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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux bridés du boss maléfique ◈
Chapitre 068
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Affaires ? Réunion (1)
L’Enquête sur la divinité était pratiquement au point mort depuis la mort soudaine et violente de Dimedes.
Ortes menait seul les recherches de Reliques sacrées et n’autorisait personne à l’accompagner.
La coopération qu’Ortes, chargé seul de l’Enquête sur la divinité, demandait aux directeurs se limitait aux opérations nécessitant de la force, mais sans rapport avec les Reliques sacrées : par exemple, capturer des fugitifs recherchés pour magie afin de satisfaire aux exigences documentaires de l’examen de cotation.
À l’exception, toutefois, de la mission confiée à Meconion, une demi-esprit Alraune.
Meconion tira une longue bouffée sur sa pipe. La fumée qu’elle exhala brillait d’un vert lumineux. Derrière elle, Ortes la regardait.
« Non, attends. Il garde les yeux fermés ? »
« C’est ça. »
Au centre de la grotte souterraine de Meconion se trouvait une ouverture savamment conçue pour concentrer en un seul point la lumière venue de la surface. L’antre de Meconion était, par nature, humide et sombre, mais cet endroit faisait exception.
Là où la lumière convergait se dressait un arbre solitaire.
Un arbre né d’un pépin de raisin prélevé dans le lieu de réunion du culte de Bacchus.
Meconion s’intéressait au vin produit par le culte du plaisir, tandis qu’Ortes s’intéressait à la symbolique de la vigne de Bacchus.
C’est pourquoi, parmi les organisations des directeurs, celle de Meconion était la seule à coopérer avec le Bureau d’enquête sur la divinité sans recourir à la violence : elle faisait pousser une vigne.
« À force de faire pousser les pépins un par un, ils mouraient trop facilement. Alors je les ai réunis pour les faire pousser ensemble. »
« C’est possible, ça ? Ça me fait penser à la magie du Bois Vert. »
« C’est moins de la magie qu’un trait propre à ma race, en fait. J’ai extrait la force vitale de chaque pépin séparément, puis je l’ai rassemblée en un seul endroit. »
Grâce à son sang d’Alraune, Meconion possédait un don exceptionnel pour s’occuper des plantes. Jusqu’ici, elle s’en était surtout servie pour faire pousser rapidement des plantes narcotiques, mais, en vérité, son pouvoir ne faisait aucune distinction entre les espèces.
Ortes tendit la main et toucha une grappe qui commençait tout juste à mûrir. Son geste était particulièrement prudent.
« Même si je les fais pousser à toute vitesse, ils ne sont pas encore mûrs. Qu’est-ce que tu leur veux ? »
« Ce serait bien si on pouvait en faire du vin… »
La réponse d’Ortes ressemblait presque à un murmure pour lui-même.
« Il lui faut du vin ? Il compte inviter quelqu’un ? » Meconion chercha à deviner qui Ortes pourrait bien « inviter ».
Le seul nom qui lui vint à l’esprit fut Lampades, le Maître de Tour Magique qu’Ortes aurait rencontré à Elysion. Mais Ortes était-il du genre à préparer un cadeau et à faire des courbettes pour quelqu’un comme lui ? C’était une autre histoire.
Ortes, qui avait calmement observé la vigne, finit par préciser ce dont il avait besoin.
« Pour que les raisins atteignent leur pleine qualité, il faut les éclaircir en supprimant quelques baies et petites branches, n’est-ce pas ? Tu pourrais me garder les résidus de cette éclaircie ? »
« Hein ? Les raisins qui ne sont même pas encore mûrs ? »
« J’en ai l’utilité, vois-tu. »
* * *
Quand je demandai à Meconion de faire éclaircir la vigne d’ici demain, elle me rétorqua qu’elle ne voyait pas de quoi je parlais. Mais je ne m’y laissai pas prendre.
L’antre de Meconion ressemblait davantage à un rassemblement de drogués qu’à une organisation structurée, certes, mais quiconque savait tenir de tels drogués en laisse devait avoir un charisme et des qualités de meneuse bien réels.
Avec l’autorité d’un directeur de Hydra Corp derrière elle, éclaircir une vigne et mettre les résidus sous vide ne lui poserait aucun problème.
J’entendis quelques murmures à propos de ses autres subordonnés, qui ne savaient que s’injecter ou renifler de la drogue, et pas faire pousser quoi que ce soit. Mais j’avais des choses à faire et pas le temps d’écouter.
Je me rendis ensuite, bien sûr, dans le bureau de Karisia. Avant de partir en déplacement professionnel, je devais prévenir ma patronne.
« Tu sens le raisin ? »
Karisia me posa la question en m’observant en silence. Je hochai la tête.
« Je suis allé voir la vigne que j’avais confiée à la directrice Meconion. »
« Tu es allé vérifier le travail avant même de venir me voir ? »
Les plaisanteries de Karisia étaient vraiment difficiles à suivre. Je lui rendis son sourire avant de poursuivre.
« J’avais une bonne raison. »
« Une bonne raison. Tu as besoin de la vigne de Bacchus pour l’Ordre du Nom Divin ? »
« Oui. Ils veulent me voir. En personne, face à face. »
Le visage de Karisia se durcit à mesure qu’elle écoutait mon rapport.
« Ils se montrent plus insistants que je ne le pensais. Si tu veux que ta carte de prophète de Phoibos paraisse crédible, il te faudra une Relique sacrée. »
« Même sans Relique, je suis sûr de pouvoir me débrouiller. En fait, mieux vaut peut-être ne pas en montrer du tout. »
La Relique de Phoibos que j’avais déterrée provenait d’un sanctuaire scellé en personne par le Roi Mage. Le sceau était si parfait que même Blasphemia n’avait jamais compris qu’une Relique s’y trouvait. Le lieu avait fini par tomber dans l’oubli. Mais si quelqu’un remontait un jour jusqu’à l’origine de la Relique, l’interrogatoire qui suivrait finirait forcément par poser la question : comment avais-je réussi à franchir le sceau du Roi Mage lui-même pour la récupérer ?
