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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux bridés du Boss maléfique ◈
Chapitre 071
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Affaires ? Réunion (4)
« Oh. Ne me dites pas que c’est moi ? »
Urania posa de nouveau la question, toujours aussi enjouée. Mais une plaisanterie portée par le pouvoir que lui conférait son statut de prêtresse d’Elimon n’en était pas vraiment une : elle tenait plutôt de la tentation.
« Non. Ce n’est pas vous. »
Pourtant, la réponse d’Outis ne trahit pas la moindre hésitation ni la moindre émotion. À vrai dire, sa précédente altercation avec Hwiakin avait paru bien plus sincère en comparaison.
La balance pencha de nouveau du côté des cheveux d’Outis. Dès qu’elle s’immobilisa, l’éclair qui la formait s’embrasa, puis se dispersa en étincelles et disparut.
Hwiakin rumina ce qu’Outis avait appelé son « seul et unique mensonge ».
« De tous les sujets, il ment sur celui-là ? Et pile au moment où l’invocation sacrée de Philoxenon rend ce mensonge évident pour tout le monde ? »
La question de savoir s’il avait quelqu’un en vue revenait aussi, dans une certaine mesure, à se demander s’il était capable d’aimer quelqu’un. Si Outis était un être incapable de s’attacher à quoi que ce soit au monde, la méfiance des prêtres de l’Ordre à son égard aurait été multipliée plusieurs fois.
Mais cet échange absurde aux yeux de tous n’avait-il pas largement contribué à dissiper cette méfiance ?
« Si tout ça cache une manœuvre calculée, c’est probablement là qu’il faut la chercher… »
Avait-il vraiment eu besoin de prouver son humanité de cette façon ?
Tandis que Hwiakin s’interrogeait sur les intentions d’Outis, Philoxenon interrompit son invocation sacrée et reprit la parole.
« C’est Demos, représentant du culte d’Enyalios, qui vous a invité à cette réunion de notre Ordre du Nom Divin. Vous avez prouvé vos capacités et votre sincérité. À présent, dites-nous ce que vous souhaitez nous annoncer. »
* * *
Comme prévu, aucun des prêtres ne parvint à réfuter ma prophétie.
J’avais toutefois encore du mal à comprendre pourquoi la balance avait penché à cette question sur la personne qui me plaisait.
« Bon, si on me demande si je n’ai absolument personne que j’apprécie, en tant que personne — sans parler de sentiments amoureux ou quoi que ce soit du genre, juste une bonne impression ordinaire entre deux êtres humains — alors oui, ce serait un mensonge. C’est peut-être comme ça que ça a été interprété ? »
Passée cette énigme, je ressentais à la fois du soulagement et de l’amertume. Le succès du plan me réjouissait, mais le Roi Mage restait un problème.
« Pour mes projets futurs, il aurait peut-être été plus simple que ce que j’ai dit se révèle être un mensonge. »
Dès que Karisia aurait atteint son objectif — détruire complètement et sans risque la Lumière Blanche —, je comptais prendre ma retraite et ne plus rien faire de mes journées.
À supposer que je parvienne à détruire la Lumière Blanche en profitant du chaos provoqué par un affrontement entre les Dix Tours et le Roi Mage, ce dernier constituait, sans surprise, la variable la plus dangereuse.
Et s’il trouvait le moyen de s’élever malgré la disparition de l’un des Dix Commandements ?
Dans l’œuvre originale, la fin de la première partie, où les contrecoups de la destruction de la Lumière Blanche par Karisia, la Sans-Nom Blanche, avaient répandu des brèches extradimensionnelles dans le monde entier, était désespérante.
Mais rien ne garantissait qu’une Ascension incomplète tentée par le Roi Mage donnerait un résultat différent. L’Ascension consistait, au bout du compte, à pénétrer dans l’extradimensionnel ; le résultat, c’était un trou percé dans la paroi du monde.
Tant que le Roi Mage désirait s’élever, le risque d’une invasion extradimensionnelle demeurait.
