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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux bridés du Boss maléfique ◈
Chapitre 88
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Le grand chaos (5)
Argyrion prit la forme d’anges métalliques. À cette vue, le sourire de Tallo s’élargit.
Il était un Ancien de la Tour du Fer Argenté.
Même si leur transformation venait d’un pouvoir extradimensionnel, le métal qui en résultait méritait d’être étudié. Non, à vrai dire, le fait même que ce métal soit d’origine extradimensionnelle suffisait sans doute à attiser sa soif de recherche.
Au fil de l’histoire, les Dix Tours avaient déjà passé au crible, un par un, tous les éléments de ce monde. Pour trouver un nouveau sujet d’étude, il fallait donc soit en créer un, soit l’importer d’un autre monde.
Les échantillons au fil d’argent utilisés par Argyrion avaient déçu la Tour du Fer Argenté. À part leur tendance à éroder les êtres vivants, ils n’avaient rien montré de particulièrement remarquable.
Alors, de quoi pouvait bien être capable la matière composant ces « anges », façonnée par l’extradimensionnel plus profondément encore que le fil d’argent ?
Tallo vérifia l’avancement des calculs de son Cerveau auxiliaire. Quarante-sept pour cent.
Il espérait qu’ils tiendraient jusqu’à la fin du sort. S’ils s’effondraient avant même que ce grand sort ne soit achevé, cela prouverait seulement qu’ils n’étaient que de vulgaires déchets, indignes d’être étudiés.
* * *
Des bouffées de fumée et des éclairs de lumière de Mana brodaient le ciel. Ortes observait les deux camps s’affronter, un sourire satisfait aux lèvres.
« Voilà ce que j’appelle un combat. »
Ne pas se battre soi-même, mais pousser les autres à le faire. À l’époque où je travaillais comme fixeur, il m’a fallu pas mal d’essais et d’erreurs pour comprendre cette vérité toute simple.
Faire s’affronter Argyrion et les Dix Tours n’avait pas été bien difficile. J’avais eu de la chance : le mage des Dix Tours avait limité le suivi automatique de son familier aux cibles « ayant du Mana ».
Le vrai problème commençait maintenant.
Comment mettre en scène la fin de ce combat ?
Que j’élimine Argyrion ou les Dix Tours, il fallait que je me débarrasse d’au moins un camp. Idéalement, des deux.
Si Argyrion s’en sortait vivant, ils supposeraient que les Dix Tours menaient des fouilles suspectes et agiraient en conséquence.
Ils risquaient fort de gaspiller leurs ressources à traquer des fouilles que les Dix Tours n’avaient même pas entreprises.
Et si les Dix Tours apprenaient l’existence de ce site, comment interpréteraient-ils la situation ?
Sans doute comme une tentative d’Argyrion de piller les ruines de l’ancien Roi Mage.
Dans ce cas, les Dix Tours renforceraient la surveillance de toutes les ruines antiques. Une mauvaise nouvelle pour moi comme pour Hydra Corp.
M’en prendre aux deux camps à la fois, c’est trop risqué. Je n’ai rien qui puisse rivaliser avec la puissance de feu de la magie.
J’aurais aimé apprendre une véritable technique de Qi. Celui qui m’avait enseigné les rudiments de sa maîtrise m’avait juste dit qu’il était inutile d’apprendre ce genre de choses et ne m’avait montré que les bases du pouvoir d’esper : la technique élémentaire de renforcement du corps.
Mais, à vrai dire, je ne savais même pas moi-même en quoi consistait réellement mon pouvoir d’esper. Tout ce que je savais, c’était que ce n’était pas du Mana.
Malgré tout, il ne servait pas qu’à renforcer le corps : je pouvais aussi m’en servir pour réprimer mes yeux. Je ne regrettais donc pas le temps passé à l’apprendre…
Je pris ma décision.
Dans le meilleur des cas, je me débarrassais des deux camps pour qu’aucun des deux sièges ne reçoive un compte rendu fidèle de ce qui s’était passé ici.
