WeTried Translations
Traductrice : Botanica
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux plissés du Boss maléfique ◈
Chapitre 075
──────
L’effet papillon des fauteurs de troubles (1)
Quelque chose clochait.
Haltos, le chef d’Argyrion, fronça les sourcils. Blasphemia avait lancé ses recherches à un rythme bien plus soutenu que prévu. Le chaos provoqué par les hôtes au fil d’argent n’aurait pas dû être endigué aussi vite.
Il arrivait même que Blasphemia frappe les agents d’Argyrion avant qu’ils aient fini de répandre le fil d’argent.
Si Haltos n’avait pas flairé quelque chose d’anormal dans cette anomalie si flagrante, il n’aurait jamais été choisi pour participer à l’Opération Désert Doré.
« Nastion. »
L’ombre sous les pieds de Haltos ondula. Elle s’étira, se dressa lentement et prit forme sur deux jambes : une silhouette entièrement noire, dépourvue de traits, une obscurité à l’apparence humaine.
« Y a-t-il un traître parmi nous ? »
L’ombre sans bouche prit la parole. Étrangement, sa voix semblait provenir de toutes les directions à la fois, avec la même intensité, partout.
« Nos camarades restent irréprochables, même dans l’ombre. Tous sont dignes de défendre notre cause. »
Cela rendait la situation encore plus incompréhensible. Si aucune taupe placée par Blasphemia n’en était responsable, comment diable les informations pouvaient-elles fuiter ?
Haltos repassa en revue, une à une, les méthodes de collecte de renseignements qu’employait Blasphemia à l’époque où il en faisait encore partie. Mais aucune de celles qu’il connaissait ne permettait de recueillir des informations aussi complètes sans laisser la moindre trace.
« … Non. Il y en avait une. »
Les calculs de prédiction du futur alimentés par les Dix Commandements étaient une ressource avancée réservée aux Dix Tours. Même si Blasphemia, qui n’était qu’une organisation fantoche des Dix Tours, en demandait l’accès, elle aurait bien du mal à obtenir l’autorisation de prédire l’avenir.
Les Dix Commandements étaient si puissants par leur seule existence qu’ils constituaient eux-mêmes des variables perturbant toute prédiction du futur. Pour obtenir des résultats fiables, il fallait donc en utiliser plus de la moitié à la fois. C’était un privilège réservé à de rares occasions : les conseils secrets réunissant les anciens des Dix Tours ou l’aboutissement de négociations habilement menées.
Mais Blasphemia disposait d’un autre moyen de scruter l’avenir, qui ne nécessitait pas les Dix Commandements.
« Le Prophète du sous-sol… »
Blasphemia reconnaissait le danger que représentaient les adeptes de la superstition et cherchait à les éliminer. Mais elle n’avait jamais nié leur utilité non plus.
Les prophètes, en particulier les prêtres de Phoibos, s’avéraient extrêmement utiles.
Ceux qui avaient conclu un marché avec Blasphemia — pour sauver leurs proches ou échapper à la chasse — connaissaient un sort tout tracé.
Le « Prophète du sous-sol », créé en reliant en parallèle les cerveaux des prophètes, était l’un des outils mystérieux conçus par Blasphemia.
« Le Prophète du sous-sol n’a-t-il pas été mis hors service après la naissance du Monstre de la Lumière Blanche ? »
Nastion évoquait le Monstre de la Lumière Blanche, l’enfant bâtard des Dix Commandements. C’était une variable si colossale qu’elle ébranlait les prédictions du futur jusque dans leurs fondements, à l’instar des Dix Commandements eux-mêmes.
Par nature, la prophétie d’un véritable prophète tenait davantage de la « prescience » que de la « prédiction » : un aperçu volé d’un instant du futur, sans la moindre logique ni chaîne de causalité.
Mais le « Prophète du sous-sol », imitation grossière assemblée à partir des cadavres de prophètes, se rapprochait bien plus de la « prédiction ». En excluant d’emblée les Dix Commandements et les innombrables embranchements du futur de ses calculs, il sacrifiait la précision pour pouvoir fonctionner…
Le Monstre de la Lumière Blanche avait porté un coup fatal au Prophète du sous-sol. Cette variable dépassait les limites mêmes de ce que l’appareil pouvait calculer.
