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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux bridés du boss maléfique ◈
Chapitre 062
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Pillage de tombes et vol (5)
Les mages d’Argyrion serrèrent les dents.
L’agent, sans aucun doute de Blasphemia, les avait dressés contre le ver au fil d’argent avant de s’éclipser sans se soucier de rien. Il cherchait manifestement à récupérer les preuves — l’accord secret conclu avec la Tour magique de Toress — éparpillées dans la couche intermédiaire.
Il fallait qu’au moins l’un d’eux se détache du groupe pour l’arrêter.
Mais le ver au fil d’argent leur posait problème.
Un mage aspirait le mana brut et le raffinait pour en faire son propre mana. Le ver au fil d’argent faisait exactement l’inverse : il décomposait le mana en mana brut. Plus il en absorbait, plus son corps enflait.
Libéré, le ver avait visiblement déjà absorbé une quantité considérable de mana. Son corps dépassait désormais de plus de dix fois la taille qu’il avait lorsqu’il était enfermé dans la chambre scellée.
Les fils qui recouvraient densément tout son corps fouettaient l’air avec férocité. Les mages d’Argyrion lançaient à la chaîne des sorts de haut niveau, qui, en temps normal, les auraient laissés titubants rien qu’en essayant de les incanter.
Une attaque que seule rendait possible la bénédiction de « la cause ». Des colonnes de feu jaillirent et firent fondre le plafond comme le sol.
Les flammes brûlantes se révélèrent également efficaces contre le ver. En un instant, près d’un cinquième de son corps fondit et disparut dans le brasier.
Mais cela ne suffit pas à arrêter le ver. On l’appelait « ver » par commodité, mais, à proprement parler, il n’avait rien d’un véritable insecte vivant.
Non, on pouvait difficilement le qualifier d’être vivant. Son comportement s’expliquait bien mieux si on le considérait comme une machine conçue dans le seul but de dévorer le mana.
Le ver arracha les parties de son propre corps prises dans les flammes, puis se rua de nouveau vers les deux mages dont le mana était de grande qualité.
En même temps, pour réparer les dégâts, il lança de nouveau ses fils vers les circuits de mana disséminés dans la couche intermédiaire. En tant que centre de contrôle des ruines, celle-ci regorgeait de circuits à ponctionner.
Clignotement. Les lumières de la couche intermédiaire vacillèrent.
C’était la preuve que les systèmes des ruines, privés de mana par le ver, commençaient à dysfonctionner.
Mais ni les mages d’Argyrion ni la poignée de mages de la Tour magique de Toress encore présents dans la couche intermédiaire n’avaient le loisir de s’en préoccuper.
S’ils ne se concentraient pas sur le combat contre la bête d’un autre monde qui leur faisait face, ils y laisseraient leur vie.
* * *
Dans la couche profonde des ruines de l’île de Crète, tout au fond, des mages lançaient des menaces dans l’endroit le plus sombre des ruines.
« Vous ne prétendiez pas être des experts en exploration de ruines ? Bande de mollassons ! »
Des dizaines de fixeurs et de mercenaires s’acharnaient sur la porte, mais la dernière grille tenait bon. En leur for intérieur, tous regrettaient l’absence d’Outis.
*Bon sang. Si le type à la visière était là, il aurait ouvert cette porte en un clin d’œil… !*
« Le sort de protection est trop puissant ! Même vous, les mages de Toress, vous devez nous prêter votre mana si on veut avoir une chance de le défaire ! »
Les mages de l’École Toress ne faisaient pas confiance aux fixeurs. Au fond, ces gens-là n’étaient que des voyous. Que feraient-ils si les fixeurs se retournaient contre eux dès que la porte s’ouvrirait, après qu’ils leur auraient prêté leur mana ?
« Vous n’êtes même pas à court de mana ! Arrêtez de discuter et— »
C’est alors que cela se produisit. Dans un grincement sourd, une fissure fendit le sort de protection qui enveloppait la porte.
« Q-quoi ? Elle s’ouvre ! »
C’était une coïncidence stupéfiante. En étendant ses racines dans la couche intermédiaire, le ver au fil d’argent avait perturbé l’approvisionnement en mana qui alimentait le sort de protection. La chambre scellée, tout au fond de la couche profonde, disposait d’une source de mana distincte pour maintenir son propre sort de protection, mais il s’écoula un bref instant avant que celle-ci ne prenne le relais.
Les efforts acharnés des fixeurs pour briser le sort de protection tombèrent pile dans cet intervalle et provoquèrent son effondrement.
« Balancez tout avant qu’il se répare ! Saturez le Cercle magique et faites-le tomber ! »
Comme il convenait à une porte qui scellait le point le plus profond d’anciennes ruines, le sort de protection était d’une grande sophistication. Il s’agissait d’une magie ancienne, d’une technique vieillotte, mais sa résistance dépassait l’imagination.
Mais même un sort pareil ne pouvait fonctionner correctement après que des dizaines de fixeurs y eurent déversé leur mana. Lorsqu’il atteignit le seuil critique des dégâts qu’il pouvait encaisser, la porte vira au bleu.
