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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux plissés du Boss maléfique ◈
Chapitre 070
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Affaires ? Réunion (3)
Ortes prononça leur arrêt de mort avec un sourire imperturbable.
Le retour du Roi Mage n’était pas simplement une nouvelle stupéfiante. C’était un véritable choc.
Un ennemi juré qui s’en prenait à tous les cultes existants, jusqu’aux Douze Grands Dieux eux-mêmes.
La fin de l’Âge mythique.
L’unique Ascensionné.
Pour ceux qui servaient les dieux, le nom du Roi Mage était synonyme de peur.
La table ronde, que même le cri furieux de Hwiakin n’avait pas réussi à faire taire complètement, sombra dans un silence absolu.
Un être qui aurait dû disparaître il y a des milliers d’années revenait sur cette terre ?
Une déclaration si écrasante qu’elle semblait blanchir toutes les pensées. Même Hwiakin, qui avait exigé qu’Outis prophétise « la plus grande calamité », n’y échappa pas.
La ruine que Hwiakin avait entrevue n’était pas le retour du Roi Mage. Les deux pouvaient se ressembler, deux catastrophes prêtes à balayer le monde entier, mais…
« Comment pouvait-on proférer une prophétie aussi insensée ? »
Les paroles de cet homme tenaient davantage de la malédiction que de tout autre chose. La prémonition de Hwiakin, elle, était le fruit d’une supplication minutieuse, d’une invocation sacrée alliée à un raisonnement et à des calculs approfondis.
Mais Outis n’avait-il pas invoqué ce nom terrifiant, le Roi Mage, sans la moindre preuve, dans le seul but de lancer une affirmation choquante et irresponsable ?
Un mage sans précédent ni successeur, qui avait renversé culte après culte et atteint un statut semblable à celui des dieux eux-mêmes ; un être à la puissance si écrasante que son ascension avait presque été un soulagement… Pourquoi un tel être redescendrait-il sur terre ?
Ce n’était pas un prophète. C’était un fou.
… du moins, ça aurait dû l’être.
La vision de quelques instants plus tôt scintillait encore dans l’air. Quelque chose descendait au cœur d’un brouillard de destin funeste qui recouvrait la sphère céleste.
En tant que chef du culte de Phoibos, Hwiakin savait interpréter les éléments d’une vision de ce genre. Le brouillard qui entourait celui qui descendait n’était rien d’autre que les fragments du destin que cet être pouvait tordre et contrôler.
Tous les destins rassemblés là s’agenouillaient devant lui en signe d’adoration. On aurait dit que le monde lui-même avait été créé pour lui seul.
Quelle autre présence pouvait être aussi écrasante ? Les dieux qui étaient partis ? Un être extradimensionnel tendant la main vers ce monde ?
« Au plus tard dans trois ans, le Roi Mage aura retrouvé un corps et se relèvera. »
« Tu es vraiment devenu fou ! »
Hwiakin s’écria, secoué de spasmes. Peut-être s’agissait-il d’un simple déni, d’un refus de croire que la scène montrée par Outis était un avenir qui se précipitait réellement vers eux.
« Eh bien, même toi, tu n’en sais rien ? »
Le sourire d’Outis s’élargit. C’était le sourire amer des prophètes face à ceux qui se débattaient en vain contre le destin.
En voyant sur le visage d’un autre l’expression qu’il avait lui-même portée, Hwiakin fut envahi par un sentiment d’impuissance indicible.
Demos, celui qui avait amené Outis ici, était tout aussi déconcerté par ses paroles. Il l’avait convoqué à l’occasion du vote sur la réponse à apporter à Argyrion.
Deux options étaient sur la table : fermer les yeux sur l’expansion d’Argyrion ou transmettre discrètement des indices aux Dix Tours pour les pousser à chasser Argyrion.
Pour l’instant, la majorité préférait détourner le regard, voire coopérer ouvertement avec Argyrion.
C’était le résultat d’un calcul : entraver la traque d’Argyrion par les Dix Tours, laisser Argyrion gagner en puissance, puis laisser les deux camps s’entre-déchirer, le tout au profit de l’Ordre du Nom Divin.
Mais Demos voyait les choses autrement. La plupart des hôtes au fil d’argent qu’Argyrion utilisait lors de ses attaques étaient des croyants, et parmi eux, surtout de simples fidèles incapables de manier le Pouvoir divin, qui ne pouvaient donc même pas se défendre.
Fermer les yeux sur Argyrion, et à plus forte raison le soutenir, revenait à contribuer à la mort d’innocents. Pour empêcher cette ignominie, il avait invité le prophète de Phoibos.
Demos avait cru qu’un homme capable de voir l’avenir témoignerait de l’horreur qui découlerait de la mort d’innocents et leur conseillerait une voie qui ne ferait aucune victime.
