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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux bridés du Boss maléfique ◈
Chapitre 073
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Préparer l’avenir (1)
J’avais demandé qui avait pris la place de Bacchus, mais la réponse de Demos ne fut pas celle à laquelle je m’attendais.
« Il m’a demandé s’il y avait vraiment eu quelqu’un à cet endroit. »
Une invocation sacrée, ou quelque chose du genre, avait sans doute dissimulé sa présence. Mais mes yeux étaient trop perçants pour qu’un tel camouflage fonctionne sur moi.
Le treizième dieu.
« Quant aux candidats… »
L’Ordre du Nom Divin était une fédération où siégeaient les représentants des cultes voués aux dieux les plus puissants. Si l’on se fondait sur l’autorité nécessaire pour être considéré comme l’un de ces « dieux les plus puissants », il ne restait que deux noms possibles.
Estia, qui aurait fait partie des douze cultes les plus florissants avant Bacchus. La déesse du foyer. D’après les recherches de Blasphemia, l’équilibre des forces entre son culte et celui de Bacchus s’était inversé à une époque reculée.
Comme la déferlante de Sikton avait entièrement anéanti le culte de Bacchus, il était possible qu’Estia eût été appelée à l’Ordre du Nom Divin pour combler le vide laissé par celui-ci.
Ou alors Pluton, le dieu des Enfers.
Même dans la mythologie, c’était une figure recluse, qui apparaissait rarement aux côtés des autres dieux. Mais il ne faisait aucun doute que cette divinité avait un statut égal au leur.
En fait, j’avais toujours voulu rencontrer un prêtre de Pluton, un jour. S’il y avait quelqu’un qui savait pourquoi j’avais été réincarné dans ce monde, c’était bien le dieu des Enfers.
J’avais abandonné cette idée depuis longtemps, faute d’avoir trouvé la moindre piste. Et voilà que je voyais enfin se profiler une véritable occasion d’en rencontrer un.
« Si j’avais su que ça arriverait, j’aurais ouvert les yeux pour jeter un coup d’œil. »
Pour l’instant, impossible de savoir si le treizième prêtre servait Estia ou Pluton. Quoi qu’il en soit, en attendant que les autres cultes prennent contact avec moi, une occasion d’approcher ce treizième prêtre finirait par se présenter.
Pour l’instant, je rentrerais chez moi me reposer.
Je montai dans le train à moteur de mana en direction de la ville d’Etna et fermai les yeux.
* * *
Bertrand était tendu à en avoir la peur au ventre. La présidente l’avait convoqué.
Avec l’obstination et l’intégrité propres aux nains, il avait accompli à fond chacune des tâches qu’on lui avait confiées. Mais il restait peut-être quelque chose qui ne satisfaisait pas aux exigences perfectionnistes de Karisia.
« Rah, j’aurais peut-être dû terminer le gantelet plus vite. »
S’il offrait un sacrifice et se ménageait un peu de faveur, peut-être cette pression lourde et persistante s’allégerait-elle. Bertrand se dirigea vers le bureau de la présidente en songeant au plan du gantelet, sur lequel il travaillait déjà depuis des mois.
« Entrez, directeur Bertrand. »
« Vous vouliez me voir pour quoi ? »
Karisia envoya un fichier sur le proxy de mana de Bertrand. C’était une sorte de plan.
« Qu’est-ce que… »
Cela n’avait rien d’un véritable dessin technique. Au lieu de spécifications précises sur la structure ou les proportions des matériaux, la plupart des phrases ressemblaient à des souhaits du genre : « Ce serait bien si ça fonctionnait comme ça. »
Mais, en réalité, cela rendait plus facile la compréhension de l’objectif général du projet.
« C’est une sorte de dirigeable ? »
« Oui. Disons que c’est un moteur de lévitation à haut rendement. »
La vision contenue dans ce plan était bien trop vaste pour être résumée par une formule aussi simple. Un moteur à la puissance jamais vue. « Haut rendement » ne suffisait même pas ; il faudrait parler de « rendement ultrapuissant » ou de « rendement maximal » pour que l’adjectif rende justice à ce que Karisia demandait réellement.