Qu’on le redémarre autant de fois qu’on le voulait, quelle que soit l’interprétation donnée à ses prophéties, il n’en ressortait toujours qu’une lumière bleue.
« De même que le Prophète du sous-sol avait à l’origine exclu les Dix Commandements de ses prédictions, ils auraient pu en fabriquer un nouveau en excluant plutôt le Monstre de la Lumière Blanche, non ? »
« Les adeptes de la superstition se font de plus en plus rares, à force d’être traqués. Les ressources nécessaires au maintien du Prophète du sous-sol existant atteignent déjà leurs limites ; en construire un nouveau me paraît difficile. »
« Peut-être que nos anciens supérieurs ont fini par se résigner et décidé d’utiliser les artefacts des adeptes de la superstition, après tout. L’essentiel, c’est qu’ils ont commencé à nous traquer par un moyen non magique de ce genre. »
Nastion ne pouvait pas le nier. En l’absence de traître, seule l’intervention d’un moyen non magique permettait d’expliquer comment les moindres faits et gestes d’Argyrion étaient ainsi anticipés.
« Que devons-nous faire ? »
« La terreur du fil d’argent finirait forcément par ne plus suffire à aveugler les Dix Tours. Dommage que nous ne tenions même pas trois mois, alors que nous voulions gagner environ six mois… »
Haltos échafauda plusieurs plans. Sa priorité était d’interrompre les prophéties. Ensuite, il devait détruire ce nouveau « Prophète du sous-sol » que Blasphemia avait fabriqué.
Il existait deux manières de perturber les prophéties. Argyrion pouvait mobiliser ses propres prophètes pour livrer une bataille de visions du futur, ou bien compliquer le futur lui-même, celui-là même qu’on cherchait à lire.
« Et les Tours Magiques avec lesquelles nous traitons ? »
« Elles ont toutes perdu leur assurance depuis l’anéantissement de l’École Toress. Certaines cherchent discrètement à rompre leurs liens avec nous, d’autres montrent des signes d’être prêtes à négocier leur reddition. »
« Alors nous allons devoir nous en servir. »
Haltos regarda par la fenêtre.
Un immense Cercle magique prenait forme, tracé à partir du mana brut accumulé grâce au fil d’argent. Un passage vers l’extradimensionnel.
Il faudrait encore beaucoup de temps avant que le portail soit achevé.
« Pour la cause et pour la vérité. »
* * *
Blasphemia et l’Ordre du Nom Divin avaient uni leurs forces contre Argyrion, en faisant de moi leur tête de pont.
À vrai dire, ce n’était pas tout à fait une alliance, puisque chaque camp me croyait son espion personnel, travaillant uniquement pour lui.
『Directeur Neiro, veuillez vous rendre aux ruines d’Elimon. Directeur Divius, veuillez vous rendre aux ruines de Piraeos.』
Et pendant que les deux factions s’attaquaient à Argyrion, Hydra Corp profita de l’occasion pour faire avancer l’Enquête sur la divinité à toute allure.
La plupart des sites d’investigation ne recelaient plus aucun artefact sacré remarquable ; si Blasphemia avait laissé un lieu de côté, ce n’était jamais sans raison. Mais en fouillant un sanctuaire de fond en comble pour en récupérer les fragments d’artefacts, ou, à défaut, en emportant l’autel lui-même, Kaicel pouvait en extraire du Pouvoir divin.
Les Dix Commandements artificiels accumulaient lentement, mais sûrement, du Pouvoir divin.
『Si vous trouvez quoi que ce soit d’inhabituel, veuillez me contacter. Je vais prendre contact avec les agents de Blasphemia des environs.』
Après avoir attribué leurs tâches aux directeurs chargés de l’Enquête sur la divinité, je partis de mon côté. Niobe m’avait envoyé un message un peu plus tôt pour me proposer un rendez-vous.
