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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux bridés du Boss maléfique ◈
Chapitre 079
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Réunion sur les contre-mesures (2)
« J’imagine que vous avez tous vu les nouvelles publiées sur le Réseau Ether. On dirait qu’Argos va également participer à la traque d’Argyrion. »
Dès le début, Kaicel prit un air sombre. Les autres directeurs, en revanche, ne semblaient pas ressentir l’urgence qu’aurait dû leur inspirer la gravité de la situation.
Arabel était la seule directrice à afficher une mine déconfite. Comme elle était chargée de filtrer et d’éplucher directement les informations, elle semblait avoir l’instinct de mesurer jusqu’où pouvait se propager un scandale de cette ampleur.
« Même sans compter Bertrand et Meconion, qui travaillent d’ordinaire seulement dans la ville d’Etna, aucun des autres directeurs ne semble prendre la mesure de la crise… »
Qu’est-ce que c’était que ça ? Ils avaient tous une confiance secrète dont je n’étais pas au courant ?
Neiro prit la parole le premier.
« Mais, chef de bureau, au bout du compte, cette histoire signifie seulement que la pression va s’accentuer sur… Argos et Blasphemia, cette équipe chargée de réprimer les Relique. Pour ceux d’entre nous qui évitent cette équipe, ça ne joue pas plutôt en notre faveur ? »
On avait d’abord présenté aux directeurs Blasphemia comme un simple « sous-traitant des Dix Tours », mais ils avaient depuis appris plus en détail ce qu’elle était : une organisation qui surveillait la foi vouée aux dieux disparus et confisquait les Reliques sacrées.
De nombreux secrets restaient à découvrir, mais cette explication était assez simple pour que les directeurs l’acceptent. Même si l’existence de Reliques sacrées datant de l’Antiquité s’était discrètement fait connaître, ce genre de rumeurs ne durait jamais longtemps. Les publications sur le Réseau Ether avaient tendance à disparaître avant que quiconque ne les remarque. Il n’était pas difficile de deviner qu’au sein des Dix Tours, ou plus largement de la société magique, quelqu’un réprimait systématiquement la circulation des Reliques sacrées.
« C’est possible. Du moins, au début. »
On n’avait pas encore décidé qui dirigerait la coopération entre Argos et Blasphemia. Argos se contenterait-elle de participer à l’enquête sur les Tours Magiques, ou se joindrait-elle aussi à la traque d’Argyrion ? Ces questions étaient probablement encore à l’étude.
Deux groupes qui ne s’entendaient pas pouvaient parfois se montrer encore plus maladroits qu’un seul groupe agissant de son côté.
Mais…
« Jusqu’ici, Blasphemia constituait à elle seule tout le cordon autour d’Argyrion. Même avec ses seuls effectifs, si nous avions eu suffisamment d’informations, nous aurions pu nous occuper du fil d’argent plus tôt. Comme vous le savez tous, Argos est la police de la société magique. Les effectifs qu’elle peut mobiliser sont d’un tout autre ordre de grandeur que ceux de Blasphemia. »
Un profond soupir grave résonna : « Hffff… ouu… » Sa peau aux écailles de bronze se souleva. La tête de dragon du géant mutant posa une question, avec peine et hésitation.
« Les effectifs… vont augmenter ? »
« Oui, directeur Talos. Si Argos engage vraiment ses effectifs… »
J’évaluai ce qui se passerait si les effectifs d’Argos venaient renforcer le cordon de Blasphemia. Même en supposant, comme le craignait Salmosia, que personne chez Argos ne cherche activement à saboter Blasphemia, les frictions entre deux groupes distincts obligés de coopérer étaient inévitables.
Si Argos finissait par prendre le contrôle du cordon autour d’Argyrion, elle pourrait laisser Blasphemia dans un rôle d’auxiliaire de façade tout en l’excluant presque entièrement de l’opération.
Les effectifs de Blasphemia, laissés sans rien à faire et en surnombre, se verraient probablement affubler d’un titre ronflant du genre « maintien de la sécurité dans la zone opérationnelle », puis expédier à la garde du périmètre d’une ruine voisine.
Pour des petits opérateurs comme nous, ce serait un sacré coup dur.
« La qualité comme le nombre des observateurs vont probablement grimper en flèche. Inutile, même, de faire la distinction entre les deux. La qualité de la surveillance tend à augmenter avec le nombre de surveillants. À moins que Blasphemia ne refuse catégoriquement de coopérer avec Argos, je ne pense pas que nous pourrons poursuivre l’Enquête sur la divinité à un rythme aussi tranquille qu’avant. »
« Hum… »
Kaicel se caressa la barbe. En tant que créateur des Dix Commandements artificiels, il était responsable de l’ensemble du processus d’extraction du Pouvoir divin contenu dans les Reliques sacrées, puis de son injection dans le Décalogue artificiel.
