Traductions WeTried
Traductrice : Botanica
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux plissés du Boss maléfique ◈
Chapitre 069
──────
Affaires ? Réunion (2)
Le prêtre d’Enyalios que j’avais rencontré dans cette contrée désolée s’était présenté sous le nom de Demos.
« Comment dois-je t’appeler ? Je ne peux pas continuer à te désigner comme “l’Ennemi des Dix Tours” éternellement. »
Il ne songe même pas à « L13 », hein. J’imagine que c’est un nom de code de Blasphemia, alors il préfère sans doute ne pas l’entendre.
« Et si on disait Outis ? »
« Hein. N’importe qui voit bien que c’est un faux nom. »
Je haussai les épaules. Mon visage découvert avait quelque chose d’étrange : personne ne s’en souvenait, à moins d’avoir passé beaucoup de temps avec moi.
Montrer mon visage ne m’inquiétait donc pas vraiment. Mais pour le nom, c’était une autre histoire. Je n’avais pas pris la peine de me construire une fausse identité pour berner quelqu’un, comme je l’avais fait avec cette nouvelle recrue de Blasphemia.
Autant donner un autre nom d’emblée.
« Le prophète sans nom aux yeux clos. » C’est assez approprié, symboliquement parlant.
Était-ce du sarcasme ou le fond de sa pensée ? Impossible à dire. Demos laissa sa remarque en suspens et reprit rapidement la tête.
« Où allons-nous ? »
« Ah, c’est vrai. Tu as dit n’avoir jamais participé à un rassemblement de l’Ordre du Nom Divin. Pas étonnant que tu ne saches pas. »
« Puisque Blasphemia te traque depuis si longtemps sans jamais t’avoir trouvé, j’imagine que tu utilises une sorte d’invocation sacrée. »
« C’est ça. Blasphemia est vraiment à nos trousses depuis très longtemps. Mais… »
Demos retroussa sa manche. Dessous se trouvait le tatouage de deux serpents enroulés autour d’un bâton, formant l’emblème appelé caducée.
Tiens ? Cet emblème devrait appartenir à Piraeos le Gardien des Portes, pas au dieu de la guerre Enyalios.
À peine cette question m’eut-elle traversé l’esprit que Demos agrippa le tatouage, comme s’il voulait s’arracher la peau.
Pourtant, aucune peau ne se détacha, et aucun muscle n’apparut dessous. Seul l’emblème doré lui resta dans la main ; il le lança en l’air.
Demos insuffla son Pouvoir divin dans l’emblème suspendu. Plus il en absorbait, plus il grandissait.
Quand le bâton atteignit presque deux mètres de haut,
les deux serpents qui s’enroulaient autour se déroulèrent, se posèrent de part et d’autre et se transformèrent en piliers à leur image. Entre eux et le bâton central, la lumière du Pouvoir divin jaillit. Au contact de cette puissance, le bâton sembla fondre, se dispersant et teignant d’un or profond le rideau de Pouvoir divin qui emplissait l’espace entre les piliers-serpents.
Les deux serpents se dévisagèrent tandis que le rideau de Pouvoir divin ondulait entre eux. C’était forcément un portail, reliant deux espaces.
« Ceux qui ne sont pas protégés par les dieux ne peuvent atteindre le sanctuaire de l’Ordre du Nom Divin. Suis-moi. »
Demos traversa le portail doré sans hésiter. Je le suivis.
* * *
Des pas résonnaient dans un couloir de marbre blanc immaculé.
« Ils arrivent. »
Il y avait plusieurs personnes. En l’entendant, Hwiakin, le Chef de culte actuel du culte de Phoibos, murmura d’une voix grave.
Le prophète de Phoibos, donc…
Il fut un temps où les dieux s’adressaient directement aux hommes, où un mortel pouvait se tenir en audience devant la majestueuse présence d’un dieu.
Mais lorsque l’âge de gloire prit fin et que le maléfique Roi Mage inaugura une ère de ténèbres, les prophètes, ceux qui pouvaient parler aux dieux, sombrèrent dans l’oubli.
L’Ordre du Nom Divin n’échappait pas à la règle. Parmi les chefs et les évêques des différents cultes, certains prétendaient avoir « reçu une révélation de leur dieu », mais aucun ne disait avoir « entendu la voix d’un dieu ».
Il ne restait que des signes subtils et des rêves symboliques. Ceux qui pouvaient véritablement entendre la voix d’un dieu avaient disparu.
Ce silence durait depuis bien trop longtemps, assez pour ébranler même les plus dévots.
N’est-ce pas précisément pour cela que les autres cultes ont donné leur accord lorsque le plan irrévérencieux du Pape a été soumis au vote…
Mais voilà qu’était apparu quelqu’un qui prétendait être un prophète parlant directement aux dieux.
