Chapitre 131
Chapitre 131 – Cheval Noir Magique
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Seras et les autres, qui se tenaient en retrait, semblaient intimidées.
Cependant, seul Pigimaru, qui avait fait dépasser une excroissance derrière ma nuque...
— Punyyuuu~
...avait conservé son calme.
Avait-il immédiatement senti qu’elle n’avait aucune intention de nous faire du mal ?
Seras m’interrogea.
— Touka-dono... Est-ce que tout va bien maintenant ?
La posture du cheval noir débordait de majesté.
Il était assez difficile de qualifier son apparence de douce.
Certes, son corps était imposant, mais c’était surtout l’intensité de ses yeux rouges perçants qui dégageait une impression particulière.
Il n’était pas étonnant de ressentir une certaine pression rien qu’en se tenant devant lui et en contemplant cette majesté.
Il était donc parfaitement compréhensible que Seras et les autres soient inquiètes.
Je tendis la main vers le cheval noir.
Ses yeux se plissèrent tandis qu’il frottait affectueusement sa joue contre ma main.
Seras resta interdite.
— ...Il se comporte comme un enfant...
— Apparemment, seule son apparence a changé. Et il est possible qu’il me considère toujours comme son parent.
Je caressai doucement le visage du cheval noir.
Il ferma les yeux, et je vis sa queue s’agiter vigoureusement.
Il semblait apprécier.
— Touka-sama.
Liz m’interpella timidement.
Elle ne semblait plus se méfier de lui.
— Hum... Comment allez-vous l’appeler... ?
— Ah, un nom, hein. Voyons voir...
Évidemment, il lui fallait un nom.
J’allais certainement devoir l’appeler de nombreuses fois à l’avenir.
— ...............
Une créature fantastique ressemblant à un cheval...
Plusieurs noms me vinrent à l’esprit.
Licorne.
Bicorne.
Kelpie.
Sleipnir.
Si l’on parlait des plus célèbres, c’étaient ceux-là.
Il s’agissait de créatures mythiques apparaissant dans diverses légendes.
Leurs noms étaient également parfois utilisés dans les jeux et les romans de mon ancien monde.
Et, évidemment, lorsqu’on parlait d’un « cheval à huit jambes », la première créature qui venait à l’esprit était...
La Bête Divine Sleipnir.
Un cheval apparaissant dans la mythologie nordique.
Il était célèbre pour être la monture d’Odin, le dieu suprême.
C’était donc naturellement le premier nom auquel j’avais pensé.
Enfin, ses deux cornes le rapprochaient davantage d’un bicorne...
Je regardai les autres.
— Vous avez de bonnes idées de noms ?
— Ce cheval semble très attaché à toi. Ne devrais-tu pas être celui qui choisit son nom ?
— Je pense aussi, ajouta Liz en approuvant les paroles de Seras.
Seras poursuivit.
— Je pense que cette petite serait plus heureuse si Touka-sama choisissait lui-même son nom.
— Je comprends.
Je n’étais pas vraiment doué pour trouver des noms.
Mais si c’était à moi de le faire, je n’avais pas vraiment le choix.
Voyons voir...
Je pourrais emprunter une partie du nom de cette Bête Divine à laquelle elle me faisait penser...
— Que diriez-vous de “Slei” ?
J’avais simplement pris les quatre premières lettres...
Je fixai ses deux yeux rouges et attendis sa réaction.
— Hihhyyyiiinnn~♪
Le cheval noir hennit en agitant la queue.
Seras croisa tranquillement les bras et sourit.
— On dirait que ça lui plaît, non ?
Seras s’approcha alors de Slei et lui tendit la main.
Slei resta docile et accepta son contact.
— Prenez soin de moi à partir de maintenant, Slei-dono... Hmm ?
Slei approcha son museau du cou de Seras et se mit à la renifler.
Son nez parcourait Seras comme s’il voulait examiner chaque partie de son corps.
— S-Slei-dono !? H-Hum... Cet endroit est un peu embarrassant... Kyaah !?
Snif, snif, snif.
— Je viens de vous dire que... C-C’est embarrassant...
Visiblement mal à l’aise, Seras se tourna vers moi.
— Touka-dono... !
Son regard me suppliait clairement d’intervenir.
Les chevaux possédaient un odorat particulièrement développé.
J’avais déjà entendu ça quelque part.
Mais pourquoi reniflait-elle seulement Seras... ?