À vrai dire, c’était le sort de protection incolore qui enveloppait la porte qui avait bleui.
Trop de mana résiduel s’échappait des sorts qu’il avait annulés. Un dernier coup s’y ajouta et, bientôt, toute la barrière bleue se brisa comme une vitre.
Un grondement qui sembla ébranler toute la couche profonde souterraine, puis une tempête de mana. Les fixeurs tombèrent à genoux sous la pression du mana pur qui jaillissait du sort de protection détruit : ils avaient presque tout dépensé pour le briser.
Les mages de la Tour magique de Toress, eux, résistèrent sans trop de mal à la tempête de mana. Ils avaient économisé leurs forces et disposé de tout le temps nécessaire pour se préparer à la déflagration provoquée par la destruction du sort de protection.
Ils jetèrent un regard en coin aux fixeurs affalés dans tous les sens. À présent, ils ne représentaient plus la moindre menace.
« Attendez. On a brisé le sort de protection, mais l’alarme et les autres sorts sont toujours— »
L’un des fixeurs à terre se redressa en titubant et les avertit. Mais les mages de la Tour magique de Toress n’en tinrent aucun compte.
La crainte de voir Outis leur ravir l’esprit-humain, et la volonté farouche de défier la sinistre prophétie.
La complaisance née de l’absence totale d’incidents jusqu’alors.
À cela s’ajoutait leur suffisance : persuadés qu’à la différence de ces fixeurs ignorants, eux seuls nourrissaient l’ambition noble d’atteindre un jour les Dix Commandements. Tout cela se mêla pour dicter leur décision.
*Quoi qu’il y ait là-dedans, ce n’est qu’un esprit qui a perdu le sens de lui-même au cours de plus de mille ans, non ? Le fait qu’il ait réussi à préserver son existence prouve qu’il est d’un rang élevé, mais enfermé dans une chambre isolée comme celle-ci, il n’a pas pu absorber correctement le mana non plus….*
Ils s’étaient déjà parfaitement préparés à soumettre un esprit humain affaibli par des siècles d’isolement. Ils avaient apporté d’anciens parchemins contenant des sorts de contrat forcé et de liaison des esprits. Plus longs à utiliser qu’un Drive d’Imprégnation Magique, ils étaient toutefois le seul moyen d’employer le sort de contrat forcé, perdu depuis longtemps. Seule subsistait sa version sur parchemin, parfois mise au jour dans d’anciennes ruines.
Armés de divers artefacts destinés à affaiblir un esprit de foudre, les mages pénétrèrent dans la chambre de pierre, le sourire assuré.
Comme le fixeur l’avait signalé, les sorts d’alarme qu’ils n’avaient pas désactivés se déclenchèrent. Au vacarme assourdissant s’ajouta une pulsation chaotique de mana.
Mais l’être censé entendre l’alarme n’était-il pas déjà endormi depuis mille ans ? Le sourire des mages s’élargit.
Au bout du passage étroit se trouvait une chambre scellée au plafond en dôme.
À l’intérieur, une silhouette humaine était assise en tailleur, plongée dans la méditation. Noircis et desséchés, ses traits évoquaient un cadavre brûlé vif.
Ce devait être celui qui avait autrefois dirigé l’ancienne Tour Magique de l’île de Crète, avant de renaître en esprit-humain grâce à l’art secret de la transformation spirituelle.
« Son niveau de mana ? »
Si cette chose n’était pas devenue un esprit et n’était qu’un cadavre, ce serait une mauvaise plaisanterie. Le mage qui analysait l’esprit artificiel à l’aide d’un artefact en forme de lunettes hocha la tête.
« Je perçois du mana d’affinité foudre en lui. Très faible, mais bien présent. On dirait qu’il est tombé en dormance faute de mana. »
C’était le moment idéal pour utiliser le parchemin de contrat forcé. Le mage chevronné de la Tour magique de Toress s’apprêtait à insuffler du mana dans le parchemin lorsque…
Boum !
Un coup de tonnerre retentit. Les mages de l’École Toress s’empressèrent d’activer le parchemin de liaison des esprits, mais l’esprit-humain avait déjà disparu de l’endroit où ils l’avaient vu.
Bzzzzzt…
Un crépitement qui brûlait l’air leur parvint. Ils tournèrent la tête. Une silhouette humaine, noire comme du charbon. Des éclairs dorés jaillissaient de l’intérieur.
L’instant d’après, ils virent la main de l’esprit-humain enfoncée dans le ventre du mage chevronné qui tenait le parchemin de contrat forcé.
« Guh… ?! »
Le mage chevronné sentit le mana qui remplissait son corps se faire aspirer en un instant. Frappé par la foudre de l’intérieur comme de l’extérieur, il noircit et se désagrégea en cendres avant même de comprendre ce qui lui arrivait.
Un des mages, témoin de la scène, visa l’esprit-humain avec le parchemin de liaison. À cet instant, le corps de l’esprit se dispersa en d’innombrables fragments de foudre, puis se reconstitua juste devant lui.
Ou plutôt, pas tout à fait devant lui. Il se reconstitua autour de lui.
