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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux plissés du Boss maléfique ◈
Chapitre 072
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Affaires ? Réunion (5)
Je bâtirai les fondations qui rendront sa gloire à l’Antiquité. Ensemble, reconquérons une époque où les dieux resplendissaient.
Les intentions d’Outis étaient claires.
« La porte s’ouvre à ceux qui frappent, et le salut vient à ceux qui le cherchent. Joignez-vous à moi. »
Mais l’Ordre du Nom Divin n’eut d’autre choix que de garder le silence. En cause : le plan blasphématoire que le Pape avait proposé et que l’Ordre lui-même avait approuvé.
Certains prêtres avaient voté contre, et d’autres n’avaient même pas assisté au vote. Mais il n’en restait pas moins qu’en définitive, l’Ordre du Nom Divin s’était rangé du côté du Pape.
« … »
En temps normal, le silence suspect qui planait parmi les prêtres aurait pu passer pour une simple réflexion face à une proposition inattendue. Mais Ortes, qui avait déjà recueilli un indice auprès de Sikton, y décelait quelque chose d’anormal.
Eh bien, regarde-moi ça.
On aurait dit que Sikton ne racontait pas que des absurdités, après tout. Ils éprouvaient des sentiments ambivalents face à l’avènement prochain des dieux : ils l’accueillaient tout en semblant s’y opposer.
Philoxenon prit la parole au nom des prêtres silencieux. En tant que serviteur du dieu suprême, il avait la voix qui portait le plus parmi tous les prêtres des différents cultes présents à la réunion.
« C’est une proposition peu conventionnelle. Mais elle est aussi dangereuse. Si le Roi Mage met la main sur les Dix Commandements, ce sera une catastrophe sans précédent, même pour les Dix Tours. »
« C’est précisément pour cela qu’il faut stopper l’expansion d’Argyrion. Les Dix Tours, affaiblies par leur lutte contre Argyrion, seront d’autant plus vulnérables à la descente du Roi Mage. »
« Je reconnais que votre proposition est convaincante. Mais l’adopter reviendrait à modifier la politique de chacun des cultes qui composent l’Ordre du Nom Divin. Nous ne sommes que des membres de l’Ordre, pas ses véritables représentants. Nous ne pouvons donc pas vous répondre sur-le-champ. »
« Les véritables représentants ? Vous voulez dire le “Pape” ? »
Une lueur de surprise passa dans les yeux de Philoxenon. Comment un prêtre qui n’avait jamais mis les pieds dans l’Ordre du Nom Divin pouvait-il connaître l’existence du Pape…
Mais à la réflexion, ce n’était pas si étonnant. Après tout, il avait infiltré Blasphemia ; il avait donc pu facilement se procurer des informations sur le chef de l’Ordre.
« Ce n’est pas le genre de chose dont on parle devant un étranger. »
Ortes comprit pourquoi le Pape en personne n’avait pas assisté à cette réunion des représentants des douze cultes. On ne pouvait pas montrer son visage à un étranger.
Ils ne plaisantent pas avec la sécurité. Hm…
Exiger une réponse immédiate, oui ou non, aurait été une erreur de débutant. Ortes calcula rapidement le rapport entre les coûts et les bénéfices.
Il était temps de prendre un peu de recul et d’observer. Il leur avait présenté un avenir nouveau ; il leur fallait du temps pour le digérer.
D’autant plus que la descente du Roi Mage était un événement monumental. La prophétie d’Ortes allait bouleverser considérablement l’avenir de l’Ordre.
Le deuxième meilleur scénario serait que tout l’Ordre du Nom Divin soutienne mon plan et coopère pour éliminer Argyrion, tout en lançant la recherche des saintes Reliques. Le meilleur scénario serait…
Des luttes intestines au sein de l’Ordre du Nom Divin. Si les factions pour et contre poursuivaient chacune leurs propres plans sans unir leurs forces, ce serait de loin le meilleur résultat.
