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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux bridés du boss maléfique ◈
Chapitre 80
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Vers le Grand Temple (1)
Quand Ortes ouvrit la porte de la salle de réunion et entra, son expression était bien plus détendue qu’auparavant.
Du moins, autant que Karisia pouvait en juger. Personne d’autre n’avait assez d’expérience pour discerner une variation aussi subtile de son expression.
Reprenant sa place derrière Karisia, Ortes se pencha et lui murmura :
« J’ai trouvé une solution. Argos compte entraver activement les mouvements de Blasphemia. »
Karisia garda un visage impassible. Cela ne signifiait pas qu’elle n’était pas surprise.
C’était simplement que ce n’était pas la première fois, ni même la deuxième, qu’Ortes s’absentait un instant pour revenir avec une nouvelle extravagante.
« Vas-y, explique. »
Ortes hocha la tête et s’avança d’un pas lourd. Il manipula son terminal et envoya des données au projecteur holographique au centre de la salle.
Une carte apparut dans les airs. Karisia se remémora le relief des lieux qui y était représenté. Des plaines sans particularité. Quelques vestiges de l’Antiquité y avaient tout de même été découverts.
Mais rien qui ait une valeur magique, rien qui porte une divinité. On n’y trouvait guère que de la poterie et des gravures offrant un aperçu de la vie quotidienne d’autrefois ; rien qui ait jamais bouleversé les milieux universitaires ou les maisons de vente aux enchères.
« Nous avons un collaborateur au sein d’Argos. »
Qu’est-ce qu’il racontait ?
Les paroles d’Ortes laissèrent les directeurs perplexes. Jusqu’alors, la réunion s’était déroulée en partant du principe que « les difficultés croissantes de l’Enquête sur la divinité étaient dues à Argos ».
S’il avait un contact secret infiltré au sein d’Argos, toute la prémisse de la réunion s’effondrait.
« Jusqu’à présent, nous ignorions dans quelle mesure nos collaborateurs pourraient nous aider ; je ne l’avais donc pas envisagé comme une contre-mesure viable. Mais je viens de recevoir des nouvelles. »
Il leur donna une explication calme. Les collaborateurs qu’Ortes connaissait étaient parvenus à prendre le contrôle des débats internes chez Argos, et un grave conflit entre Argos et Blasphemia était sur le point d’éclater.
« La zone que vous voyez fait partie de ce “conflit”. Comme vous pouvez le constater, il n’y a rien ici, mais Argos va insister pour que Blasphemia inspecte le site. »
Il s’agissait d’un terrain vague et sans propriétaire, mais d’une vaste étendue. Même en mobilisant jusqu’au dernier membre de son personnel disponible, Blasphemia aurait besoin de dix jours.
Karisia comprit la situation. Même si l’endroit ne recelait probablement rien de notable, on y avait déjà découvert des objets de l’Antiquité, une raison suffisante pour demander une inspection à Blasphemia, le groupe d’experts de cette époque.
Ils trouveront sûrement un prétexte, comme un plan de fouilles pour ces plaines découvert dans les archives d’une Tour Magique liée à Argyrion, pour présenter leur requête. Et Blasphemia ne pourra pas facilement la refuser.
Argos et Blasphemia savaient déjà très bien que ces plaines ne livreraient jamais rien de valeur. C’était simplement une manœuvre destinée à mettre Blasphemia dans l’embarras.
« Nous profiterons de ce répit pour faire avancer autant d’Enquêtes sur la divinité que possible. Je vous communiquerai les informations sur les déploiements d’Argos dès qu’elles me parviendront, mais cette fois, je n’accompagnerai pas l’équipe sur place. »
Depuis la mort soudaine et brutale de Dimedes, Ortes avait toujours accompagné les directeurs lors de leurs missions sur le terrain pour l’Enquête sur la divinité. Cette consigne allait-elle être abandonnée ?
La confiance dans les capacités des directeurs aurait-elle été rétablie, au moins en partie ?
Karisia secoua la tête. Les Enquêtes sur la divinité menées par les directeurs s’étaient toujours déroulées dans des conditions parfaitement contrôlées. Ils n’avaient pas encore eu à faire leurs preuves face à l’imprévu.
Si ce n’était pas à cause des directeurs que la consigne changeait, Ortes devait avoir une raison pressante de s’absenter.