« Hein ? »
Le mage qui tenait le parchemin de liaison vit tout son champ de vision se remplir d’or. Ce fut la dernière chose dont il se souvint.
Après avoir emprisonné le mage en lui-même et l’avoir pulvérisé d’une décharge de foudre en un instant, l’esprit-humain se mit à aspirer le mana qu’il portait, le teintant de sa propre affinité foudre au fil de l’absorption.
Ce ne fut qu’alors que les mages restants de la Tour magique de Toress comprirent la situation. Ils s’enfuirent à toutes jambes, chacun tentant de dépasser les autres.
Son moi s’était érodé au fil des siècles. Seul subsistait en lui un attachement obsessionnel, quoique ténu, à un vœu précieux. L’esprit-humain n’avait aucune intention de pardonner à ceux qui avaient osé pénétrer dans le laboratoire du Maître de Tour Magique.
Surtout quand ils regorgeaient de mana, si appétissant.
L’esprit-humain autrefois connu sous le nom de Seigneur Thunderknell releva la tête.
Du mana. Il en sentait aussi au-dessus de lui.
Cela faisait très, très longtemps qu’il était privé de mana.
L’esprit que le sort d’alarme avait réveillé ne résista pas à l’envie de se nourrir.
* * *
*Étrange… ?*
J’avais trouvé quelques artefacts et les avais soigneusement rangés, mais le Talisman du Tonnerre retentissant, lui, restait introuvable.
*Ne me dites pas qu’il se trouve dans d’autres ruines, et pas dans celles-ci ?*
Ce serait problématique. Si la nouvelle du chaos ici parvenait à la Tour principale de l’École Toress, la sécurité serait renforcée plusieurs fois.
Ou, s’ils n’arrivaient pas à étouffer toute cette affaire et que les Dix Tours apprenaient leur collusion avec Argyrion, l’École Toress risquait d’être anéantie, tour comprise.
Dans les deux cas, mettre la main sur le Talisman du Tonnerre retentissant deviendrait encore plus difficile. Je sentis un mal de tête poindre lentement.
*Dans tous les cas, mieux vaut ne pas rester ici trop longtemps. Je vais d’abord essayer de filer…*
Craaaac !
Un étrange grondement de tonnerre emplit la couche intermédiaire, comme si l’on déchirait de force du cuir. Je tournai les yeux vers sa provenance.
Les mages d’Argyrion avaient apparemment compris qu’ils ne pouvaient continuer à combattre dans un environnement où la masse argentée ne cessait d’absorber le mana. Usant d’une puissante magie de télékinésie, ils arrachaient la masse à la couche intermédiaire comme on désherbe un champ.
Ils en sortirent un corps de plus de dix mètres de long. La vue de dizaines de milliers de fils argentés qui se tortillaient évoquait un mille-pattes, et était tout aussi répugnante.
Les autres mages de la couche intermédiaire se dirigèrent vers le passage, tandis que les deux agents d’Argyrion maintenaient en place la masse au fil d’argent. Ils n’abandonnaient pas leurs camarades pour s’enfuir : ils élargissaient l’entrée en faisant exploser le passage à coups de magie.
*Ils comptent traîner la masse jusqu’à la surface pour la combattre là-haut ?*
C’était le choix le plus raisonnable. Continuer à se battre ici, sans disposer d’un sort assez puissant pour incinérer toute la masse d’un seul coup, ne ferait que transformer l’affrontement en une longue guerre d’usure.
Je ne bougeai pas avant qu’ils aient remonté jusqu’au dernier fil vers la surface.
*Le Talisman du Tonnerre retentissant n’est pas dans la couche intermédiaire non plus. Je ferais mieux d’observer comment ils s’occupent de la masse au fil d’argent avant de repartir ?*
* * *
Et à la surface.
Les fixeurs fuyaient par la gueule béante de l’abîme. Un géant de foudre et de nuages d’orage, qui dévorait les gens tout entiers, les poursuivait.
Étrangement, il s’en prenait aux mages de l’École Toress plutôt qu’aux fixeurs. C’était la seule raison pour laquelle ces derniers avaient réussi à s’échapper.
Les fixeurs coururent droit vers le point de rassemblement de ce matin. Arrivés jusque-là, ils pensaient enfin pouvoir reprendre leur souffle. Ils pourraient embarquer sur un bateau, ou trouver n’importe quel moyen de quitter l’île.
« L-Là-bas ! »
À bout de souffle, les fixeurs levèrent la tête.
Le ver au fil d’argent leur apparut, son corps se tordant de façon contre nature. Cette masse était si énorme qu’il aurait fallu aligner une bonne douzaine de personnes pour égaler sa taille. Elle projetait des fils argentés dans toutes les directions, à la recherche d’une victime à transpercer.
Le point de rassemblement ne contenait rien qui soit porteur de mana, ce qui en faisait un endroit idéal pour combattre le ver. Les mages d’Argyrion l’y avaient attiré exprès.
« Qu’est-ce… que c’est… »
Krrrrrrroum !
Derrière les fixeurs, pétrifiés de stupeur, un grondement de tonnerre retentit. C’était le cri d’un géant affamé.
Ortes se dirigeait précisément vers cet endroit.
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