L’Ordre du Nom Divin était lui aussi une variable dont Ortes ne pouvait pas entièrement tenir compte.
* * *
Les paroles de Philoxenon avaient une intention sans équivoque : mettre Outis à la porte. Demos jeta un regard à Outis.
Même si la remarque avait pu sembler provocante, l’expression d’Outis ne changea pas d’un pouce. Seul son léger sourire entendu demeura, comme toujours.
« Je vois. Dans ce cas, cet invité non convié va prendre congé. »
Outis s’inclina profondément, avec une exagération délibérée. Une fois de plus, Demos crut percevoir chez lui quelque chose de clownesque, de théâtral.
« Mais avant cela… »
Lorsqu’il se redressa, Ortes tenait on ne savait comment un petit coffret dans sa main. Il semblait l’avoir sorti de sous sa robe.
« J’ai un cadeau pour vous. »
Ortes ouvrit le coffret. Il contenait quelques raisins.
Un cadeau bien maigre. Ce n’était même pas une grappe entière, seulement quelques grains isolés.
Qu’est-ce qu’il mijotait ?
Parmi les prêtres, les premiers à reconnaître ce qu’étaient réellement ces « raisins » furent Philoxenon et Hwiakin, les deux plus expérimentés.
« Le fruit de Bacchus ?! Mais le culte n’avait-il pas disparu avec lui ? »
* * *
C’était la suite qui comptait le plus. J’affichai un sourire détendu.
« Le prêtre Demos vous aura déjà dit que je gardais auprès de moi l’un des enfants du culte de Bacchus, à l’époque où j’étais à Elysion. »
Silence.
« Je n’étais pas seulement témoin de la fin du culte de Bacchus. J’ai aussi fait office de croque-mort, en récupérant ses restes. »
« Vous voulez dire pilleur de tombes. »
La pique de Hwiakin. Je répondis en riant.
« C’est possible. Mais ce n’est pas préférable à laisser Blasphemia s’emparer de tout l’héritage ? »
« … »
« Je n’ai aucun intérêt à posséder l’héritage du culte de Bacchus, y compris sa vigne. Je le garde simplement en lieu sûr, le temps que l’héritier légitime du culte de Bacchus vienne le réclamer. »
Philoxenon prit la parole, comme pour remplacer Hwiakin, qui gardait le silence. Il n’employait pas le ton grave qu’il prenait pour prononcer une invocation sacrée, mais plutôt celui d’un cadre intermédiaire épuisé.
« Vous dites avoir protégé les biens du culte contre Blasphemia ? »
« Je vous serais reconnaissant de le voir ainsi. »
« Dans ce cas, pourquoi nous montrer cela maintenant ? »
« À votre avis, combien d’“héritages” ai-je vus et récupérés en opérant sous l’identité de Blasphemia ? »
À vrai dire, je n’en avais pas vu tant que ça. Mais je savais où étaient enterrées certaines saintes Reliques.
« Et combien d’autres héritages, à votre avis, sont entreposés dans les coffres secrets de Blasphemia ? »
Le « meilleur scénario » que j’avais en tête était que l’Ordre du Nom Divin se déchire de l’intérieur. Pour obtenir le meilleur résultat, je ne pouvais pas me contenter de leur jeter quelques faits et d’espérer qu’ils se divisent.
Ne disait-on pas que le ciel aidait ceux qui s’aidaient eux-mêmes ?
« Que ceux qui s’intéressent aux héritages de cultes que j’ai moi-même récupérés me contactent à cette adresse. Elle appartient au L13 de Blasphemia ; je vous conseille donc de prendre les précautions de sécurité qui s’imposent. »
Je venais de donner aux prêtres un prétexte pour me contacter directement.
Chacun d’eux pourrait devenir une source d’informations, voire un allié de ma cause.
La conversation était la graine de l’empathie. Les prêtres qui discuteraient avec moi entendraient peu à peu parler de la menace du « retour du Roi Mage ». Plus ils se sentiraient concernés par cette menace, plus les risques de luttes intestines augmenteraient.
