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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux plissés du Boss maléfique ◈
Chapitre 074
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Préparer l’avenir (2)
« Tu ne devrais pas d’abord aborder autre chose ? Par exemple, te demander si le retour du Roi Mage est vraiment réel, ou pourquoi je l’ai caché jusqu’à présent ? »
« Oh, tu es sérieuse, là ? »
Karisia posa la question de son ton habituel, parfaitement détaché, comme si elle me demandait : « Tu as pris ton petit-déjeuner ce matin ? » Je hochai la tête, l’air maussade.
« … Oui. C’est la vérité. Du moins, j’en suis certain. »
« Alors, pourquoi s’inquiéter du reste ? À moins que de savoir pourquoi tu as caché la prophétie nous aide vraiment à vaincre le Roi Mage. »
Cette confiance était inattendue.
« Mais tu l’as cachée exprès ? Ça me blesse un peu. Qui te fait davantage confiance que moi ? »
Une pointe d’amusement perçait dans sa voix. Sa remarque était pleine d’ironie, mais je ne baissai pas ma garde. Maintenant que Karisia tenait quelque chose contre moi, cela finirait par me retomber dessus sous la forme d’une charge de travail multipliée plusieurs fois.
« Ce n’était pas intentionnel. Je pensais bien finir par te le dire… »
« Mais ? »
« J’ai oublié. »
Le regard de Karisia était assez acéré pour piquer. Elle lâcha un doux « Hum », un étrange sourire aux lèvres, puis secoua la tête.
« Après tout, tu n’es pas du genre à mentir. Le Roi Mage, hein. »
« Vous n’avez pas peur, présidente ? »
« Il date de plusieurs milliers d’années, non ? Avant même que la peur ou l’effroi puissent entrer en jeu, il me semble irréel. Et puis, il a déjà été vaincu une fois. »
J’entendis Karisia marmonner dans sa barbe, plongée dans ses pensées. Elle se disait qu’une bombe était, comme toujours, probablement la solution la plus sûre.
Sérieusement, pourquoi aimait-elle autant les explosions ?
Ce qui distinguait cette nouvelle discussion sur les bombes des précédentes, c’était que cette proposition-là méritait vraiment qu’on y réfléchisse sérieusement, même à mes yeux. Comme moyen d’abattre ce Roi Mage écrasant. Si nous faisions exploser un Dix Commandements artificiel à l’endroit même de sa résurrection, avions-nous une chance réelle de le terrasser ?
D’après le récit original, juste après sa résurrection, le Roi Mage serait sans conteste à son point le plus faible. Malgré tout, sa maîtrise terrifiante du mana et de la magie dépasserait probablement tout ce que le bon sens pouvait concevoir.
Si je faisais exploser la bombe des Dix Commandements à l’instant précis de sa résurrection, même le Roi Mage ne pourrait sans doute pas s’en tirer sans être grièvement blessé…
Dans l’œuvre originale, les instants qui suivaient la résurrection n’occupaient presque aucune page. Il ouvrait les yeux, entrait en rage après avoir été trahi et, dans sa fureur, se dirigeait vers la source de mana la plus puissante qu’il percevait, avec l’intention de punir ses disciples. Mais en levant les yeux, il apercevait un gratte-ciel étincelant d’enseignes au mana néon de 2077 et lâchait : « Hein ? » C’est là que le prologue s’achevait.
Ensuite, le Roi Mage avait parcouru le monde en quête d’informations, élaboré ses propres plans et tenté de récupérer les Dix Commandements. Le chapitre un reprenait quelque temps après.
Autrement dit, le roman ne précisait même pas où avait eu lieu la résurrection. De plus, le Roi Mage avait quitté les lieux presque aussitôt.
« Si le Roi Mage ne s’attend pas à être attaqué, nous devrions pouvoir lui infliger de sérieux dégâts. »
« Mais tu ne prétends pas pouvoir le tuer ? »
« C’est parce que je ne l’ai jamais vu en personne. »
D’Argyrion à l’Ordre du Nom Divin, le monde s’était déjà écarté de l’œuvre originale à bien des égards. C’était plus que suffisant pour me convaincre qu’il ne suivait plus le scénario du roman.