— Hmm ?
Peut-être...
— Ce doit être à cause de ton odeur, non ?
— M-Mon odeur...
Seras pâlit légèrement en repoussant doucement le museau de Slei.
— E-Est-ce que... je sens vraiment aussi fort ?
— Non, je pense plutôt que c’est le contraire.
— Le contraire ? Ah, Slei-dono ! A-Alors, cela signifie que... ?
— J’y avais déjà pensé à l’époque où nous montions à cheval et que j’étais agrippé derrière toi... Comment dire... Seras, ton odeur est plutôt légère, tu sais ?
— Légère... ? Je ne m’en rends pas vraiment compte moi-même.
Enfin, il était étonnamment difficile de percevoir sa propre odeur.
— On peut évidemment sentir ton parfum quand on est près de toi. Mais il faut vraiment s’approcher pour le remarquer. Autrement dit, c’est probablement parce que ton odeur est très légère que Slei doit venir aussi près pour bien la sentir.
— Si c’est vraiment comme vous le dites, alors je ne peux pas vraiment reprocher cela à Slei-dono...
Finalement, Slei s’éloigna de Seras, qui avait déjà renoncé à essayer de repousser son museau.
Cependant...
Léchouille.
— H-Hum... !?
Slei lécha le visage de Seras.
— J-Je suis déjà couverte de votre salive... Hyyaahh...
Slei continua à lécher le visage de la princesse chevalière Haut Elfe.
— ...On dirait qu’elle t’apprécie vraiment, hein ?
Enfin, c’était déjà assez évident au vu de sa réaction précédente.
Après moi, Seras semblait être la personne que Slei appréciait le plus.
Apparemment, lécher était sa manière de témoigner son affection.
— Bon, au fait, Slei.
— ?
Slei tourna la tête vers moi en l’inclinant légèrement.
Il y avait quelque chose que je voulais vérifier.
— Tu peux reprendre tes formes précédentes ?
J’accompagnai ma question d’un geste de la main vers le sol.
En termes simples...
— Tu peux reprendre ta petite forme ?
C’était ce que je voulais lui demander.
Et alors...
— Hihyyiiinnnn !
Avec un hennissement modérément puissant, le corps de Slei commença à briller.
La lumière s’intensifia et enveloppa le cheval noir.
L’instant suivant, elle se dissipa.
Et à la place du cheval noir...
— Panpyyiiii.
Slei avait retrouvé sa toute première forme.
Cette apparence de mascotte blanche.
Même son adorable petit hennissement était revenu.
— Et si j’injecte de nouveau mon énergie magique dans l’orbe situé sur son dos, elle pourra se transformer à nouveau, hein...
Debout sur ses deux petites pattes arrière, Slei leva ses deux pattes avant.
— Pakkyyyuuunn♪
On aurait presque dit qu’elle répondait :
— Exact~♪
▽
— Tiens.
Je tendis un tissu propre devant le visage de Seras.
Le tissu avait été imbibé d’eau propre.
— Ah, excusez-moi.
Seras tendit la main pour le prendre.
Cependant, je ne le lui donnai pas.
Seras me regarda avec perplexité.
— ...Touka-dono ?
Hmm...
Le coin de mes lèvres se releva.
— Je vais t’essuyer moi-même.
— Hein ?
— Ça ne te plaît pas ?
Seras leva timidement les yeux vers moi.
— ...Cela ne vous dérange pas ?
Je répondis alors sur le ton de la plaisanterie.
— Après tout, un parent doit assumer la responsabilité des actes de son enfant.
— Fufu... Slei est donc ton enfant ?
— Ça permettra aussi d’améliorer tes relations avec moi. J’aimerais que ma vice-capitaine éprouve un peu plus d’affection à mon égard.
Avec un sourire élégant, Seras écarta ses cheveux d’une main pour dégager son visage.
— Dans ce cas... faites donc ce que vous aviez prévu.
J’essuyai délicatement les joues blanches de Seras avec le tissu.
Je devais également veiller à ne pas appuyer trop fort...
Slei se trouvait maintenant aux côtés d’Eve et de Liz.
Pour l’instant, elles semblaient bien s’entendre.
Slei paraissait avoir une personnalité facile à vivre.
Cela me rassurait.
— Alors, qu’en penses-tu ?
— Hmm... Vous parlez de Slei ?
— Ouais.