« Ça aurait été bien si l’effet papillon de mes actes avait complètement éliminé la possibilité du retour du Roi Mage. »
Mais il n’y avait plus rien à faire. L’important, maintenant, était de tirer le meilleur parti de la situation.
À l’origine, j’étais venu pour convaincre l’Ordre du Nom Divin de freiner l’expansion d’Argyrion. Mais d’après ce que Demos avait dit, si je ne faisais rien, l’Ordre semblait plutôt parti pour soutenir Argyrion.
Maintenant que j’avais joué la carte du retour du Roi Mage, il me fallait obtenir davantage que ça. Choisissons mes mots avec soin.
* * *
« Revenons donc à Argyrion ? »
Hwiakin ne comprenait pas l’attitude d’Outis : il venait de lancer une prophétie catastrophique sur le retour du Roi Mage, puis passait à un sujet aussi secondaire.
« Parlons-nous-en en nous fondant uniquement sur les faits déjà établis. Les dix mages qui détiennent les Dix Commandements… »
Les pensées d’Ortes se compliquèrent. À en juger par l’attitude de chacun jusqu’ici, même l’Ordre du Nom Divin ignorait la trahison des disciples du Roi Mage.
« Ils étaient assez puissants pour prêter main-forte au rituel d’Ascension. On peut sans exagérer les qualifier de deuxièmes mages les plus puissants du monde, juste après leur maître. La sagesse accumulée au fil des générations depuis ces premiers disciples n’a fait que renforcer les Dix Commandements. Les Dix Tours sont les seules à pouvoir tenir tête au Roi Mage. »
« Il y a un problème dans ce raisonnement. Pourquoi les Dix Tours combattraient-elles le Roi Mage ? Ne serait-il pas plus logique qu’elles le vénèrent ? »
C’était la même voix claire et aiguë que celle qui avait demandé plus tôt comment réussir un entretien chez Blasphemia. Ortes tourna la tête vers elle. Son visage était caché sous sa robe, mais il n’était pas difficile de deviner qui elle était.
« L’oiseau posé sur son épaule est une chouette. La chouette est le symbole de Glaupikos. »
Encore une prêtresse d’un dieu de la guerre. Celle-ci servait Glaupikos, déesse de la stratégie et de la tactique.
« Dans l’avenir que j’ai vu, le Roi Mage cherchait à reprendre les Dix Commandements, sa propre autorité. Les Dix Tours les lui abandonneraient-elles si facilement ? »
« Les Dix Commandements ? »
La prêtresse de Glaupikos se plongea dans ses réflexions. L’avenir révélé par Phoibos était parfois si stupéfiant que même une grande sagesse ne suffisait pas à en mesurer toute la portée.
Pourquoi le Roi Mage s’en prendrait aux Dix Commandements, elle ne pouvait le comprendre immédiatement. Mais en supposant que la prophétie soit entièrement vraie, et en raisonnant à partir de là…
Une guerre entre les Dix Tours et le Roi Mage, qui cherchait à récupérer les Dix Commandements.
La puissance du Roi Mage était, au fond, celle des Dix Commandements. Après tout, les Dix Commandements étaient le fruit de sa propre sagesse. Si les dix tours qui les détenaient affrontaient le Roi Mage toutes ensemble, il semblait évident qu’aucun des deux camps ne s’en tirerait indemne.
« C’est précisément pour cette raison que je soutiens que l’Ordre du Nom Divin doit rejeter Argyrion en tant qu’organisation. Imaginons qu’Argyrion devienne assez puissant pour s’imposer comme le principal ennemi des Dix Tours. »
Les chances étaient faibles, mais ce n’était pas impossible. La propriété la plus redoutable de l’extradimensionnel était sa contagiosité. Si Argyrion répétait encore et encore le processus consistant à abattre les forces des Dix Tours et à rallier leurs membres à sa cause, un tel avenir était tout à fait envisageable.
Il était fort probable qu’Argyrion étende son pouvoir jusqu’à rivaliser avec l’une des Dix Tours.
