Chapitre 133
Chapitre 133 – Le champ de bataille des Héros
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<POV du Tueur de Dragons>
Alion.
Dans un couloir du Château Royal.
Depuis l’endroit où je me tenais, je pouvais apercevoir les casernes.
Moi, Banewolf, le « Tueur de Dragons », posai un coude sur la rambarde tout en avalant une gorgée d’alcool.
En regardant en contrebas, je pouvais voir les soldats courir dans tous les sens.
Tout le monde se préparait pour le combat à venir contre le Grand Empereur Démon.
J’interpellai la magnifique Déesse qui passait justement derrière moi.
— Alors... pourquoi m’avoir fait rester à Alion ?
— Je ne peux quand même pas laisser cet endroit manquer de personnel, n’est-ce pas ?
Vysis s’arrêta et poursuivit.
— J’aurais aimé les accompagner moi aussi, si j’avais pu... Mais je dois me rendre au Royaume de Magnar demain. Ah, je suis vraiment inquiète... Est-ce que ces enfants vont s’en sortir ?
— Le groupe de l’Épée Ivre est avec Nyantan Kikeepat, et tu as également ajouté les Quatre Saints Vénérés à leur groupe. Avec eux, ça devrait aller.
— Plus les gens me disent que tout ira bien, plus je m’inquiète.
Les Héros venus d’un Autre Monde avaient quitté le Château Royal il y a quelques jours.
Ils se dirigeaient vers les Grandes Ruines situées à l’ouest d’Alion.
L’endroit également connu sous le nom de Zone Démoniaque Dorée.
Je me retournai vers Vysis et appuyai mes deux coudes sur la rambarde.
— La raison pour laquelle tu m’as retiré du groupe qui devait entrer dans la Zone Démoniaque... Est-ce lié au fait que je sois le professeur de Sogou Ayaka ?
— Hein ? De quoi parles-tu ?
Vysis pencha la tête.
Elle avait l’air de ne pas comprendre pourquoi je lui posais une telle question.
C’était ce que son regard exprimait.
Je poursuivis.
— Est-ce que l’objectif de Déesse-sama serait de faire mourir quelqu’un du groupe de cette enfant ?
— Hnnnn~ ? Je ne comprends toujours pas ce que tu veux dire. Pourquoi est-ce que je ferais une chose pareille ?
— Si je ne suis pas là, les dangers auxquels cette fille et les autres seront confrontés augmenteront... Ou est-ce que je me trompe ?
— Hein ? Même si tu me présentes un raisonnement sans aucun fondement comme celui-là, ça me met dans une position difficile...
Je caressai doucement ma barbe.
Je commençai à réfléchir à quelques raisons possibles.
— Par exemple, voyons voir... Cela pourrait permettre à Déesse-sama de contrôler cette enfant plus facilement ?
— Hmm ? Excuse-moi, mais je ne comprends vraiment pas de quoi tu parles. Hum, est-ce que tu essaies simplement de me faire perdre mon temps ? Peut-être que tu inventes une logique qui ne fonctionne que dans ta tête ? Tu te moques de moi ?
— Plus une personne est brisée, plus elle devient facile à manipuler.
— Hein !? J-Je préférerais vraiment que tu ne sortes pas des idées pareilles...
— ...............
— À propos, Bane-san, comment va ton père ?
— ...Comme ci, comme ça, je suppose.
— Si je me souviens bien, tu as rejoint les Chevaliers Magiques à cause de ton père alité, n’est-ce pas ? Même seul, il a admirablement réussi à élever un homme aussi remarquable que toi.
Vysis commença à s’approcher de moi.
Elle posa un bras sur la rambarde et regarda les casernes.
Son expression semblait emplie de tristesse.
— Un matériau que l’on ne peut obtenir que dans la mine contrôlée par Urza... Un médicament extrêmement précieux fabriqué à partir de ce matériau. Seul ce médicament peut atténuer les symptômes de la maladie de ton père... Et celui qui décide qui peut entrer dans cette mine est le dirigeant d’Urza, le Roi Magister Jin... Autrement dit, tout peut changer au moindre caprice du Roi Magister... Ta situation semble vraiment précaire. Mais rassure-toi.
Vysis se plaça alors devant moi.