— Sa deuxième forme semble capable de transporter la majorité de nos bagages. Grâce à cela, nous pourrons nous déplacer plus facilement, ce qui devrait nous donner un avantage lors de nos prochains combats.
— Et sa troisième forme semble également pouvoir nous être très utile lorsque nous aurons besoin de mobilité.
Nous n’avions pas encore testé ses différentes capacités, notamment sa vitesse de déplacement.
J’aimerais également vérifier ses aptitudes au combat à l’avenir.
Seras exprima ses inquiétudes.
— Le véritable test viendra lorsque nous rencontrerons un monstre ici, n’est-ce pas ?
— ...Ouais.
Je regardai Slei.
Je ne savais toujours pas exactement quelle était sa véritable nature.
Cependant, je pensais pouvoir attendre d’elle certaines capacités de combat.
Surtout...
sous sa troisième forme.
— Mais tout de même... Je ne m’attendais pas à ce qu’une Bête Magique comme Slei naisse de cet œuf.
— Au pire, nous pourrons également demander à la Sorcière des Tabous ce qu’elle sait sur Slei.
— Oui, vous avez raison.
Après avoir parlé avec Seras, j’avais facilement réussi à mettre mes pensées en ordre.
Elle était peut-être particulièrement douée pour écouter et conseiller les autres en tant qu’adjointe.
Tout en veillant à ne pas exercer trop de pression, je continuai à passer le tissu sur la peau de Seras.
Sa peau blanche comme le lait était douce et lisse.
— ...Quand même, quelle belle peau.
— Eh bien, c’est parce qu’elle vient tout juste de naître.
— Non. Je ne parle pas de Slei. Je parle de ta peau.
Seras détourna le regard.
— ...J’ai bien peur d’être une femme plutôt lente à comprendre, aussi frustrant que cela puisse être...
Je n’avais pourtant rien dit de tel.
— C’est le cas ?
— Mhmm... C’est le cas.
Tentant de dissimuler sa gêne, Seras fit légèrement la moue.
Au passage, il semblait que tous les Elfes possédaient naturellement une belle peau.
Apparemment, les esprits avec lesquels ils avaient conclu un contrat éliminaient également les impuretés présentes dans leur corps.
En quelque sorte, ces esprits servaient automatiquement de soin personnel pour la peau.
— Cependant, cela prend tout de même un certain temps. Ce n’est pas instantané, donc cela ne fait pas immédiatement disparaître la salive collée sur mon corps. Je pourrais effectivement la sécher grâce au pouvoir d’un esprit du vent, mais...
— Même ça n’a pas un effet immédiat, hein.
— Exactement.
Dans ce cas, cette sorte de soin automatique devait contribuer à augmenter la « pureté » des Hauts Elfes.
Cela expliquait également pourquoi leur peau était aussi impeccable.
Cependant...
— ...............
On dirait que le maquillage et les lotions ne se vendraient pas très bien chez les Elfes.
▽
— Touka.
— Hmm ?
— J’ai examiné Slei tout à l’heure et j’ai découvert quelque chose.
Après que le visage de Seras eut été complètement nettoyé, Eve s’approcha de moi avec une expression sérieuse.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Apparemment, Slei est une femelle.
Ah bon ?
— Oui. Ce n’est pas un mâle simplement parce qu’elle possède des cornes.
Autrement dit, elle avait vérifié elle-même, hein.
— Pigii !
Hmm ?
Je tournai la tête et vis Pigimaru et Slei face à face.
Pigimaru était encore dans les bras de Liz un peu plus tôt, mais...
— Pakyyuuu.
— Pigii !
— Panppyyyii~
— Pinyyuuu~
— Pakyyyuu ?
— Punyyyuuuu~ ?
— ...............
— ...............
— Pakyuu.
— Pii.
— ...Pakkyyurrruuunnn♪
— ...Puyuuunnn♪
— Pakyyyuuuu !
— Pii !
Boing !
Pigimaru bondit sur le dos de Slei.
Puis il commença à se balancer sur son dos.
— Pigii !
— Pakkyuuunn !
Clop, clop, clop, clop...
Avec Pigimaru sur son dos, Slei se mit à marcher dans notre direction.
Debout à mes côtés, Seras les regardait avec un sourire attendri.
Je poussai un soupir de soulagement.
J’étais heureux que rien de fâcheux ne se soit produit.
— On dirait que ces deux-là se sont bien entendus.