Si je ne parvenais pas à tous les éliminer et devais me contenter d’un seul camp, le deuxième meilleur choix serait de me débarrasser des Dix Tours et de laisser Argyrion s’échapper.
Il me fallait trouver le bon moment pour entrer dans la mêlée.
J’observai les anges métalliques affronter les armes magitech. À première vue, les anges avaient l’avantage : ils lançaient sans relâche des sorts d’une puissance redoutable. Mais je voyais que la « porte » qui les alimentait en Mana brut extradimensionnel perdait peu à peu de sa résistance.
À ce rythme, les Dix Tours l’emporteront sans trop de mal.
Parfait. Entrons dans la danse en faisant semblant d’être du côté d’Argyrion.
D’abord, abattre le mage des Dix Tours, puis profiter du moment où Argyrion baissera sa garde pour préparer son élimination.
Si aucune ouverture ne se présentait, eh bien, tant pis.
J’enfilai les vêtements que j’avais récupérés un peu plus tôt sur un commandant d’Argyrion.
* * *
Tallo agita les doigts. Les armes, reliées à sa volonté, tissèrent un réseau de feu d’une précision meurtrière.
Les plans des armes, transmis par son cerveau et exécutés du bout des doigts, se déployaient, chargés de formules en tout genre.
On aurait dit une démonstration en direct de leurs performances face aux anges d’Argyrion. Tallo testait leur résistance, attribut par attribut, avec des munitions spéciales chargées de Mana aux propriétés variées.
Plus résistants que prévu.
Les résultats dépassaient ses attentes. Ils résistaient uniformément à tous les attributs et pouvaient se régénérer.
Cette régénération reposait sur des principes étrangers à l’ingénierie magique conventionnelle. Elle venait sans aucun doute de l’extradimensionnel.
Si la Tour du Fer Argenté parvenait à reproduire ce phénomène grâce à ses propres capacités, elle ferait un pas de plus vers l’ascension — davantage que n’importe laquelle des autres Tours.
« Vous vous êtes bien débrouillés, à votre manière. Je vous l’accorde. Mais c’est dommage. »
Tallo leva la main droite.
Un message indiquant « Calcul terminé » clignota devant ses yeux.
« Au bout du compte, voilà la limite de ceux qui n’appartiennent pas aux Dix Tours. »
Le grand sort que Tallo préparait s’activa. Alchimie spatiale (空間鍊金術).
Les limites de la Tour du Fer Argenté correspondaient, en pratique, à celles des éléments qu’elle pouvait manier. Comme son nom l’indiquait, son univers magique se limitait au métal.
Ses possibilités de manipuler la matière organique étaient forcément restreintes.
Même apprendre la magie de la Terre Pourpre ou du Bois Vert pour contourner cette limite ne servirait à rien : elle ne permettrait jamais de pousser la magie du Fer Argenté à son paroxysme.
Mais les mages étaient du genre à chercher les failles du monde plutôt qu’à en accepter les limites. La Tour du Fer Argenté avait mis au point diverses méthodes pour rassembler et condenser les éléments métalliques.
Produire l’élément à partir du Mana, rassembler celui qui se trouvait déjà dans le sol ou, enfin,
transformer directement la matière existante en métal.
Tallo comptait alchimiser les anges de la tête aux pieds, à l’exception de leur cœur et de leur cerveau, qu’il voulait conserver pour ses recherches.
L’alchimie, qui servait à l’origine à transmuter la matière pour produire de l’or, était devenue, à cette époque, un sort offensif d’une puissance extraordinaire.
Une barrière isolait un espace précis de la réalité, et tout ce qu’il contenait était transformé en Fer Argenté. L’Alchimie spatiale, qui réduisait en Fer Argenté tout ce qui se trouvait dans le champ de vision du lanceur aussi longtemps que son Mana le lui permettait, pouvait à juste titre être considérée comme le joyau de la Tour du Fer Argenté.
Le monde se mit alors à prendre une teinte argentée.
La lande sombre, éclairée par les étoiles, s’illumina de plus en plus. Elle renvoyait l’éclat même que les astres déversaient sur elle. On aurait dit que la surface du monde entier se couvrait d’une couche d’argent.