Et plus je maintiendrais de canaux de communication ouverts, plus il me serait facile de découvrir la vérité derrière la « trahison » que l’Ordre du Nom Divin était censé avoir commise.
Une fois encore, ce fut Demos qui me raccompagna.
« …Il y a beaucoup de choses que tu ne m’as jamais dites. »
« J’ai pas mal de secrets. »
Demos hocha lentement la tête.
« Dès que tu seras reparti, ils lanceront le conseil au sujet de cette… terrible nouvelle que tu as apportée. Le Pape viendra sans doute en personne. Je te ferai parvenir leur décision. »
Il s’interrompit, évitant de préciser ce qu’il en était du retour du Roi Mage. Même un prêtre du dieu de la guerre, qui aurait dû être le plus à l’aise avec les batailles et la violence, semblait craindre ce nom.
Je n’étais pas vraiment en position de juger. Le Roi Mage était aussi la plus grande inconnue pour moi.
« Si c’est tout, séparons-nous ici. »
« Ah. Maintenant que j’y pense, il y a quelque chose qui m’intrigue. »
« Quoi donc ? »
« Si le Pape est absent, ne devrait-il pas y avoir deux sièges vides, et pas un seul ? Puisque le culte de Bacchus a été anéanti, il n’a plus de représentant pour assister à la réunion. »
* * *
Après le départ d’Ortes, le conseil des prêtres décréta une courte pause. Entre-temps, Hwiakin entraîna à l’écart l’un des prêtres assis à la table ronde.
Cet espace, tissé d’innombrables invocations sacrées qui se chevauchaient jusqu’à former un nœud inextricable, était un labyrinthe à part entière. À chaque pas dans le couloir de marbre, le paysage changeait et se métamorphosait.
Les cieux d’Aigio, la chambre d’Elimon, le champ de bataille d’Enyalios…
Chaque pas dans ce kaléidoscope d’espaces recelait la prescience de Phoibos. Tout avait été conçu pour que nul ne puisse s’y repérer sans invocation sacrée. Hwiakin traversa les couloirs menant à chacun des lieux saints et arriva enfin devant une obscurité semblable à un gouffre sans fond.
« Pape ! »
Celui qui méditait sous douze lumières — désormais onze, puisque l’une des flammes s’était éteinte — tourna la tête.
« Ce visiteur est déjà parti ? »
« Il a laissé derrière lui une horreur, un chaos minutieusement calculé, au beau milieu de nous, puis il s’en est allé. Savez-vous ce que cet homme a dit ? Que l’ancienne catastrophe allait s’abattre de nouveau sur nous. »
Le Pape sentit la peur tapie sous les paroles chargées de colère de Hwiakin. Il hocha doucement la tête pour lui signifier qu’il pouvait partir.
Hwiakin éprouvait une fureur insoutenable envers Outis, mais avait tout de même obéi à la demande du Pape. C’était lui qui avait été chargé d’amener cette jeune prêtresse devant le Pape.
Le silence retomba. Seule demeura la prêtresse qui les avait accompagnés.
« À présent, Kore. Veux-tu me dire ce que tu as vu en lui ? »
Lorsque la prêtresse rabattit sa capuche, une chevelure éclatante aux reflets roux se déversa sur ses épaules. Par nature, elle n’appartenait à aucun des douze cultes.
Les yeux du Pape brillèrent d’un éclat froid et perçant.
« Une prophétie de l’Antiquité, transmise de Pape en Pape. Et une autre prophétie, connue uniquement au sein de ton culte, celui du treizième Grand Dieu. Cet étranger est venu ici en possédant les deux. »
Le Pape se tourna vers Kore, prêtresse de Pluton, le treizième dieu qui régnait sur les Enfers, et lui demanda :
« De quelle couleur était son âme, celle que tu as vue ? »
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