Et pas n’importe lequel : un prophète de Phoibos.
C’était inacceptable. La foi lui avait été accordée pendant des années sans nombre, et le dieu était resté silencieux tout ce temps. Alors comment pouvait-il, maintenant… !
Hwiakin promena son regard autour de lui. La plupart des autres portaient des robes ou des voiles qui leur couvraient le visage ; impossible de lire leurs expressions.
Mais Phoibos était un dieu à la vue perçante, et l’invocation sacrée de Hwiakin lui permettait de discerner malgré tout les émotions des autres.
La plupart sont méfiants et sur leurs gardes, alors.
Hwiakin lança un regard noir à une femme voilée, assise à l’autre bout de la table ronde. Son voile n’était pas de ceux, épais et sombres, qui dissimulaient entièrement un visage.
Presque transparent, il ressemblait davantage à un voile de mariée, destiné à être soulevé un jour. Ses traits se distinguaient aisément à travers l’étoffe translucide. Sa longue chevelure blonde et ondulée ressortait nettement.
Urania, cheffe intérimaire du culte d’Elimon, déesse du plaisir, de l’extase et de l’éros.
De l’intérêt… c’est ça ?
On disait d’elle qu’elle était impulsive et hédoniste, comme la déesse qu’elle servait. Mais tout de même, éprouver de la curiosité pour ce prophète autoproclamé, dont l’identité était plus que suspecte ? Hwiakin secoua la tête.
Deux silhouettes s’approchaient au bout du couloir.
Les prêtres assis autour de la table ronde se levèrent.
En principe, la table ronde comptait treize chaises dorées. L’une était vide parce que le Pape n’était pas venu, et une autre parce que le représentant du culte d’Enyalios était parti accueillir l’imposteur.
Onze paires d’yeux se tournèrent vers les deux arrivants — ou, plus précisément, vers le prophète autoproclamé qui suivait Demos.
Demos prit la parole.
« Voici celui qui m’a prédit les mouvements d’Argyrion et annoncé la chute de la Tour magique de Toress. Lors de notre première rencontre, il s’est présenté comme l’Ennemi des Dix Tours. Cette fois, il s’est nommé Outis, celui qui n’est personne. Je demande à tous les camarades de cet Ordre, qui servent le Nom sacré, d’accueillir le prophète de Phoibos comme il se doit. »
Hwiakin réfléchit.
Celui qui devrait légitimement parler en leur nom, le chef de tous les cultes, le Chef de culte des Chefs de culte, est absent. Dans ces conditions, il me revient de prendre la parole en premier.
Hwiakin s’avança, mû par la dignité ou la colère. En le voyant avancer, les autres prêtres se rassirent.
Face à cette poussée d’intensité, Demos se plaça en travers du chemin de Hwiakin. Six pas séparaient Demos de Hwiakin. Et six autres séparaient Demos d’Outis.
À douze pas de lui, Hwiakin cria à Outis :
« Moi, Hwiakin, je parle en tant que Chef de culte légitime du culte de Phoibos ! Le culte de Phoibos ne connaît personne comme toi ! Toi qui te prétends personne, révèle-moi ta véritable identité ! »
* * *
Je m’attendais déjà à ce genre de résistance. Ce qui me surprenait, c’était plutôt que les autres cultes restent tous en retrait.
Contrairement aux autres prêtres, qui dissimulaient leur visage, Hwiakin, comme Demos, avait le sien à découvert. Cela signifiait-il qu’il comptait discuter de culte à culte, de Phoibos à Phoibos ?
« Je ne te connais pas non plus. »
« Quoi ? »
« Mais je sais une chose : tous ceux qui sont réunis ici sont ennemis des Dix Tours. Moi aussi, je suis un ennemi des Dix Tours. Alors, même si vous ne pouvez pas me faire confiance en tant que croyant, ne pouvez-vous pas au moins me faire confiance en tant qu’ennemi de votre ennemi ? »
Le visage de Hwiakin se crispa légèrement à mes paroles.
« Te prétendre prophète de Phoibos sans même reconnaître ton propre Chef de culte… — Hé. »
Un des prêtres assis sur une chaise dorée coupa Hwiakin. À en juger par la voix, plutôt grave, il s’agissait peut-être de quelqu’un de jeune. Un garçon dont la voix venait de muer, ou un jeune homme déjà adulte ?
« Dis : “Les Dix Tours, c’est une bande d’ordures.” »
Hein ?
« Tu es censé être un ennemi des Dix Tours, non ? Alors dis-le. “Les Dix Tours, c’est une bande d’ordures.” »
« Les Dix Tours, c’est une bande d’ord… »
« Fais-moi une prédiction amoureuse ! »
Une voix l’interrompit brusquement. Incontestablement mélodieuse, c’était celle d’une femme voilée aux cheveux blonds.