« Où en est la fabrication du Décalogue ? »
Ce fut la première question de Karisia, qui avait écouté en silence jusque-là.
« Même en étant généreux, nous n’en sommes pas à trente pour cent. Pour être exact, plutôt vingt pour cent. La voie de l’ascension… L’objectif est de trouver le point de départ d’un itinéraire menant à un lieu métaphysique où pourrait résider le dieu de l’ordre disparu, ou le Roi-Mage. Mais nous n’avons même pas encore obtenu une puissance suffisante pour atteindre le Mur du Monde. »
« C’est étonnant que vous ayez déjà terminé ne serait-ce que vingt pour cent. Mais si les choses continuent ainsi, je ne sais pas combien de temps il nous faudra pour garantir les trente pour cent. »
« Oui. Comme ces recherches dépendent davantage de la qualité des Reliques que de leur quantité, si nous avions une dizaine de ces Reliques semblables à des cristaux que vous et le chef de bureau avez rapportées l’autre fois, Madame la Présidente, nous pourrions probablement atteindre d’un seul bond le seuil de l’achèvement. »
À ces mots de Kaicel, je laissai échapper un gémissement intérieur. Il me mettait sur le même plan que Karisia !
Il aurait pu se contenter de mentionner Karisia. Vu son caractère exigeant, il n’aurait pas été étonnant qu’elle lui lance aussitôt une remarque du genre : « Alors, c’est “Madame la Présidente”, mais pas “chef de bureau”, c’est ça ? »
Pourtant, contre toute attente, Karisia fronça simplement les sourcils. Peut-être la situation était-elle trop urgente pour qu’elle réagisse davantage.
« La fonction de cette Relique est bien trop utile pour qu’on la sacrifie. Nous devrons chercher une nouvelle Relique sacrée. »
Un artefact comparable au cristal de Phoibos, donc.
Dans l’œuvre originale, le Roi-Mage lui-même avait jugé cet objet « utilisable ». Certes, il avait perdu ses pouvoirs dans ces circonstances particulières, mais le fait qu’il ait reçu une évaluation aussi élevée était déjà exceptionnel.
Un artefact de cette envergure aurait soit été récupéré depuis longtemps par Blasphemia, soit se trouverait écrasé sous un sceau assez puissant pour le soustraire complètement à leur réseau de détection.
« Ce qui veut dire qu’il faut soit pirater la base de données de Blasphemia, soit obtenir la coopération de l’Ordre du Nom Divin… »
« Non. Si nous obtenons la coopération de l’Ordre, il deviendra presque impossible de la faire passer en douce de notre côté. Il me faut un moyen de lui soutirer uniquement l’emplacement de la ruine scellée, rien de plus. »
Les directeurs chargés des opérations sur le terrain, qui ne comprenaient la situation que maintenant, prirent un air sombre. Qu’est-ce que j’étais censé faire de ça ?
« Est-ce que je devrais vraiment aller cambrioler un entrepôt de Blasphemia ? »
Non. Là, ce serait vraiment aller trop loin. Si je prenais un risque pareil, Blasphemia déclencherait l’alerte maximale en hurlant : « Ce type du passé est de retour ! »
Enfin, en réalité, à l’époque, c’était Karisia que Blasphemia craignait, pas moi. Il faudrait donc plutôt crier : « Elle est de retour ! »
Alors que la réunion s’éternisait, ma mitaine vibra.
* * *
Ortes et Karisia échangèrent un regard. Lorsque Karisia hocha la tête, Ortes sortit un instant de la salle de réunion.
C’était inhabituel.
Ortes quittait rarement le côté de Karisia en pleine réunion. Même quand on lui préparait une chaise, il ne s’asseyait jamais et restait toujours debout derrière elle.
Laissant les directeurs en proie à la curiosité, Ortes consulta le message qu’il avait reçu de Demos.
『J’ai confirmé l’ouverture que vous nous avez offerte. L’Ordre du Nom Divin compte profiter de ce chaos pour lancer la Grande Opération de libération du Temple. Vous en avez gagné le droit. Si vous souhaitez participer à la Grande Opération de libération du Temple, rendez-vous à l’endroit où nous avions pris contact auparavant…』
Ortes relut attentivement le début du message, encore et encore, mais son contenu ne changea pas. Demos croyait apparemment sincèrement qu’Ortes était à l’origine de toute l’affaire de la révélation des Tours Magiques.
« Comment peut-il se tromper à ce point ? »
Écartant pour l’instant sa perplexité, Ortes se concentra sur le plan de l’Ordre. Maintenant que l’affaire avait pris une telle ampleur, l’Ordre devait lui aussi deviner qu’Argos s’apprêtait à passer à l’action à grande échelle.
Alors, comment l’Ordre comptait-il faire face au renforcement de la surveillance ?