« Mais voilà qu’il sort le Roi Mage de nulle part ?! »
Perdu, Demos fixa le prophète de Phoibos. Le sourire au coin de ses lèvres ne vacillait pas le moins du monde.
Comme s’il avait même prévu cela.
* * *
« Ça va, ça va, ils n’ont rien remarqué… »
Je poussai un soupir de soulagement intérieur. À vrai dire, jusqu’à la moitié environ, j’avais été un peu déstabilisé. J’aurais peut-être dû prendre le cristal de Phoibos, après tout.
Mais dès que la demande de Hwiakin s’était résumée à « raconte-moi simplement quelque chose de dangereux », j’avais su que j’avais déjà gagné.
Impossible de vérifier une prophétie, de toute façon. Quoi que je dise, ils pouvaient toujours prétendre : « C’est une fausse prophétie ! » Et je pouvais tout aussi bien rétorquer : « Ou alors, vos pouvoirs n’étaient tout simplement pas assez puissants pour la voir ? »
Car tout, depuis la vision d’une prophétie jusqu’à son interprétation, relevait de la subjectivité. Bien sûr, si une Relique sacrée ou une invocation sacrée entrait en jeu, on pouvait peut-être déterminer la véracité d’une prophétie.
Mais même en tenant compte de cette variable, ma prophétie ne pouvait être réfutée.
« Parce qu’elle vient tout droit de l’œuvre originale. »
J’avais bien eu quelques mauvaises surprises en me fiant aveuglément aux descriptions de l’œuvre originale, mais jusqu’ici, les grandes lignes de l’univers n’avaient jamais été modifiées.
Le retour du Roi Mage en 2077 constituait la prémisse la plus élémentaire de l’œuvre originale. Pour l’Ordre du Nom Divin, c’était à la fois l’avenir le plus bouleversant qu’on puisse imaginer et un fait irréversible.
L’expression de Hwiakin était devenue plutôt grave. Avais-je lâché une bombe trop énorme ? Je jetai un coup d’œil aux autres.
Ah, c’est vrai, les autres avaient tous le visage couvert. Je lançai un regard furtif à Demos, qui m’avait amené ici. Il avait l’air tout aussi bouleversé.
J’imagine que si l’on avait passé sa vie entière à être traqué par les héritiers du Roi Mage — ou, plus exactement, par les héritiers de ceux qui l’avaient trahi —, c’était un sujet auquel on ne pouvait réagir qu’avec effroi. Mais…
« Eh bien, même toi, tu n’en sais rien ? »
Je comprenais que les Dix Tours n’aient pas prévu son retour, puisqu’ils étaient ceux qui l’avaient eux-mêmes abattu. Mais j’étais surpris que même l’Ordre du Nom Divin, qui aurait dû considérer le Roi Mage comme son ennemi mortel, n’ait pas seulement soupçonné sa résurrection.
Je m’étais imaginé qu’ils avaient une piste quelconque sur la résurrection du Roi Mage.
J’avais supposé que si l’Ordre du Nom Divin avait disparu à l’époque de l’œuvre originale, c’était à cause de la résurrection du Roi Mage. Quelque chose du genre : ils avaient tenté de l’empêcher avec trop d’ardeur, s’étaient ainsi fait repérer par le réseau de surveillance de Blasphemia, puis avaient fini par être anéantis.
« Apparemment non. Alors, qu’est-ce qui a bien pu causer la disparition de l’Ordre du Nom Divin ? »
* * *
Un prêtre, resté silencieux depuis l’arrivée de celui qui n’était personne, finit par prendre la parole.
« … Voilà qui est bien audacieux, et arrogant, qui plus est. Tu n’agis pas comme un prophète des dieux. Tu te comportes comme si tu étais toi-même un dieu. »
C’était un colosse vêtu d’une toge blanche, la tête couverte elle aussi d’une capuche blanche. Sa voix grave et digne résonna dans toute la salle de la table ronde.
La voix du géant avait une puissance qui écrasait toutes les personnes présentes. Même le voile d’effroi jeté par cette prophétie terrifiante sembla se dissiper à son contact.
« Et vous êtes ? »
« Je suis Philoxenon, serviteur d’Aigio, le premier des Douze Grands Dieux. »
Le qualificatif de « premier » attribué à Aigio avait peut-être déplu aux autres prêtres, mais aucun ne protesta : Aigio était bel et bien, de nom comme de fait, le dieu suprême de tout le panthéon de l’Ordre du Nom Divin.
Pour faire simple, si Phoibos était « le dieu qui siège au plus haut des cieux et voit le plus loin », Aigio était les cieux eux-mêmes.