Comme je ne pouvais pas du tout manier le Mana, on comprendrait naturellement que j’avais forcément reçu de l’aide.
Si l’implication de Karisia venait à être découverte, tout mon plan s’effondrerait. Karisia était le chef-d’œuvre de la Tour Magique de la Lumière Blanche. Qu’elle déteste ou non la Lumière Blanche n’y changeait rien : sa seule existence suffirait à attirer sur elle la colère de l’Ordre du Nom Divin.
Le plus simple était de garder la Relique cachée et de prétendre : « Ceci aussi est un acte guidé par une révélation. »
Karisia prit un air boudeur, comme si elle se sentait blessée. Je m’empressai de poursuivre.
« Faites-moi confiance, Présidente. Je dois rester un mystère pour l’Ordre du Nom Divin. Plus on saura quelle Relique me transmet mes révélations, moins j’aurai d’aura. »
« Tu peux vraiment y aller seul, sans rien, et tromper tout l’Ordre ? Ne vaudrait-il pas mieux emmener Kyne ? »
« Kyne n’est pas vraiment une actrice. Elle devrait me traiter comme le véritable prophète de Phoibos, et je doute qu’elle puisse jouer assez bien pour que les prêtres de l’Ordre ne remarquent rien. »
« Je ne crois pas. »
Karisia me contredisait sans raison. Je laissai passer sa petite remarque.
« J’ai pris au moins quelques précautions élémentaires. La vigne que Meconion fait pousser en fait partie. »
La vigne de Bacchus.
Une récolte qui prouverait que j’avais prévu la destruction du culte de Bacchus et sauvé son héritage.
* * *
Karisia approuva le déplacement professionnel d’Ortes. L’invitation de l’Ordre du Nom Divin était assortie d’un délai.
Pour échapper à l’attention de Blasphemia, l’Ordre se réunissait en secret et se dispersait rapidement.
Le chaos provoqué par Argyrion avait certes quelque peu relâché le filet de surveillance de Blasphemia, mais l’Ordre du Nom Divin avait toujours de bonnes raisons de se méfier de Blasphemia. Inviter Ortes et l’attendre était déjà inhabituel de leur part.
Ortes devait prendre contact avec l’évêque d’Enyalios dans le courant de la journée, puis se rendre au lieu de réunion de l’Ordre.
Karisia tapota la table sans raison précise. Le laisser partir seul la rendait nerveuse.
Elle le comprenait, mais tout de même.
Ne prenait-il pas beaucoup trop de choses en charge tout seul ? Le cœur serré par l’inquiétude, Karisia se dirigea vers la salle d’entraînement de la Tour Magique.
Kyne l’y attendait pour apprendre les bases de la magie et à maîtriser ses pouvoirs d’esper sous la tutelle de Karisia.
Les directeurs savaient que Kyne avait survécu au culte de Bacchus, car Neiro avait accompagné Ortes là-bas. En revanche, seuls Ortes et Karisia savaient que Kyne possédait le Pouvoir divin.
Même utiliser un artefact touché par la divinité se situait à la limite de la légalité selon les règles des Dix Tours ; c’était pratiquement illégal en soi. Un prêtre qui maniait ouvertement le Pouvoir divin était, selon les normes ordinaires, une personne qu’on ne pouvait absolument pas tolérer.
Cela aurait pu aller au début, quand ils pensaient que le Pouvoir divin de Kyne finirait par s’estomper. Mais maintenant qu’il ne faisait que croître, il était devenu essentiel de lui apprendre à le dissimuler efficacement.
Le Pouvoir divin et le Mana relevaient tous deux, au sens large, des pouvoirs d’esper. Karisia, qui savait maîtriser avec brio son immense réserve de Mana, avait quelques idées pour dissimuler aussi le Pouvoir divin de Kyne.
Elles s’y employèrent longuement, masquant le Pouvoir divin avec du Mana sombre ou adaptant à cette énergie les méthodes de suppression du Mana utilisées par les mages de combat. Puis, sans prévenir, Kyne prit la parole.
« Attends. Il est où, ce type ? »
Étrangement, Ortes avait le don de remarquer à l’instant même où le déguisement du Pouvoir divin de Kyne se fissurait. C’est pourquoi il assistait généralement à ses séances d’entraînement.
Mais aujourd’hui, il était introuvable.
« Il était rentré de déplacement hier, non ? Il prend sa journée parce qu’il est fatigué ? Même lui a donc un côté humain. »
« Il est à l’Ordre du Nom Divin. »
« … Ce type s’est vraiment fait convoquer par l’Ordre du Nom Divin. Pour jouer au prophète de Phoibos ? Il peut vraiment tenir un rôle pareil ? »
Karisia répondit d’un ton plein d’assurance.
« Personne, qui que ce soit, ne pourrait jamais soupçonner la véritable identité d’Ortes. Mais… »
« Mais ? »
« Mais je pense qu’il va forcément revenir après avoir causé des ennuis. »
Kyne leva les yeux vers Karisia. Une lueur de résignation se mêlait au regard doré de cette dernière.
* * *
Merde.
« Parle ! Toi qui prétends faussement au titre de prophète ! Quel est le plus grand désastre qui va bientôt s’abattre sur ce monde ?! »
« Dis : “Les Dix Tours, c’est une bande d’enfoirés.” »
« Tu peux me prédire ma vie amoureuse ? »
Mais pourquoi cet endroit est-il un tel bordel ?
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