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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’Homme de main aux yeux plissés du Boss maléfique ◈
Chapitre 061
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Pillage de tombes et vol (4)
En raisonnant logiquement, c’était évident : Outis avait remarqué qu’on le suivait et s’était enfui, en abandonnant sa combinaison motorisée derrière lui.
Les poursuivants d’Outis se répartissaient en deux grands groupes. Le premier était constitué de gens qui agissaient sur ordre de la Tour magique de Toress.
La Tour magique de Toress n’était pas du genre à laisser un individu suspect comme Outis disparaître à sa guise. Elle avait simplement sous-traité la tâche, de peur qu’il ne remarque quelque chose d’anormal si l’un de ses propres mages se lançait directement à sa poursuite.
Ils avaient correctement interprété la situation : un individu suspect et non identifié, qui se faisait appeler Outis, avait pris la fuite.
L’autre groupe était composé de fixeurs proches du responsable du site. Celui-ci avait tout fait pour oublier la rumeur, mais il se doutait qu’il pouvait s’agir, peut-être, d’une sorte de présage.
Il avait discrètement transmis aux seuls chasseurs dont il était proche une rumeur au sujet d’Outis, celui qui ne signait ses contrats que sur papier — autrement dit, celui qui ne laissait jamais derrière lui la moindre trace de son propre mana.
Après avoir entendu la rumeur, les fixeurs s’étaient réjouis de la progression miraculeuse d’Outis. Mais lorsqu’il avait fait demi-tour en déclarant : « Rien d’autre que le malheur ne vous attend derrière cette porte », le malaise s’était emparé d’eux.
Et maintenant, ils étaient là. Les fixeurs contemplaient Outis, disparu sans laisser d’autre trace que ses vêtements, comme une mue abandonnée.
L’un d’eux prit la parole.
« Quelqu’un… a vu ce qu’il y avait à l’intérieur de la visière ? »
Personne n’avait rien vu.
La peur ne cessait de grandir.
Plusieurs circonstances s’accumulèrent et la terreur s’insinua parmi les fixeurs du second groupe. Ils s’écrièrent :
« La rumeur ! Elle était vraie ! »
Les fixeurs qui s’apprêtaient à contacter la Tour magique de Toress ne comprirent pas cette étrange réaction. Puis ils furent soulagés de trouver quelqu’un avec qui partager leur peur grandissante. Des chuchotements s’élevèrent. L’histoire du responsable du site se répandit.
Parmi ceux qui utilisaient le pseudonyme d’Outis, il y en avait un en particulier.
Le plus inquiétant de tous. Partout où apparaissait l’Outis sans empreintes, le désastre suivait toujours.
Les sous-traitants de la Tour magique de Toress secouèrent la tête pour chasser cette pensée. Ils ne pouvaient pas se laisser emporter par une rumeur aussi invérifiable. Mieux valait songer à la prime spéciale qu’ils toucheraient pour cette mission supplémentaire. Soudain, l’un d’eux jeta un coup d’œil derrière lui.
« … Comment sommes-nous arrivés ici, au juste ? »
« En suivant Outis, évidemment. »
« Et comment on ressort ? »
« …… »
Ils examinèrent le passage par lequel ils avaient suivi Outis.
En vérité, ce passage était encore inexploré. C’était l’un des innombrables endroits qu’Outis avait découverts en descendant jusqu’au fond des ruines et qu’il avait laissés de côté, faute de raison de s’y attarder.
Une légère inquiétude liée à cet endroit inexploré avait persisté. Mais jusque-là, tous les lieux où Outis avait mis les pieds s’étaient révélés sans danger.
Ils n’avaient décidé de le suivre que parce qu’ils se fiaient à son instinct.
Mais à présent, ce même Outis n’avait-il pas disparu sans laisser de trace ?
Les fixeurs comprirent qu’ils allaient devoir s’extraire seuls d’un labyrinthe inexploré, tortueux à souhait.
Isolés dans un silence et une obscurité qui duraient depuis des temps immémoriaux, ils se retrouvèrent coupés du monde.