Malgré tout, si je ne pouvais pas me permettre de baisser ma garde face au Roi Mage, ce n’était pas parce qu’il était le protagoniste, mais parce qu’il était le mage le plus puissant du monde.
« Comme il nous reste du temps avant ça, je préfère régler les urgences qui se présentent avant de nous occuper du Roi Mage. D’abord, nous devons recevoir la réponse de l’Ordre du Nom Divin… »
Bzzzt.
Une vibration retentit et un hologramme se déploya au-dessus du gantelet. Un message était arrivé sur le compte de L13. Le nom de l’expéditeur ressemblait à une suite de caractères absurdes, choisie au hasard par un générateur de nombres.
L’Ordre du Nom Divin.
Je m’apprêtais à l’ouvrir quand le gantelet vibra de nouveau. Cette fois, c’était l’adresse électronique de Niobe.
L’Ordre du Nom Divin et Blasphemia. Nous avions reçu des nouvelles des deux en même temps.
Je regardai Karisia. Elle acquiesça. Avec son accord, je parcourus rapidement les messages.
* * *
Ortes parcourait les messages avec son habituelle expression impassible. Pendant ce temps, les pensées de Karisia s’étaient embrouillées.
Le retour du Roi Mage : un événement d’une telle ampleur. Et Ortes l’avait balayé d’un simple « J’ai oublié ».
D’un point de vue rationnel, Ortes n’avait aucune raison de lui mentir. Et pourtant, malgré tout…
*Est-ce seulement possible d’oublier quelque chose comme ça ?*
C’était le genre de chose qui ne pouvait que susciter des doutes. Ortes avait beau être parfois impulsif, il n’était pas du genre à perdre la tête au point d’oublier quelque chose d’aussi important.
À proprement parler, il n’avait pas oublié le retour du Roi Mage. Il s’en était suffisamment bien souvenu pour en faire un argument de négociation face à l’Ordre du Nom Divin, non ?
Il avait simplement oublié de *le lui* dire.
*Non, mais comment on peut oublier un truc pareil ?*
Au lieu de faire part de son agacement à Ortes, Karisia préféra réfléchir aux conséquences de cette nouvelle sur l’état du monde. Si le Roi Mage exerçait librement son autorité, les Dix Tours n’auraient d’autre choix que de s’incliner devant lui ou de lui faire face.
Il ne pouvait être revenu dans le monde que pour les Dix Commandements. Or, incapables de renoncer à ceux-ci, les Dix Tours finiraient inévitablement par choisir le combat.
C’était grâce aux Dix Commandements que les dix premiers disciples avaient vaincu le Roi Mage. La trahison, alliée au mana sans limites des Dix Commandements. Sans l’un ou l’autre, il aurait été impossible de terrasser le Roi Mage.
Alors qu’elle ravivait ce fragment du passé antique, une douleur pareille à une lacération déchira l’esprit de Karisia. L’agonie lui donnait l’impression qu’on la dépeçait jusqu’à la moelle.
Avant sa rencontre avec Ortes, cette douleur lui était familière. Karisia garda son calme et rassembla ses pensées.
Il suffisait d’imaginer une balançoire. Peu importait à quel point l’autre camp essayait de vous soulever : il fallait d’abord équilibrer les poids. Il leur fallait un contrepoids capable de tenir tête à un être écrasant comme le Roi Mage. Sans les Dix Commandements, les Dix Tours n’avaient plus la force de s’opposer à lui.
« Briser d’abord la Lumière Blanche, puis s’occuper du Roi Mage, ou bien abattre le Roi Mage avant de briser la Lumière Blanche… »
L’avenir se séparait en deux voies.
Tant que le Roi Mage ressuscité convoiterait les Dix Commandements et que Karisia poursuivrait son objectif suprême : détruire la Lumière Blanche, l’affrontement avec lui serait lui aussi inévitable.
« Faut-il vraiment s’occuper de ces deux problèmes séparément ? »
Ce fut Ortes qui répondit à son murmure.
