pourquoi nous acceptions aussi facilement cet aspect de sa personnalité.
Même Seras ne s’était pas mise en colère contre elle.
— Grrrrrr...
Eve laissa échapper un grondement sourd.
— Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal... ? Je n’en ai vraiment aucune idée...
C’était donc pour ça qu’Eve Speed était considérée comme aussi peu subtile, hein.
— Au fait, Eve, tu as remarqué quelque chose ?
Elle dut percevoir le changement dans le ton de ma voix.
L’atmosphère autour d’Eve se tendit immédiatement.
— Non, je n’ai encore rien détecté... Mais toi, tu as dû sentir quelque chose ?
— ...Ouais.
Elle n’avait toujours pas remarqué cette présence, hein.
J’étais le seul à sentir que quelque chose clochait.
Debout devant la porte, j’injectai mon énergie magique dans la gemme.
— Eve, ne sors pas immédiatement lorsque la porte s’ouvrira.
— ...Compris. Je vois. C’est donc pour cette raison que tu as dit que nous sortirions avant Seras et les autres.
Apparemment, maintenant que nous étions arrivés « ici », elle avait enfin remarqué quelque chose.
Cependant, j’étais le seul à avoir vaguement perçu cette présence depuis notre réveil.
Comment dire ?
C’était comme si cette personne effaçait volontairement sa présence.
C’était l’impression que j’avais...
Grondement... grondement...
La vive lumière du soleil commença à pénétrer par l’ouverture de la porte.
La porte s’ouvrit complètement.
Plaquée contre un côté de l’entrée, Eve se positionna à un endroit où elle pouvait rester dissimulée.
Je fis de même de l’autre côté.
De l’autre côté de cette porte se trouvait l’escalier descendant.
Lentement, je passai la tête à l’extérieur et regardai vers le bas.
— Cette chose se tenait au pied de l’escalier.
La raison pour laquelle j’étais le seul à avoir ressenti sa présence...
J’avais l’impression de comprendre pourquoi.
Eve, qui observait elle aussi depuis l’autre côté de la porte, déglutit.
— ...............
Tout en continuant à fixer cette chose, elle sembla reculer inconsciemment d’un pas.
— Le monstre à Visage Humain.