« Je dois assister à une réunion avec nos “collaborateurs”. »
Depuis la création d’Hydra Corp, les directeurs avaient mené l’Enquête sur la divinité et accompli toutes sortes d’autres tâches. Ils croyaient enfin avoir compris les véritables capacités des deux personnes qui avaient unifié la ville d’Etna : Ortes et Karisia.
Abstraction faite de leurs aptitudes au combat, leur influence sociale avait ses limites. C’était sûrement pour cela qu’ils ne s’étaient pas contentés de se débarrasser des directeurs, mais les avaient recrutés et réunis au sein d’une entreprise.
Ce qu’une personne pouvait accomplir et ce qu’un groupe pouvait faire, c’était différent. On pouvait appeler ça l’efficacité de la division du travail.
Et pourtant, Ortes venait de réussir un exploit qui dépassait de très loin ce qu’une seule personne pouvait accomplir.
Quand, exactement ?
Alors qu’il supervisait l’ensemble de l’Enquête sur la divinité et se rendait à chaque expédition, quand avait-il trouvé le temps de recruter des gens chez Argos ?
Était-ce seulement matériellement possible ?
Cette organisation du temps n’avait rien de réaliste. Ce n’était pas comme s’il vivait seul des journées de quarante-huit heures.
On ne pouvait pas gérer des agents de ce genre uniquement au moyen de systèmes de données. Il fallait forcément les rencontrer en personne et évaluer directement leur tempérament et leurs compétences.
En tant que maîtresse de la guilde des courtiers en information d’Etna, Karisia le savait mieux que quiconque.
Un indice discret sur la véritable identité d’Ortes lui revint à l’esprit.
Si un inspecteur secret entravait les propres activités de Blasphemia, il n’y avait qu’une explication : Blasphemia elle-même était gravement corrompue…
Dans ce cas, les collaborateurs d’Ortes étaient-ils d’autres inspecteurs de Blasphemia ? Karisia jeta un coup d’œil à Divius, qui aurait été autrefois spécialiste des modifications corporelles chez Blasphemia.
Il faudrait qu’elle prenne le temps de discuter avec lui. Tant qu’elle ne saurait pas avec certitude qui ils servaient réellement, elle ne pensait pas pouvoir vivre avec cette angoisse.
Si je prétexte une réunion du conseil, je pourrais probablement me décharger de quelques tâches…
Et puis, elle ne supportait tout simplement pas d’avoir encore plus de travail.
Karisia acheva de se préparer à fuir le travail qui allait s’abattre sur elle.
* * *
Avant de partir, j’appelai Arabel et lui donnai quelques instructions.
Si moi, qui supervisais toute l’Enquête sur la divinité, devais m’absenter, qui d’autre pourrait tracer les itinéraires d’infiltration des directeurs et coordonner leurs forces ?
Arabel était la personne idéale pour ce travail : elle avait l’esprit souple, savait improviser rapidement et pouvait surveiller plusieurs endroits d’un seul coup d’œil grâce à ses drones.
Une fois le bref passage de relais terminé, je partis sans tarder retrouver Demos.
Je ne savais pas trop à quoi pouvait ressembler le « Grand Temple » de l’Ordre du Nom Divin. Mais c’était un site stratégique assez important pour que l’Ordre mobilise son meilleur atout, l’espion infiltré chez Argos, afin de tenter de le reprendre.
Il suffisait de secouer un peu les choses pour que quelque chose finisse par tomber.
« Tu es venu. »
Demos me regarda et hocha la tête. Quelques visages inconnus se tenaient autour de lui.
* * *
« Ah. De nouvelles têtes, à ce que je vois. »
L’homme aux yeux bridés. Le regard singulier de celui qui se faisait appeler Personne, Outis, balaya les prêtres.
Pris dans ce regard, le prêtre eut l’impression qu’Outis ne se contentait pas de le « regarder », mais qu’il le « transperçait du regard ». Comme si même les secrets enfouis au plus profond de son cœur étaient démontés, pièce par pièce.
La sensation avait été la même lorsqu’ils avaient rencontré l’évêque de Phoibos. Les yeux des prophètes capables de voir l’avenir avaient quelque chose qui bouleversait les gens jusqu’au plus profond d’eux-mêmes.