« Si le Roi Mage descendait pour reprendre les Dix Commandements alors que les Dix Tours sont déjà en guerre contre Argyrion, pourraient-elles survivre à un combat sur deux fronts ? Même réunies, les dix tours ne suffiraient pas. »
La menace du Roi Mage contre les Dix Tours tenait à la même logique que celle de l’extradimensionnel.
Si Argyrion renforçait ses rangs en absorbant les mages qu’il avait vaincus pour en faire de nouveaux Érodés, le Roi Mage, lui, pourrait exercer une autorité encore plus grande en s’emparant des Dix Commandements.
« Même si l’expansion d’Argyrion se déroulait dans les meilleures conditions possibles, elle ne pourrait remplacer qu’une ou peut-être deux des Dix Tours. Mais le Roi Mage pourrait facilement affronter les dix à la fois. »
Hwiakin trembla.
Cet homme leur conseillait de lancer le fondateur du monde magique contre le monde magique lui-même, puis de les laisser s’entredéchirer.
« Je ne peux toujours pas croire entièrement à cette prophétie. Et pourtant… »
L’ampleur même de cette idée était sans commune mesure. Ils étaient bien obligés d’admettre qu’elle ne leur serait jamais venue à l’esprit.
« Si l’Ordre veut vraiment assurer son avenir, soutenir une organisation aussi modeste qu’Argyrion ne suffira pas. Vous devriez plutôt viser un choc de forces assez puissant pour ébranler l’Âge magique tout entier. »
Ortes sentit l’atmosphère changer. Les prêtres commençaient peu à peu à se pencher vers lui pour écouter ses paroles.
« Ce qui joue en faveur de l’Ordre du Nom Divin, pour l’instant, c’est que Blasphemia est chargée de s’occuper d’Argyrion. Renseignez-les activement sur Argyrion, mais glissez-y de fausses informations. Peu importe si huit renseignements sur dix sont des mensonges. »
« À quoi bon ? »
« Les effectifs de Blasphemia ne sont-ils pas limités, eux aussi ? »
La contre-question d’Outis était lourde de sens. Si tous les renseignements fournis à Blasphemia étaient faux, l’organisation ne se serait pas empressée d’agir. Mais si on y mêlait du vrai, elle ne pouvait pas se permettre de les ignorer.
Trop de renseignements impliquaient trop de travail. Plus Blasphemia consacrerait de temps et d’effectifs à s’occuper d’Argyrion, plus son réseau de surveillance de l’Ordre s’affaiblirait inévitablement en comparaison.
Le regard d’Outis balaya la table ronde. On aurait dit qu’il cherchait à savoir s’ils avaient compris ce qu’il venait de sous-entendre. Les prêtres retinrent leur souffle, attendant la suite.
Il hocha la tête, comme satisfait, puis reprit la parole.
« Alors, l’heure de la libération a sonné. Il est temps de reprendre les innombrables temples et Reliques sacrées scellés par le Roi Mage, mais aussi par les Dix Tours et Blasphemia. »
Affaiblir peu à peu Argyrion pour détourner l’attention de Blasphemia, tout en reconstruisant un passé réduit en miettes.
Jusqu’ici, l’Ordre du Nom Divin n’avait envisagé d’utiliser Argyrion que pour « affaiblir l’ennemi ». Mais Outis était allé plus loin et leur avait proposé une autre méthode : « renforcer leurs propres forces ».
« Demos vous l’a probablement dit, mais je connais bien les affaires internes de Blasphemia. Si vous me communiquez l’emplacement d’une Relique sacrée ou d’un temple que vous souhaitez desceller, je peux même vous fournir des renseignements sur les agents de Blasphemia déployés dans les environs. »
La proposition était trop parfaite.
« Ne voulez-vous pas retrouver les temps anciens ? »
* * *
Le premier à m’avoir révélé l’existence véritable de l’Ordre du Nom Divin. Je pense à Sikton, évêque du culte de Bacchus, qui avait sombré dans des délires de grandeur après qu’on lui eut injecté du fil d’argent.
Sikton avait crié sans équivoque que « l’Ordre du Nom Divin cherche à abandonner les dieux ». Cette question devrait révéler quelle part de vérité se cachait dans ses divagations.
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