Plus Bertrand avançait dans le plan, plus il découvrait de blancs. À ce stade, « projet » ou « concept » convenait mieux que « conception ».
En parcourant le plan, Bertrand sentit une sueur froide lui couler dans le dos. Il se souvint qu’à un dîner entre directeurs, quelque temps auparavant, une fois Karisia éloignée de la table, Arabel, ivre, s’était lancée dans une diatribe sur « la personne la plus infernale de ce monde ».
Elle avait parlé d’une patronne cinglée qui exigeait que tout ce qui était faisable soit terminé en une nuit, ordonnait de rendre possible l’impossible et considérait les heures supplémentaires comme allant de soi.
« Vous ne comptez tout de même pas… »
« Je voudrais que vous acheviez ce plan. Vous pouvez laisser de côté tous vos autres travaux et vous consacrer uniquement à celui-ci, si vous le souhaitez. »
« Et… et pour le délai ? »
« Je voudrais que ce soit fait le plus vite possible, mais, en toute logique, quelques mois ne suffiront pas. Je ne fixerai pas de délai précis. »
Il faillit pousser un soupir de soulagement. Le plan comportait beaucoup trop de lacunes pour être un dessin technique, et la puissance exigée dépassait le bon sens. Même en faisant tourner le simulateur holographique jour et nuit, il faudrait six mois rien que pour élaborer le concept du plan…
« Je vérifierai votre avancée chaque semaine. Veuillez me faire un rapport. »
« Pardon ? »
« Inutile de vous sentir sous pression. Un rapport écrit suffira, vous n’avez pas besoin de venir en personne. »
Après quelques échanges de plus, Bertrand quitta le bureau de la présidente avec une seule phrase qui tournait en boucle dans sa tête : à partir de la semaine prochaine, veuillez me faire un rapport.
Aujourd’hui, c’était le jour du Fer Argenté. La veille du jour des Ténèbres Noires, autrement dit un jour de repos.
« Tiens ? Qu’est-ce qui vous amène ici ? »
Incapable d’annoncer aux autres mineurs et ingénieurs qu’ils allaient tous devoir faire des heures supplémentaires dès aujourd’hui, la veille de leur jour de repos, Bertrand faisait les cent pas devant la porte du bureau de la présidente lorsqu’une voix familière lui parvint.
« Chef de bureau Ortes ? »
* * *
J’appris par Bertrand que Karisia avait donné un ordre de travail brutal. Je n’arrivais même pas à deviner à quoi pouvait lui servir un moteur d’une telle puissance…
« Eh bien, d’après l’ordre de travail lui-même, vous êtes libre de faire appel à tout le personnel et à toutes les ressources d’Hydra Corp dont vous avez besoin, n’est-ce pas ? Pour commencer, pourquoi ne pas faire venir Geryones ou Kaicel et obtenir le mana nécessaire ? »
« Vous croyez vraiment qu’ils viendraient ? Les mages qui dirigent leur propre Tour Magique ne risquent pas de répondre à ma convocation… »
« Ne pourriez-vous pas simplement préciser que l’ordre vient directement de la présidente ? Qui oserait refuser son autorité ? Et si vous en parlez à un autre directeur qui a du personnel disponible, le directeur Arabel ou le directeur Cryton, par exemple, ils vous aideront sûrement avec enthousiasme. »
J’apprenais à Bertrand l’art d’emprunter l’autorité d’autrui. Il suffisait d’invoquer le nom de Karisia pour que rien ne soit impossible à Etna.
« Hum, le chef de bureau du Bureau d’enquête sur la divinité pense-t-il lui aussi qu’il faut prendre ce projet au sérieux ? »
Quoi ? Il essayait de m’enrôler, moi aussi ?
Je me rappelai l’ordre de travail que Bertrand m’avait montré. Tout en bas figurait bel et bien une ligne indiquant qu’il « pouvait demander l’usage de toutes les ressources matérielles et immatérielles de Hydra Corp, selon ses besoins », accompagnée de la signature de Karisia.
Naturellement, cela signifiait que je faisais partie des ressources que Bertrand pouvait réquisitionner.