Je l’avais déjà repoussée à plusieurs reprises, sous prétexte que j’étais occupé à traquer Argyrion. En même temps, je lui avais transmis les informations que l’Ordre du Nom Divin m’avait fournies, en lui disant d’en faire ce qu’elle voulait. Le but était de provoquer un affrontement entre Blasphemia et Argyrion.
Niobe semblait avoir su tirer parti des informations que je lui avais transmises. Ses messages m’annonçaient les uns après les autres la capture ou la mort d’agents d’Argyrion. L’opération était un succès.
La traque d’Argyrion étant actuellement le principal objectif de Blasphemia, Niobe, qui rapportait toujours des scoops, avait sans doute gravi un nombre considérable d’échelons.
Si elle avait présenté les renseignements que je lui avais fournis comme ses propres trouvailles, elle devait déjà être devenue une agente d’élite, avec presque les pouvoirs d’une opération en solo, non ?
Et voilà que cette même Niobe réclamait une audience, insistant : « Il faut vraiment qu’on se voie, juste une fois. » Le lieu proposé était une planque de Blasphemia, près de la zone que j’avais désignée comme le prochain endroit où Argyrion risquait d’apparaître.
Je n’avais aucune envie de prendre des risques inutiles pour la rencontrer, mais refuser encore et encore finirait par éveiller les soupçons. Alors je pris toutes les précautions possibles et me rendis au lieu convenu.
* * *
Depuis quelque temps, un agent au nom de code L13 était le principal sujet de conversation au sein de Blasphemia.
Lors du tout premier incident où des traces d’Argyrion étaient apparues, le directeur de branche Nardanit, à Charlotte, avait manqué à ses devoirs.
Lors de l’attentat terroriste d’Elysion, Argyrion avait révélé son nom au grand jour.
Le nom de L13 était même apparu sur l’île de Crète, où la Tour magique de Toress avait conclu des accords traîtres.
Tout cela venait des consignes laissées par Ortes avant de disparaître : il avait dit aux prisonniers et aux fixeurs de la Tour magique de Toress que si les interrogateurs des Dix Tours leur demandaient son nom, ils devaient répondre « L13 ».
En examinant les témoignages, Blasphemia ne put que s’interroger. Comment un agent dont toutes les traces s’étaient évanouies depuis des lustres pouvait-il encore être actif, bien vivant ?
S’agissait-il d’une fausse identité inventée par Argyrion pour répandre de fausses informations ?
Ce fut Salmosia, cheffe du bureau d’audit, qui mit fin à ces soupçons.
Niobe avait scrupuleusement suivi les consignes d’Ortes : ne pas se fier à la chaîne de rapports habituelle et transmettre toute information réellement importante à la cheffe du bureau d’audit ou directement à L13.
Au lieu de faire passer les informations sur Argyrion reçues de L13 pour le fruit de sa propre collecte ou de ses déductions, elle avait décidé de les transmettre telles quelles à la cheffe du bureau d’audit.
Résultat : Salmosia, qui faisait entièrement confiance à l’agent connu sous le nom de L13, balaya sans hésiter toutes les objections formulées au sein de Blasphemia.
À force d’observer cette ambiance, le reste de Blasphemia avait fini par deviner à peu près qui était L13. Un agent inconnu rattaché au bureau d’audit ne pouvait être qu’un Inspecteur secret.
Personne ne savait exactement comment L13 suivait la piste d’Argyrion, mais tous comprenaient parfaitement qu’il était imprudent de fouiller dans le « secret » d’un Inspecteur secret.
Salmosia avait confié à Niobe un rôle qui ressemblait fort à celui de l’agente de liaison attitrée de L13. Et elle avait voulu rencontrer en personne l’agent le plus compétent et le plus loyal envers lui.
Et c’est ainsi que…
« J’ai entendu tout ce que vous avez rapporté par l’intermédiaire de Niobe. Je comprends votre prudence, vu que des apocalyptistes au sein des Dix Tours conspirent avec Argyrion, mais ne pensez-vous pas qu’il vaudrait la peine de rentrer de temps en temps ? »
« C’est un honneur de vous revoir, cheffe du bureau d’audit. »
Ortes se tenait face à Salmosia.
Rejoignez notre Discord sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>