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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’Homme de main aux yeux bridés du Boss maléfique ◈
Chapitre 060
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Pillage de tombes et vol (3)
J’en étais enfin arrivé au point où je pouvais repenser avec nostalgie aux jours où j’avais fui des poursuivants sous de fausses identités.
… du moins, c’est ce que je croyais, jusqu’à hier.
« Pfff, ma vie, sérieux… »
Me retrouver de nouveau dans une situation similaire me le fit comprendre. Cette vieille rage, si vive, me submergea aussitôt ; impossible de la réduire à un simple souvenir attendrissant.
J’avalai un juron en regardant un géant de foudre ramper depuis le fond des ruines.
Un corps humanoïde s’était formé à partir d’éclairs rassemblés, qui étincelaient de mille feux. Dans sa main gauche, il tenait le haut du corps d’un fixeur, carbonisé. Des cendres s’éparpillèrent, puis s’enfoncèrent dans son corps orageux, faisant jaillir des étincelles.
Derrière les fixeurs qui faisaient face au géant de foudre, des amas de fils d’argent d’Argyrion se rapprochaient inexorablement.
Je m’étais brièvement retiré pour observer toute la scène. Un mal de crâne me prit. Comment en était-on arrivé là ?
* * *
Au départ, Ortes n’avait pas voulu provoquer un tel chaos. Tout ce qu’il souhaitait, au début, c’était pénétrer dans les profondeurs pour vérifier si le Talisman du Tonnerre retentissant s’y trouvait.
Mais quelque chose d’étrange attira bientôt son regard. On lui avait dit que les équipes d’excavation qui partaient chaque matin comptaient une équipe de surface et une équipe des profondeurs.
Pourtant, au moment du départ, trois groupes s’étaient rassemblés.
Un rapide coup d’œil lui apprit qu’à l’exception des quelques mages de la Tour magique de Toress qui accompagnaient chaque équipe comme guides, celles de la surface et des profondeurs étaient surtout composées de fixeurs et de mercenaires. Le troisième groupe, en revanche, était différent.
Il réunissait des mages de la Tour magique de Toress et des gens appartenant à un groupe impossible à identifier. Leurs vêtements étaient uniformes. Des gens d’une autre Tour magique ?
Ortes interrogea les fixeurs qui se tenaient à proximité au sujet du troisième groupe.
Pour une raison ou une autre, les gens semblaient un peu plus avenants quand son visage entier était caché derrière une visière que lorsqu’il se promenait à visage découvert. Ortes mit cela sur le compte de son imagination.
« Ah. On dirait une boîte sous contrat exclusif avec la Tour magique de Toress. Apparemment, il y a aussi une couche intermédiaire, en plus de la surface et des profondeurs. C’est probablement là que se trouve le vrai trésor : tous les systèmes de gestion des couches profonde et supérieure des ruines y sont concentrés. »
« “Seuls les gens de confiance peuvent y aller”, hein ? Belle excuse. »
« Le népotisme, c’est dégueulasse, c’est sûr, mais qu’est-ce qu’on peut y faire ? Autant se dire que c’est une boîte dirigée par un proche d’un ponte de la Tour magique de Toress. »
Ortes retint cette information au cas où il ne trouverait pas le Talisman du Tonnerre retentissant dans les profondeurs : une équipe d’excavation de la couche intermédiaire, placée sous la supervision spéciale du responsable du site et des autres cadres.
* * *
Parti pour les profondeurs sous le nom d’Outis, Ortes fit un véritable numéro.
Un passage se divisait en cinq branches. Quiconque choisirait la mauvaise serait frappé par une ancienne malédiction, oubliée depuis longtemps.
Ortes s’engagea sans hésiter dans le deuxième passage en partant de la droite.
« Hé ! Tu ne sais même pas quel passage est sûr, et tu t’y engages comme ça… ! »
« J’ai de la chance, je suppose. »
Au bout du passage se dressait une porte de pierre, incrustée d’anneaux rotatifs qu’il fallait aligner dans un ordre précis selon les symboles.
Les fixeurs tentèrent de déchiffrer l’écriture de l’Âge magique gravée sur le mur ou de tirer des indices des photos d’artefacts déjà excavés.
« Bon sang. C’est une énigme de l’Âge magique. Il faut trouver l’ordre de ces trois symboles… »
« J’ai de la chance, je suppose. »
Grrrroooong ! Un grondement résonna dans le vaste espace tandis que la porte de pierre s’ouvrait lentement. Ortes sentait les fixeurs le regarder avec des attentes qu’il ne pourrait jamais combler, mais il s’en moquait bien.
« De toute façon, je ne reverrai aucun d’entre eux une fois le boulot terminé ! »
Derrière la visière, ses yeux se plissèrent jusqu’à devenir de minces fentes. Ortes exploita pleinement les informations qui affluaient et s’enfonça davantage dans les ruines.
À vrai dire, vu la vitesse à laquelle progressaient les excavations, « dégringoler » décrivait mieux son avancée que « descendre ».