『Nous avons notre propre espion chez Argos. Vous le saviez sans doute déjà, mais nous le devons au talent des prêtres d’Elimon.』
Il ne le savait pas. Ortes repassa en revue ce qu’il connaissait d’Elimon.
Déesse du plaisir, de l’extase et de l’éros. La méthode employée était probablement un piège de séduction reposant sur une invocation sacrée. D’une certaine façon, il était tout naturel que l’Ordre infiltre Argos.
Il ne pouvait pas infiltrer directement Blasphemia, une organisation secrète. Il avait donc décidé de s’implanter dans une autre branche de Panoptes, l’organisme auquel appartenait Blasphemia.
En plaçant un agent chez Argos, relativement plus facile à infiltrer, il pouvait obtenir indirectement au moins une partie des informations de Blasphemia. C’était probablement le fruit d’efforts déployés pour assurer la survie de tout l’Ordre.
『En nous servant de cet espion pour entraver les mouvements de Blasphemia, nous pouvons nous ménager une ouverture et tenter de libérer le Temple. Savoir que l’Ordre a un espion caché chez Argos et s’en servir concrètement sont deux choses bien différentes. Vous avez provoqué une fuite d’une telle ampleur qu’Argos peut exercer une réelle influence sur Blasphemia. En tant que prêtre du dieu de la guerre, j’admire votre sens stratégique.』
Ortes eut un rire sans joie. La situation s’était tellement embrouillée qu’elle avait fini par tourner à son avantage.
« Ce n’était donc pas une taupe d’Argyrion, mais une taupe de l’Ordre du Nom Divin qui a fini par se révéler. »
Les soupçons de Salmosia, selon lesquels Argos entravait systématiquement Blasphemia, s’étaient révélés fondés.
Sauf que celui qui tirait les ficelles n’était pas Argyrion, mais l’Ordre du Nom Divin.
« Je le savais. Argyrion n’aurait jamais pu manipuler Argos, à moins d’avoir une sorte d’application d’hypnose. »
L’invocation sacrée d’Elimon pouvait, d’une certaine manière, être considérée comme une forme d’hypnose. Et contrairement à Argyrion, dont l’identité avait déjà été révélée par l’attentat terroriste d’Elysion, l’Ordre cachait certainement encore son statut d’ennemi de la société magique.
Ortes se mit à préparer ses mots afin de présenter ces nouvelles informations sous leur meilleur jour avant de faire son rapport.
Un coup de chance inattendu.
* * *
Haltos, le chef d’Argyrion, parcourut lentement les documents. Heureusement, la plupart des événements se déroulaient comme il l’avait prévu.
« Heureusement que nos collaborateurs chez Argos font leur travail avec zèle. »
« Oui. Les Tours Magiques Apex les plus importantes ont complètement échappé au réseau de surveillance. »
Dans la liste des révélations que Nastion avait soigneusement peaufinée sur les instructions de Haltos, les collaborateurs les plus importants avaient été entièrement omis. En attirant l’attention sur les autres Tours Magiques, ils avaient complètement disparu de la liste des suspects.
« Ce qui nous a surpris, c’est la réaction de certains membres d’Argos. Au-delà de nos collaborateurs, il s’est avéré que des dirigeants étaient réellement heureux d’avoir l’occasion de s’opposer à Blasphemia. »
« C’est bien le péché originel de Blasphemia, non ? Se donner des airs d’organisation chargée de la mission la plus secrète des Dix Tours ne pouvait qu’engendrer du ressentiment. Et comme son incompétence a été révélée à Elysion, il est naturel que certains veuillent profiter de l’occasion pour la faire tomber d’un cran. »
« Dans ce cas… On devrait essayer de recruter d’autres personnes qui éprouvent ce genre de ressentiment ? »
Nastion tira de l’ombre vacillante une sorte de boîtier carré, un appareil capable de projeter une image holographique.
Après un instant de réflexion, Haltos secoua la tête.
« Non. Inutile de recruter davantage de camarades pour le moment. S’ils acceptent la vérité, tant mieux. Mais ceux qui ne peuvent l’accepter, nous devrons forcément les éliminer, n’est-ce pas ? Il suffit qu’Argos soit déjà unanime en son sein. »
L’hologramme projeté par l’appareil que Nastion avait sorti n’était pas une image ordinaire.
C’était la lumière qui portait la vérité. Tout mage qui la recevait dans les yeux finissait par connaître la « vérité ».
Les mages qui prenaient connaissance de la vérité réagissaient de deux façons.
Soit ils la niaient et devenaient hostiles, soit ils rejoignaient Argyrion.
Un jour viendrait où la vérité serait révélée au monde entier. Mais tant qu’ils n’avaient même pas rejoint le même champ de bataille que les Dix Tours, ce jour n’était pas encore venu.
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