Elle saisit fermement ma main entre les siennes.
— Tant que je glisserai un mot en ta faveur auprès du Roi Magister, tu pourras continuer à obtenir gratuitement ce médicament extrêmement coûteux. Qu’en dis-tu ?
J’expirai en sentant les coins de mes lèvres se détendre légèrement.
— C’est justement pour ça que... le Tueur de Dragons réputé pour sa paresse a répondu à l’appel de la Déesse et s’est empressé de venir ici, non ?
— Quelle admirable dévotion. Même moi, j’en ressens une profonde joie.
La raison pour laquelle j’avais rejoint les Chevaliers Magiques.
C’était uniquement pour protéger ma vie de paresseux.
Du moins, c’était la version qui circulait auprès du public.
Cependant, si j’avais vécu seul, j’aurais simplement pu devenir mercenaire.
Avec mes capacités, j’aurais pu accomplir quelques missions faciles lorsque j’en avais envie.
J’avais perdu ma mère alors que je n’étais encore qu’un tout petit enfant.
Mon père m’avait élevé seul jusqu’à ce qu’il tombe malade.
Et je comptais lui rendre tout ce qu’il avait fait pour moi.
C’était pour cette raison que j’avais accepté l’invitation à rejoindre les Chevaliers Magiques.
— Enfin... Je vais agir en gardant ma position à l’esprit.
— Voilà une attitude bien adulte.
— Et ce fameux chef-sama des Chevaliers du Loup Blanc, si rigide et sérieux... Tu as réussi à le contrôler ? C’est peut-être pour ça que tu pars à Magnar en avance, non ?
— Quoi ? Ça n’a rien à voir avec notre conversation actuelle, si ?
Bon sang.
J’étais simplement curieux.
Ses agissements me laissaient complètement perplexe.
Si elle faisait vraiment ce genre de choses, je parierais que cette Déesse ne possédait personne qu’elle pouvait véritablement considérer comme son bras droit.
— Au fait, Bane-san, ça n’a rien à voir avec ce dont nous parlions, mais...
— Hmm ?
— Que penses-tu des Héros venus d’un Autre Monde ?
Je regardai le ciel lointain à l’ouest.
— Celui qui progresse le mieux sur la voie du Héros le plus puissant reste, comme prévu, Kirihara. Même en tenant compte de l’affrontement à venir contre le Grand Empereur Démon, ses capacités sont de loin les meilleures.
— Je vois, je vois~ Et les autres Héros ?
— Oyamada, de rang A, semble devenir progressivement plus fort. Au début, j’étais franchement inquiet pour Yasu, mais lui aussi progresse. Quant à Sogou, j’ai des impressions assez diverses à son sujet... Enfin, je peux sentir une certaine impatience chez elle parce que sa compétence innée ne s’est toujours pas manifestée. Pour Hijiri et Itsuki, en revanche, je ne sais honnêtement pas quoi penser. D’après ce que j’ai vu, les deux sœurs semblent ne pas savoir comment se comporter avec Nyantan...
— Je ne dirais pas que ces sœurs sont rebelles... Mais je ne peux pas non plus affirmer qu’elles suivront fidèlement les missions que je leur confierai. Surtout l’aînée. Je ne sais toujours pas ce qu’elles pensent... L’esprit humain est vraiment compliqué...
— Ah. Il y a aussi une Héroïne qui m’inquiète un peu...
— Ara ? Qui donc ?
— Ikusaba Asagi.
— Ikusaba-san, hein.
Depuis mon arrivée au Château Royal, la seule Héroïne que j’avais consciemment évitée était Ikusaba Asagi.
— Je ne suis pas très doué avec les gens comme elle.
<POV de Kashima Kobato>
C’était notre premier jour dans la Zone Démoniaque.
Partout autour de nous s’étendaient des arbres denses et envahissants.
La terre noire était exposée à de nombreux endroits.
Je me demandais si ces chemins avaient été tracés par le passage des monstres.
Je pouvais distinguer sur le sol plusieurs empreintes appartenant à différentes sortes de bêtes.
Çà et là, certaines branches semblaient avoir été brisées d’une manière peu naturelle.
Peut-être s’agissait-il de traces laissées par des monstres.
Une odeur animale parvenait également jusqu’à mes narines.