« Seigneur des Cieux. Maître des serments. Vicaire terrestre de celui qui brandit la foudre ! Enchanté de vous rencontrer. Comme je l’ai déjà dit, je suis Outis. »
En énumérant ces titres grandiloquents, Outis avait tout l’air d’un bouffon se moquant d’un roi. Philoxenon lui répondit d’une voix solennelle et digne.
« C’est exact. Comme tu l’as dit, Aigio régit les serments. C’est pourquoi il m’a accordé une invocation sacrée qui discerne la vérité de tout serment. »
*C’est pas vrai*, marmonna Ortes pour lui-même. *Une invocation sacrée pareille existe vraiment ?*
Philoxenon leva la main ; une balance apparut, faite d’éclairs luminescents. Une unique plume d’aigle reposait sur l’un de ses plateaux.
« Cette invocation sacrée pèse votre conscience. Si vous croyez sincèrement à la vérité de vos propos, déposez une mèche de vos cheveux sur l’autre plateau. »
* * *
Je m’arrachai un cheveu sans hésiter.
À vrai dire, j’hésitai quand même un peu. J’allais perdre un follicule pileux parfaitement sain pour rien, non ? Mais quand on monte une arnaque, on ne peut pas… non.
Pour convaincre quelqu’un, il ne faut surtout pas avoir l’air d’hésiter. Je déposai le cheveu arraché sur la balance d’éclairs.
Philoxenon me posa la question d’un ton sévère.
« Où avez-vous entendu cette prophétie, selon laquelle le mage disparu reviendrait ? »
« Je ne l’ai pas entendue. Je l’ai vue de mes propres yeux. »
Si cette balance lisait vraiment dans les pensées, comme l’avait dit Philoxenon, elle indiquerait la vérité. Après tout, j’avais bel et bien lu l’œuvre originale, sur Terre.
Comme prévu, la balance d’éclairs vacilla, puis pencha du côté du cheveu. Philoxenon posa une autre question.
« Croyez-vous en l’avenir dont vous avez témoigné ? »
« Ce n’est pas la seule chose à laquelle je crois. Je crois aussi à tout ce qui s’est passé ensuite, à tout ce que j’ai vu au-delà. Le chemin du Roi Mage entraînera notre monde à sa perte. »
La balance resta inclinée vers mon cheveu, parfaitement immobile. Philoxenon poussa un profond soupir.
« … J’ai terminé mes questions. Si l’un de mes frères croyants en a d’autres, qu’il les pose maintenant. »
Un bref silence s’ensuivit. Tandis que les prêtres échangeaient des regards, chacun jaugeant les autres, l’une des questions qui avaient surgi plus tôt dans le tumulte refit surface.
« Quel est le secret pour réussir un entretien chez Blasphemia ? »
« Je n’ai pas obtenu mon identité chez Blasphemia à la suite d’un entretien. Si je devais résumer, je dirais plutôt que j’ai passé une épreuve pratique. J’ai combattu à plusieurs reprises sur le même champ de bataille que les agents de Blasphemia. Et c’est une mission assez sérieuse pour faire sortir même un inspecteur secret qui m’a valu l’identité que je porte aujourd’hui. »
Je répondis en restant aussi proche de la vérité que possible. J’avais bel et bien combattu sur le même champ de bataille, oui. Simplement, nous n’étions pas du même côté : nous nous étions donc affrontés.
Quand la balance ne bougea pas, j’entendis quelqu’un claquer de la langue. Cette personne espérait-elle infiltrer Blasphemia ?
« Que pensez-vous des Dix Tours ? »
C’était Prodito, qui poursuivait son contrôle de loyauté. Je répondis sans attendre.
« Des salauds qui mettent le monde en danger pour courir après des absurdités ? »
Voyant que la balance restait immobile, Prodito se leva et applaudit.
« Réussi… ! C’est réussi ! »
Urania donna une tape derrière la tête de Prodito, puis me lança un regard suggestif.
« Tu cherches à sortir avec quelqu’un en ce moment ? Si oui, que dirais-tu de moi ? »
Elle souleva doucement son voile en parlant. Ses cheveux dorés retombèrent sur une peau blanche comme du jade poli. La scène semblait tout droit sortie d’un film, ou d’une publicité.
Je retins un rire qui menaçait de m’échapper. Ce serait mentir que de dire que les traits visibles sous son voile n’étaient pas saisissants, mais j’étais celui qui côtoyait Karisia de plus près que quiconque.
Quelqu’un qui voyait presque chaque jour le visage de Karisia ne risquait plus de succomber à un piège de séduction.
« Je ne m’intéresse ni aux rendez-vous amoureux ni à vous. »
La balance ne bougea pas. Urania claqua une fois la langue et posa une autre question.
« Quoi, tu as quelqu’un en tête ? »
C’était une question toute simple.
« Hé. Il n’y a personne. »
La balance vacilla, puis pencha du côté de la plume d’aigle.
Attends. Pourquoi ?
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