« Urania. Qu’est-ce que tu fais ? Ce contrôle de loyauté est une procédure importante. »
« Prodito, c’est toi qui dis ça ? Demos s’est porté garant de lui, non ? On ne cherche pas à savoir s’il est ennemi des Dix Tours. On doit vérifier si ses pouvoirs de prophétie sont réels ! »
Ces deux-là lancèrent le mouvement, et quelque chose comme une retenue se brisa.
« C’est quoi, le secret pour réussir un entretien chez Blasphemia ?! »
« La Lame à haute fréquence que tu portes, ce n’est pas un modèle standard de Blasphemia, si ? »
« C’est vrai que dans les sous-sols de Blasphemia, ils mangent leur ragoût par le nez ? »
« Où est l’enfant du culte de Bacchus ? »
Quelques prêtres gardèrent le silence, mais la salle de la table ronde ne tarda pas à se remplir de vacarme. Demos se plaqua une main sur le visage.
Demos s’approcha prudemment et murmura :
« Ils étaient peu nombreux à se comporter avec si peu de dignité, avant… Pardonne-leur. Voilà des décennies qu’ils n’ont reçu que de mauvaises nouvelles. Je suppose que tout le monde a le moral remonté par ce qui ressemble enfin à de l’espoir. »
J’esquissai un sourire amer. Je n’étais pas venu apporter de l’espoir, mais monter une arnaque.
Même au milieu de cette assemblée surexcitée, Urania et Prodito étaient les plus bruyants.
« Tu peux me faire une prédiction amoureuse ? »
« Dis : “Les Dix Tours, c’est une bande d’ordures.” »
« Fais-moi une prédiction amoureuse ! »
« Les Dix Tours, c’est une bande d’ord… »
« Ça suffit ! »
Hwiakin cria, la voix bouillonnante de colère. Il avait toléré ça les premières fois, semblait-il, mais avait fini par atteindre ses limites.
« Vous êtes tous responsables d’un culte. Comportez-vous avec dignité ! C’est moi qui suis en train de parler avec cet homme ! »
* * *
Après avoir étouffé le tumulte d’un cri furieux, Hwiakin se tourna de nouveau vers Outis et le foudroya du regard.
« Puisque tu as plaidé ta cause et nous as demandé de croire que tu étais un ennemi des Dix Tours, je vais vérifier si tu possèdes vraiment, comme tu le prétends, la sagesse et le don de prophétie nécessaires pour leur tenir tête. »
Outis hocha la tête, sans se presser. Les yeux clos, un léger sourire au coin des lèvres, il avait l’air de contempler le monde depuis un lieu qui lui était extérieur. Tout chez Outis déplaisait à Hwiakin.
« Parle ! Toi qui prétends faussement au titre de prophète ! »
Si puissants que soient ses pouvoirs, il ne peut pas savoir cela.
C’était la prophétie la plus secrète que Hwiakin eût jamais entrevue. Même les autres chefs de culte l’ignoraient ; il ne l’avait confiée qu’au Pape.
Impossible d’y répondre correctement sans avoir véritablement été choisi par une Relique sacrée d’un dieu.
« Quel est le plus grand fléau qui va bientôt s’abattre sur ce monde ?! »
Le sourire d’Outis s’accentua légèrement. Hwiakin y vit du bluff, une tentative de dissimuler son embarras sous un calme feint.
Parle-moi de la grande purge des Dix Tours ou d’une inondation extradimensionnelle, ce que tu veux : rien de tout cela ne s’approchera de la vérité. Je vais exposer ton imposture au grand jour.
Outis ouvrit lentement la bouche.
« …roi. »
Sa voix était bien trop faible. Trop basse pour qu’on puisse la comprendre.
« Si tu es vraiment un prophète, énonce ta prophétie comme il se doit ! »
Une faible lueur bleue scintilla à travers ses paupières closes. Ce bleu ressortait si vivement qu’il semblait jeter une ombre sur la table ronde.
Non.
Les couleurs du monde pâlirent.
Dans cette vision qui s’assombrissait soudain, une brume traînait derrière le dos d’Outis.
Ce n’était pas une brume ordinaire. Elle ondulait comme si toutes les choses sinistres du monde s’étaient rassemblées pour prendre forme.
Au cœur de cette brume chatoyante, semblable au destin, l’ombre d’un être enveloppé d’une splendeur trop éblouissante pour être décrite vacilla.
Avec cette lumière terrifiante dans son dos et les yeux bleus étincelants, Outis prononça la prophétie.
« Le retour du Roi Mage. »
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>