De plus en plus de fixeurs se mirent à suivre Ortes. À leurs yeux, c’était un spécialiste de l’excavation de ruines d’un talent comme on n’en reverrait jamais.
Ortes ne donna aucun ordre aux fixeurs qui le suivaient. Il s’était attendu à ce qu’un certain nombre de personnes se joignent à lui.
Il continuait malgré tout sa percée à l’aveuglette à travers les pièges, guidé par ses yeux, pour une raison toute simple. S’il faisait demi-tour à mi-chemin en disant : « On dirait que ma chance m’a abandonné », qui pourrait le contredire ?
Dès que ses yeux détecteraient la présence du Talisman du Tonnerre retentissant, Ortes comptait interrompre toute excavation et rebrousser chemin. Il retournerait d’abord à la surface, puis, quand il n’y aurait plus personne, redescendrait seul dans les ruines pour voler le talisman.
Autrement dit, toute cette exploration des ruines n’était qu’une préparation au vol du talisman.
Ortes n’arrêtait pas d’ouvrir et de fermer les yeux, priant pour déceler la moindre trace du Talisman du Tonnerre retentissant.
« Quelque chose cloche. »
Un artefact aussi parfaitement abouti que le Talisman du Tonnerre retentissant aurait dû révéler sa présence immédiatement. Pourtant, même après avoir passé un bon moment dans les profondeurs des ruines, il ne parvenait toujours pas à sentir le talisman.
Ortes regarda la porte métallique devant lui.
De l’autre côté s’étendait un passage droit. Au bout, il n’y avait qu’une seule pièce.
Dès qu’il sentit la présence de quelque chose derrière cette pièce, Ortes referma les paupières. Peu importe ce qui se trouvait là, ce n’était pas le Talisman du Tonnerre retentissant.
Une concentration étrangement dense d’énergie de foudre (雷氣) s’y était condensée. Si ce qui se trouvait derrière la porte avait réellement été le Talisman du Tonnerre retentissant, cette énergie ne se serait pas accumulée en un seul endroit, comme si elle avait été scellée. Elle aurait rayonné sans fin.
« Bon sang. Il serait dans la couche intermédiaire ? »
Ortes se retourna. Des dizaines de fixeurs entassés dans le passage étroit le regardaient tous.
Les fixeurs n’étaient pas seuls. Sans qu’il s’en aperçoive, plus d’une douzaine de mages de l’École Toress, entièrement armés, étaient arrivés et observaient chacun de ses gestes.
Sans prêter attention à leurs regards, Ortes s’avança.
« A-attends une seconde. Tu ne vas pas continuer ? »
Ortes répondit sans hésiter.
« Ma chance m’a abandonné. Rien que des malheurs m’attendent derrière cette porte. »
* * *
Les mages de l’École Toress reçurent une nouvelle difficile à croire. L’exploration des profondeurs, qui avançait au ralenti, venait soudain de prendre une allure folle.
Un novice de l’École Toress, qui avait servi de guide dans les profondeurs avant de remonter en hâte, lança entre deux halètements :
« Ce taré avec sa visière… Il n’arrête pas de dire “j’ai de la chance” et de franchir tous les pièges les uns après les autres ! »
Au début, ils avaient pris ça pour la bravade inconsidérée d’un fou. Réussir une fois, par hasard, d’accord. Une chance sur cinq, ce n’était pas si difficile à tenter une fois.
Mais une fois devint deux, et quand il eut franchi plus de pièges qu’on ne pouvait en compter sur les doigts d’une main, le guide détala vers la surface. À ce rythme, ils risquaient vraiment d’atteindre le fond des profondeurs avant la fin de la journée !
Les mages de l’École Toress échangèrent des regards. En règle générale, quand des fixeurs découvraient un artefact, on reconnaissait jusqu’à un certain point leurs droits dessus. Mais ils ne pouvaient pas leur céder le grand esprit de foudre scellé quelque part dans les profondeurs.
L’esprit de foudre des profondeurs était pratiquement la raison d’être de l’excavation de ces ruines par l’École Toress. L’esprit scellé sur l’île de Crète n’avait rien à voir avec les esprits ordinaires.
Contrairement aux esprits ordinaires, nés de l’accumulation d’essence naturelle, celui-ci avait autrefois été le maître d’une Tour magique bâtie sur l’île, avant d’être transformé.
Un art secret capable de transformer un humain en esprit : la transformation spirituelle. Voilà la magie ancienne que convoitait l’École Toress.
Tout le monde savait qu’un esprit, dont la nature était celle d’un corps astral, circulait dans l’Espace Éther bien plus librement qu’un humain. Mais dès que l’Espace Éther à pirater atteignait l’échelle du domaine des Dix Tours, un esprit ordinaire se désintégrait dès qu’il tentait de s’y connecter : son propre Mana était arraché et englouti par ce domaine.
Mais il n’était pas facile non plus de se procurer un esprit puissant. La plupart avaient déjà un contractant, ou les Dix Tours surveillaient déjà leurs déplacements. La Tour magique de Toress espérait donc se servir de l’art secret de la transformation spirituelle pour préparer le terrain à une intrusion dans le domaine des Dix Tours.