Une odeur indiquant que certains monstres étaient passés par ici récemment.
Lors de cette première journée, les Héros commencèrent par tester leurs capacités en affrontant les monstres vivant à la périphérie.
Nous allions maintenant augmenter nos niveaux.
Nous avions également été entraînés par de puissantes personnes que la Déesse avait fait venir de différents pays.
Grâce à leurs enseignements, nous avions suffisamment progressé pour pouvoir vaincre facilement les monstres de la périphérie.
(Cependant...)
Alors que notre groupe avançait, je ressentis soudain une sorte de peur.
— Hé, là-bas !
Un membre du groupe d’Asagi venait de repérer un monstre.
— Guruuooooaaaaahhh !
Les Héros du groupe préparèrent simultanément leurs armes.
— Il est là ! Un monstre aux yeux dorés que je n’ai encore jamais vu !
— Je m’en charge !
— Asagi ! Laisse-le-moi !
Le regard de tout le monde changea.
Un Héros qui augmentait de niveau.
En tuant des monstres, nous pouvions clairement ressentir notre propre « croissance ».
Dernièrement, certains élèves semblaient même être devenus accros à cette « croissance ».
Je trouvais cette atmosphère un peu effrayante.
Ikusaba Asagi, qui se tenait à l’arrière, s’avança.
— Allons, allons. La prochaine à devoir recevoir de l’expérience, c’est Kobato-chan. Nous sommes tous camarades, pas vrai ? Regardez ! Pas besoin de vous précipiter ! Les filles de l’avant-garde, augmentez vos compétences défensives et encaissez les attaques du monstre !
Asagi semblait désormais parfaitement habituée à donner des ordres.
Le groupe d’avant-garde suivit ses instructions.
En utilisant leurs boucliers et leurs compétences défensives, elles bloquèrent les attaques du monstre.
Tout en se défendant, les filles infligèrent également quelques blessures au monstre.
Elles cherchaient à l’affaiblir sans lui porter de coup fatal.
Désormais, tous les membres du groupe d’Asagi étaient habitués à procéder ainsi.
— Gugguuoooo... !?
Le monstre tomba à genoux.
La majorité des attaques avaient été concentrées sur ses jambes, l’empêchant efficacement de se déplacer.
— Prends ça !
Slaaaash !
Elles venaient de trancher les deux bras du monstre.
La scène que j’avais sous les yeux était complètement différente de ce qui s’était passé lorsque nous avions été invoqués.
C’était différent de cette fois où ce troisième loup avait été brûlé vif.
Cette fille venait de trancher les bras de ce monstre.
Elle n’avait montré aucune hésitation.
Asagi applaudit.
— Ooooh, voilà une excellente façon de le laisser juste au seuil de la mort~ ! Groupe d’Asagi, excellent travail !
Asagi posa une main sur mon épaule et me poussa doucement vers l’avant.
— Allez, va le prendre, Poppo-chan. On te l’a gentiment immobilisé, il ne te reste plus qu’à le cueillir.
— ...O-Oui.
— Ah, c’est vrai ! N’oublie pas de remercier tout le monde, d’accord !? Tu sais, cette victoire est le fruit du travail d’équipe de tout le monde~
Je m’inclinai timidement devant les filles de l’avant-garde.
— M-Merci...
Les filles dont le regard avait croisé le mien détournèrent les yeux.
— Enfin, ce n’est pas vraiment pour Kobato qu’on a fait ça. C’est juste parce qu’Asagi nous l’a ordonné...
Asagi posa une main sur son visage.
— Hé, toi... Tu n’as pas besoin de dire des choses inutiles comme ça ! C’est dégoûtant ! Nous, contrairement à Kirihara, on accorde de l’importance aux liens qui nous unissent en tant que camarades !
Asagi gloussa.
— Enfin~ je comprends quand même pourquoi Atsuko avait envie de dire ça~.
— Pas vrai ? Tu comprends ce que je veux dire, hein ? Asagi est vraiment empathique, après tout~
— Mais évidemment ! Enfin bref, vas-y maintenant, Poppo-chin ! Dépêche-toi de lui porter le coup de grâce !
Je n’avais pas l’impression qu’elle accepterait un refus.