« Vous n’avez pas l’air d’être ceux qui sont venus au rassemblement. Vous êtes les frères de Demos, alors ? »
Il ne s’enquérait pas vraiment de leurs liens du sang. Il parlait de frères dans la foi, de gens qui adoraient le même dieu.
Le prêtre d’Enyalios eut un petit sursaut. À bien y réfléchir, c’était une simple déduction. Des prêtres qui voyageaient avec Demos, et qui devaient donc servir le même dieu, Enyalios.
Mais, d’une manière ou d’une autre, la vérité prononcée par un prophète avait toujours du poids.
Plus encore lorsqu’elle venait d’Outis, l’homme que Demos avait présenté comme « le meilleur prophète que je connaisse ».
« C’est exact. Mais tu ferais mieux de surveiller tes paroles. »
Demos pointa le doigt vers le ciel. Ils se trouvaient dans une rue animée d’une ville gouvernée par une Tour Magique de rang intermédiaire. Le brouhaha des passants couvrait suffisamment les voix de l’Ordre, mais les drones de mana que les Tours Magiques avaient dispersés pour surveiller les citoyens restaient une menace dont il fallait se méfier.
« Ha. Rassure-toi. Je surveille tout, après tout. »
Le sourire d’Outis, qui balayait si facilement cette inquiétude, avait quelque chose de moins rassurant qu’effrayant et dérangeant.
Même si la prophétie fonctionnait de bien des façons différemment des autres formes d’invocation sacrée, prétendait-il regarder l’avenir en permanence, en plein bastion de mages ?
« Alors, Demos. Où allons-nous ? »
Demos jeta un coup d’œil autour de lui. Même avec ses sens aiguisés par le Qi, il ne détecta ni drones, ni esprits, ni aucun autre laquais des mages.
Se fiant à ses propres sens et à l’assurance tranquille du prophète, il prit la parole.
« À la fin de l’Âge mythique. Au dernier temple où tout le panthéon s’est réuni pour résister au Roi-Mage. »
« Un dieu assez influent pour servir de point de ralliement à tous les cultes réunis au même endroit. Le temple d’Aigio, alors ? »
Une conversation dangereuse : si un mage les entendait, ils seraient aussitôt traités d’adorateurs de superstitions et embarqués. Les prêtres d’Enyalios pâlirent.
« … Même le Roi-Mage se méfiait des douze cultes les plus puissants, dont celui d’Aigio. C’est pourquoi il les a attaqués et renversés en premier. Le lieu où les cultes se sont rassemblés pour résister jusqu’au bout était le Grand Temple de Pluton. »
Ah. Ortes laissa échapper un murmure admiratif. Il allait donc finir par se rendre au temple de Pluton.
« Je vois. Puisque Pluton ne fait pas partie des Douze Grands Dieux, tout en ayant un rang divin égal au leur, il est logique que son temple soit devenu le point de ralliement de la résistance. Et les autres prêtres que j’ai vus au rassemblement ? »
« Ils partent tous dans des directions différentes, chacun à la tête de son propre groupe. Nous nous mettrons en route à minuit. »
Ortes hocha la tête. L’Ordre du Nom Divin mobilisait autant de prêtres. Il fondait manifestement d’immenses espoirs sur la libération du Grand Temple.
« Même si Argos parvient à tenir Blasphemia occupée, impossible de dissimuler tout le Pouvoir divin qui sera libéré une fois le temple délivré. Nous devons briser tous les sceaux et récupérer les reliques sacrées en moins d’une heure. »
« Je m’occuperai de la part du culte de Bacchus. »
Ortes indiqua tranquillement sa position : le culte de Phoibos récupérerait les reliques sacrées de Phoibos, qui ne l’intéressaient donc pas. Puisqu’il protégeait la dernière prêtresse du culte de Bacchus, il ne prendrait que ce qui lui appartenait.
Demos secoua la tête.
« Il n’y aura pas que les douze cultes. Les reliques d’innombrables cultes mineurs y sont aussi rassemblées. Nous réfléchirons ensuite à la manière de les répartir ; pour l’instant, il faut récupérer tout ce qu’on pourra. »
Ortes hocha la tête, satisfait.
Il s’imaginait déjà combien de reliques sacrées il pourrait détourner.
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