Le grand rêve de toute leur école, qui reposait sur cet art secret, risquait de leur être arraché par un intrus apparu de nulle part.
Les mages de l’École Toress qui se précipitèrent dans les profondeurs découvrirent exactement la scène décrite par le guide. L’inconnu à la visière ne prêtait aucune attention aux énigmes et aux pièges anciens ; en silence, il désamorçait piège après piège.
De temps à autre, il marmonnait « j’ai de la chance », mais tout le monde le voyait bien.
On ne pouvait pas franchir ces pièges par la seule chance. Il était évident qu’il était venu avec une certitude, un indice quelconque.
Aussi, quand l’inconnu à la visière s’éloigna du laboratoire scellé du maître de la Tour magique, les mages de l’École Toress s’attendirent à ce qu’il négocie avec eux, réclame de l’argent ou une part de l’art secret.
Mais il ne réclama rien.
Il se contenta de lancer une prophétie glaçante — « Rien que des malheurs se trouvent derrière cette porte » — puis prit le chemin de la surface.
Les fixeurs détournèrent du mystérieux inconnu leurs regards insistants pour les reporter sur les mages de l’École Toress. Leurs yeux exigeaient des responsables qu’ils prennent une décision.
Les mages de l’École Toress échangèrent des regards.
« Qui est-ce ? Une taupe d’une autre école ? »
« J’ai vérifié le contrat. Il s’appelle Outis. Ça doit être un pseudonyme. Aucune idée de sa véritable identité. »
« Quelqu’un l’a vu faire quelque chose à la porte ? »
« Non. Il s’est approché, a jeté un coup d’œil et a reculé. Aucune trace de malédiction ni d’enchantement non plus. »
Les mages échangèrent de nouveau des regards. En règle générale, lorsqu’un explorateur contribuait de manière décisive à la découverte d’un artefact, la coutume voulait qu’il lui revienne. Mais…
Pour l’instant, Outis avait renoncé à l’excavation et s’en était allé.
Dévorés par la cupidité, les mages crièrent :
« Quiconque brisera le sceau de cette porte avant la fin de la journée recevra le double de sa rémunération contractuelle ! Celui qui jouera un rôle décisif dans son ouverture touchera cinq fois plus ! »
Une ambition secrète : s’emparer des connaissances enfermées dans le domaine des Dix Tours. L’École Toress choisit de céder à la cupidité plutôt que de tenir compte de l’avertissement.
* * *
Je m’étais attendu à ce que les fixeurs affluent, mais je n’aurais jamais imaginé que les mages de l’École Toress, restés en surface, descendraient eux aussi.
« Enfin, si la nouvelle s’est répandue que les profondeurs des ruines allaient être entièrement explorées en une demi-journée, ils ont dû vouloir vérifier par eux-mêmes, même sans y croire. »
Ça m’arrangeait bien. Avec autant de monde envoyé ailleurs, il serait d’autant plus facile de m’infiltrer dans la couche intermédiaire, non ?
Je sentais quelqu’un me suivre. De toute façon, j’avais prévu de me débarrasser de la visière et de l’armure motorisée. Les armures propulsées au Mana étaient naturellement encombrantes, pas idéales pour une infiltration.
Je m’engouffrai dans un passage que j’avais repéré en descendant, si tortueux et sinueux qu’il faudrait un moment à quiconque pour m’y retrouver. J’aurais le temps d’enlever l’armure motorisée et d’échapper aux regards des autres fixeurs.
L’armure motorisée que j’avais réquisitionnée sur place cette fois-ci fonctionnait selon un principe simple : on y entrait par une trappe qui s’ouvrait dans le dos. Avec un peu d’habitude, l’enfiler ou l’enlever prenait à peine plus de dix secondes.
Même après avoir fini de l’enlever, j’avais encore un peu de temps avant l’arrivée de mes poursuivants.
Le mieux était de caler l’armure abandonnée là où elle se trouvait, à un endroit où elle attirerait les regards. Dommage de la laisser comme ça, mais je pourrais toujours en récupérer une autre.
Même en attendant encore quelques jours, la surveillance de l’École Toress ne serait probablement plus jamais aussi clairsemée. Il était temps d’entrer en scène. Maintenant.
* * *
Ceux qui suivaient Outis le trouvèrent immobile, comme pétrifié.
« Pourquoi s’est-il arrêté ? »
Tendus à l’extrême, les fixeurs scrutèrent les alentours.
Rien.
Rien du tout.
Dans le passage des ruines, on n’entendait que des respirations. L’un des fixeurs prit son courage à deux mains et s’approcha d’Outis.
« Hé ! C’est quoi, au juste, ce malheur dont tu parles… ? »
À l’instant où la main du fixeur toucha l’épaule d’Outis, sa silhouette bascula et s’effondra.
Bam !
Quand le corps d’Outis heurta le sol, la visière se détacha.
À l’intérieur de la visière, dans l’armure motorisée, il n’y avait absolument rien.
Seul un vide glacial emplissait l’espace.
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