Les anges qui flottaient sans jamais toucher le sol — désormais des anges d’argent — changeaient eux aussi peu à peu de couleur. Leur éclat aveuglant, venu de l’extradimensionnel, était dévoré par la teinte d’une arme forgée pour la guerre.
Leurs corps se raidissaient lentement. Le poids gagnait leurs membres en partant des extrémités. À mesure que leurs articulations se changeaient en métal, ils sentaient que Tallo en prenait le contrôle.
Pour l’instant, la bénédiction qui émanait de la « porte » compensait l’effet de l’Alchimie spatiale. Mais si la porte se refermait, ils perdraient aussitôt le contrôle de leur corps.
Il n’y avait qu’un moyen de briser cette impasse : que l’un d’eux devienne une nouvelle porte. Les anges d’Argyrion se préparaient à un nouveau sacrifice.
Une Lame à haute fréquence, laissant une traînée sombre dans l’air, trancha net la main droite de Tallo.
« Espèces de salauds cupides des Dix Tours ! Je sens votre nature immonde ! Debout, camarades ! »
* * *
La main droite tranchée, Tallo éprouva à la fois de la curiosité et de la perplexité.
Pour lui, son corps était fondamentalement un consommable, et alchimiser un bras de remplacement pour remplacer celui qu’il venait de perdre était un jeu d’enfant. Ce n’était donc pas la destruction de sa propre chair qui le déconcertait.
Pourquoi n’avait-il pas senti la présence d’un ennemi à l’intérieur de sa barrière ?
Pourquoi l’alchimie n’avait-elle pas pris cette personne pour cible ?
Il n’y avait, en principe, qu’une seule raison pour laquelle l’Alchimie spatiale ne pouvait pas affecter quelqu’un : cette personne brûlait son propre pouvoir d’esper pour annuler l’interférence de l’alchimie.
Qu’on maîtrise pleinement son propre domaine, comme une barrière, à l’instar de l’Alchimie spatiale, ou qu’on continue simplement à déverser son pouvoir d’esper dans son corps pour repousser l’intrusion du Mana, le principe restait le même.
Si quelqu’un possédait par hasard une substance parfaite, totalement insensible à l’alchimie, ce serait une autre histoire. Mais une telle chose n’existait que dans le coffre-fort de la Tour du Fer Argenté.
Ce nouvel assaillant, qui venait de surgir dans la bataille, avait donc forcément lancé son attaque en supportant une dépense colossale de son propre pouvoir d’esper.
Il m’a tranché le bras alors qu’il flottait dans les airs, sans équipement et sans la moindre trace de Mana. Argyrion aurait-il quelqu’un qui maîtrise le Qi ?
Argyrion était tout aussi perplexe.
Ce renfort venait-il du siège ?
Il était possible que la barrière déployée par le mage des Dix Tours les ait coupés de tout contact avec le siège. Mais le problème, c’était la phrase qu’avait prononcée cet homme : « espèces de salauds cupides ».
Argyrion n’était pas venu dans ces ruines pour s’emparer d’un quelconque artefact qui y dormait.
Ils étaient venus parce qu’ils avaient reçu un signal de détresse d’un camarade.
Naturellement, le fait que les Dix Tours les aient attendus en embuscade dans les ruines ne pouvait être interprété que comme un prolongement de cette manœuvre.
Les Dix Tours avaient soit imité le signal de détresse d’Argyrion, soit torturé un camarade capturé pour le lui arracher, puis s’en étaient servis pour leur tendre ce piège.
Depuis le début, ils n’avaient même pas envisagé qu’un artefact puisse se trouver dans ces ruines.
Pourtant, les paroles de cet homme sonnaient terriblement faux.
Il était donc tout naturel que les anges pointent leurs armes vers l’inconnu qui s’était approché vêtu d’un équipement de combat d’Argyrion.
« La Cause. »
« Hein ? »
Il ne connaissait pas le mot de passe.
« Tuez-le ! »
* * *
Qu’est-ce qui avait cloché ?
Le plan était censé être parfait… ?!
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