* * *
J’éprouvais un peu de compassion pour les fixeurs qui m’avaient suivi. Les lieux étaient assez labyrinthiques ; ils auraient donc besoin de tâtonner un peu avant de retrouver la sortie.
D’après ce que j’avais vu, il n’y avait aucun piège mortel là-dedans. Le passage était simplement compliqué et déroutant. S’ils ne se montraient pas trop prudents, une demi-heure leur suffirait amplement pour retrouver leur chemin.
*« Je vous présente mes plus plates excuses si vous ratez votre ration. »*
Après avoir traversé tant d’épreuves, rien n’était plus misérable que de manquer en plus un vrai repas. J’accélérai le pas, en repensant aux malheurs de mes années de fixeur.
Mon intuition, selon laquelle la plupart des mages de la Tour magique de Toress présents sur l’île de Crète avaient convergé vers les profondeurs, ne m’avait pas trompé.
Il ne restait presque personne à la surface. Certes, il était logique qu’il n’y ait pas de personnel externe, comme des fixeurs, puisqu’on était en pleine période d’exploration. Mais quelques superviseurs auraient tout de même dû être postés là pour empêcher quiconque de s’éclipser.
À présent, même les mages censés assurer cette surveillance semblaient s’être précipités dans les profondeurs. Je fouillai dans ma mémoire et pris la direction du point de rassemblement de l’équipe d’exploration de la couche intermédiaire.
*« Ce matin, quand ils se sont répartis entre les différents sites d’exploration, l’équipe de la couche intermédiaire s’est rassemblée ici, à part. »*
Depuis le point de rassemblement, trouver l’entrée de la couche intermédiaire ne fut pas difficile. Quand un grand nombre de personnes se déplaçaient, elles laissaient forcément des traces. Les marques creusées dans le sol par des dizaines, voire des centaines de pas étaient assez nettes.
La couche de surface et la couche profonde avaient elles aussi des entrées distinctes, mais celle de la couche intermédiaire était dissimulée dans un endroit encore plus isolé.
« On m’a dit que c’était un genre de tour de contrôle des ruines. Pour des raisons de sécurité, je suppose ? »
À quoi bon dissimuler l’entrée et filtrer soigneusement les personnes autorisées à entrer pour des raisons de sécurité, si personne ne fait correctement son travail ? Voilà exactement comment on se fait cambrioler.
J’entrouvris légèrement les yeux. Pas assez pour que quiconque, à part Karisia, ne me regarde en demandant : « En quoi c’est différent de tes yeux plissés habituels ? »
Même cela changeait radicalement ma perception. Ce n’était pas comme lorsque j’ouvrais complètement les yeux et que toute la scène se transformait en texte, mais des informations immatérielles, qui n’auraient jamais dû être visibles, affluaient malgré tout.
Les champs d’esper, par exemple. La sphère d’influence qu’un détenteur de pouvoir d’esper occupait grâce à son pouvoir. Je pouvais en voir quelques-uns errer à l’intérieur de la couche intermédiaire.
Les champs qui se reflétaient dans mes yeux débordaient de mana : le champ d’esper propre aux mages, un champ de mana.
Peut-être parce que la couche intermédiaire était un lieu si important, quelques mages semblaient y être restés au lieu de partir pour les profondeurs. J’explorai la couche intermédiaire en évitant la présence de ces champs d’esper.
Le passage d’argent étincelant, entretenu aussi soigneusement que la Tour magique de Toress pouvait le faire, dégageait une atmosphère futuriste peu appropriée à des ruines antiques. Peut-être l’avaient-ils modernisé dans l’espoir d’y affecter du personnel à long terme.
*« Heureusement qu’ils n’avaient pas installé un réseau de surveillance à grande échelle. Ça aurait été une vraie plaie. »*
J’arrivai devant une porte, quelque part dans la couche intermédiaire. Quand j’essayai de voir au-delà, une migraine à m’en fendre le crâne me saisit, contrairement à ce qui se produisait lorsque je regardais de la matière ordinaire.
C’était le genre de migraine que j’avais d’habitude en essayant d’analyser quelque chose doté d’un champ d’esper, ou un objet à la structure très dense, comme un artefact.