« Quoi ? »
« J’y réfléchis depuis que j’ai entendu parler de votre projet de bombe des Dix Commandements artificiels. Au cas où nous devrions vraiment nous en servir comme d’une bombe. »
Une lueur passa dans les yeux d’Ortes. Karisia tenta de deviner ce qui se cachait derrière son regard. Comme Ortes essayait souvent de lire dans les pensées de Karisia, elle aussi demeurait incapable de percer les siennes.
« Ne devrions-nous pas en tirer le meilleur effet possible en une seule détonation ? Je me disais que si le Roi Mage venait en personne récupérer la Lumière Blanche, nous pourrions simplement la faire exploser juste devant les Dix Commandements, à ce moment-là. »
« … Vous êtes sérieux ? »
À la question de Karisia, d’un sérieux glacial, le visage d’Ortes prit une expression d’innocence offensée.
« Non. C’est seulement parce que vous n’arrêtiez pas de parler de bombes, présidente, que cette idée m’est venue. »
Ortes enchaîna les excuses, répétant qu’il n’aimait pas les méthodes aussi grossières que les bombes. Karisia l’observa et esquissa un sourire amusé.
« Laissons ça de côté et parlons plutôt de quelque chose qui ne s’est pas encore produit. Quelle a été la réponse de l’Ordre du Nom Divin ? »
Ortes, qui marmonnait encore, se redressa et rajusta sa posture.
« C’est le deuxième meilleur résultat possible. Pour une raison ou une autre, ils se sont proposés pour participer activement à la récupération des reliques sacrées. Peut-être que le plan impie du Pape nécessite lui aussi des reliques sacrées. »
« Et alors ? »
« Nous pouvons désormais prendre pour cibles de l’Enquête sur la divinité les données de la base de Blasphemia ainsi que les sites de ruines antiques recensés par l’Ordre du Nom Divin. »
Ortes exposa son plan.
L’Ordre du Nom Divin savait qu’Ortes travaillait pour Blasphemia. Sous prétexte de leur indiquer les endroits où la surveillance de Blasphemia était la plus faible, il pouvait les amener à lui transmettre les coordonnées des temples antiques qu’ils avaient eux-mêmes répertoriés.
Au sein de Blasphemia, son identité de L13, inspecteur secret, était toujours valable, et Niobe, qui lui servait de contact, était encore joignable. Il pouvait donc aussi mettre la main sur une partie au moins des données de surveillance de Blasphemia.
« Ça ne suffira pas à lui seul. Mais il y a aussi les données de localisation d’Argyrion, que l’Ordre du Nom Divin va retrouver et me transmettre. »
Il était presque impossible de traquer Argyrion par magie. Ses membres avaient eux-mêmes travaillé pour Blasphemia et comptaient parmi les meilleurs spécialistes de la traque magique.
Il n’y a pas de proie plus difficile à chasser qu’un chasseur.
Mais l’Ordre du Nom Divin pouvait recourir à l’invocation sacrée. Avec l’invocation sacrée du dieu du tir à l’arc ou du dieu de la chasse, ou encore l’une des prophéties de Phoibos, il serait facile de retrouver Argyrion.
Et si, sous le nom de L13, des informations sur les apparitions d’Argyrion étaient transmises à Blasphemia ?
Blasphemia n’aurait d’autre choix que d’envoyer ses agents dans la région. Sa surveillance des sites de ruines de l’Ordre s’en trouverait affaiblie.
L’Ordre du Nom Divin profiterait de cette faille pour récupérer les reliques sacrées.
Autrement dit…
« En transmettant à Blasphemia les coordonnées d’Argyrion, je peux la faire agir. Et en indiquant à l’Ordre du Nom Divin les ruines les moins surveillées, je peux également orienter ses déplacements. »
« L’Ordre du Nom Divin et Blasphemia, hein. Les ruines en dehors de leurs deux zones d’influence reviendraient alors entièrement à Hydra Corp. »
Ortes hocha la tête, satisfait. Il avait réussi son exercice d’équilibriste entre Blasphemia et l’Ordre du Nom Divin à la perfection.
« Il est temps de lancer sérieusement l’Enquête sur la divinité. »
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