Je hochai la tête, faute d’autre choix. Je ne pouvais pas faire comme si un document signé par Karisia n’existait pas.
« Ce type n’est pas si simple non plus. Il veut jeter quelqu’un directement au travail dès son retour d’un déplacement professionnel. »
On aurait dit que les ordres de travail de Karisia étaient contagieux. Une sorte de syndrome qui effaçait tout sentiment de culpabilité à l’idée de faire trimer ses subordonnés jusqu’à l’épuisement. Vraiment terrifiant.
« Compris. Eh bien, profitez de votre jour de repos. »
Bertrand s’éloigna d’un pas décidé, débordant d’assurance.
« Qu’est-ce que c’était que ça ? »
Pourquoi m’avait-il demandé mon avis, au juste ?
J’y réfléchis un instant et conclus que Bertrand avait encore plus d’égards pour les autres que Karisia.
Il se sentait sans doute mal à l’idée de me remettre au travail juste après un déplacement professionnel. Il comptait donc attendre la fin du congé pour m’envoyer chercher.
Je décidai de faire encore mieux que Bertrand. Dès la fin du congé, je disparaîtrais dans un endroit où il ne pourrait pas me retrouver.
* * *
Bertrand réfléchit.
« Si je leur demande de coopérer en précisant que c’est un ordre de la présidente, ils risquent de prétendre qu’ils sont trop occupés par leurs propres missions et de se défiler. »
C’était vrai. Tous les directeurs, Bertrand compris, avaient au moins une tâche que Karisia leur avait confiée en personne.
Même Meconion avait sa propre mission : dresser la liste de tous les établissements où elle avait vendu ses drogues et retracer leur circulation.
Dans un tel contexte, si l’on essayait de leur imposer une autre mission de Karisia, ils pouvaient facilement esquiver en disant quelque chose comme : « Je dois d’abord terminer mon autre travail. »
Ces derniers mois, à force de réaménager toute la ville d’Etna, les directeurs s’étaient peu à peu habitués à cette charge écrasante. En retour, ils étaient devenus très doués pour trouver des excuses et souffler un peu. À moins que Karisia ne vienne donner l’ordre en personne, chacun ferait de son mieux pour y échapper.
Mais cette fois, Bertrand pouvait s’appuyer sur le soutien d’Ortes.
« Si j’ajoute le nom du chef de bureau du Bureau d’enquête sur la divinité, je pourrai réduire les heures supplémentaires des mineurs. »
Faire porter la charge aux autres directeurs — non, la partager avec eux — permettrait enfin aux membres du syndicat des mineurs de respirer. Bertrand sourit, satisfait.
Arabel aurait poussé un cri en voyant ce sourire : « Même ce vieux-là a été contaminé par ces deux-là ! »
* * *
Je comptais expédier mon rapport de déplacement professionnel et aller me reposer tôt.
L’Ordre n’avait pas encore répondu à ma proposition et, sur le terrain, je n’avais pas fait grand-chose. En toute logique, le rapport serait donc vite bouclé.
« J’ai posé les bases d’un conflit interne au sein de l’Ordre du Nom Divin. Même dans le pire des cas, ils ne pourront pas simplement ignorer la prophétie que je leur ai révélée. »
« Quelle prophétie ? »
« Celle qui annonce le retour du Roi Mage. »
Le coin de la bouche de Karisia tressaillit. Son regard disait clairement : « Mais de quoi parlez-vous, au juste ? »
… À bien y réfléchir, je n’avais pas non plus parlé de ça à Karisia.
« Ce n’est pas pour tout de suite. Dans trois ans… »
« Ortes. »
La voix de Karisia m’interrompit. Elle avait le même ton que d’habitude, ce qui rendait ses sentiments impossibles à deviner. Pour une raison quelconque, ma bouche s’asséchait.
« … Oui. »
Le bref silence qui précéda les paroles suivantes de Karisia me parut interminable.
« Si on déclenche un Dix Commandements artificiel à l’endroit même où il essaie de ressusciter, ça ne le tuerait pas ? »
« Qu’entendez-vous par là ? »
Je n’arrivais toujours pas à comprendre ce qui se passait dans la tête de Karisia.
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