*« Pas de champ de mana d’un mage ici. C’est une salle de stockage d’artefacts. »*
La porte était scellée par un sort de sécurité complexe, mais un sort dont la structure était aussi stable était en réalité plus facile à démêler.
Inutile d’ouvrir grand les yeux et de recourir à une technique comme la réécriture de formule magique, comme je l’aurais fait contre un sort d’attaque. Je sortis simplement un Drive d’Imprégnation Magique et l’activai avec le plus élémentaire des sorts d’attaque : Petite Flamme.
Comme il était peu coûteux, la flamme se formait assez lentement. Mais c’était précisément ce que je voulais.
Sa puissance était si faible que le sort de sécurité mettrait un bon moment avant de juger qu’elle avait atteint le seuil d’une attaque.
Le mana augmenta lentement en densité. Les capteurs conçus pour détecter les attaques commencèrent à s’activer, petit à petit.
Je cartographiai la structure des circuits qui alimentaient les capteurs en mana. Trois circuits d’alimentation en mana étaient actifs, et un autre servait de secours. Même si je coupais les trois premiers, la conception permettait à la formule magique de continuer à fonctionner tant que le circuit de secours restait intact.
Il restait trois secondes avant que le Drive d’Imprégnation Magique ne finisse de s’activer. Trois secondes avant que le sort de sécurité ne déclenche l’alarme.
J’avais largement le temps de sectionner les circuits reliés à la formule magique.
Je coupai les quatre circuits d’alimentation en mana d’un seul coup, y compris celui de secours.
Certains cercles magiques se réparaient périodiquement même après que leurs circuits d’alimentation en mana avaient été endommagés de cette façon. Je n’avais donc pas de temps à perdre. Je m’attaquai sans tarder au verrou physique restant avec ma Lame à haute fréquence.
J’ouvris la porte avec une totale assurance.
Derrière la porte, qui s’ouvrit sans un bruit…
Criiiiiic…
Il y avait une masse de fils d’argent, plus dense que tout ce que j’avais jamais vu.
« Hein ? »
* * *
Si Ortes avait rejeté la théorie d’Arabel sur un « marché noir entre Toress et Argyrion », c’était pour une raison toute simple : le calendrier.
Moins de dix jours s’étaient écoulés depuis l’attentat d’Elysion. Argyrion n’avait pas eu assez de temps pour faire ses preuves en tant que partenaire commercial viable auprès de la Tour magique de Toress, ni pour la convaincre de posséder un produit assez alléchant pour justifier le risque d’un ordre d’extermination des Dix Tours.
C’était vrai.
À condition, bien sûr, que les efforts de recrutement d’Argyrion n’aient commencé qu’après l’attentat d’Elysion.
À Elysion, Ortes avait dit au prêtre du dieu disparu qu’il avait rencontré que l’attentat n’avait été qu’une démonstration de force, et que les véritables hôtes au fil d’argent avaient probablement déjà été disséminés à travers le monde.
« Déjà. »
Plus d’un mois s’était écoulé entre le jour où Sikton avait été tué et Kyne secouru, et celui de l’examen de cotation d’Elysion. Argyrion avait eu largement le temps de s’allier à ses partenaires secrets.
À l’époque, Argyrion n’avait pas encore l’image de « terroristes d’Elysion ». Au contraire, après l’attentat, Argyrion avait été en mesure de faire pression sur ses alliés secrets.
*« Vous croyez vraiment que vous vous en tireriez indemnes si vos transactions avec nous étaient révélées ? »*
C’était ainsi que l’accord entre la Tour magique de Toress et Argyrion avait tenu. Des hôtes au fil d’argent étaient fabriqués dans la couche intermédiaire des ruines, un endroit où seul un nombre limité de personnes pouvait entrer. Une fois achevés, ils étaient introduits dans le réseau de traite des esclaves de la Tour magique de Toress, puis disséminés à travers le monde.
Pour accélérer la fabrication des hôtes au fil d’argent, Argyrion avait entreposé une mère porteuse de fil d’argent dans les ruines de Crète. En temps normal, elle restait en sommeil. Et même si un incident venait à la réveiller, elle était protégée par un sort de sécurité si rigoureux que les risques de la voir devenir incontrôlable étaient infimes.