J’entendais la respiration rauque du monstre aux yeux dorés tandis qu’il me fixait.
Un mélange de sang et de salive coulait de sa bouche.
Dans ses yeux dorés, je pouvais voir une haine brûlante et une intention meurtrière dirigées droit vers moi.
J’avais l’impression que j’allais vomir.
— Kobato-chan, ce serait dangereux si tu étais séparée du groupe de tête. Et ce n’est pas bien non plus de faire attendre tout le monde...
Le ton d’Asagi changea.
— Tue-le maintenant, d’accord ?
Asagi l’exigeait.
Je dégainai mon épée et la levai au-dessus de ma tête.
Pour une raison quelconque, les mots « je suis désolée » me traversèrent l’esprit.
— ...............
Les yeux fermés, j’achevai le monstre.
▽
— T’es lente, Ikusaba~ !
Dépassant le groupe d’Asagi, Oyamada Shougo lança cette plainte.
— Je croyais avoir déjà dit à tout le monde que je ne voulais pas qu’on m’appelle par mon nom de famille~ ! Oyamada-kun, tu es vraiment cruel~
Asagi balaya légèrement sa remarque.
— Hein !? Tu crois que je ne suis pas au courant ? Vous autres, vous devez parler dans notre dos, hein ?
— Hein~ ?
Asagi fit semblant de ne pas comprendre.
— Qu’est-ce que tu racontes, Oyamada-kun ? On dirait que tu insinues que nous sommes simplement jaloux. Enfin, il n’y a pas un seul rang S ou rang A dans mon groupe~. Alors évidemment, il est possible qu’un peu de jalousie se mélange à nos plaintes.
— Hein ? Alors que t’es la seule de ton putain de groupe à avoir une compétence innée...
— Shougo.
Kirihara interrompit Oyamada.
— Quoi, Takuto ?
— Nous n’avons pas besoin d’elle.
— Hein ?
— Ikusaba.
Kirihara se tourna vers Asagi.
— Si tu as besoin de moi, appelle-moi... Mais autrement, nous n’aurons pratiquement rien à faire l’un avec l’autre. Je le pensais déjà dans notre ancien monde, mais... tu es le genre de personne à qui je ne peux pas faire confiance.
Le visage d’Asagi devint aussi impassible qu’un masque de nô.
Je ne pouvais plus lire la moindre expression sur son visage.
— On dirait que nous ressentons la même chose, alors ça me fait plutôt plaisir, Kirihara-kun.
— Je ne te laisserai pas rejoindre mon camp. Je ne peux que t’imaginer te mettre en travers de mon chemin...
Asagi inclina légèrement la tête.
— Je ressens exactement la même chose.
La scène se figea.
Le groupe de Kirihara.
Le groupe d’Asagi.
Depuis un certain temps déjà, une atmosphère particulièrement tendue régnait entre ces deux groupes.
Par conséquent, même si la situation était quelque peu inattendue, tout le monde s’attendait déjà à ce qu’une chose pareille finisse par arriver.
Que ces deux groupes finissent un jour par s’affronter.
À cet instant...
— ...Hmm ?
Les Quatre Saints Vénérés qui ouvraient la marche adoptèrent soudain une posture de combat.
Apparemment, Agito, qui se trouvait à l’avant-garde, avait détecté quelque chose.
— Hein ? Ça, ça a l’air plutôt problématique. Cette sensation... J’ai l’impression que ce serait un peu trop pour les Héros. Dans ce cas, hmm... Tous les Héros, reculez, s’il vous plaît. Groupe de l’Épée Ivre, pourriez-vous vous placer autour des Héros et les soutenir ?
Agito appela ensuite Nyantan, qui se trouvait au milieu de la formation.
Kirihara rejeta son manteau en arrière et se tourna vers l’avant.
— Reculer, tu dis ? Ne raconte pas n’importe quoi... Hmph... Depuis que nous sommes entrés dans la Zone Démoniaque, tous les monstres que nous avons affrontés n’étaient que du menu fretin. J’en ai déjà assez...
Tout en regardant dans leur direction, Kirihara posa la main sur la poignée de son katana.
— Mais... vous autres, vous me sous-estimez beaucoup trop. Je pense qu’il est temps que je corrige cette perception que vous avez de moi.