« Ha, bon sang. On est foutus. »
C’est alors qu’Ortes apparut…
* * *
Une alarme retentit dans toute la couche intermédiaire. Les agents d’Argyrion fronçaient les sourcils.
« Ces enfoirés de la Tour magique de Toress se sont tirés en disant qu’ils risquaient de perdre le trésor des profondeurs. Maintenant, ce fixeur est en train de les traquer ? »
« Ce serait un problème si on perdait cet avant-poste. Il faudra peut-être intervenir nous-mêmes, si ça tourne mal. »
Même en parlant, tandis qu’ils rassemblaient leur équipement, les agents d’Argyrion restaient plutôt détendus. Ils n’étaient pas les agents d’élite qui avaient participé à l’Opération Désert Doré, mais ils étaient assez doués pour avoir échappé à la surveillance de Blasphemia et rejoint Argyrion.
Grâce à leur talent naturel, auquel s’ajoutait la bénédiction de la « cause », ils n’étaient plus des gens qu’un mage ordinaire pouvait espérer toucher.
« Hmm ? Attends. »
En mages chevronnés, les deux agents sentirent que quelque chose clochait. Cette présence écrasante ne venait pas du tout des profondeurs : elle se trouvait juste à côté d’eux.
« Bon sang, le ver de fil d’argent (銀絲蟲) ?! »
« Comment a-t-il pu s’échapper ? Si le sceau était en train de céder, le sort de sécurité aurait dû se déclencher ! »
« Le ver a peut-être dévoré le mana et tout arraché ! »
« Non. Un ver de fil d’argent qui échappe au contrôle d’un mage n’a qu’un instinct primitif : dévorer tout être vivant à proximité ! Même s’il a rongé les circuits, le sort de sécurité aurait dû se déclencher tant que le circuit de secours était intact ! Quelqu’un a forcément… »
Alors qu’ils se précipitaient en avant, une silhouette humaine leur barra la route.
Malgré les fils d’argent qui déferlaient derrière lui comme une marée, il avançait lentement, comme s’il se promenait tranquillement.
Les fils d’argent n’osaient pas s’approcher de cette présence qui venait vers eux sans même faire un bruit de pas.
*« C’est lui. »*
*« C’est lui qui a libéré le ver de fil d’argent, et qui le pousse maintenant dans notre direction. »*
*« Une seule organisation aurait pu découvrir comment activer et contrôler un ver de fil d’argent aussi vite. Nos anciens camarades, devenus des traîtres. »*
« Blasphemia ! Comment avez-vous trouvé cet endroit ?! »
Aucune réponse ne leur parvint. Le ver de fil d’argent projeta ses fils, aiguisés comme des alènes, vers son ancien maître. Les deux mages d’Argyrion se préparèrent instinctivement au combat.
* * *
*« Qu’est-ce que ces deux-là fichaient ? »*
J’observai les mages qui livraient un combat acharné à la masse de fils d’argent.
*« Moi qui avançait aussi discrètement que possible, puisque la créature semblait réagir vivement aux vibrations et aux sons… »*
Chaque fois que je prononçais ne serait-ce qu’un mot, cette masse de fils d’argent essayait de me transpercer avec l’un d’eux. Cela prouvait que ses organes sensoriels étaient concentrés dans le toucher et l’ouïe. Dès que je m’étais écarté en faisant des pas qui réduisaient les vibrations, elle avait semblé incapable de me repérer et avait tendu ses fils vers le mana qu’elle percevait ailleurs.
Comme elle grossissait en absorbant du mana, j’avais pensé qu’en la suivant de près, je finirais par trouver un artefact. Je l’avais donc suivie discrètement, en retenant mon souffle.
*« Et voilà que ces deux-là se mettent à hurler et la provoquent sans aucune raison. »*
*« Non, attends. Ce n’est pas que de la malchance. »*
Pendant que ces deux-là s’occupaient du ver de fil d’argent, faisons le ménage dans la couche intermédiaire !
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